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Les aventures de Wallace et Gromit, L’Etrange Noël de Monsieur Jack, Chicken Run, Panique au village... Vous connaissez certainement l’un ou l’autre de ces films qui ont remporté un vif succès critique et commercial et qui ont
la particularité d’animer des figurines bien
réelles. Ils sont emblématiques du renouveau
d’une technique qui existe depuis plus de
cent ans : l’animation image par image de
volumes. Récemment, deux perles du genre, Coraline de Henry Selick et Pierre et le loup de Suzie Templeton, ont été éditées en DVD. C’est l’occasion de
faire le point sur cette technique qui
n’a rien à envier aux merveilles de
l’animation 3D numérique..
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Sommaire
Nombreux sont ceux qui ne voient dans le cinéma d’animation que les dessins animés, les anime et les films en 3D numérique. Ce dossier s’attarde sur une technique d’animation moins popularisée mais néanmoins toute aussi passionnante : l’animation de volumes (stop motion en anglais). L’objectif de cette technique est de créer un mouvement à partir d’objets et de figurines immobiles, des allumettes aux marionnettes les plus sophistiquées. Bref, l’animation de volumes regroupe tout ce qui est filmé image par image sans pour autant être du dessin animé. Le principe est simple : une scène constituée d’objets est filmée à l’aide d’une caméra capable de ne prendre qu’une seule image à la fois (une photographie sur pellicule de film). Entre chaque image, les objets de la scène sont légèrement déplacés. Lorsque le film est projeté à une vitesse normale, la scène semble animée. Idéalement, afin que l’animation soit la plus fluide possible, on prend 24 images pour faire une seconde. C’est un véritable travail d’orfèvre qui demande une patience folle. En moyenne, lors d’un tournage, on réalise 3 secondes de film par jour. Pour ce genre de film, des artistes conçoivent des objets et des figurines de quasiment toutes les matières : bois, pâte à modeler, glaise, latex, silicone, chiffon, pierre, verre, plastique, carton, papier froissé, papier mâché, métal, objets de récupération… Dès le début, les animateurs/réalisateurs ont voulu représenter des humains, des animaux ou des êtres imaginaires en action. Il a fallu trouver des stratagèmes permettant à l’animateur de bouger de nombreuses parties du corps des personnages. Au fil du temps, ont été mises au point des armatures articulables en métal (acier et aluminium) de plus en plus complexes, sortes de squelettes autour desquels sont construites les figurines. Les têtes ont souvent fait l’objet d’un traitement de faveur. Pour donner un maximum d’expressions à celles-ci et pour qu’on ait l’impression qu’elles parlent, différentes techniques ont été mises au point : têtes de substitution, masques d’expressions, têtes en pâte à modeler,....
Quand on regarde un film d’animation de volumes, on n’imagine pas toutes les étapes franchies, ni le nombre de personnes qui y ont travaillé, avant qu’on puisse confortablement dévorer les images. Pour en savoir plus sur cette technique, rien de tel que les compléments (documentaires, interviews, makings of ) de certaines éditions DVD de films d’animation. Ceux-ci sont parfois aussi intéressants que les films. La plupart du temps, ils nous font visiter les coulisses. On peut se rendre compte alors en images des différentes étapes de la réalisation d’un film tourné en stop motion, des investissements humains et temporels colossaux qu’il faut déployer et des besoins techniques. Nous vous recommandons tout particulièrement ces 3 DVD qui apportent des éclairages pédagogiques sur le cinéma d’animation et ses techniques, en se basant sur des films de tous genres qui ont marqué l’histoire :
12 courts-métrages d’animation réalisés par l’équipe des studios Folimage (Valence, France). Un florilège de techniques du cinéma d’animation (dessins, marionnettes, objets animés…). Les compléments valent vraiment le détour : visite des studios, entretiens avec deux réalisateurs, leçon d’animation, présentation du studio son.
En matière d’animation
Une découverte du cinéma d’animation à partir de six courts métrages et de leur analyse, afin de comprendre ce langage cinématographique. Ce DVD présente le court Harvie Krumpet (2003) de l’australien Adam Elliot, une pure merveille mettant en scène des figurines en pâte à modeler. Ce film annonce l’univers de Mary et Max, le premier long-métrage du même réalisateur sorti au cinéma en 2009. Les films d’Elliot s’adressent avant tout aux adultes.
Cinéma d'animation
Un premier DVD montre un choix de trente films d’animation depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours. Les aspects techniques, stylistiques, narratifs, historiques et contemporains ont été considérés. Deux thèmes ont guidé les choix car ils apparaissent comme des caractéristiques de l’histoire du cinéma d’animation : celui du créateur et de la créature et celui de la métamorphose. Un second DVD propose quatre bonus : un atelier avec des enfants, une explication du processus du cinéma d’animation, une fabrication de petits films d’animation avec des techniques différentes et une démo professionnelle avec la présentation du matériel nécessaire pour concevoir des films d’animation en classe. Enfin, un livre de 50 pages avec des fiches de présentation des films accompagne cette édition DVD.
Deux films au scénario similaire (le mobilier d’un hôtel bouge tout seul comme par magie) ont marqué les origines du cinéma d’animation de volumes : El Hotel eléctrico (1905 ou 1907) du Catalan Segundo de Chomón et L’Hôtel hanté, de l’Américain James Stuart Blackton (1907). Ceci dit, historiquement, la première tentative d’animation d’objets date de 1899. Elle ne dure que quelques secondes et figure dans un film de propagande de l’Anglais Arthur Melbourne Cooper (Matches : An Appeal). On a également retrouvé The Teddy Bears, un film américain daté de 1907 et réalisé par Edwin S. Porter, avec une séquence d’animation d’ours en peluche.
Le français Emile Cohl est reconnu comme le père du dessin animé, avec Fantasmagorie (1908). On lui doit aussi de nombreux films où il anime des objets (Les frères Bouts-de-bois, 1908, L’Hôtel du silence, 1908, Le Mobilier fidèle, 1910), mais aussi des marionnettes (Le Tout Petit Faust, 1910).
Le premier film d’animation à utiliser la pâte à modeler est The Sculptor’s Nightmare (1908) de Wallace McCutcheon. On y voit un artiste pressé de voir se terminer la commande qui lui a été faite. Son souhait se voit exaucé de manière inattendue, sa « sculpture » se réalisant comme par enchantement, sans qu’il intervienne. En 1919, dans la série Out of the Inkwell, le personnage en dessin animé Koko le clown sort pour la première fois de l’encrier des frères Fleischer (créateurs ensuite de Betty Boop et de Popeye). Dans deux épisodes, ils auront recours à la pâte à modeler : Modeling (1921), Claytown (1924). Entre 1926 et 1928, Charles R. Bowers écrit, produit, interprète et coréalise une quinzaine de comédies burlesques particulièrement inventives où s’entremêlent, de façon inédite et avec une grande virtuosité, prises de vue réelles et animation d’objets.
En 1930, le Russe d’origine polonaise Ladislas Starewitch a plus de vingt films d’animation derrière lui. Il a commencé par animer des carcasses de véritables insectes, en 1905. Aidé de sa femme Irène, Starewitch termine son chef-d’œuvre, Le Roman de Renard, qui est aussi le premier long-métrage de marionnettes. On reste aujourd’hui impressionnés par la fluidité du mouvement, et l’expressivité des visages de ses ciné-marionnettes.
En 1935, un autre Russe, Alexandre Ptouchko, réussit à donner à des marionnettes une étonnante expressivité dans un long-métrage qui revoit et corrige le conte de Swift sous l’influence des messages de la Révolution d’Octobre (Le Nouveau Gulliver). À la même époque, en France, René Bertrand et Jean Painlevé réalisent Barbe bleue (1938), une mini comédie musicale en pâte à modeler animée. C’est la première fois qu’on fait se mouvoir librement des personnages en plasticine. En effet, avant Barbe Bleue, la plupart des réalisateurs utilisant cette matière restaient braqués sur l’idée d’animer des bustes cloués sur un socle.
Dans le courant des années 30, le réalisateur d’origine hongroise George Pal met au point une technique d’animation magnifiquement stylisée de marionnettes, constituées de pièces sculptées en bois. Grâce à une panoplie importante de phases de mouvement et d’expressions interchangeables, il réussit à atteindre une souplesse d’animation digne des meilleurs cartoons. De 1933 à 1947, il se fera connaître avec la série des « Puppetoons » qu’il définit comme des cartoons en couleur en trois dimensions.
Les pionniers : sélection de films
-Emile Cohl : L’agitateur aux mille visages (1908-1921) -VX4714 (MAR, PVR, OBJ) - Dès 4 ans
-Les Contes de l’horloge magique (1924-1928) de Ladislas Starewitch VC7010 (MAR, PVR) - Dès 4 ans
-Le Monde Magique (1926-1949) de Ladislas Starewitch -VM5026 (MAR) - Dès 4 ans
-Le Roman de Renard (1930-1941) de Ladislas Starewitch -VR5904 (MAR) Dès 4 ans
-Charley Bowers (1918-1940) de Charley Bowers -VX4662 (MAR) Dès 4 ans
-Puppetoon. Le film de George Pal - VP7425 (MAR) - Dès 4 ans
Dès 1945, jusqu’à la fin des années soixante, les pays de l’Est vont s’imposer comme les plus doués pour le film de marionnettes. Et particulièrement la Tchécoslovaquie, avec un artiste d’une stature exceptionnelle : Jirí Trnka. Entre ses mains, des poupées de bois rustiques, revêtues d’étoffes précieuses, prennent une grâce délicieuse. Il s’avère capable de leur faire exprimer toute la gamme des sentiments, jusqu’à concurrencer les comédiens en chair et en os. Citons trois de ses plus belles réussites : Le Prince Bayaya (1950), Vieilles légendes tchèques (1953), et son dernier film, La Main (1965), superbe méditation sur les rapports entre le créateur et le pouvoir.
Un de ses assistants, Bretislav Pojar a signé de superbes courts-métrages comme Un verre de trop (1954) et Le Lion et la chanson (1959). Quant à Karel Zeman, il sera le spécialiste d’une sorte de « merveilleux scientifique », influencé par Méliès et Jules Verne, avec des films qui mêlent dessin animé, gravures et marionnettes, comme Aventures fantastiques (1958) ou Le Baron de Crac (1961).
Au milieu des années soixante, Jan Svankmajer relance l’animation tchèque en la chamboulant complètement. Ce cinéaste inclassable est membre du groupe surréaliste tchèque depuis 1970. Son obsession pour la matière le pousse à opérer des mélanges bizarres et faire grincer les de Jan Svankmajer assemblages les plus inattendus. Dans Possibilités du dialogue (1982), son chef-d’œuvre, on assiste au face à face de deux hommes qui s’entre-dévorent. Autre œuvre incontournable : Alice (1988), une adaptation d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll qui est la plus surréaliste et sans doute la plus juste. Svankmajer n’utilise pas de technique d’animation particulière. Il porte son propre regard sur le monde et utilise les moyens qui lui permettent au mieux d’atteindre son but (animation de marionnettes, d’objets, pixilation,...). À la fin du XXe siècle, la mondialisation contraint les animateurs tchèques à l’exil ou à la sous-traitance face au règne des États-Unis notamment. Malgré ces obstacles, des réalisateurs émergent tels que Jiri Barta pour le volume animé, qui signe Krysar en 1985, une version gothique et effrayante de la légende allemande Le joueur de flûte de Hamelin.
Responsable du renouveau en Amérique de l’animation de plasticine qu’il a rebaptisée « claymation », Will Vinton se fait connaître en 1974 avec un petit bijou d’humour qui lui vaut un Oscar (Closed Mondays).
Après une production impressionnante de courts-métrages et de spots publicitaires, Vinton livre en 1986 un long-métrage en patamod impeccable du point de vue technique (Les Aventures de Mark Twain).
En 1975, Ivo Caprino signe Grand Prix, film de marionnettes animées qui tient le record du film norvégien qui a attiré le plus de spectateurs dans son propre pays. La grande maîtrise de Caprino et le magnétisme de ses personnages font de ce film une œuvre indémodable.
Même si ses films de marionnettes et d’objets s’adressent d’abord aux tout-petits, le Hollandais Co Hoedman arrive à captiver les adultes par toute une série d’innovations techniques. Récompensé par un Oscar, Le château de sable (1977) est devenu un classique de l’animation à base de sable.
La France n’est pas en reste avec ses nombreux animateurs de figurines en tous genres dont une bonne partie œuvre au sein des studios Folimage. C’est là qu’en 1988, Jacques-Rémy Girerd et Jean-Loup Felicioli réalisent Amerlock, film grinçant en patamod qui triture allègrement toutes les icônes américaines bien connues en Europe. Quatre ans plus tard, Felicioli manipule à nouveau la plasticine dans Le wall qui peut être vu comme une métaphore du mur de Berlin et de sa chute.
En 1996, chez Folimage toujours, Laurent Pouvaret crée, avec Ferrailles, un univers de structures métalliques et de vieux mécanismes en mouvement surveillé et entretenu par d’étranges ouvriers, en métal, eux aussi. Cette génération a inspiré une kyrielle de jeunes réalisateurs/animateurs des plus doués comme Philippe Julien, Luis Briceno, Pierre-Luc Granjon, Franck Dion ou Grégoire Sivan.
Depuis peu, on a enfin reconnu le britannique Barry Purves comme l’une des grandes figures du cinéma d’animation contemporain. Après des clips et des séquences pour la TV britannique, il a créé sa propre société, avec laquelle il produit la plupart de ses films de marionnettes animées qui sont de pures merveilles (Next, 1989, Screen Play, 1992, Rigoletto, 1993 ou encore Achilles, 1995). Purves s’est aussi fait remarquer en tant que directeur de l’animation dans Mars Attacks de Tim Burton. Il dirige désormais des ateliers d’animation dans tous les principaux studios américains (Dreamworks, Pixar, Vinton Studios,...).
La Belgique possède aussi ses talents comme la virtuose Guionne Leroy qui a travaillé, entre autres, pour les films Toy Story, James et la pêche géante et Chicken Run. Quand le temps le lui permet, elle réalise également des merveilleux courts-métrages en patamod (Arthur, 1998). Récemment, elle a dirigé l’animation du long-métrage Max and Co (2007) des Suisses Frédéric et Samuel Guillaume.
Dans un tout autre style, Stéphane Aubier et Vincent Patar, les créateurs allumés de Pic Pic et André, ont réalisé la série en volume animé Panique au village. L’idée est originale : on a l’impression que les deux compères ont ouvert leurs coffres de jouets pour en ressortir les petites figurines d’indiens, de cow-boys et autres animaux de la ferme et pour les faire revivre comme au temps où ils étaient encore des enfants. Un long-métrage reprenant les personnages principaux de la série est sorti en 2009.
Enfin, il serait dommage de ne pas faire un rapide tour du monde de l’animation en citant ces autres réalisateurs/animateurs contemporains de grand talent : Arnold Burovs (Lettonie), Ferenc Cako (Hongrie), Abdollah Alimorad (2) (Iran), les frères Quay (USA/Angleterre), Kihachiro Kawamoto (Japon), Garri Bardine (Russie), Magnus Carlsson (Suède) ou encore Suzie Templeton (Angleterre)
En 1972, les britanniques Peter Lord et David Sproxton, deux camarades d’école tâtant de la plasticine animée, fondent le studio Aardman qui, jusqu’à ce jour, n’a eu cesse de produire des courts-métrages truffés d’idées brillantes, d’une technique implacable et d’un sens magistral du drame cinématographique. Le studio installé à Bristol réalise aussi des publicités et des clips et réinjecte une partie de l’argent gagné avec ceux-ci dans ses projets plus artistiques. Aujourd’hui, Aardman est le principal studio d’animation en pâte à modeler au monde.
Aardman a déjà une solide réputation quand, en 1985, le jeune Nick Park frappe à leur porte, cherchant où terminer un film d’école sur lequel il travaille depuis deux ans. Une grande excursion sort quatre ans plus tard et porte à l’écran pour la première fois Wallace, le vieux garçon maniaque et Gromit, son chien futé, caricatures parfaites de la mentalité britannique. Un an après, Park signe l’excellent court Creature Comforts (délirante enquête dans un zoo où tous les animaux se plaignent des conditions de vie) qui se voit récompensé d’un Oscar et va donner naissance, dans un second temps, à une série éponyme. Deux autres moyens-métrages avec Wallace et Gromit vont également être oscarisés : Un mauvais pantalon (1993) et Rasé de près (1995).
À la fin des années nonante, Aardman signe un accord de coproduction avec Dreamworks pour cinq longs-métrages, passant ainsi à la vitesse supérieure. Ensemble, ils sortent Chicken Run (2000) qu’on considère déjà comme faisant partie des films d’animation phares de l’histoire. En 2004, ils livrent le premier long-métrage de Wallace et Gromit, Le mystère du lapin-garou.
Pour Souris City (2006), le dernier long en date, la décision a été prise de le réaliser totalement en 3D numérique mais en gardant un rendu patamod. En effet, vu qu’une grande partie de l’histoire se passe dans l’eau, un tournage en stop motion aurait été trop cher et extrêmement compliqué. En 2007, Aardman lance Shaun le mouton, une nouvelle série télévisée destinée aux petits dont la vedette n’est autre que le petit mouton charismatique et malin du film Rasé de près. Enfin, 2008 voit le retour de Wallace et Gromit dans le moyen-métrage Un sacré pétrin.
Au début des années quatre-vingt, c’est grâce à Tim Burton que les poupées animées, en mousse de latex cette fois-ci, vont faire leur grand retour aux États-Unis. C’est qu’il fallait remonter aux derniers puppetoons de George Pal datant des années 50 pour trouver des films de marionnettes animées de qualité issus d’un studio américain. Burton va faire évoluer des marionnettes stylisées dans un univers torturé, aux influences multiples : cinéma expressionniste allemand, films d’horreur de la Hammer et poupées tchèques.
C’est en 1982 qu’il produit son premier court-métrage du genre mettant en scène Vincent Malloy, un petit garçon de 7 ans qui lui ressemble étrangement physiquement, ainsi que dans ses goûts littéraires et cinématographiques.
En 1993, Burton fait appel au réalisateur Henry Selick pour porter à l’écran en stop motion l’histoire d’un certain squelette au nom de Jack qu’il avait écrite quelques années auparavant lors de ses débuts au studio Disney. Réalisé avec des énormes moyens, L’Étrange Noël de Monsieur Jack propulse, pour la première fois, l’animation de volumes au Box office, tout en démontrant qu’elle est à même de transporter un univers graphique singulier.
L’équipe d’animateurs de Skellington fait sans nul doute partie des meilleures au monde. Elle a produit un travail énorme, conférant à ces poupées une présence incroyable que seuls Trnka et Pojar sont arrivés à donner auparavant à leurs figurines. La musique et les chansons de Danny Elfman portent le film à des sommets.
Un nouveau long-métrage avec des poupées animées produit par Tim Burton voit le jour en 2005 : Les Noces funèbres inspiré du conte traditionnel russe La Mariée morte. Les thèmes de prédilection burtoniens sont bien sûr au rendez-vous. La technique repousse encore les limites du genre. Mais, l’ombre de Jack plane cruellement au dessus du film qui souffre, malgré ses grandes qualités, de la comparaison.
Deux tendances se dégagent clairement dans le cinéma d’animation de figurines : il y a ceux qui travaillent avec des personnages en pâte à modeler et ceux qui animent des marionnettes. Rares sont ceux qui passent d’une technique à l’autre. Il faut rechercher les raisons de ces choix esthétiques dans les contraintes et les possibilités inhérentes à chacune de ces techniques. Le gros avantage de la plasticine est qu’elle est bien plus maniable que n’importe quelle autre matière. En effet, la moindre parcelle des figurines en patamod est modifiable. On peut même animer tous les détails des visages. Les personnages bavards de Vinton ou du studio Aardman sont là pour en témoigner. En revanche, ces figurines s’abîment très vite. Elles sont instables et l’animation de celles-ci laisse à l’écran des traces d’empreintes digitales. Ceci dit, ce sont aussi ces défauts qui font le charme de l’animation patamod. Des maigres tentatives ont prouvé que cette technique ne convient pas tellement à
des effets spéciaux réalistes, qu’elle affadit les éléments d’ordre esthétique. C’est vrai que ces figurines s’en sortent beaucoup mieux dans les registres de la facétie, de l’irrévérence ou encore de la parodie. Qu’elles soient souples ou rigides, les marionnettes sont en général construites dans des matières qui s’abîment beaucoup moins vite que les figurines en patamod. La plupart des marionnettes des films d’animation actuels sont en mousse de latex ou en silicone. Une utilisation intensive de celles-ci est possible sans en modifier l’aspect. Ces figurines sont donc de vraies marionnettes, leur plastique ne se modifie pas d’une image à l’autre. Le silicone et le latex rendent les marionnettes aussi plus stables et permettent de réaliser des textures de surface très réalistes, puisqu’on procède par moulage. Néanmoins, elles paraissent souvent plus froides et plus statiques que les figurines en patamod. Enfin, quel que soit le type de marionnette, il faut trouver des stratagèmes pour donner les expressions du visage. On doit alors créer plein de masques de substitution avec toutes les expressions voulues ou des mécanismes complexes permettant de bouger de nombreuses parties du visage. D’ailleurs, il n’est pas anodin que Jirí Trnka et les autres maîtres de l’école tchèque jusqu’en 1968 aient choisi tout simplement de ne pas donner la parole à leurs magnifiques marionnettes en bois. Heureusement, le spectateur ne doit pas choisir entre les figurines en patamod et les marionnettes. Les unes comme les autres, une fois animées, possèdent un réel charme qui opère très différemment. Les figurines en pâte à modeler, la plupart du temps, rassurent. En effet, qui n’a pas joué, petit, à la plasticine ? De plus, on dirait que les concepteurs de ces figurines retombent en enfance, leur donnant presque toujours un aspect caricatural ou naïf. Cela met une distance sympathique avec ces personnages attachants mais très différents des humains. Certaines marionnettes ou poupées sont conçues dans la même optique ou pour le plaisir des petits. Elles se veulent, elles aussi rassurantes, prenant alors des traits doux (personnages en bois, animaux en chiffon, oursons en peluche, petits animaux en carton,…). D’un autre côté, il est des marionnettes de films d’animation qu’on cherche à faire ressembler fortement à l’humain. Les voir bouger peut donner un sentiment étrange qui oscille entre la fascination et un léger malaise.
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-Grand prix (1975) de Ivo Caprino - VG0126 (MAR) - Dès 6 ans
-Chicken Run (2000) de Nick Park et Peter Lord - VC3298 (PMD, MAR) Dès 6 ans
-Les Noces funèbres (2005) de Tim Burton et Mike Johnson - VN0033 (MAR) - Dès 8 ans
-Desmond et la créature des marais (2006) de Magnus Carlsson -VD0498 (MAR) - Dès 5 ans
Courts et moyens métrages
-Cosette et le petit cordonnier (1977-1990) de Arnold Burovs - VC1211 (MAR) - Dès 4 ans
-Vincent (1982) de Tim Burton - VE7491 (MAR) - Dès 7 ans
-Les chefs d’œuvre du Studio Aardman (1989-1996) -VX1028 (PMD, MAR) - Dès 6 ans
-Wallace & Gromit -4 courts-métrages (1989-2008) de Nick Park VW0545 (PMD) - Dès 5 ans
-Le wall (1992) de Jean-Loup Felicioli in Bric et Broc -VX0006 (PMD) Dès 5 ans
-La montagne aux bijoux (1994) de Abdollah Alimorad -VM2292 (MAR) - Dès 5 ans
-Ferrailles (1996) de Laurent Pouvaret in Bric et broc -VX0006 (OBJ, MAR) - Dès 5 ans
-Le cyclope de la mer (1998) de Philippe Julien in L’œil du loup -VX1039 (MAR) - Dés 5 ans
-Arthur (1998) de Guionne Leroy in Le cinéma d’animation -TD1501 (PMD) - Dés 5 ans
-Tous les i de Paris s’illuminent (1999) de Guillaume Casset -VX1091 ou VX1057 (MAR) -Dès 5 ans
-Petite escapade (2001) de Pierre-Luc Granjon in Bric et Broc -VX0006 (MAR) - Dès 5 ans
-Le château des autres (CM, 2004) de Pierre-Luc Granjon in Bric et Broc -VX0006 (MAR) - Dès 5 ans
-Ruzz & Ben (2005) de Philippe Julien - VR0108 (MAR) - Dès 7 ans
Séries
-Pat et Mat (1992-1994) de Ludomir Benes - VP0418, VP0419 et VP0594 (MAR) - Dès 3 ans
-Shaun le mouton (2007) d’après Nick Park VS0784 et VS0792 (PMD) - Dès 3 ans
-4 saisons dans la vie de Ludovic (1972-2003) de Co Hoedman - VQ0026 (MAR) - Dès 3 ans
-Des Animaux Fous, Fous, Fous (2000) de Janis Cimermanis - VD1509 (MAR) - Dès 3 ans
-Panique au village (2000) de Stéphane Aubier et Vincent Patar VP0239 (MAR) Dès 6 ans

On enferme souvent le cinéma d’animation dans la sphère des films pour enfants. Cependant, il faut savoir que, comme dans le cinéma de prise de vues réelles, on a réalisé des films d’animation de tous genres. En effet, de nombreux films de « volumes animés » s’adressent avant tout à un public adulte. La complexité du discours narratif, les propos tenus, la violence ou l’érotisme de certaines scènes, ou encore les préoccupations du réalisateur, les font sortir du carcan Jeune Public. Et ce, pour le plus grand plaisir des spectateurs avertis. Voici une sélection d’excellents films comprenant de l’animation de volumes pour grands et/ou pour adultes.
Longs-métrages
-Krysar le joueur de flûte d’Hamelin (1985) de Jirí Barta - VK0048 (MAR) Dès 11 ans
-Alice (1988) de Jan Svankmajer -VA3826 (PVR, MAR, OBJ, PDC) Dès 10 ans
-Kamasutra (1990) de Lyonel Kouro - VK0043 (PMD) - Public adulte
-Mary et Max (2008) de Adam Elliot - VM2346 (PMD) - Dès 10 ans
Courts-métrages
-Les frères Quay : Courts-métrages (1979-2003) des Frères Quay VQ0030 (MAR) - Dès 16 ans
-Barry Purves : his intimate lives (1989-2001) de Barry Purves - VX1048 (MAR) - Dès 16 ans
-Harvie Krumpet (2003) de Adam Elliot in En matières d’animation TD2836 (PMD) Dès 10 ans
-L’inventaire fantôme (2004) de Franck Dion – VI0069 Dès 10 ans
-Madame Tutli Putli (2007) de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski – VM2353 (MAR) Dès 16 ans
Suzie Templeton : « Pierre et le Loup »
Naturellement, Pierre et les animaux se parlent des yeux, c’est un langage à la fois plus immédiat et plus sincère que n’importe quel autre système. Sans doute est-ce la raison pour laquelle Pierre les a si grands, si bleus : c’est une invitation à y aller, là, tout au fond, jusqu’à l’âme, jusqu’au cristal de la sensibilité, mais aussi de la solitude. Qu’on se rassure, il ne s’agit pas d’une nième adaptation de l’œuvre de Prokofiev, Pierre et compagnie ne tiennent pas à nous apprendre les familles d’instruments, et leur histoire ne vise pas tant à nous amuser qu’à nous faire réfléchir, discrètement, habilement. La délicatesse de l’animation transforme une œuvre archi-connue en une œuvre d’art… D’abord l’image se suffit à elle-même, exit le narrateur ; ensuite ça commence par des bruitages, qui reviennent dès que la présence de l’orchestre n’est plus requise. La musique se laisse désirer, si bien qu’on cesse de l’attendre, et lorsqu’elle arrive enfin, c’est comme si on ne l’avait jamais vrament entendue, scintillante, espiègle, nerveuse, équivalent sonore des gestes qu’elle souligne, de la nature qu’elle rehausse, des ennuis qu’elle annonce… Car la joie de jouer n’est pas sans revers et c’est la noirceur, la cruauté qu’il faut prendre sur soi – celle du loup
n’étant pas la pire – l’avidité, la violence des hommes. En ce sens, Pierre rappelle un peu le petit garçon, fragile et futé, du Ballon Rouge, comment protéger ceux qu’on aime ? Voilà ce que nous apprennent les petits garçons : dans ce mur de chagrin que dressent devant nous la violence et la bêtise, il y a toujours moyen de pratiquer une ouverture, pas grand chose, une ouverture à hauteur de petit garçon, ensuite il suffit de passer à travers, derrière le mur, c’est là que se trouve la liberté.

Catherine De Poortere
À voir
-Le ballon rouge (1956) de Albert Lamorisse - VB0683
www.suzietempleton.com
http://www.laprocure.com/musique-dvd/suzie-templeton/ pierre-le-loup_3453277678644.html
Coraline Jones emménage dans une nouvelle maison avec ses parents obnubilés par leur travail à domicile. Derrière une porte secrète, elle découvre un tunnel qui va l’amener dans une autre maison où vivent des parents qui ressemblent aux siens mais « en mieux ». Là, tout est magique, féerique. Ses autres parents sont souriants et toujours aux petits soins avec elle. Une chose étrange pourtant : ils ont des boutons cousus à la place des yeux. Ce monde parallèle fascine la fillette jusqu’au jour où sa fausse mère se met en colère…
Connu pour avoir réalisé L’Etrange Noël de M. Jack de Tim Burton, Henry Selick adapte Coraline, le best-seller pour enfants de Neil Gaiman, en un film de marionnettes animées. La présence de réalité-alternative en miroir fait bien sûr penser à Alice au pays des merveilles. Comme Alice, Coraline est confrontée à une série d’incertitudes et de frustrations. Intérieurement, les questions qui la taraudent pourraient se résumer à celles-ci : « est-ce que l’herbe est plus verte chez le voisin ? », « peut-on changer de parents ? ». Au départ, on peut penser qu’elle invente ce monde pour tuer son ennui. Mais, le film vire au fantastique quand l’aventure dépasse les fantasmes de la fillette, pour devenir un véritable cauchemar qui s’avère, au bout du compte, un voyage initiatique des plus troublants.
Avec un sens extrême du détail, Selick et son équipe ont accompli un travail de titan. Coraline, par exemple, est la première marionnette à avoir une garde-robes aussi vaste dont chacune des neuf tenues a été cousue avec du matériel à son échelle. Au niveau des décors, Selick s’est écarté des animations américaines classiques s’inspirant, pour le monde réel, des dessins aux couleurs délicates du japonais Tadahiro Uesugi, l’autre monde resplendissant de tons presque criards. Pour ce tournage, il a fallu un bataillon d’animateurs chevronnés qui se sont amusés à réaliser presque tous les effets spéciaux sur le plateau. La grande réussite de Coraline se situe dans cette osmose entre la qualité des dialogues, l’inventivité de l’animation et la création d’une galerie de personnages inoubliables comme l’acrobate Camarade Bobinski ou Pasd’bol créé par Selick pour donner la réplique à Coraline. Il faut savoir que ce film est un thriller pour enfants où rien n’est édulcoré. À voir donc en compagnie d’un grand pour dédramatiser certaines scènes. Ceci dit, Coraline est le genre de films qui hantent et que les enfants auront envie de revoir adulte.

Guillaume Duthoit
Films d’après des livres ou des scénarios de Neil Gaiman
-Mirrormask de Dave McKean, 2005.
-Stardust de Matthew Vaughn, 2007.
www.coraline.com
www.neilgaiman.com
www.tadahirouesugi.com
www.etrange-noel.net
(1) Ce parcours historique a été possible grâce aux ouvrages de référence suivants : Bernard Génin, Le cinéma d’animation, Les Cahiers du cinéma (Collection Les petits cahiers), 2003. / Anima Mundi, Animation Now !, Taschen, 2007. / Philippe Moins, Les Maîtres de la Pâte, Dreamland, 2001. / Pierre Courthet-Cohl & Bernard Génin, Emile Cohl, l’inventeur du dessin animé, Omniscience, 2008.
(2) La montagne aux bijoux et Les oiseaux blancs d’Abdollah Alimorad sont chroniqués ici.