État indépendant depuis le 31 août 1991, l’Ouzbékistan fut longtemps dominé par les grands empires environnants (des Perses, des Grecs, des Arabes, des Mongols et enfin des Russes). Les premières grandes civilisations qui s’établirent dans la région remontent à 5 siècles avant J-C.
La culture ouzbèke actuelle, et en particulier la musique, est le fruit de cette longue histoire d’influences multiples qui contribuèrent à lui donner la saveur particulière qui est la sienne. Pour schématiser, on peut distinguer entre une musique savante (héritée de la culture islamique) et une musique folklorique (issue de la tradition turco-mongole des bardes). Par ailleurs, la culture musicale populaire d’aujourd’hui (la pop music) s’est développée dans la droite ligne de cet important héritage, ainsi que sous une très forte influence russe (durant l’ère soviétique), à laquelle s’ajoute désormais aussi l’influence occidentale.
Nous vous proposons un aperçu sur cet univers musical aussi riche et varié que surprenant. Bonne découverte !

La musique savante ouzbèke constitue un héritage de la culture islamique. Elle consiste en l’art d’interpréter les maqôm. Un maqôm est une organisation des échelles mélodiques. À la différence du système des « gammes » (majeures, mineures...) telles qu'on les conçoit et les utilise en Occident, le maqôm est plus qu'un système d'intervalles; il organise les intervalles entre chaque note ainsi que les cheminements à l'intérieur de cette « échelle » modale, et ce sur plusieurs octaves (généralement deux). Sur ce point, le maqôm se rapproche beaucoup du système des râga dans la musique classique indienne.
Le répertoire classique le plus célèbre et le plus prestigieux d’Ouzbékistan s’appelle le shashmaqam, c’est-à-dire les six maqam (ou maqôm). Il s’est développé dans la région de Boukhara, à la cour des émirs. Cet art se pratique le plus souvent en duo (un chanteur accompagné d’un joueur de luth ou de percussion), mais aussi en solo, trio ou avec tout un orchestre.
Le monâjât est, à l’origine, un appel à Dieu, une supplique, qui faisait partie d’un maqôm. Il s’agissait d’un chant soufi traditionnellement exécuté pendant le dhikr (cérémonie qui vise à se détacher du monde et à parvenir à l’extase). Au XXe siècle, il lui fut ajouté des paroles rédigées par un poète du XVe siècle, et il est alors devenu un chant d’amour allégorique faisant référence à l’amour mystique. Monâjât Yultchieva, prédestinée sans doute par son prénom (qui signifie « prière », « ascension vers Dieu »), est considérée comme la plus grande interprète du monâjât, qu’elle chante avec un talent exceptionnel.
Parmi les instruments traditionnels d’Asie centrale, le dotâr occupe une place tout à fait spéciale. Sorte de luth constitué d’un long manche et de deux cordes (frappées, pincées ou grattées), il est utilisé tant dans la musique savante que par les bardes populaires. Khodâverdiev (éminent spécialiste du dotâr), Hamidov (le plus fameux dotâriste d’Asie centrale) et Razzaqov (élève talentueux de ce dernier) proposent tout un éventail des possibilités de cet instrument ancestral.
Au centre de la tradition musicale populaire d’Ouzbékistan se trouve le bakhshi,un barde professionnel formé auprès d’un maître pendant de longues années. Il se produit lors de toy (banquets familiaux qui rythment la vie : mariage, circoncision, etc.). Il interprète des poèmes, des chants d’amour et des chants épiques (les destan). Le plus fameux des destan est l’épopée de Görogly qui narre les hauts faits de ce héros turc (semblable à un Robin des Bois oriental).
Matlubeh pratique le chant depuis sa plus tendre enfance. Repérée lors d’un concert à la Maison de la Culture de son village natal, elle persuade sa mère de l’envoyer se perfectionner en ville. Après avoir étudié à l’université de musique et au conservatoire de Tachkent, elle collabore avec l’Ensemble Shashmaqam de la radio d’Ouzbékistan, dont elle deviendra rapidement la figure de proue. Sa technique vocale lui permet d’atteindre l’excellence dans l’art de la musique savante classique. Mais loin de se contenter de cette reconnaissance, Matlubeh décide d’ajouter une corde à son arc en revenant au répertoire folklorique populaire de son enfance. Désormais, c’est d’un seul mouvement qu’elle redonne vie tant aux partitions de musique savante qu’aux airs folkloriques ouzbèkes.
Au milieu du XXe siècle, dans la région du Ferghana, il s’est développé une lignée de grands interprètes qui remirent au goût du jour les répertoires traditionnels, le plus souvent ceux du folklore populaire. Différents exemples de styles traditionnels, accompagnés de plusieurs instruments ancestraux.
♥ À noter aussi, quelques compilations qui donnent un bel aperçu de la riche tradition musicale (classique et folklorique) d’Ouzbékistan. La plupart de ces disques sont accompagnés de notes précieuses et éclairantes sur l’histoire et les particularités de cette musique.
♥ L’ensemble Sogdiana propose également un répertoire complet qui puise tant dans la musique savante religieuse que dans le folklore populaire. Il a la particularité d’utiliser tout un panel d’instruments traditionnels: nay (flûte oblique), surnay (instrument à vent à double anche de la famille des hautbois), chang (instrument à cordes frappées semblables à une cithare sur table), rabâb (instrument à cordes dont la table d’harmonie est une peau tendue), dotâr (luth traditionnel à long manche), doyre (tambour sur cadre).
Véritable star dans son pays et dans toute l’Asie centrale, Yulduz Usmanova est né dans une famille ouvrière d’origine ouïghour de la région de Ferghana. Après avoir étudié la musicologie dans sa ville natale, elle fut remarquée lors d’une représentation à l’occasion du Jour de la Femme. Cela lui ouvrit les portes de l’Uzbekistan State Conservatory, où elle perfectionna la maîtrise de sa voix. Après avoir occupé un poste au sein du parlement ouzbèke, en parallèle à sa carrière de chanteuse, Usmanova décida en 2008 d’émigrer en Turquie afin de protester contre la politique artistique de son pays.
Très populaire dans son pays, Sevara Nazarkha,est également originaire de la région de Ferghana. Elle débuta sa carrière danslegroupeSideris (qui comprenait 4 filles), mais elle gagna en reconnaissance lorsqu’elle se lança dans une carrière solo. Son instrument de prédilection est le dotâr qu’elle joue dans une perspective moderne, transcendant ainsi son aspect folklorique traditionnel. Primée et acclamée, elle pose sa belle voix sur des mélodies ouzbèkes traditionnelles présentées dans des arrangements soul, jazz ou électroniques.
Sur son 1er album, Mokhira, nouvelle star nationale, mixe ses racines traditionnelles (qu’elle a étudiées au Conservatoire) à des sonorités européennes pour un résultat qualifié d’« Oriental Ethno Pop ».
La fusion des styles et le mélange des genres est aussi une manière de vivifier les traditions. Ainsi, l’Iranien Emmanuel Hoseyn During (qui, après avoir joué du jazz et du blues-rock, a étudié le flamenco à Séville) propose, avec son groupe Yengi Yol (qu’il a monté en compagnie de quatre artistes ouzbèkes), une rencontre étonnante et enrichissante de la musique gitane avec les rythmes et mélodies de la musique traditionnelle d’Ouzbékistan.
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