HARMONIA MUNDI, 2012. Enregistrement 2010.
Marlis Petersen et le pianiste Jendrik Springer ont pris l'initiative de sélectionner une série d'airs et de lieder (19) dédiés à l'Eternel féminin. Ce thème, cher à Goethe, a fait, au cours des décennies, l'objet de multiples compositions. Dans cet enregistrement, ils nous proposent une lecture à plusieurs niveaux qui s'articule autour d'une même oeuvre, le "Chant nocturne du voyageur" (Wandrers Nachtlied, 1780). Evitant l'écueil d'une version standard connue de tous ou presque, ils déclinent l'oeuvre littéraire du poète en 6 regards différents: Schumann, Kempff, Ives, Medtner, Sommer et Liszt. Aux côtés de ces compositeurs figurent d'autres lieder de Krenek, Braunfels, Wagner, Diepenbrock, Tchaikovsky, Wolf, Schubert, Fanny Mendelssohn et pour terminer, Manfred Trojahn dont la composition date de 2008. Voici un vaste "récital-tour d'horizon" de la production musicale déployée sur près de 2 siècles! MDW
Née en Allemagne, Marlis Petersen étudie le chant à Stuttgart avec Sylvia Geszty (présente dans nos collections). En 1993, elle débute à l'opéra de Nuremberg dans des rôles de soprano colorature. Puis en 1998, c'est au tour de l'opéra de Dusseldorf. Elle est acclamée à Vienne dans Lulu de Berg qui devient un de ses rôles-titre. MDW
Diapason d'Or avril 2012.
ECM RECORDS, 2012-2010. Enregistrement 2006.
Vu dans Diapason (avril 2012)
Dans le contexte politique de l'URSS de l'après Seconde Guerre Mondiale, écrire de la musique pouvait se révéler dangereux. Ne pas s'inscrire dans les cadres de la pensée soviétique était considéré comme suspect. Sophia Gubaidulina n'échappa pas à cette suspicion. En considérant que religion et musique partagent le même but qui est d'unifier la vie humaine, composer pour elle est devenu une sorte de renouveau spirituel, bien éloigné des querelles de chapelles et des vicissitudes politiques. Cette conception aux larges vues se concrétise de diverses façons dans son oeuvre. Ainsi The Canticle of the Sun, dédié au violoncelliste Mstislav Rostropovich est un exemple de cette recherche à la fois esthétique et mystique. Sofia Gubaidulina divise le texte de Saint François d'Assise en quatre segments : Glorification du Créateur, et de ses Créations - le soleil et la lune ; Glorification du Créateur, le créateur des quatre éléments : air, eau, feu et terre ; Glorification de la vie ; Glorification de la mort. Le rôle du choeur est allusif, le texte est suggéré plutôt que chanté. La partie du soliste, le violoncelle, suit de près le contenu sémantique qui mène de la vie à la mort. Utilisant son instrument de manière traditionnelle, l'interprète va être invité à utiliser des modes de jeux différents (harmoniques, sul ponticello, colarco) pour ensuite abandonner son instrument au profit de la grosse caisse et duflexatone. Cet abandon marque la transition entre la glorification de la vie et celle de la mort corporelle. Un grand silence se fait d'où émerge le son de la grosse caisse. Le flexatone présente alors des glissandis ascendants, mode d'expression très prisé par Gubaidulina pour symboliser le chemin pour atteindrel'unité avec le divin. Le retour du violoncelle au grave de sa tessiture chante l'élégie de la quatrième glorification, celle de la mort qui n'est pas vue par la compositrice comme un néant. Le violoncelle s'élève au sommet de sa tessiture pour y planer au milieu des voix. AG
HARMONIA MUNDI, 2012. Enregistrement 2011.
Conçu sous la forme du "parcours fictif d'un personnage romantique", le dernier CD du ténor allemand trace les âges de la vie d'un être en quête de sens et d'équilibre avec ce qui l'entoure. Au fur et à mesure des plages, chaque lied donne une réponse à un questionnement existentiel profond. Quant à l'interprétation de Werner Güra accompagné au piano par Christoph Berner, cela se passe de commentaire si ce n'est: recette magistrale! MDW
Diapason d'or mars 2012.
MIRARE, 2011.
Le pianiste franco-libanais Abdel Rahman El Bacha enregistre ici des oeuvres pour piano de Prokofiev composées entre 1912 et 1917, période précédant le départ du compositeur vers les Etats-Unis en 1918. A travers ces pièces, on voit se concrétiser les éléments de langage qui, pour la plupart, se renforceront encore avec le temps, comme l'exploration de la polytonalité, l'usage de l'ironie, les structures inspirées de l'époque classique. Un pan intéressant dans l'oeuvre de Prokofiev. NR
NAIVE, 2011.
Composée en 1834, Harold en Italie est la deuxième des 4 symphonies de Berlioz. Tout au long de cette oeuvre de concert, l'accent est mis sur sa période d'exil en Italie: elle est teintée par ces moments passés dans les Abruzzes au contact de musiciens ambulants et de villageois. Le personnage principal, tout droit sorti de l'oeuvre de Byron, "Childe Harold's Pilgrimage" semble lui aussi errer au milieu d'un décor campagnard. Berlioz met en valeur l'alto et parvient dans cette oeuvre, à associer le mordant de la bise du Nord et la chaleur lumineuse du sud. L'accueil mitigé du public pousse le compositeur à organiser des tournées en Europe dans le but d'y diriger cette oeuvre qu'il affectionne particulièrement. Ses voyages lui donnent aussi l'occasion de faire entendre le répertoire vocal dont les Nuits d'été, cycle de 6 mélodies composées d'après les textes de son ami, Théophile Gautier. Elles reflètent l'amour impossible et le refuge dans le monde onirique. Toujours lié à l'idée de voyage, Berlioz développe une ancienne partition et compose la Damnation de Faust vers 1845. Il s'agit de la première apparition de Marguerite à laquelle l'alto (toujours lui!) répond.
L'association Minkowski, Tamestit et von Otter est lumineuse: l'approche plus contemporaine et le jeu d'Antoine Tamestit est remarquable dans la symphonie Harold en Italie. J'émets une petite réticence quant au manque de générosité d'Anne-Sofie von Otter dans les Nuits d'été. Cependant, les phrases sont souvent comme scandées ce qui rend la diction quasi irréprochable. Voici une vision différente de ce cycle et qui n'en demeure pas moins très intéressante. Cet enregistrement se conclut avec l'air "du Roi de Thulé" dans lequel voix et alto sont en totale symbiose. Un régal! Marie de Wautier
Livret de 72 pages rehaussé de reproductions en couleurs d'oeuvres de Turner et de Corot pour les plus connus d'entre eux.
DGG, 2011.
Le mélange de neuf et d'ancien, les juxtapositions de mélodies et de rythmes font parfois ressembler la musique de Charles Ives à un puzzle que l'oreille doit reconstituer, un langage où l'inattendu surgit au bout d'un phrasé mélodique, où la citation donne pour un bref moment le sentiment de terre ferme...
Les quatre Sonates pour violon et piano ont toutes été écrites dans la même période, entre 1903 et 1915. La violoniste Hilary Hahn et la pianiste Valentina Lisista ont joué à plusieurs reprises ces oeuvres sur scène avant de les enregistrer, en peaufinant ainsi, au contact du public, les subtilités expressives. NR
DGG, 2011. Enregistrement 2010.
Le pianiste Roger Muraro a rassemblé sur un même disque une oeuvre emblématique - le Concerto pour piano en Sol de Maurice Ravel - et un échantillon de pièces pour piano de Ravel, de Gershwin, de Stravinsky ou encore de Fauré. Ces oeuvres illustrent les différents courants stylistiques dont Ravel s'est inspiré pour son Concerto en établissant des parallèles que le pianiste explique dans le livret accompagnant le CD : le Jazz de Gershwin, la modernité de Stravinsky, le balancement rythmique de Fauré... Un beau projet qui sort des sentiers battus et qui nous éclaire sur l'écriture de Ravel. NR
CHANDOS, 2012. Enregistrement 2011.
Le programme de ce bel enregistrement présente des réalisations orchestrales de la Sonate D936A de Schubert ("Rendering"), de la sonate pour clarinette opus 120 n°1 de Brahms et de 6 Lieder de Mahler. Les deux solistes sont exemplaires dans l'interprétation de cette musique écrite à plusieurs mains. AG
ECM RECORDS, 2009-2008. Enregistrement 2006.
Entre lamentation et contemplation, l'alto de Kim Kashkashian nous entraîne sur un parcours hypnotique à travers les oeuvres de compositeurs arméniens et israeliens. Les styles sont néanmoins différents depuis le "Neharot Neharot" de Betty Olivero qui se déploie sur fond de chants traditionnels, avec même quelques références à l"Orfeo de Monteverdi, suivi par les accents plus contrastés de Mansurian pour terminer avec "Rava Devarin" de Steinberg qui se présente comme une contruction plus énigmatique d'inspiration cabalistique. Kim Kashkashian, pour qui la plupart de ces oeuvres ont été écrites, confère une unité à l'ensemble en arrachant des sonorités sublimes des entrailles de son instruments. JL
PASSACAILLE, 2011. Enregistrement 2010.
Le titre de ce disque fait référence à la manière dont Telemann caractérisait les traditions musicales de Moravie qu'il découvrit à l'occasion d'un séjour qu'il fit en Silésie en 1704 au service du comte Erdmann von Promnitz. Il avait été subjugué par la "Beauté barbare" de ces musiques qui "suffisent à donner assez d'idées musicales pour meubler le reste de sa vie" dira-t-il dans ses mémoires. De nombreux trios et concertos s'inspirent de ce répertoire. L'oeuvre de Telemann fut loin d'être la seule voie d'entrée de ces musiques d'Europe centrale dans nos contrées. C'est ainsi qu'on retrouve quelques années plus tard la traditions des groupes de violonistes bohémiens à la cour de Frédéric le Grand dont le premier violon n'était autre que Johann Gottlieb Graun. Il excerçait la charge, en alternance avec Franz Benda, un bohémien. Stimulé par ce voisinage, mais aussi par la présence à Berlin d'un virtuose de la viole de gambe, Ludwig Christian Hesse, qualifié de meilleur gambiste du monde par ses contemporains, Graun composa un corpus de 10 concertos pour violes de gambe et orchestre qui constitue un cas presque unique dans l'histoire de la musique. D'après Vittorio Ghielmi, les termes "violetta" ou "viola" désigneraient tout simplement la viole de gambe dans certaines compositions baroques. Quoiqu'il en soit, Ghielmi défend avec le brio et la conviction qu'on lui connaît ce programme qui commence par le Marcel's praeludium pour cymbalon de Marcel Comendant et se termine par le Marcel's Farewell de la même plume. AF
SONY CLASSICAL, 2012.
Vu dans Diapason (mars 2012)
Un bon cru que ce millésime 2012 ! Mariss Jansons dirige son deuxième concert de nouvel an à Vienne avec plus d'assertivité qu'en 2006. Le résultat donne des fourmis dans les jambes. A savourer avec le champagne et les petits fours. AG
NAIVE, 2011.
De retour chez Naïve, Laurent Korcia choisit deux oeuvres qu'il connait bien: le concerto de Tchaikovsky et celui de Korngold. Composé en 1945, cette oeuvre regagne peu-à-peu la faveur du public grâce aux diverses interprétations récentes. Dès les premières mesures, ce concerto raconte une histoire personnelle et éveille l'imagination de l'auditeur au moyen de couleurs orchestrales puissantes et de la prise de risque du soliste. Accompagné par Jean-Jacques Kantorow et le Philharmonique de Liège, Laurent Korcia propose sa vision du concerto de Tchaikovsky: héritière des versions historiques et final un tantinet cabotin! MDW
DIAPASON D'OR novembre 2011.
PRAGA DIGITALS, 2011.
En plus de la composition, Alexandre Borodine pratique la flûte, le piano et le violoncelle qui devient son instrument de prédilection. Ce que l'on connaît un peu moins de lui, c'est sa carrière de médecin et d'excellent chimiste (recherches, publication d'articles et création d'une école de médecine pour femmes). Pour revenir au violoncelle, les ensembles Kinsky et Prazak jouent "les petits péchés de jeunesse" du compositeur (ce qui correspond aux partitions de chambre écrites entre 1850 et 1860) et allient spontanéité, lyrisme et inspiration nationale dans leur interprétation. MDW
SUPRAPHON, 2012. Enregistrement 2011.
De petits éléments tournoyant dans le vide, se lovant sur eux-mêmes, glissant d'un incertain vers un indécis, s'éloignant peu à peu d'un centre imaginaire pour aller vers un ailleurs qui est Autre. Envisager la musique de Sofia Gubaidulina sans sa dimension religieuse, spirituelle et symbolique, c'est manquer une rencontre, celle avec une femme confrontée dès les débuts avec les contraires et tentant de les relier. La musique est-elle pour elle un moyen de répondre à cette tension ? Peut-être. Le Premier quatuor pourrait être une métaphore de l'opposition de ces contraires dans l'éloignement progressif de ses protagonistes tandis que le troisième quatuor accumule à l'envi les modes de jeu. Avec le Quatrième Quatuor pour cordes, balles en caoutchouc et bande magnétique, la compositrice arrive à la quintessence de sa quête de " reliance ". Près de dix ans plus tard, Reflections on the Theme B-A-C-H qui peut être considéré comme un cinquième quatuor à cordes apporte-t-il une réponse à cette recherche d'union des contraires ? Mais si réponse il y a, n'est-ce pas courir le risque de voir se tarir l'énergie engendrée par la question ? Assurément non, puisque le motif issu de l'Art de la fugue du grand Jean-Sébastien donne naissance à un flux d'abord indécis puis de plus en plus tendu vers les sommets de la tessiture du quatuor, véritable aspiration dirigée vers la transcendance et qui laisse à chaque auditeur le loisir de méditer. Pas de réponse, donc. AG
PRAGA DIGITALS, 2012.
16 cordes seulement pour énoncer (et méditer) ces 7 adagios composés par Haydn suite à une commande espagnole en 1786. La tâche du compositeur n'est pas simple car l'objectif de cette commande est de "remplir" (sans ennuyer l'auditeur) l'intervalle - de plus ou moins 10 minutes - entre les sermons de l'évêque de Cadix. Le célèbre Quatuor, constitué au Conservatoire de Prague dans les années '70, partage une nouvelle fois un savoir-faire et une rigueur hors norme. MDW
Choc de Classica avril 2012.
PAN CLASSICS, 2012. Enregistrement 2011.
DIAPASON D'OR mars 2012
Diego Ares fait sonner un clavecin espagnol, copie d'un instrument de Francisco Pérez Mirabal de 1734 pour ces sonates de Domenico Scarlatti. Elève de Richard Egarr à Amsterdam, Ares a poursuivit ses études de clavecin à la Schola Cantorum Basiliensis. Son jeu est subtilement sensible, il n'hésite pas à rompre le mouvement là où l'expressivité le requiert. Son usage original et bien à propos des registres du clavecin donne couleurs et reliefs à cet enregistrement qui mérite bien sa récompense en or. AG
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