Poèmes, films, chansons, rien de ce qui peut être à la fois populaire et noble n'est étranger à Jacques Prévert.
Titi des faubourgs ou prince du réalisme poétique ; le poète a vécu comme il a travaillé, au gré de sa fantaisie et parfois de sa paresse. Ennemi des définitions, irrespectueux de tous les conformismes, se moquant des bien pensants et de leurs convenances ; utilisant la bouffonnerie décapante comme autant de kermesses et d'impromptus à l'humour corrosif destinés à scandaliser.
Haïssant les institutions et la guerre, préférant l'insolence de l'éternel insoumis et du cancre généreux pour en finir dans un éclat de rire.
La poésie est partout, au coin des rues, au bord des lèvres, dans le pli d'un collage ; elle est respiration. Cet acrobate anarchiste déshabille la poésie avide de s'encanailler et la jette à la rue pour lui redonner jeunesse et fraîcheur.
Jacques Prévert méconnaît l'artifice, en dénonçant ce qu'il méprise, il prête sa voix à ceux qui la reconnaissent pour sienne. Il disait : " la chanson n'est pas un mode d'expression en soi mais un moyen de diffusion."
Ses textes ont trouvé écho. Certains comme Joseph Kosma les ont mis en musique et ils sont devenus chansons. Une verve subversive mise en partition plus de 800 fois. Ritournelles, petite musique au détour d'un vers et "SOUVIENS--TOI BARBARA...", "LES FEUILLES MORTES SE RAMASSENT...". Gréco, Mouloudji, Piaf, Ribeiro, Montand, Fersen et ... "trois ratons laveurs".
Ces rengaines simples et spontanées, même vides de mots, résonnent au point de transcender ceux-ci en émotion pure, vitale, libre.
Le jazz rejoint la java. Miles Davis, Nat King Cole... décapent les musiques de Kosma.
« A cause de toi, il a eu beaucoup de chagrin et en a fait une belle chanson. »
Une passion amoureuse pour une jeune femme puis la rupture,
serait à l'origine de la création « des
feuilles mortes ».
La mort de sa mère la même année aurait pu en être
également l'inspiratrice.
Quoi qu'il en soit, « les feuilles mortes » ( Prévert /Kosma 1946) connaîtront un succès international exceptionnel.
Cora Vaucaire devait l'interpréter dans le film de CARNE « les portes de la nuit ». Ce sera finalement un jeune premier présenté par Piaf qui la reprendra à son compte: YVES MONTAND .
Déposée à la SACEM le 27 février 1949, il en existe plus de deux cents versions différentes. Son texte n'a jamais été, du vivant de Prévert, publié dans un recueil du poète.
Marianne OSWALD, Agnès CAPRI, Jacqueline FRANCOIS, Juliette GRECO … l'ont portée. Edith PIAF lui a fait traverser l'Atlantique, et l'a popularisée en anglais. Elle l'enregistre en 1950 à New York sous le titre « AUTUM LEAVES ».
Voilà les "feuilles
mortes" propulsées à Broadway par Nat King Cole. Miles
Davis, Bill Evans s'en régalent. On les fredonne, on les chante.
Serge Gainsbourg lui rend hommage en 1961 sous le titre « la
chanson de Prévert ».
Elle est sur toutes les lèvres, court dans tout Paris.
En mettant une tune dans le Juke-box, on la sirote avec un petit vin blanc.
Rengaine céleste, éternelle.
De l'amour rien que de l'amour.
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