
Dominique A, en parcourant votre biographie il semble que vous aurez bientôt 15 ans de vie bruxelloise ?
Eh bien non, il y a erreur là, car je suis arrivé fin 93. Je suis reparti une première fois mi-95 et je suis revenu en 2001 je crois et donc, par interruptions, ça ferait plutôt quelque chose comme 7 ans et demi…
Je vais poser la question autrement: comment et pourquoi Bruxelles ?
u départ, c’était un choix de couple, histoire de quitter Nantes et d’aller un peu ailleurs aussi. J’avais fait des concerts en 1992 en Belgique et je me disais : « Tiens, si je partais de Nantes, j’irais bien m’installer en Belgique… » et puis après j’y suis revenu pour raison familiale, disons un peu moins volontaire.
Mais vous y êtes toujours ?
Oui c’est vrai, bien que je n’aie pas d’affection particulière pour Bruxelles. Je trouve que la ville n’est pas très belle, cependant il y règne une douceur de vivre qui est appréciable par rapport à d’autres capitales et surtout par rapport à Paris.
En clair, vous pourriez donc faire comme Miossec et nous quitter ?
Oui, je reviendrais bien sur l’Ouest car c’est là que j’ai pas mal d’attaches et puis c’est vrai que j’aime beaucoup l’Atlantique qui me manque un peu. La mer, la campagne bretonne. Voilà je suis là pour l’instant mais je repartirai un jour et je reviendrai sans doute aussi…
Votre actualité du moment c’est la sortie d’un best of live, « sur nos forces motrices ». D’où vient ce titre ?
On fait, c’est un extrait de la chansonDans un camion de l’album studio précédent. Je ne voulais pas l’appeler « En concert » parce que c’est un disque! Je voulais un titre rigolo avec une idée de collectif parce qu’un disque live c’est ça, surtout celui-là. Et puis dans cette expression, il y avait ce côté pompeux : une tournée, c’est avant tout du physique, et dans le titre avec cette chanson Dans un camion, on trouve une référence à la vie de tournée…
En y regardant un peu plus près, il y a le live et le best of. Alors Dominique A, quelle est la priorité de l’un sur l’autre ?
En fait je ne voulais pas d’un appendice sur un disque studio précédent. Il faut savoir qu’on jouait beaucoup le dernier disque sur scène mais par rapport à l’idée du live, étant donné que je n’en avais jamais fait, je voulais que ce soit très représentatif de toutes les périodes. Et puis comme c’était un son de groupe assez particulier, je souhaitais aussi établir le lien entre tous les disques studio et donc représenter chacun de ces disques par au moins une chanson, et tant qu’à faire choisir la plus emblématique quelquefois. Prenons par exemple la chanson d’ouverture L’Amour, elle n’est pas forcément la plus emblématique de l’album mais c’est celle dont nous disposions qui me plaisait le plus. En clair, il n’y avait pas de cahier des charges mais plutôt un désir d’exhaustivité.
On vous colle l’étiquette de l’élément moteur d’une nouvelle chanson française depuis le début des années 90. Vous y retrouvez-vous ?
Ca me fait plaisir, mais c’est vrai qu’il s’est passé plein de choses en musique francophone depuis que je suis arrivé. C’est gentil pour moi mais je ne me sens pas spécialement l’élément moteur de Bénabar ou de qui que ce soit. Et puis je pense qu’eux non plus ne sentent pas que je suis leur huile de vidange. Il y a bien sûr des gens qui sont arrivés dont je me sens proche mais qui sont comme moi moins connus, dans un registre plus franchement inspiré par la musique anglo-saxonne. En fait il y a presque deux scènes sur la scène francophone. Il y a eu depuis le début des années 90 une scène avec les gens comme moi, comme Katerine ou Miossec dont l’idée était de faire des choses assez brutes, pour lesquelles la production passait un peu à l’arrière plan, Sylvain Vanot, Mathieu Boogaerts… et puis il y a une deuxième fournée au début des années 2000 avec des gens comme Delerm, Sansévérino et plein d’autres qui assumaient beaucoup plus le fait de se référer à une tradition française. A contrario, la scène des années 90 était beaucoup plus dans la mouvance de la culture anglo-saxonne tout en marquant le souhait de chanter en français et de faire une synthèse des deux véhicules expressifs. La scène française qui a vraiment touché les gens vient de ceux qui ont assumé complètement de se revendiquer d’une vieille chanson française ou traditionnelle ou encore la chanson de variété des années 70, ce qui n’est pas la même démarche. Quant à moi, je veux bien être promu chef de patrouille mais je ne me reconnais pas forcément dans cette optique-là car c’est très exagéré, trop large…
Vous parlez vieille chanson française. Vous ne pouvez bien sûr nier certaines affinités de votre univers avec celui de Gérard Manset ?
Oui c’est vrai, l’affinité avec Manset est réelle. Je pense que Manset est de ceux qui ont le plus compté pour moi mais je dirais presque a posteriori. En fait, quand j’ai découvert Manset, je ne l’écoutais pas vraiment et au fur et à mesure je me suis trouvé à l’écouter de plus en plus et c’est marrant, car autant ses disques sont hyper datés au niveau des arrangements, ce qui est un peu une souffrance, autant quand on passe par-dessus cet aspect, il y a des mélodies et des chansons phénoménales! Il est donc vrai que je me sens assez proche de cet univers de chanson sombre, qui parle de choses assez graves.
Vous parlez de textes à connotation sombre ou grave. Quels sont les messages que vous véhiculez dans vos chansons ?
Je ne pense pas véhiculer de messages. Simplement je fais du blues. Comme Manset fait du blues ou tous les gens qui font de la musique qui m’intéresse vraiment font du blues. Au sens large bien sûr, ce n’est pas du Charley Patton ou Robert Johnson mais on y trouve cette idée que la chanson doit être cathartique et raconter quelque chose d’un peu dur parce que ça fait justement du bien là où ça fait mal. C’est vrai que c’est une idée bête et pas méchante mais qui est battue en brèche sans arrêt parce que c’est une idée communément admise que la chanson doit être avant tout du divertissement, de l’entertainement mais le divertissement ne signifie pas qu’on va faire la foire du slip ou jouer la danse des canards. C’est cette idée que la chanson doit obligatoirement être distractive ou amusante qui me révulse. Voilà, j’ai l’impression d’asséner sans arrêt des évidences mais je crois qu’une chanson peut aussi raconter des choses intéressantes sans être pour autant un simple divertissement. Cette chanson, comme tous les arts, a aussi une fonction cathartique.
Serait-il possible de récupérer le Dominique A à des fins politiques dans la France d’aujourd’hui ?
Tiens, c’est drôle ça comme expression « le Dominique A » ! Euh non, j’ai une sensibilité de gauche et sans doute des valeurs de gauche (qui se sont diluées…) mais de là à ce qu’elles soient récupérées par un parti en particulier, non, je n’ai pas l’âme assez militante et puis surtout, il n’y a aucun parti actuellement qui me donnerait l’envie de vraiment monter au créneau ! De temps en temps participer à des concerts pour ramener de l’argent pour des associations qui font des trucs bien, oui volontiers, mais prendre parti pour tel ou tel candidat, franchement ça ne m’excite pas! Et puis ça ne paye pas assez surtout! Il faut bien le dire aussi: le nœud du problème est là !
Parmi vos collaborations, on note bien souvent Françoiz Breut…
Oui, on notait
Nous n’aurons donc pas un jour un album de duos tel que Birkin, Delpech et bien d’autres ont tendance à en faire ?
Ah non En fait, comme projet annexe pourquoi pas? Mais pas au sein d’un album complet. De plus ce sont des interprètes, ce qui est un très beau métier mais voilà, moi, ce qui m’intéresse c’est l’écriture. Après ce n’est pas forcément quelque chose de systématiquement partageable surtout quand on raconte des histoires qui vont sur le territoire des intimités. Ce ne sont pas des textes qui se chantent bien à plusieurs. Il y a bien sûr des contre-exemples glorieux mais je ne fonctionne pas de cette manière-là. Autant je peux imaginer le faire ponctuellement, autant sur un album ce n’est pas à l’ordre du jour. [retour]
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