1989 – BUTCHER + DURRANT + LOVENS + MALFATTI + RUSSELL : « News from the Shed »
(LP Acta n°4, 1989 – réédité en CD avec des pièces inédites par Emanem en 2005)
14 plages enregistrées à Londres, en studio, le 22 février 1989
sur toutes les plages: John Butcher (saxophones ténor et soprano), Phil Durrant (violon et électronique), Paul Lovens (batterie, cymbales et scie), Radu Malfatti (trombone, cithare et accessoires) et John Russell (guitare acoustique).
Un disque très représentatif des débuts de John Butcher, de sa manière subtile et délicate d’interagir avec les instruments acoustiques de ses comparses de la première heure: le violon de Phil Durrant et la guitare acoustique de John Russell [cf. portrait de John Butcher]. Ils sont ici rejoints ici par deux invités «continentaux»: le tromboniste itinérant (Innsbrück, Zürich, Florence, Amsterdam, Londres, Berlin est… Et Cologne au moment de l’enregistrement de ce disque) Radu Malfatti et le batteur-percussioniste d’Aix-la-Chapelle, Paul Lovens. Le disque est d’abord sorti en vinyle sur Acta, le label créé par Butcher, Durrant et Russell un an auparavant pour sortir l’album «Conceits» de leur trio.
«I began playing with John Russel land Phil Durrant in 1984, meeting weekly or rehearsals. We performed as this trio until 1998, but early on, in 1986, we had the chance to invite Radu Malfatti and Paul Lovens to join us for a eight date tour of England. It was soon clear that this quintet, the called Quaqua (Russell’s name for particular ad-hoc groupings) was not a trio-plus-guests. Malfatti’s emerging concerns with composition and silence, the trio’s interactive language and Lovens’ vast experience and range didn’t provide an obvious consensus for the music we would play, but as the tour progressed, News from the Shed became a group» (John Butcher – notes de pochette).
1991 – John BUTCHER : « 13 Friendly Numbers »
(Acta n°6, 1991 – réédition: Unsounds U07, 2004)
13 plages enregistrées à Londres, en studio, en 1991
disque solo.
Comme le raconte très bien John Butcher, pour un improvisateur ne plus interagir par rapport au jeu d’au moins un autre musicien, mais se retrouver seul comporte un risque et n’est pas une situation nécessairement très enviable : « An improviser’s viewpoint, and an improviser’s experience, comes mainly from playing with other people. The thing that gives improvisation its freshness is having to deal with other people’s ideas. Playing solo is a peculiar situation in that you’re only dealing with your own ideas. It’s not obvious what replaces that stimulus of other people’s ideas. There’s quite a danger in solo improvising of falling into a pattern, playing stuff you know, and presenting these routines almost like they’re compositions. It never feels very satisfactory doing that » (interview sur le thème des solos de saxophones pour le magazine « Jazz Times » en juin 2000)
Mais le saxophoniste londonien s’en tire ici très bien et, par sa nature solo, propose bien sûr un des albums les plus indiqués pour écouter le plus clairement « John-Butcher-et-rien-que-John-Butcher ». Un disque étonnamment varié, d'ailleurs. Des plages de durées (et d’ambiances) fort contrastées: Buccinator’s Outing en ouverture et Wisp & Wisk en clôture font respectivement sept minutes trente et six minutes, tandis que le cœur de l’album est parsemé de miniatures de moins de deux minutes. Notelet assume une fluidité mélodique quasi néo-classique qui se difracte à peine en fin de plage – et sans jamais, non plus, tomber dans le mièvre -, tandis que There are today more than 390 known pairs of friendly numbers joue plus la carte de bruits de bouche et d’un souffle granuleux, et que les claquements de langue rythment le défilement du temps de A Leap in the Light. The Brittle Chance dompte des ondes sinusoïdales presque électroniques en les transformant de continuums quasi-inhumains en formes plus organiques et fragiles. Dans Mackle Music, l’auditeur non prévenu jurera de ses grands dieux écouter de la musique de peaux (d’inconnus tambours polyrythmiques joués par une peuplade océanique éloignée) plutôt qu'une musique de cuivre. John Butcher explique avoir été e.a. influencé par la Musique concrète, par la manière dont, dans une même phrase musicale, la source sonore pouvait y changer de manière assez drastique et d’avoir cherché des moyens de se rapprocher de cette façon de faire avec un saxophone comme outil sonore. S’il n’y a que John Butcher sur ce disque, mais on y entend sur quatre plages «plusieurs John Butcher» : par multitracking (mixage de différentes prises, enregistrées successivement) elles nous proposent des jeux de superposition (donc d’opacité, de recouvrement partiel et de transparence) de quatre à six saxophones, identiques (six sopranos, quatre ténors) ou mélangés (un baryton, un ténor et deux sopranos p.ex.).
Un très beau disque ; peut-être la porte d’entrée idéale vers le monde de John Butcher.
1991/1992 – BUTCHER + DURRANT + RUSSELL : « Concert Moves »
(Random Acoustics RA 011, 1995)
7 plages enregistrées en concerts en Allemagne (Leverkusen, septembre 1992 et Münster, novembre 1991)
sur toutes les plages: John Butcher (saxophones ténor et soprano), Phil Durrant (violon et électronique) et John Russell (guitare acoustique).
A nouveau le trio qui fut la matrice d’élaboration du vocabulaire sonore et de la disposition d’écoute de John Butcher. Deux et trois ans après «News from the Shed» [cf. ci-dessus], on retrouve les trois complices de la première heure sans leurs deux invités continentaux mais, à leur tour, en concerts… sur le continent, en Allemagne. Si ce sont les textures qui occupent l’avant-plan, lorsqu’une mélodie perce comme au début de Playfair’s Axiom, elle a l’air la bienvenue et rien n’est fait pour la cacher ou l’écraser avant floraison. A aucun moment, l’absence de batterie ne se fait sentir ; les claquements de phalanges de Russell sur ses cordes métalliques ou les claquements de bec de Butcher sont plus que des ersatz de percussions.
Le harpiste gallois Rhodri Davies [cf. ci-dessous] a écrit des lignes à la fois très simples et très justes sur ce disque : « ’Concert Moves’ is the trio’s definitive recorded statement, documenting two obviously highly charged live gigs. The CD bursts with intensity, all three musicians completely on top of their material. Throughout, the music never rests, producing a fast flow of consciousness. This is music that deals with the building blocks of sound. The music is like looking at cells dividing under the microscope, very small incidents with a lot of details that add up to a whole, a quality of English improvisation that goes back to The Music Improvisation Company. There is a logical way that every idea leads into another. What happens next only happens because of what happened before it. Different layers of the music react to each other, and are often transformations of each other. All three musicians change direction, without obviously changing what they’re doing » (portrait de John Butcher pour le magazine “Avant” en 2001)
1994 – SPONTANEOUS MUSIC ENSEMBLE : « A New Distance »
(Acta n°8, 1994 – réédition: Emanem, 2005)
6 plages (dont une introduction parlée) enregistrées en concerts à Londres en janvier et mai 1994. Réédité en 2005 par Emanem avec 5 morceaux supplémentaires (3 parlés et 2 musicaux).
Sur toutes les plages : John Stevens (batterie et trompette de poche [cornet]), Roger Smith (guitare espagnole) et John Butcher (saxophones ténor ou soprano).
Si les premiers disques de cette liste – particulièrement ceux avec Phil Durrant et John Russell – sont touchés par une sorte de rayon de soleil matinal (une histoire qui commence), il plane sur ce disque-ci l’ombre d’un parcours qui touche à sa fin. Né en 1940, le batteur John Stevens a fondé, avec le saxophoniste (alto et soprano) Trevor Watts, le Spontaneous Music Ensemble vers le milieu des années soixante. Cette unité d’improvisation libre (de « musique spontannée » comme son nom l’indique) pouvait compter de deux (Stevens-Watts) à une douzaine de musiciens selon les occasions. En 1966, le SME sort son premier album « Challenge » avec en plus des deux membres fondateurs, trois contrebassistes de passage qui se partagent les différents morceaux et Paul Rutherford au trombone et Evan Parker au saxophone soprano. En 1968 pour l’album « Karyobin », réduit à un quintet (sans Trevor Watts) le SME propose une sorte de dream team de l’improvisation libre britannique avec Kenny Wheeler à la trompette, Dave Holland à la contrebasse, Evan Parker au saxophone soprano et Derek Bailey à la guitare… En trente ans d’activités (intenses de 1966 à 1977, en latence de 1977 à 1986 puis à nouveau revigorées… ) Stevens et ses complices proposeront ainsi une bonne douzaine d’albums et des dizaines de concerts… Et, surtout, comme s’en souvient Steve Beresford dans les notes de pochette rédigées pour « A New Distance » : « For nearly thirty years they proved that democracy in music not only works, it provides the highest possible quality. It gives me, and many others, the strength to keep trying, and it makes me laugh a lot, too ».
Comme le remarque - un peu plus haut dans son texte – Steve Beresford, il est sans doute un peu facile de faire un lien trop rapide entre le SME de 1994 et celui de 1968 et de voir en John Butcher l’alter ego d’Evan Parker et en Roger Smith le fils spirituel de Derek Bailey. N’empêche que de nombreux témoins racontent l’excitation de John Stevens lorsqu’il entendit jouer John Butcher pour la première fois puis lorsqu’il accepta de rejoindre son unité de défrichage sonore. L’excitation était réciproque. John Butcher se souvient : « I think John [Stevens] was phenomenal at bringing together two often incompatible things. He could generate terrific propulsion and momentum, and at the same time, leave space, both literally and conceptually, for the music to be an interactive, group activity, where the players didn’t have to adopt roles. (...) In concert he had a manner that forced the audience to concentrate on the smallest details » (interview pour « Coda », 1998). Une excitation et un plaisir de s’écouter et de jouer ensemble qui s’entend tout au long de cet album, tant dans ses passages les plus retenus que dans ses éruptions les plus débridées. Une force vitale qu’on remarque bien sûr encore plus lorsqu’on sait que le Spontaneous Music Ensemble n’ira pas plus loin, frappé par la mort de son père fondateur, à peine quelques mois plus tard, en septembre 1994. Mais comme le fit alors remarquer Evan Parker, la vie n’est pas qu’une question de durée mais aussi de densité et chaque journée de John Stevens avait l’air de densifier en vingt-quatre heures ce qui occupait généralement septante-deux heures de la vie de ses contemporains.
1997 – CHRIS BURN’S ENSEMBLE : « Navigations »
(Acta n°12, 1998)
7 plages enregistrées en studio à Kingston en deux journées de septembre 1997.
Chris Burn (piano et trompette), John Butcher (saxophones ténor et soprano), Rhodri Davies (harpe), Jim Denley (flûtes), Axel Dörner (trompette), Phil Durrant (violon), Matthew Hutchinson (synthétiseur et électronique), Marcio Mattos (violoncelle et contrebasse), John Russell (guitare), Mark Wastell (violoncelle) et Stevie Wishart (vielle à roue et violon).
Le pianiste Chris Burn est aussi important dans la mise en place des fondations de l’édifice musical en construction qu’était John Butcher au début des années quatre-vingt que ne l’ont été Phil Durrant et John Russell [cf. portrait de John Butcher]. Au premier tiers des années quatre-vingt, c’est aussi en dialoguant avec Chris Burn qui a l’époque jouait beaucoup les doigts directement sur les cordes, à l’intérieur du piano, plutôt que sur les touches du clavier, que John Butcher a du trouver des manières de produire des sons de saxophone qui n’occulteraient pas ces subtils pincements de cordes. Une bonne douzaine d’années plus tard, les deux complices ne se sont pas perdus de vue et c’est entourés d’une dizaine de musiciens plutôt trentenaires (d’une jeune génération venant après les géants de l’improvisation libre Made in Great Britain, Evan Parker ou Derek Bailey) qu’on les retrouve ici pour un disque qui n’est plus au sens strict de l’improvisation libre et qui a beaucoup à voir (à écouter, surtout) avec de la musique orchestrale. A part la cinquième plage créditée à « L’Ensemble », les six autres pièces sont créditées au musicien (Chris Burn deux fois ; John Butcher, Phil Durrant, John Russel et Axel Dörner chacun une fois) qui les a composées (partitions à la clef) ou en a donné les idées maîtresses. L’improvisation n’est sans doute pas absente mais elle vient se greffer sur des colonnes vertébrales pré-établies.
La grande force de ce disque passionnant réside dans ce qui fait sa nature la plus fondamentale - et qui, si cela s’était mal passé, aurait aussi pu signifier sa perte - : l’Ensemble (le groupe, le collectif). Onze musiciens à l’échelle d’une musique qui reste liée à l’improvisation c’est déjà une (petite) foule, un pied au dessus du gouffre de la cacophonie, l’autre menaçant de s’enfoncer dans la boue de recettes (de «plans») efficaces mais éculées. Rien de ceci, aucun de ces deux travers, ici. L’alchimie fonctionne et dès les premières mesures de No Stops, Only Commas, la longue première pièce de treize minutes due à John Butcher, il est clair que la musique en tire profit, autant dans les dynamiques (contrastes entre les passages calmes et à fort volume sonore), que dans les textures et les densités. Les notes de pochette commencent d’ailleurs par une citation du compositeur Cornelius Cardew (une instruction aux musiciens jouant sa pièce « The Great Learning ») : « A dense forest that presents no obstacle to the mind or eye (or other sense) ». Et c’est bien de cela qu’il s’agit ici, une densité toujours lisible et lumineuse, jamais opaque.
1997 - JOHN BUTCHER + PHIL DURRANT : « Secret Measures »
(Wobbly Rail WOB 006, 1998)
6 plages enregistrées en concert à Bern en Suisse en novembre 1997.
John Butcher (saxophones ténor ou soprano) et Phil Durrant (électronique: manipulation et génération de sons en direct).
Enregistré à peine deux mois après le disque précédent, deux de ses musiciens passent d’une formule de grand ensemble au plus pur des face-à-face : le duo. Par rapport à leurs premiers pas dans l’apprentissage en commun de leurs instruments, une grande nouveauté : Phil Durrant a cette fois laissé son violon à Londres, à l’hôtel ou en coulisses et ne joue plus que de l’électronique. Plus précisément, en grande partie, il transforme et réinjecte en quasi-direct (en différé le moins décalé possible) les sons de saxophone de John Butcher. On peut bien sûr y lire l’intérêt de longue date de Butcher pour la musique électronique (composée) des années cinquante et soixante. Sauf, qu’ici dans leur première tentative en public de ce genre d’exercice Butcher et Durrant s'essayent à autre chose, un processus où des machines électroniques relativement simples (delay, filtre… ) sont avant tout des outils devant permettre à des musiciens ayant si souvent joué ensemble dans la formule saxophones/violon de retrouver l’excitation et le danger d’une « première fois ». « What interests me in interacting with electronics is working with another musical intelligence that controls the electronics. I’ve got to make decisions according to their agenda in music which brings the energy of improvisation back into it » (John Butcher interviewé en 2001 par Rhodri Davies pour le magazine “Avant”).
1998 – JOHN BUTCHER + WERNER DAFELDECKER + MICHAEL MOSER + BURKHARD STANGL : « Polwechsel 2 »
(Hat[now]ART 112, 1999)
4 plages enregistrées à Nickelsdorff en Autriche en janvier 1998.
John Butcher (saxophones ténor ou soprano), Burkhard Stangl (guitare), Michael Moser (violoncelle et guitare) et Werner Dafeldecker (contrebasse, guitares et électronique).
Polwechsel est une entité musicale créée à Vienne en 1993 par le contrebassiste Werner Dafeldecker, le violoncelliste Michael Moser, le guitariste Burkhardt Stangl et le tromboniste Radu Malfatti [cf. « News from the Shed » en haut de cette liste]. En 1997, ce dernier quitta le groupe et fut remplacé par John Butcher qui jouera sur quatre albums du groupe jusque « Wrapped Islands » en compagnie du guitariste et joueur de laptop (ordinateur portable) Christian Fennesz en 2002. Polwechsel ne s’est jamais gêné pour pratiquer de la musique improvisée, composée ou combinant ces deux processus :
« - Dan Warburton : Your work in the group Polwechsel is also very composed.
John Butcher : The new recording [au moment de l’interview: « Polwechsel 3 » – Durian, 2001] is, yes. Certainly Werner’s two pieces. In one, notes, placement and duration are exactly notated, in the other I choose from a set of notes but the scheme requires definite timings and placements that depend on what everybody else is doing. There’s an exactly correct way of playing it and an incorrect way of playing it. Other pieces combine instructions with improvisation and you can hear more of what I think of as “my voice”. I make some choices which I can recognise as being me rather than another saxophone player, but in Werner’s I’m just “a saxophone”.
- That must be a change for you !
My problem with composition has always been that there was a time when it seemed most composition that was happening wasn’t as interesting as most improvising. Now, some people who have been immersed in improvising, like Werner – who are not composers perhaps in the sense that music colleges and conservatoires would recognise – are now producing some of the most interesting notated works. ‘Polwechsel 2’ was more involved with graphic scores, though the second piece on that – ‘Toaster’ - is completely notated: it’s a series of quarter-tones each lasting thirty seconds. Polwechsel’s not foremost an improvising group, though most of gigs we’ve done have contained some free improvised parts, which I thought were very successful. It’s very low-level, quiet, largely non-gestural, shall I say non-expressive (I don’t know if that’s the right word, since I’d argue that sounds are intrinsically expressive), in the sense of how improvisation often turns out; it’s a very hard thing to work with live, because you need a very pristine, clear acoustic. We’ve just recorded “Polwechsel 3”. I’ve composed a piece for that which is basically a series of instructions of when and when not to play, synchronised with a multitracked recording I made with an old Korg analogue synthesiser » (interview pour le webzine “Paris Transatlantic” en 2001).
2000 – JOHN BUTCHER + DEREK BAILEY / JOHN BUTCHER + RHODRI DAVIES : « Vortices and Angels »
(Emanem 4049, 2001)
5 plages enregistrées à Londres en mars et mai 2000.
John Butcher (saxophones ténor et soprano), Derek Bailey (guitare amplifiée) et Rhodri Davies (harpe).
Non pas un disque de trio mais deux demi disques de duos… Par quasiment trois générations d’improvisateurs : le quadragénaire Butcher (au moment de l’enregistrement) jouant tour à tour (à deux mois d’intervalle dans la réalité) avec le facétieux guitariste septuagénaire et un plus introverti harpiste pas encore trentenaire. Deux interlocuteurs aux personnalités très différentes mais aussi deux lieux aux acoustiques et ambiances très contrastées qui, à la fois, jouent sur le développement sonore des dialogues musicaux archivés ici et inspirent le titre du disque (un petit club de jazz - le Vortex – et une grande église à la nef ouverte et résonnante – Saint Michael and all Angels).
2000 – JOHN BUTCHER + XAVIER CHARLES + AXEL DÖRNER : « The Contest of Pleasures »
(Potlatch P201, 2001)
5 plages enregistrées en concert à Mulhouse en août 2000.
John Butcher (saxophones ténor et soprano), Xavier Charles (clarinette) et Axel Dörner (trompette).
« ‘Today in Europe there’s an acoustic school influenced by electronics, the way electronics can be translated to an instrumental context. Take Axel Dörner – how could a trumpet player break through into something new? And suddenly, since Dörner, they’ve done it! There are four or five trumpet players around doing interesting stuff. Not trombone players. Hardly any saxophone players, with the exception of John Butcher’. C’est Keith Rowe, 'préparateur de guitares' et improvisateur actif dans AMM depuis plus de trente ans qui s’exprime ainsi dans le Wire #206 (avril 2001). Ses mots sont très proches de mes sentiments, un soir de mai 1999 à Vandoeuvre Lès Nancy lors d’un concert du trio Butcher-Charles-Dörner dans le cadre du festival Musique Action. Une performance qui me bouleversa vraiment très profondément. Pendant plus d’une heure, les trois musiciens - respectivement saxophoniste britannique, clarinettiste français et trompettiste allemand - dont c’était alors la première prestation commune habillaient - sans recours à aucun artifice d’amplification ou de modification du son - le silence d’une salle littéralement ébahie de vibrations aériennes à la fois abstraites et incarnées. Mon engouement pour ce concert avait été tel que j’étais rentré en contact avec Xavier Charles pour lui proposer de sortir ce concert sur disque. Mais, un midi de fin août 2000, le trio donnait à la Chapelle Saint-Jean de Mulhouse (dans le cadre de l’excellent festival Jazz à Mulhouse) un second concert dont ils étaient encore plus satisfaits et dont l’enregistrement est récemment sorti sous le nom de «The Contest Of Pleasures» sur le label Potlatch.
Comme le souligne Keith Rowe, les rapports de leur musique avec certaines musiques électroniques actuelles sont troublants. Très souvent, en fermant les yeux il devient très difficile de reconnaître les instruments utilisés comme sources sonores. Les nappes en suspension, les grésillements crépitants, le souffle granuleux entrent beaucoup plus clairement en résonance avec la musique de certains paysagistes sonores digitaux qu’avec les stéréotypes qu’on associe habituellement à leurs instruments. Saxophone? Clarinette? Trompette? Oubliez la fanfare et ses déclinaisons! Oubliez aussi les fragmentations explosives du free jazz des trois premières décennies (Albert Ayler, Ornette Coleman, Peter Brötzmann…)! Pour user d’une métaphore géomorphologique, on pourrait dire que si l’usage devenu coutumier de ces instruments dans le free jazz est lié au volcanisme éruptif on se rapproche plutôt ici de la tectonique des plaquesou du plissement de terrains. Comme dans toute œuvre musicale qui se respecte, il est ici question de temps et d’espace. Les granules de son sont vaporisés dans l’air, donnent corps au son, le rendent palpable, restent en suspension ou sédimentent… Lentement mais inexorablement, avec une mobilité parfois à la limite de notre faculté de perception, les strates sonores se déplacent les unes par rapport aux autres, se frôlent, se chevauchent ou s’enchâssent…
Il serait cependant dommage que cette image fasse croire à une musique minérale, donc supposée froide et inanimée. Même si les musiciens sont discrets, plus concentrés qu’excentriques, leur musique est radicalement humaine, c’est-à-dire fragile et émouvante. Leurs protubérances de cuivre ou de bois perdent leur nature d’appendices et semblent plutôt être la prolongation naturelle de leurs bouches, gorges et poumons. Le mot clé est évidemment ‘souffle’, ce flux irrévocablement lié à notre respiration, donc à notre vie. ‘Inspirer / expirer’ou, chez John, Xavier et Axel, ‘Être inspiré / s’exprimer’ »
(chronique écrite en novembre 2001 pour le webzine brdf.net)
> chronique de 'Tempestuous', 3e album de Butcher-Charles-Dörner
2001 - JOHN BUTCHER + THOMAS LEHN + ANDY MOOR : « Thermal »
(Unsounds U04, 2003)
14 plages enregistrées en studio à Amsterdam en 2001.
John Butcher (saxophones ténor et soprano), Thomas Lehn (synthétiseur analogique) et Andy Moor (guitare électrique).
En 2000, Recyclart qui vient de finir le chantier qui l’a fait passer de gare à lieu culturel et ouvre ses portes au public sans déjà avoir de programmateur musical attitré, a la bonne idée de programmer… des programmateurs. On me propose une carte blanche de quelques soirées et je propose un nom («Electri-City») et une thématique autour de l’électricité dans la musique (à une époque où tout le monde ne jure que par l’électronique). Pour une de ces soirées, je pousse plus loin la logique de chaîne et de passage de témoin initiée par Recyclart en mettant moi aussi en place une programmation domino/matriochka : j’invite Andy Moor, le guitariste électrique de The Ex lui laissant le choix d’un ou de deux autres musiciens. Andy invite John Butcher. Et John Butcher invite le savant fou du synthé analogique Thomas Lehn.
John Butcher avait déjà joué avec chacun des deux musiciens auparavant (avec Thomas Lehn sur «Music on Sevens Occasions», avec Andy Moor en concerts, sans trace discographique à ce jour) mais les trois musiciens n’avaient jamais joué en trio. Lors du concert, pas de round d’observation : par une alchimie mystérieuse les sons analogiques du saxophone de John, électriques de la guitare d’Andy et électroniques analogiques du synthé de Thomas trouvent quasi instantanément des manières de s’emboîter, de se titiller, de se répondre… Dès la fin du concert, les musiciens ravis conviennent de se revoir. Quelques mois plus tard, à Amsterdam chez Andy ils enregistrent ce disque qui sortira sur son label Unsounds. Il est clair que ce trio représente un des projets les plus débridés et sauvages de la discographie de John Butcher. Même si l’énergie ici présente est particulièrement excitante parce que l’alternance des moments où elle est retenue ou, au contraire, brusquement lâchée est particulièrement bien sentie. Dans un même morceau (Miss Universal Happiness p.ex.), on peut passer du babil incompréhensible d’un robot devenu fou (les pépiements électroniques de Lehn) au dialogue plus sensuel entre la guitare et le saxophone. «Thermal» est un disque très riche et varié, tant en terme de sons que d’émotions : brut et délicat, propulsé et rêveur, révolté et sentimental…
A l’occasion de ce séjour à Bruxelles, Maxime Bodson et Pierre De Jaeger enregistrèrent encore le lendemain quelques solos de John Butcher sur les quais de la gare de la Chapelle, dialoguant avec les trains de la jonction Nord-Midi. Deux de ces improvisations se retrouvent sur l’album «Fixations (14)». Par la suite, le saxophoniste joua encore en concert avec le Ex Orkest et apparaît comme invité sur l’album « Turn » de The Ex.
2002 – JOHN BUTCHER : « Invisible Ear »
(Fringes 12, 2003)
11 plages enregistrées à Londres en 2002 ; 1 à Münster en 1999.
John Butcher (feedback de saxophones ténor et soprano, synthétiseur Korg… ).
Un disque solo de John Butcher fort différent de «13 Friendly Numbers». Parfois moins friendly, à priori moins «amical» – même pour certaines oreilles bien intentionnées. Si on pouvait associer les autres disques du saxophoniste-physicien à de la recherche appliquée, on a l’air d’assister ici - un peu à l’écart, par prudence – à des expériences en laboratoire qui ont plus à voir avec une recherche dite «fondamentale». Comme sur quelques plages de « 13 Friendly Numbers », Butcher superpose les couches (jusqu’à huit saxophones, cinq ténor et trois soprano pour What Remains) mais pour neuf des douze plages il expérimente des dispositifs nouveaux pour lui de close-miking (extrême proximité du micro et de l’instrument) et de feedback (effets Larsen contrôlés) : « I first used close-miking and amplification/feedback techniques in concerts with Chris Burn in the early eighties. There’s a short piece on our LP ‘ Fonetiks ’. Recently I’ve revisited using the microphone as part of the instrument – a consequence, I’d imagine of working more closely with computer/electronic musicians. Although there are a couple of layered ‘amplification’ pieces on earlier CDs, ‘Invisible Ear’ is the first recording where I’ve deliberately focused on shaping these possibilities for a solo voice » (John Butcher – notes de pochette du CD). « Régulièrement, le résultat pointe dans les aigus, flirtant avec la musique d’ondes sinusoïdales produite par une musicienne comme Sachiko M. (…) Exercice de style. Tentative de saisir l’immatériel, le spectral, l’inaudible du saxophone. Les sons à la marge, les crêtes, les grains trop fins, les stries trop floues, les traits superposés. Des vertèbres saxophoniques qui dansent, des valves basculantes, des clapets basculants. Des sifflets ornithologiques. Des jappements minéraux. Des restes brillants, des miettes irradiantes parmi lesquels le musicien resaisit un fil… » (Pierre Hemptinne – notice collée sur l’exemplaire du CD du centre de prêt de Charleroi).
2004/2006 - JOHN BUTCHER : « The Geometry of Sentiment »
(Emanem 4142, 2007)
7 plages enregistrées autour du globe - e.a. ‘in situ’ dans des lieux aux caractéristiques acoustiques particulières (le Musée de la pierre Oya au Japon, dans le gazomètre d’Oberhausen en Allemagne… ) - de novembre 2004 à novembre 2006.
John Butcher (saxophones ténor et soprano, amplifiés sur deux plages).
Disque le plus récent de cette auto-sélection discographique de John Butcher (il a sorti d’autres disques depuis comme « Tempestuous », le troisième album avec Xavier Charles et Axel Dörner, chroniqué ici il y a quelques mois par Benoit Deuxant), « The Geometry of Sentiment » illustre bien (sur 3 de ses 7 plages) une des directions prises par les explorations les plus récentes du saxophoniste : jouer dans (et avec) des lieux aux caractéristiques acoustiques et résonantes particulières. Ici, ce n’est plus l’amplification (close miking et/ou feedback) ou le traitement en direct par l’électronique d’un musicien complice qui transforme le son mais l’écho, la manière dont un espace semi-naturel ou architectural renvoie les sons. Un gazomètre à Oberhausen, construit en 1929, reconstruit en 1949 après les bombardements alliés et désormais désaffecté : 117 mètres de haut, 68 mètres de diamètre… Je vous laisse imaginer l’écho qui fait vibrer ce monstre métallique d’archéologie industrielle! Moins spectaculaires à la première écoute mais tout aussi convaincantes dans leurs détails et subtilités, les deux pièces enregistrées au Musée de la pierre Oya, dans une ancienne carrière dans la montagne japonaise, judicieusement nommées zizoku (zi, tenir , zoku, continuer ; zizoku, durée, maintient, endurance… ).
Philippe Delvosalle
novembre 2008
Le Discobus 3 connait des problèmes techniques importants et est en réparation pour plusieurs jours (voire plus). Prêts prolongés.Veuillez accepter nos excuses.
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