DEUTSCHE GRAMMOPHON, 2011.
C'est toujours un plaisir de retrouver Hélène Grimaud. Elle nous revient aujourd'hui dans un programme entièrement mozartien. Les deux concertos devaient initialement être enregistrés lors d'un concert à Bologne avec l'Orchestra Mozart dirigé par Abbado, mais les circonstances ont fait que c'est finalement lors d'un concert reprennant le même programme à Munich avec l'Orchestre de chambre de la radio bavaroise que le projet a été finalisé. Dans une interview parue dans le Classica de novembre 2011 à l'occasion du Choc Classica que son disque a reçu, Hélène Grimaud évoque une rencontre magique avec le Kammerorchester des Bayerischen Rundfunks: l'osmose qui s'est opérée entre elle et l'orchestre a créé les conditions d'une "liberté partagée", ce sont ses mots, qui a permis de dépasser les questions de stylisation pour accéder à quelque chose de plus fondamental à ses yeux. Hélène Grimaux nous confie apprécier de plus en plus les conditions du live qui implique un dépassement de soi dont elle estime que la musique sort gagnante. Revendiquant la simplicité de la lecture qu'elle fait des compositions de Mozart, elle conseille tout simplement de ne pas "gêner la musique". Mozart était avant tout un être de passion, il ne se cachait pas derrière des artifices comme d'aucuns le pensent, mais exprimait librement ses émotions. Pour nous en convaincre, elle a choisi trois oeuvres parmi celles qu'elle ressent comme les plus magiques, un mot qui, avec passion, revient fréquemment dans ses propos, notamment le sublime adagio du Concerto pour piano en la majeur K.488 dont elle pense que "Même si ce mouvement était tout ce que nous avions, cela suffirait" Le résultat est ... magique ! AF.
AMBRONAY EDITIONS, 2011. Enregistrement 2010.
De nouveau et pour notre plus grand bonheur, Leonardo García Alarcon nous ressuscite une partition qui, pour être restée dans l'oubli depuis des siècles, n'en gagne pas moins à être redécouverte tant pour sa richesse musicale que pour l'originalité d'une conception ne relevant d'aucune forme musicale précise comme l'oratorio ou le drame sacré. Une des qualités exceptionnelles de l'oeuvre réside dans un art abouti de faire correspondre le texte et la musique, réalisant ainsi cette définition qu' Alarcon nous livre dans le livret du CD : " la rhétorique musicale est la technique de base qui permet à un texte poétique de devenir un objet sonore " ; cependant l'attention portée aux richesses sonores ne s'arrête pas, pour Alarcon, aux intervalles et accentuations, il ira jusqu'à en explorer le potentiel symbolique et extrasensoriel (selon ses propres termes) en s'appuyant sur la collaboration du percussionniste iranien Keyvan Chemirani dont l'approche intérieure et intuitive du son n'est pas sans rapport avec la tradition sicilienne. JL
DIAPASON D'OR en octobre 2011
VIRGIN CLASSICS, 2011.
"Duetti" ou la conjugaison vocale de deux voix de contre-ténors bien connus des scènes actuelles: Max Emmanuel Cencic et Philippe Jaroussky. William Christie orchestre cette rencontre autour du répertoire italien du 18ème siècle. Nourris par l'envie de réunir "la famille artistique des contre-ténors", Cencic et Jaroussky abordent une série de cantates profanes peu connues et présentent des oeuvres de G. Bononcini, de F. Mancini, de F. B. Conti, de N. Porpora, de B. Marcello et d'Alessandro Scarlatti.
L'association des deux voix est étonnante et séduisante tant par la couleur que le caractère personnel de chaque chanteur qui transparaît sans faire d'ombre à l'autre. Il s'agit ici de complémentarité, d'alternance entre passages dans lesquels les voix s'entremêlent et explorent les diverses possibilités vocales, puis se séparent et reprennent leur conversation. Marie de Wautier
Diapason d'or décembre et Choc de Classica novembre 2011.
RICERCAR, 2011.
Choc Classica en décembre 2011.
Ce programme est d'abord une biographie en musique qui retrace le parcours d'Heinrich Isaac, un des plus célèbres musiciens franco-flamands. Ses contemporains lui reconnaissaient une réelle aisance à s'approprier les différents styles. C'est donc aussi à un panorama complet de la musique du 15° siècle que la Capilla flamenca, dont c'est le répertoire de prédilection, nous invite. Originaire de Flandre, Heinrich Isaac a passé l'essentiel de sa vie dans deux cours prestigieuses qui ont incontestablement marqué la vie culturelle et politique de leur époque: la cour de Laurent de Medicis à Florence et la cour de l'empereur d'Autriche, Maximilen Ier. Le modeste effectif de la Capilla flamenca composé de quatre chanteurs accompagnés d'un luth, d'une flûte et de violes de gambe, est rejoint dans certaines pièces par les cornets à bouquin et trombones de l'ensemble d'Oltremontano. AF
ALIA VOX, 2011. Enregistrement 2010.
Comme chaque année, c'est un superbe disque que nous offre Jordi Savall en cette fin 2011. Dans le substantiel livret qui l' accompagne, il revient sur l'événement majeur qu'a été la prise d'Istamboul par les turcs en 1453. La ville a de tout temps été une ville cosmopolite et un lieu de rencontre interculturelle; mais à partir de cette date , les interactions entre l'Europe et l'empire turc seront plus nombreuses . Deux ans après "Istamboul - Dimitrie Cantemir" (BA0455) consacré à l'auteur du "Livre de la Science de la Musique", un moldave qui collecta pendant plus de vingt ans les musiques savantes ottomanes, Jordi Savall continue d' explorer ce répertoire fascinant, en dialogue avec d'autres cultures: les compositions de Cantemir alternent avec des romances de la diaspora sépharade chantées par la regrettée Montserrat Figueras et Lior Elmaleh et avec des pièces instrumentales arméniennes. AF
Les titres: Taksim & Makam "Uzzäl usüles Darb-i feth" de Dervis Mehmed; Segâh Kâr "Kâr-i Ses-âvâz" de Hace Abdülkadir Meragi (1350-1435); Chanson et Danse "Siretsi yares Taran-Noubar noubar", anonyme arménien; Por alli pasó un cavallero, anonyme sépharade (16°); Taksim & Makam "Bûselik usûles" de Dimitrie Cantemir (1673-1723) ; Hisar Agir Semai" de Mustafa Efendi (640-1712); Taksim & Danse: traditionnel arménien; Prière, traditionnel hébraïque; Taksim & Makam Rehavi Cember de Tanburi Angeli (?-1690); Gazel, improvisation; Taksim & Makam "Hicâz usüles Devr-i Kebir", anonyme; "Punxa, punxa", romance sépharade; "El rey que tanto madruga", anonyme sépharade (16°); "Hisar Buselik Sarki" de Tanduri Mustafa Cavus (1700-1770), plainte "En Sarer II" de Goussan Ashot de Goussan Ashot (Arménie); Rast Nakis beste "Amed nesim-i" de Hace Abdülkadir Meragi (1350-1435).
Les instruments: lyre, vielle, rebab, duduk, kemençe, kaval, ney, santur, morisca, oud, tanbur, kanun et percussion.
HYPERION, 2011. Enregistrement 2010.
Angela Hewitt est une artiste phare du label Hyperion, connue notamment pour ses fameux enregistrements Bach. Elle fait son grand retour au disque avec Mozart - les Concertos pour piano n°6 (K.238), 8 (K.246) et 9 (K.271) "Jeunehomme" - accompagnée par l'Orchestre de Chambre de Mantoue dirigé par Carlo Fabiano. Angela Hewitt joue sur un superbe piano Fazioli, et la grâce et la simplicité de son jeu rayonnent plus que jamais dans la musique de Mozart (Qobuz).
ZIG ZAG, 2011. Enregistrement 2010.
L'enregistrement des variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach semble être un passage obligé pour les clavecinistes et le risque existe de ne voir qu'une énième version de l'oeuvre rejoindre nos discographies. Ce n'est pas le cas avec ce disque. Certes, il ne manquera pas de faire hurler certains puristes, d'en interpeller d'autres, voire de les déstabiliser tant la lecture des Goldberg de Blandine Rannou peut paraître iconoclaste. Les libertés qu'elle s'accorde sont grandes, mais son interprétation est nourrie d'une analyse approfondie de la partition et d'une profonde réflexion sur l'art de la variation. Bach avait intitulé sa composition "Aria avec différentes variations pour un clavecin à deux claviers". Il souhaitait très probablement que l'interprète n'hésite pas à explorer toutes les possibilités sonores de l'instrument pour construire son interprétation. Sur ce point-là, Blandine Rannou n'est pas en reste et le choix de l'instrument, une copie d'un clavecin français Ruckers-Hemsch (1636-1763) fait par Anthony Sidey, est des plus approprié. Non seulement l'instrument sonne sous ses doigts, mais il déploie une palette de sonorités incroyables. Ce disque a reçu un choc classica en novembre 2011. AF
SOLI DEO GLORIA (SDG), 2011. Enregistrement 2009.
Un des grands mérites de ce très bel enregistrement est de consacrer pour la première fois un disque entier à Jean-Christophe Bach, petit cousin et précurseur très talentueux du grand Jean-Sébastien. Celui-ci l'appréciait beaucoup et le considérait comme un compositeur "profond". Il se dit de lui que lorsqu'il improvisait à l'orgue, il ne jouait jamais à moins de cinq parties réelles, ce qui dénotait des compétences peu communes, même à cette époque. Les oeuvres présentées ici, des dialogues, air, lamento et motets, se réclament aussi bien de l'écriture madrigalesque que de la rigueur du contrepoint nordique. Elles dressent un tableau intimiste, voire doloriste, qui trouve une très belle expression sous la direction de John Eliot Gardiner qui les cisèle avec une infinie tendresse . Le titre "Welt, gute nacht" ("Monde, bonne nuit") renvoie à la fin de l'aria à 4 voix "Es ist nun aus mit meinem Leben". Une belle découverte AF (d'après le livret).
ALPHA, 2011.
6 CD / 4 pièces payantes
Quelle belle initiative que celle qu'a prise le label Alpha en publiant ce coffret de six disques consacrés à Jean-Sébastien Bach, accompagné d'un livret de 198 pages richement illustré et écrit dans un langage accessible à tous. Celui-ci plaira sans aucun doute à l'auditeur pointu, mais ne manquera pas de séduire aussi l'amateur moins averti. La démarche ne se veut pas exhaustive. L'intention est plutôt d'inviter l'auditeur à un réjouissant festin annoncé par la reproduction d'une appétissante nature morte du peintre Jan Davidsz de Heem (1606-1684) sur la couverture du disque. C'est donc un esprit ludique qui a guidé le choix des pièces présentées ici. Aucune n'est présentée dans son intégralité car le souhait était d'illustrer six thématiques parlantes par un ensemble de petites pièces caractéristiques confiées à des interprètes divers: Cordes frottées - Cordes pincées & cordes frappées - Du clavecin à l'orgue - Grands effectifs profanes - Musique sacrée - Open Bach; cette dernière partie étant un clin d'oeil aux arrangeurs et transcripteurs qui n'ont pas hésité à s' emparer des compositions du Maître pour en donner leur propre lecture, parfois très déjantée. Un portrait de Jean- Sébastien Bach signé de la main de Gilles Cantagrel situe le compositeur dans son temps. Orphelin à 10 ans, Bach a été recueilli par son grand frère qui s'est chargé de son éducation. Intelligent, curieux de nature, voire boulimique, c'est dès ces années qu'il acquiert les bases d'un savoir qui deviendra encyclopédique. Sans ressource, il est contraint très jeune d'assurer sa subsistance. Au fil d' expériences professionnelles multiples, souvent motivées par l'aspiration de travailler dans un cadre de travail plus propice à son génie, Jean-Sébastien Bach développera le langage syncrétique qui sera la marque des grandes oeuvres écrites dans les dix dernières années de sa vie. En complément, quelques interprètes - Céline Frisch, Pablo Valetti, Lucille Boulanger, Arnaud de Pasquale, Benjamin Alard et Bruno Cocset - se confient et nous livrent les raisons du rapport privilégié qu'ils entretiennent avec la musique de Jean-Sébastien Bach. Je laisserai d'ailleurs le mot de la fin au violoncelliste Bruno Cocset qui l'exprime très bien : " Pourquoi le lien personnel qui nous unit à Bach est pour beaucoup d'entre nous si intime... Bach nous touche. Comme d'autres musiciens? Non. Comme aucun autre. " AF
FUGA LIBERA, 2011.
Voici un enregistrement qui mérite l'attention, essentiellement pour la belle cohésion entre le soliste, l'ensemble instrumental et la direction précise d'Augustin Dumay, dans un programme dédié à Antonin Dvorak. MDW
DEUTSCHE GRAMMOPHON, 2011-2010. Enregistrement 2002.
Voici le "meilleur d'Anna Netrebko" enregistré devant le public du Met entre 2002 et 2010. Dans un intervalle relativement court, elle y tient les rôles de Zerlina (Don Giovanni); Musetta et Mimi (La Bohème); Gilda (Rigoletto); Norina (Don Pascale); Elvira (I Puritani); Juliette; Antonia (Les contes d'Hoffmann) sans oublier Natasha (Guerre et Paix) en 2002. Voici un bel hommage à une superstar inscrite à 40 ans dans l'histoire de l'opéra. MDW
ARCANA, 2011-2010. Enregistrement 2009.
La Compagnia del Madrigale a déjà une longue expérience de l'interprétation des madrigaux en concert. Pour marquer ses débuts à l'enregistrement, elle souhaitait proposer un programme traversé par un fil rouge qui fasse sens. C'est tout naturellement que l'Orlando furioso s'est imposé. Apparu en 1516, ce poème épique de la main de Ludovico Ariosto faisait fureur dans les cours italiennes du 16° siècle et nombre de compositeurs s'en sont emparés pour le mettre en musique, tant en Italie, qu'en Flandre, et même jusqu'en Angleterre. De cette abondante production subsistent aujourd'hui à peu près 700 compositions. Le premier diptyque qui ouvre l'Orlando furioso proclame l'union idéale de la poésie et de la musique. Un acte de foi qui explique sans doute l'extraordinaire destin musical que connaîtra ce poème et qui nous vaut aujourd'hui cette très belle découverte. AF
BIS, 2011. Enregistrement 2008.
Voici un enregistrement qui met en présence trois pièces orchestrales majeures du catalogue de Paul Hindemith. En réalité, ces trois oeuvres nous plongent au coeur du dilemme de sa vie : la place de l'artiste dans la société moderne. A l'époque de la création de la Symphonie Matthis des Maler (1934), le parti nazi avait été élu au pouvoir prenant en main les destinées de l'Allemagne. L'oeuvre fut critiquée, la musique d'Hindemith fut diffusée plus rarement à la radio, elle fut de moins en moins jouée dans les salles de concert, jusqu'au jour où il fut ouvertement accusé de " pervertir de la manière la plus vile la musique allemande ". Un langage concis faisant la part belle au contrepoint, une once de néoclassicisme, la présence d'un élément spirituel sous forme de choral, sont-ce là des sources de perversion ? Lorsqu'il rédige Nobilissima Visione (1938) dans sa version suite d'orchestre, Hindemith a déjà quitté l'Allemagne pour s'installer en Suisse. Ici aussi, on chercherait en vain des traces de perversité : un recourt aux formes traditionnelles (la fugue, la passacaille), un travail de variations à faire blêmir Beethoven et un arrière fond religieux puisque c'est Saint François d'Assise qui est évoqué dans ce triptyque. Un exil supplémentaire aux Etats Unis permet aux Métamorphoses symphoniques (1943) de voir le jour. Ce sont des thèmes de Carl Maria von Weber qui servent de substrat pour ce qu'il conviendrait d'appeler une métabolisation. A la place de réelles variations, Hindemith s'empare de la musique de Weber pour lui donner un jour nouveau et cela depuis le premier exposé du thème. Se succèdent différentes couleurs orchestrales obtenues par d'improbables mélanges qui révèlent leur efficacité. C'est jouissif et curieux à la fois. A vos oreilles pour découvrir tout cela. AG
EMI CLASSICS, 2011.
Le flûtiste suisse Emmanuel Pahud nous offre un voyage à la Cour de Frédéric le Grand, à travers l'histoire musicale de sa période de règne. Frédéric II (1712-1786), roi de Prusse surnommé "Le Grand" par ses contemporains pour ses succès militaires était grand amateur de musique. Il fut l'auteur de quatre concertos pour flûte et plus de 120 sonates pour le même instrument. Il vouait une grande admiration à Benda, Quantz et CPE Bach, réunis sur ce disque pour illustrer ce parcours culturel à la Cour de Postdam. NR
HYPERION, 2011. Enregistrement 2010.
Vu dans Diapason (septembre 2011)
Krysia Osostowicz, Giles Francis: violons - Judith Busbridge: alto - Bernard Gregor-Smith: violoncelle
" Voix intimes ", jamais titre ne s'est aussi bien adapté au contenu d'un enregistrement. En effet, Jean Sibelius et Bedrich Smetana livrent leurs préoccupations intimes dans les trois quatuors enregistrés ici. Le Quatuor à cordes en ré mineur Voces intimae op. 56 fut commencé dans les dernières semaines de l'année 1908. Sibelius y travailla à Londres au début 1909 pour y mettre le point final à Paris en avril 1909. C'est l'oeuvre de musique de chambre la plus étendue dans le catalogue du compositeur. D'emblée, elle surprend par un langage s'éloignant du romantisme pour entrer dans la modernité. Les thèmes abondent, se bousculent, la musique trépigne dans une sorte d'urgence, reflétant les pensées tantôt pleines de confiance, tantôt les plus sombres qui se bousculent dans l'âme de Sibelius. Le Quatuor en ré mineur est un jalon annonçant la Quatrième Symphonie.
La genèse du Premier Quatuor en mi mineur de Smetana remonte à l'été 1874, le compositeur était alors en butte à une campagne de dénigrement lui reprochant d'être trop âgé et d'avoir été incapable de créer une musique spécifiquement tchèque. Ces reproches touchent profondément Smetana, des troubles de l'audition apparaissent à ce moment menant à la surdité totale dans le courant du mois d'octobre de la même année. Après une période d'abattement, il revient à la composition en 1876 avec un quatuor qu'il intitule " De ma vie ". Oeuvre programmatique dont les quatre mouvements évoquent pour le compositeur le déroulement de son existence. Ainsi dans le premier mouvement Allegro vivo appassionato, il rappelle la fougue de sa jeunesse tout en faisant deviner le destin qui l'attend : le note mi du final figure le sifflement qui annonçait sa surdité. L'Allegro moderato alla polka revient à l'entrain de la jeunesse, au plaisir de la danse et au souvenir des danses tchèques composées par Smetana. Suivent alors les amours du compositeur dans un Largo Sostenuto passionné. Le Vivace terminal exprime la joie d'avoir su créer un langage musical national et de constater le succès qu'il engendre. Ce finale entraînant est brusquement interrompu par un silence dans lequel vient résonner la note mi dans l'aigu. Smetana décrit alors l'installation de la surdité et le désarroi qu'elle fait naître en lui. Nous recevons là les confidences intimes d'un homme privé de son art, de son pouvoir de création. Le Second Quatuor, bien que distant de 6 ans du premier, s'inscrit dans la même trajectoire autobiographique. Interné dans une maison de santé, Smetana pratique une écriture plus épurée fonctionnant par allusion. Le premier mouvement Allegro recherche les contrastes saisissants ; le mouvement qui lui succède fait nettement référence au Premier Quatuor par la tonalité de mi mineur et le choix d'un rythme de polka. Les interruptions sont nombreuses dans ce mouvement, faisant alterner des climats contradictoires. Cette manière de faire se retrouve dans le troisième mouvement Con fuoco qui surprend par sa véhémence. Le discours est véritablement éclaté, superposant divers éléments. La conclusion est un Presto utilisant la polka comme substrat. Composé en ré majeur, cette fin apparaît comme un happy end bien étrange. Le Dante Quartet offre ici une belle lecture équilibrée mettant autant en valeur les éléments idiomatiques de chaque compositeur et le contenu émotionnel de ces oeuvres. AG
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