C'est en préparant un concert consacré à la musique des
XVII e et XVIII e siècles qu'est né mon intérêt pour
la musique anglaise.
Les quelques lignes qui suivent sont destinées à vous mettre l'eau
à la bouche, ou la puce à l'oreille si vous préférez…
bref, à vous donner l'envie d'en savoir plus sur les charmes de la musique
anglaise.
And now, Ladies and Gentlemen …
Le chant grégorien importé par les moines venus évangéliser le pays au début du VII e siècle, est très vite enrichi par une ou deux lignes chantées supplémentaires formant ainsi un début de polyphonie ( AA3507 ).
La chanson naquit de l'ajout aux mélodies grégoriennes
d'une partie neuve ayant son propre texte. Le Carol en est une des formes les
plus connues (
AA3808 ).
Le profane faisant irruption dans le religieux, la langue populaire côtoie
le latin et les premières chansons en anglais, comme le canon « Sumer
is icumen in » (
AA3795 ), font leur apparition.
Cette période politiquement troublée verra la multiplication des
échanges culturels entre l'Angleterre et le continent. Plusieurs compositeurs
célèbres à cette époque diffusèrent leurs
œuvres à travers l'Europe grâce à d'importants manuscrits
tel que le « Old Hall Manuscript » (
AA1970 ). Des pièces de John Dunstable, dont le motet « Veni
Sancte Spiritus » (
AD9321 ), témoignent du talent figurant dans ce manuscrit.
Autre compositeur présent dans le « Old Hall Manuscript » :
Lionel Power qui construisit avec un seul motif la messe « Alma Redemptoris
Mater » (
AP6925 ).
L'avènement de la dynastie des Tudor amène une période
de stabilité politique propice au développement des arts. La musique
prend une place essentielle dans la vie de cour sous forme de divertissements
mêlant danse, chant et théâtre. Le roi Henry VIII en personne
« met la main à la pâte » (
AH2410 ).
Le schisme anglican amena le remplacement de la musique sacrée catholique
(
AA7188 ) par celle du nouveau culte (
AA2271 ). Trois compositeurs surnommés Les trois « T »
surent adapter leur style aux règnes de souverains successivement anglicans
ou catholiques. Il s'agit de John Taverner dont le « In Nomine »
de la messe « Missa Gloria Tibi Trinitas » (
AT1846 ) donna naissance à un véritable genre qui fut développé
dans ses œuvres instrumentales (
AA7962 ) par Christopher Tye. Le troisième grand « T »
est Thomas Tallis, auteur du célèbre motet à quarante voix
« Spem in Alium » (
AT0846 ).
Pendant le règne d'Élizabeth I re , période d'une
richesse extraordinaire dans le domaine des arts, la vie musicale se partage
principalement entre les musiciens de la cour et les musiciens de théâtre.
La musique instrumentale connaît un développement très important
sous forme de pièces pour clavier comme celles de William Byrd regroupées
en recueils tels que le Fitzwilliam Virginal Book et My Lady Nevell's Book (
AB9419 ).
Le nom de John Dowland est associé à la musique pour luth (
AD7574 ). Ses variations « Lachrimae Seven Teares »
(
AD7502 ) pour luth et violes, ainsi que des recueils de chansons à
une ou plusieurs voix accompagnées au luth (
AD7701 ), ont un climat intimiste.
Le théâtre, avec ses intermèdes musicaux, ses chansons et
ses musiques de scène fut un moteur important de la création musicale.
De nombreux musiciens écrivirent de la musique de scène, notamment
pour les pièces de William Shakespeare (
AA7879 ).
Les troubles politiques qui suivirent cette époque mirent un
terme à l'essor de la vie artistique.
La montée du puritanisme et les maladresses du roi Charles I er jetèrent
le pays dans une cruelle guerre civile.
Oliver Cromwell prit le pouvoir, abolissant la monarchie et proclamant la république.
Le puritanisme triompha en Angleterre jusqu'à sa mort en 1658.
Malgré le rapport conflictuel qu'entretenaient les puritains avec la
musique, c'est un recueil de danses et d'airs populaires aux allures peu puritaines
« The English Dancing Master » (
AA7805 ) qui connut un remarquable succès éditorial.
À la mort de Cromwell, Charles II fut ramené
sur le trône après son exil, introduisant la mode de la musique
continentale. L'usage du violon aux côtés des violes s'imposa rapidement
comme en témoigne la musique instrumentale de William Lawes (
BL2667 ) ainsi que celle de John Jenkins (
BJ7918 )
L'œuvre de Matthew Locke s'étend de la musique religieuse (
BL7580 ) jusqu'à la musique de scène (
BL7517 ), sans oublier la musique instrumentale (
BL7451 ).
Le savoureux journal de Samuel Pepys est un précieux témoignage
sur la vie musicale de cette époque (
BA6415 ).
John Blow contribua à jeter les bases de l'opéra anglais avec
son « Venus et Adonis » (
BB8433 ) qui annonce l'œuvre de celui qui fut surnommé l'Orpheus
Britannicus.
Henry Purcell, en dépit de la brièveté de sa vie, a laissé
une œuvre variée, abondante et de très grande qualité.
En tant que compositeur de cour, il écrivit des pièces de circonstance
comme « La Musique pour les Funérailles de la Reine Mary »
(
BP9665 ) ainsi que de la musique instrumentale (
BP9535 ) et des mélodies dont le célèbre « Ô
Solitude » (
BP9556 ).
Ses émouvantes réalisations pour la scène montrent le déchaînement
des passions humaines : Didon et Énée (
BP9362 ); « King Arthur » (
BP9418 ) et « The Fairy Queen » (
BP9430 ).
Suite à un affaiblissement du pouvoir monarchique,
l'Angleterre devint la première monarchie constitutionnelle d'Europe
avec un parlement aux importants pouvoirs.
L'île s'ouvrit aux influences continentales en accueillant des musiciens
tels que Georg Friedrich Händel, Francesco Geminiani ou Giovanni Battista
Bononcini.
Charles Avison popularisa en Angleterre le concerto grosso (
BA9904 ), tandis que William Corbett, dans son recueil intitulé
« Bizzarie Universali » (
BC5915 ), introduisit le style baroque italien.
L'univers de Thomas Arne fut celui du théâtre pour lequel il écrivit
une grande quantité de musique vocale (
BA9679 ) ainsi que des opéras comme « Alfred »
(
BA9659 ).
Si l'Angleterre compte, entre 1700 et 1750, de nombreux compositeurs de qualité,
la richesse de cette période fut entièrement occultée par
la personnalité de Georg Friedrich Händel. Répondant parfaitement
aux attentes du public britannique, il devint un véritable héros
national. Avec dans ses bagages des opéras de style italien « Rinaldo »
(
BH3871 ), il répondit à la concurrence acharnée de
ses rivaux « à coups d'opéras », allant
jusqu'à en composer deux par an : « Giulio Cesare »
(
BH3745 ), « Alessandro » (
BH3592 ), par exemple.
Puis, voyant le succès lui échapper, Händel se tourne vers
l'oratorio en langue anglaise: « Le Messie » (
BH4280 ), et « Judas Maccabaeus » (
BH4238 ).
Ces deux domaines glorieux ne doivent pas faire oublier les « Chandos
Anthems » (
BH4711 ) ou la « Music for the Royal Fireworks »
(
BH1238 ) et bien d'autres splendeurs.
Dès 1760, début du règne de Georges III, les musiciens
germaniques, apportant un style nouveau, le Classicisme, supplantent les italiens.
À Londres, les salles de concert, les tavernes, les jardins de plaisance
et les théâtres résonnent au son des orchestres. Cette vie
musicale s'étend aux villes de province, Bath possédait sa saison
de concerts organisés par la famille Linley (
BL6268 ), tandis qu'à Coventry, Capel Bond (
BB8797 ) était la cheville ouvrière d'un important festival.
La musique religieuse (
CA4440 ), la musique de chambre (
CA3070 ) et la musique vocale (
CA4440 ) de Thomas Attwood portent les traces de l'influence de Wolfgang
Amadeus Mozart dont il reçut des leçons à Vienne.
Thomas Linley le Jeune fut lui aussi en contact avec Mozart. Ses sonates pour
violon (
BA3708 ), sa musique vocale profane (
CA4855 ) et son ode « On the Fairies, Aerial Beings and Witches
of Shakespeare » (
BL6262 ) montrent déjà des traces de Romantisme…
Un travail d'Anne Genette (Section d'Uccle)
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