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Playlist de John Butcher

 

 

 

Musiques

 

Charlie Parker - The Complete Dial Masters

- Charlie PARKER : « The Complete Dial Masters »
(enregistré en 1945-47 – réédition : Definitive Records, 1999)

Quand j’avais dix-neuf ans, je travaillais de nuit dans une boulangerie pour gagner l’argent qui me permettrait d’acheter mon premier saxophone. Les longueurs et l’ennui étaient atténués par la lecture de « Bird Lives », la biographie – aujourd’hui discréditée – de Parker par Ross Russell. Cette musique semble souvent s’approcher de ce qui finira par représenter la fragmentation de l’improvisation traditionnelle basée sur les changements d’accords.

 

Roscoe Holcomb - An Untamed Sense of Control

- Roscoe HOLCOMB : « An Untamed Sense of Control »
(enregistré en 1953-73 – réédition : Smithsonian/Folkways, 2003)

Un mineur et fermier du Kentucky, avec une voix et un jeu de banjo et de guitare extraordinaires. John Cohen qui retrouva sa trace et l’enregistra décrit l’écoute de sa musique comme «hearing a man confronting the dilemna of his own existence». Personnellement, c’est en voiture, au cours d’une tournée aux Etats-Unis avec Gerry Hemingway qui m’éduquait en musique country américaine que je l’entendis pour la première fois. Depuis, à partir d’Holcomb, je me suis retrouvé à explorer de multiples pistes musicales : les Stanley Brothers ou même le chant de psaumes gaëliques des îles écossaises occidentales.

 

John Stevens Derek Baliley Gig

- John STEVENS + Derek BAILEY : « Gig »
(cassette VHS – enregistré en 1992 – édition : Incus, 1996)

L’enregistrement vidéo d’un concert londonien de 1992 de deux des plus fortes individualités à travailler dans le champ de « l’improvisation libre ». On y voit l’interaction magique de personnalités dialoguant dans un langage qu’ils ont eux-mêmes inventé. J’ai eu l’immense chance de pouvoir jouer avec chacun d’eux (et même à une reprise en trio en compagnie de ces deux musiciens). Ils ont aussi sorti un grand disque en duo : « Playing ». A partir de la fin des années septante j’ai assisté à tant de concerts de ces deux-là, mais écouté peu de leurs disques. Ces derniers temps, je m’emploie à rattraper ce retard.

 

Laura Nyro New York Tendaberry

- Laura NYRO : « New York Tendaberry »
(Legacy, 1969)

Mon frère écoutait beaucoup ce disque durant les années «difficiles» de son adolescence. A l’époque cela ne me touchait pas ; je préférais cyniquement les Mothers of Invention. Aujourd’hui, la voix et les chansons de cette fille de vingt-deux ans représentent une sorte de souvenir douloureux de temps et d’émotions juvéniles. La musique est brillamment arrangée, les instruments ne rajoutant parfois que de petites touches de couleur aux lignes de piano puis se déployant soudainement en une éclatante floraison.

 

Robert Johnson The Complete Recordings

- Robert JOHNSON : « The Complete Recordings »
(enregistré en 1936-37 – édition : Columbia)

Vers 1970, j’avais découvert sur les ondes de la BBC le « Mike Raven Blues Show ». Une émission qui m’ouvrit une porte vers un paysage étranger [alien landscape] et un amour pour le blues rural d’avant-guerre qui ne m’a jamais quitté jusqu’ici. C’est fou de ne choisir qu’un seul de ces musiciens mais dans l’œuvre de Johnson les mots et les sons se combinent en un amalgame qui touche à chaque fois mes nerfs sensibles avec consistance.

 

Anton Webern Pierre Boulez Complete Works

- Anton WEBERN / Pierre BOULEZ : « Complete Works »
(enregistré en 1967-72 – réédition : Sony Classical)

Un endroit où se ressourcer quand on a besoin de clarté, de concentration et de ce que Stravinsky (dont je choisirais « Le Sacre du printemps » pour des excitations plus physiques) appelait « ses éblouissants diamants  » [his dazzling diamonds].

 

Captain Beefheart and his Magic Band Trout Mask Replica

- CAPTAIN BEEFHEART AND HIS MAGIC BAND : « Trout Mask Replica »
(Reprise, 1969)

Don Van Vliet a eu la chance d’avoir John French à ses côtés pour arranger sa musique, puis l’attachement fidèle de quelques autres pour la répéter. D’une façon ou d’une autre, la méthode recadrait sa voix et sa poésie avec une toute nouvelle combinaison d’ingrédients. Au-delà de tout ce qu’on peut facilement imaginer, le résultat est primitif et sophistiqué à la fois.

 

John Cage The 25 Year Retrospective Concert

- John CAGE : « The 25 Year Retrospective Concert »
(Wergo, 1958 – réédité en 3 CD)

Au fil des ans, j’ai entretenu une relation changeante avec l’œuvre de John Cage – une œuvre qui est d’ailleurs pleine de paradoxes… et de perspectives sublimes. Certaines de ses idées ont été bradées, tirées vers le bas par des suiveurs qui m’ont surtout l’air d’être «fatigués» par le son. Ce concert de 1958 revisite certaines grandes pièces tout en laissant entrevoir les germes de ses méthodes à venir. On y entend aussi des musiciens d’orchestre très stupides et un public bruyant caractéristiques d’une époque où sa musique causait encore des débats passionnés.

 

Films

 

The Life and Death of Colonel Blimp

- Michael POWELL & Emeric PRESSBURGER : « The Life and Death of Colonel Blimp » (Grande-Bretagne, 1943)

J’aurais pu presque choisir n’importe lequel de leurs films, pour leur complexité et leur mystère. Churchill tenta de stopper la production de ce film avant sa sortie en 1943.

 

Nashville

- Robert ALTMAN : « Nashville »
[pas – encore – à La Médiathèque]

Une fois de plus, je ne veux pas n’en choisir qu’un… Mais ce sont les règles du jeu…

 

The Lavender Hill Mob

- Charles CRICHTON : « The Lavender Hill Mob »
(Grande-Bretagne, 1950)

Pour inclure une de ces comédies britanniques des années cinquante où l’on retrouve quelques-uns de ces personnages qui illuminaient nos soirées devant la télévision lors de leurs innombrables (mais méritées) rediffusions ultérieures.

 

An Angel at my Table

- Jane CAMPION : « An Angel at my Table »
(Grande-Bretagne / Australie / Nouvelle-Zélande, 1990)

Trois actrices incarnant la vie difficile de l’écrivain Janet Frame.

 

John Butcher
septembre 2008-11-16

(traduit par Philippe Delvosalle)