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Parcours Prévert

« Dans les grandes eaux de ma mère / Je suis né en hiver / Une nuit de février…»
Le 4 février 1900 à minuit à Neuilly-sur-Seine, France.  Pour un enfant du siècle, c'est une façon d'entrer dans le vif du sujet. (l'acte de naissance signalera 7 heures du soir ! Moins spectaculaire, Prévert préférait minuit, plus symbolique).  Les douze coups pour annoncer le Prince.

 

« Enfant / J'ai vécu drôlement / Le fou rire tous les jours / Le fou rire vraiment… »
Entre les yeux de sa mère et la bohème de son père, sa petite enfance sera éblouissante.  Paris voit surgir la tour Eiffel, en son sous-sol vibre le premier métro, les premières automobiles rivalisent avec les vélos, l'affaire Dreyfus divise la nation, les ouvriers échangent leurs actions à la Bourse du Travail, l'électricité jaillit dans les rues.  Le formidable éveil du Siècle de la Belle Epoque nourrit l'enfant curieux et imaginatif.

 

« L'horrible bruit du mot : Silence ! dans le tumulte de l'enfance. »
Il ne peut se résoudre à limiter son horizon au seul tableau noir de la classe, lui qui apprend tant en observant le monde.
« A chaque kilomètre / Chaque année / Des vieillards au front borné / Indiquent aux enfants   la route / D'un geste de ciment armé. »

 

« Notre Père qui êtes aux cieux   / Restez-y… »
Il suivra le catéchisme pour plaire à son grand-père, son anticléricalisme farouche tiendra plus aux punitions reçues à cause de ses réparties plutôt qu'à la négation absolue de la vérité divine.
« La théologie, c'est simple comme Dieu et dieu font trois »

 

« Remercié le 14 aôut 1916.  Retard à l'arrivée et ensemble de la conduite ne donnant pas satisfaction.  Mauvais esprit.  A ne pas reprendre.  Esprit rêveur » (extrait du Registre des employés des Grands Magasins).  Prévert fait ses humanités dans la rue et commence à gagner sa vie en pratiquant divers métiers.

En 1920, il fera son service militaire en France et en Turquie avec Yves Tanguy et Marcel Duhamel.
« Je traverse le champs de manœuvres / Où les hommes apprennent à mourir / Empêtré dans les draps du rêve / Je titube comme un homme ivre / Tiens, un revenant dit le commandant…/ Un réfractaire seulement dit le capitaine. »

 

De retour en France en 1924, il s'installera à Paris, 45 rues du château.
« … On disait bonjour à Miro / Toujours coiffés d'un chapeau / Melon, puis rue du château / Nous allions voir si Duhamel / Avait rapporté du perdreau / Relief des plus grands hôtels, / Pour Jacques Prévert et Tanguy / Et quelques dames, Dieu merci ! »(poème de François Baron 1966-)

 

L'art est au service de la pensée.  Prévert y côtoie les surréalistes ( Breton, Aragon, Péret, Desnos, Leiris, Max Ernest…).   Provocateurs, audacieux, ravageurs; le non-conformisme absolu, l'irrévérence totale, et aussi la bonne humeur.

 

Entre amis,  « c'est la vie de château » .
Ils refont le monde, jouent, aiment, manifestent, créent, écument les salles de cinéma.
Prévert y fera ses débuts, comme figurant, découvrant   un milieu où il deviendra le scénariste / dialoguiste le plus connu.

 

En 1927, le éme art ayant enfin pris la parole, il peut lui prêter la sienne …
« Ce fut la fin, il devint bègue du cœur et confondit tout, le désespoir et le mal de foi, la Bible et les chants de Maldoror, Dieu et Dieu, l'encre et le foutre, les barricades et le divan de Mme Sabatier, la révolution russe et la révolution surréaliste … » ( MORT D'UN   MONSIEUR )


Ne supportant plus les diktats de Breton, Prévert quitte le mouvement surréaliste en 1928.
« Laissez les oiseaux à leur mère / Laissez les ruisseaux dans leur lit / Laissez les étoiles de mer sortirent la nuit… »
Pour la troupe de ballet de Georges Pomiés, il écrira ce premier texte, LES ANIMAUX ONT DES ENNUIS mis en musique par Christiane Verger.

 

C'est dans les années 30 que Prévert devient réellement l'écrivain subversif qu'il n'était encore qu'en puissance.  Deux textes seront publiés dans la revue BIFUR : "SOUVENIR DE FAMILLE" et "L'ANGE GARDE –CHIOURME" .

 

En 1932, Mussolini règne sur Rome, aux Etats–Unis on exécute Sacco et Vanzetti, en France Paul Doumer est assassiné, Hitler devient chancelier du Reich.
« C'est un ami, presque un frère / Un ancien peintre en bâtiment / Le moindre mal ! Quoi ! / C'est moins dangereux qu'un général / Un ancien peintre en bâtiment / Le moindre mal / Et maintenant / Les quartiers ouvriers sont peints couleurs de sang. »
Avec la troupe de théâtre populaire, ouvrier, il engagera la lutte ouverte contre l'oppression, là, il y écrira ses textes les plus anarchisants.  ("MARCHE OU CREVE" )

 

Il continue à travailler pour le cinéma, le charme opère, Jean Renoir et Jacques Prévert sont en osmose. Ils scénarisent en 1933 un long métrage" LE CRIME DE M. LANGE" qui sortira en salle sans grands succès en 1936.
« Au jour le jour / A la nuit la nuit / Ala belle étoile / C'est pour ça que je vis…. »
Ce fut sa première chanson, interprétée par Florelle, musique de Kosma.  

 

KOSMA / PREVERT… un tandem créatif et fidèle.
Ils se rencontrèrent chez un réalisateur, tous deux en quête de boulot.

Kosma est né à Budapest, il est musicien, a travaillé comme assistant chef d'orchestre à l'opéra de Berlin avec Kurt Weill, fuyant le nazisme naissant de l'Allemagne, il cherche du travaille à Paris.

«Sur l'écran noir de ses nuits blanches, il écrit les dialogues de "L'AFFAIRE EST DANS LE SAC", réalisation   Pierre Prévert (son frère) – sortie en 1932.

Marcel Carné en 1936, lui confie les dialogues de son premier long métrage"JENNY".  Bien sur film, dialogues, rime aussi avec chanson "COSY CORNER" (musique Kosma).

 

Deux femmes vont jouer un rôle important dans sa carrière.  Marianne OSWALD et Agnès CAPRI interpréteront au Music-Hall ses textes et le feront connaître du grand public.

Jusqu'alors, la chanson n'était pour Prévert que le fruit de circonstances dictées par le théâtre ou le cinéma.  A la lecture de ses textes, Jacques CANETTI   lui suggère d'en faire spécifiquement des chansons.

 

« Bizarre, bizarre ! » Comme c'est étrange ! Pourquoi aurais–je dit : « Bizarre, bizarre ! »
Grâce au film "DROLE DE DRAME" (Marcel Carné /Prévert), ils ont imposé au monde du cinéma la poésie burlesque, la qualité du verbe poétique, l'humour et la liberté totale (sortie en 1937).

 

Un imperméable beige, un béret, des yeux bleus (et quels yeux !!!) , de la pluie, un port, un amour …
« T'as de beaux yeux, tu sais ! »
« alors… embrasse-moi… » d'après P. QUAI DES BRUMES MAC ORLAN (film de M Carné- sortie en 1938

 

Le 1 er septembre 1939, la guerre est déclarée.  Les troupes allemandes envahissent la Pologne.  Prévert et Carné réalisent "LE JOUR SE LEVE" .   La même année, Prévert  fait du repérage à Brest pour le film "REMORQUES" de Jean GREMILLON. Le souvenir de cette jeune femme courant sur la plage à la rencontre de l'homme qu'elle aime, le jour de la déclaration de la guerre, lui inspirera une merveilleuse chanson: "BARBARA" .
« Rappelle-toi   Barbara / Il pleuvait sans cesse sur Brest… / Quelle connerie, la guerre ! » . « Un Moyen-Age tout neuf  » réplique ARLETTY   dans le 4 ème film du couple Carné /Prévert "LES VISITEURS DU SOIR" (1942).

 

Mais la vie continue, la saison des amours pudique et discrète est venue.
En 1943, Prévert rencontre Janine (une danseuse de chez Pomiés) qui lui donnera une fille, Michèle.
« Une orange sur la table / Ta robe sur le tapis / Et toi dans mon lit / Doux présent du présent / Fraîcheur de la nuit / Chaleur de ma vie. »

 

Dans un Paris libéré,"LES ENFANTS DU PARADIS" (M Carné ) verront le jour .


"PAROLES" le premier recueil de poésies de Prévert est publié. Ce fut un succès. Puis viendrons "SPECTACLE" (1951), "LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS" (1955),"FATRAS" (1965 - poèmes et collages).

Prévert continue à écrire des chansons, 80 naîtront de sa collaboration avec KOSMA. Elles seront toutes interprétées par les plus grands de l'époque, de Cora VAUCAIRE, Yves MONTAND, Germaine   MONTERO, MOULOUDJI, PIAF …Un recueil de celles-ci paraîtra en 1946.

Pour le film LES PORTES DE LA NUIT , la chanson de Prévert LES FEUILLES MORTES verra le jour et restera à tout jamais gravée dans la mémoire collective.

Il publiera en 1948, un livre pour enfants CONTES POUR ENFANTS PAS SAGES .
Il scénarise et rédige les dialogues d'un dessin animé de Paul GRIMAULT LA BERGERE ET LE RAMONEUR qui fût primé à la biennale de Venise en 1952 et retravaillé pour mieux répondre aux désirs des auteurs en 1980, rebaptisé alors LE ROI ET L'OISEAU (musique de Kosma).

« Le poète est tombé sur la tête. » affiche tous les journaux de Paris en octobre 48.   Prévert tombe de la fenêtre (sans garde fou) du 3 ème étage de la maison de la Radiodiffusion Française, il reste dans le coma plusieurs jours.  On se plait à dire qu'il y eut deux Prévert, un avant l'accident, l'autre après.

Les années 50. Jazz et poésie flirtent dans les caves enfumées de Saint-Germain-des-Prés.  Prévert y côtoie Boris VIAN qui joue de la trompinette, PICASSO, et toute une foule d'artistes.
« …C'est alors que Picasso /qui passait par là comme il passe partout /chaque jour comme chez lui /voit la pomme et l'assiette et le peintre endormi…. »
En 1957, il écrira pour sa michèle L'OPERA DE LA LUNE.

Il s'intéresse à toutes les formes d'expressions, ces années là, il réalisera des collages (technique chère aux surréalistes – Max ERNEST), avec son ami Picasso, il publiera en 1962 deux livres de peintures/photos / et collages.

Un litige juridique sépara Kosma et Prévert. Il demanda alors a à son ami de longue date d'écrire la musique de ses chansons.  «…. Sur le pas de cette porte, la roulotte de Django chantait./Enfant, devant la merveilleuse boîte à musique, les larmes aux yeux, le cœur serré, CROLLA souriait…. »

Dans les années 60,Prevert qui a commencé à publier son 1 er livre à 48 ans se déchaîne soudainement, les ouvrages se succèdent, il parle si vite qu'il écrit debout… !
Le cinéma, la scène, la télévision, la radio l'invitent volontiers.

Mai 68. « …On ferme ! / On verrouille l'espoir / On cloître les idées … »

Le disque devient une industrie, la télévision fait son entrée dans les foyers.
« C'est formidable quand c'est beau, je veux dire libre ! Plus les moyens d'expressions sont forts, plus ils deviennent facilement des moyens d'oppressions et de crétinisations. Les moyens eux-mêmes n'y sont pour rien. » ( extrait d'interview donnée par Prévert   lors d'une émission radio en 1970).

De 1971 à 1977, il passera ses dernières années à Omonville-la -petite, à la campagne avec les arbres qu'il aime tant.  Rongé par un cancer, il écrira à ses amis « même   assis, je ne tiens plus debout ! »

« J'ai connu la mort /Je l'ai rencontré /C'était pas la mienne mais c'était la même à peu d'années prés. »

« DIEU EST CAPABLE DE TOUT »