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Les Nuits Botanique 2008

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Chroniqueurs :

 

Chouette ! Le soleil brille enfin sur la Belgique !
Et les Nuits Bota qui débarquent en même temps, quelle bonne idée !

Le public est donc au rendez-vous annuel, les passants aussi bien que les mélomanes se pressent sur les marches du jardin, l’ambiance est assurée. Car c’est bien là que l’on va retrouver tout un tas de copains amateurs de concerts pendant une dizaine de jours, on va pouvoir échanger ses impressions de concerts vus ou à voir. De plus cette année l’affiche me paraît particulièrement alléchante, pas mal de pop, de bizarre et d’electro, bref tout ce que j’aime.

Mes Nuits ne commenceront que mardi soir pour cause des All Tomorrow’s Parties, festival anglais dont  je vous parlerai ailleurs.

Mardi 13 mai : Dalek dans la Rotonde

Une salle presque pleine accueille les quatre musiciens. Un gars tatoué au physique très impressionnant est campé derrière des laptops au milieu de la scène, un autre bien plus discret est assis derrière d’autres machines sur le côté, un guitariste chevelu qui tournicote du cou et balance ses tifs dans tous les sens et enfin le chanteur qui se donne un air belliqueux avec sa démarche menaçante.
À part quelques nouveaux morceaux, ils vont principalement interpréter  « Absence » pour mon plus grand plaisir d’ailleurs, j’adore ce disque. Un concert sombre et très bruitiste comme l’album. Malgré ses gesticulations, le guitariste n’a apparemment fourni que très peu de notes au brouhaha général. Après une heure de triturage de sons, ils ont quitté la salle sans le moindre mot. Étaient-ils vraiment de mauvais poil, ou est-ce pour alimenter une image de teignes?

Mercredi 14 mai : Ez3kiel dans la Rotonde

Sold out , bourré, blindé massacre!
Quasi impossible de rentrer dans la salle. J’ai finalement réussi à me faufiler entre deux personnes et je me suis plaquée contre le mur…sur un pied. Pas de place pour poser l’autre.

Ez3kiel, c’est français, dub, métal, indus, puissant…c’est aussi des images extrêmement soignées projetées non seulement sur un écran derrière la scène, mais aussi sur le pourtour de la Rotonde. C’est encore un concert-concept qui tourne autour de «Battlefield» leur nouvel album.
Ils ne joueront leurs anciens morceaux qu’en rappel pour le plus grand plaisir de toute une salle compressée.

Mercredi 14 mai : The Do sous le Chapiteau

Quand je vous dis que je suis boulimique... Je sors de chez Ez3kiel pour me précipiter chez the Do, le nouveau petit duo franco-finlandais.

En fait de duo, ils sont trois!  Un batteur les accompagne. Concert tout à fait sympathique mais comme je suis ch..., je suis déçue. C’est trop propre, trop FM. J’aurais aimé un son moins lisse, moins formaté. Quelques imperfections, des petits accidents tels qu’on les trouve sur le disque d’ailleurs, un peu d’electronica-parasite ne m’aurait franchement pas déplu. Ceci dit, le public était aux anges. Comme je vous disais: « Jamais contente ! »

Jeudi 15 mai  : Phantom sous le Chapiteau

Vingt heures pile, ils montent sur scène, Miam et Marc Morgan aux guitares, plus un bassiste et un batteur dont j’ai oublié les noms, shame on me.  Entrée de Marie-France lookée Belphégor…grande cape noire et loup. Une dynamique rock’n’roll, blues, musique de bar enfumé, du Mink Deville alcoolisé qui colle parfaitement à l’univers raconté par Jacques Duvall et chanté par cette interprète qui semble sortie tout droit du cinéma noir américain, sa robe, sa voix, son attitude tout est y est et c’est parfait… Une collaboration à suivre !

Jeudi 15 mai  : Soko dans l’Orangerie

Jeune Française qui s’est lancée dans la chanson depuis peu , elle a rencontré son public via Myspace.

Un concert parfaitement lofi où elle joue de quelques instruments désuets. Sa spontanéité et sa voix enfantine ont conquis toute la salle. Uniquement accompagnée d’un guitariste, elle chante ses textes désabusés et cyniques teintés d’humour noir avec beaucoup d’« à l’aise », elle ponctue ses chansons par de petites anecdotes : il y a seulement deux semaines qu’elle a appris à jouer de la guitare et on la croit aisément, le batteur attendu ne s’est jamais présenté, alors elle le remplace et tape comme une sourde sur les fûts ! À certains moments, nous tombions en plein surréalisme,  mais le côté « nature » de Soko est tout à fait charmant. Le seul bémol fut la longueur du concert, cette jeune fille a joué pendant une heure trente…un peu trop mais que voulez-vous…si en plus, elle est très généreuse !

Samedi 17 mai : Man Man dans la Rotonde

Ce fut un des concerts remarquables du week-end en Angleterre, je suis donc retournée les applaudir au Bota. Normal !

Quand ils montent sur scène, nous sommes quinze personnes dans le public. Ils viennent de sortir leur troisième album, mais restent d’illustres inconnus dans notre petite Belgique.
Donc, voilà les 5 Man Man :  le batteur et le pianiste plantés tous deux sur l’avant-scène restent plus ou moins en place et les trois autres se partagent guitare, basse, percussions, claviers, xylophone, cuivres, klaxons, mélodicas... Vêtus de blanc, ils n’ont rien de Mr Propre dans le sens lisse et clean du terme. Ils viennent de Philadelphie mais c’est plutôt du rock, du blues crasseux en direct des bars de New Orleans qu’ils jouent. Leurs influences se situent entre Zappa pour la folie, Captain Beefheart pour le déglingué et Tom Waits pour la voix et le cabaret bancal. Ils sont montés sur ressorts, bougent tout le temps, sautent, font les fous…Après quarante minutes d’agitation, la salle finira pleine et aussi agitée que la scène.

Le public criera et applaudira à tout rompre pendant le quart d’heure qu’il faudra aux Man Man souriants pour démonter leur matériel.
LE concert des Nuits? Pas loin en tous les cas !

Brigitte Molenkamp

 

Dimanche 18 mai : Sonic Cathedral

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Bach to 2008 : une expérience sonore hors du temps et des frontières
Jean-Paul Dessy, direction musicale
Thomas Lacôte, orgue
Ibrahim Maalouf, trompette
Murcof, laptop
Ensemble Musiques Nouvelles, orchestre à cordes + percussions

Programme :
Jean-Paul Dessy : « Inner Future », pièce pour cordes
Murcof : « Ruido », pièce électronique
Jean-Sébastien Bach « Chaconne », extraite de la partita BWV 1004 – version pour orchestre
Murcof : « Cosmos », pièce éclectronique
Jean-Sébastien Bach : « Prélude & Fugue », version pour orgue, BWV 541
Arvo Part : « Fratres », pièce pour cordes et orgue
Ibrahim Maalouf : « Création », pièce pour trompette et cordes
Murcof : « Oort », pièce électronique

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Qui aurait pu imaginer du Jean-Sébastien Bach et du Arvo Part associés à Murcof et Maalouf au Festival des Nuits Botanique ? Seul un Jean-Paul Dessy et son Ensemble Musiques Nouvelles pouvaient relever un tel défi et encore pas dans n’importe quel lieu puisque Paul-Henri Wauters s’est associé pour la cause au Festival du Printemps de Bourges qui accueillait la première de ce projet hors norme à la Cathédrale de Bourges le 19 avril dernier.

Bach to 2008 – Sonic Cathedral faisait donc office d’épilogue des Nuits Botanique ce dimanche 18 mai en la Cathédrale Saints Michel et Gudule, archi-comble pour l’événement. Clairement basé sur la rencontre des cultures et donc orienté vers des passerelles musicales prenant source chez Bach, Jean-Paul Dessy et Arvo Part, titillés par les improvisations, créations à la trompette et accompagnements électroniques de Murcof et Ibrahim Maalouf, le fil conducteur de ce projet illustre la logique même d’un décloisonnement tel que Jean-Paul Dessy l’avait déjà montré pour le Babel Live qu’il donnait il y a peu au Cirque Royal à l’occasion de la 100e de l’émission « Autour de Babel » désormais incontournable dans le paysage radiophonique de la RTBF.

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Sonic Cathedral se voulait « un concert à la croisée des chemins spirituels et sonores » à l’image d’une rencontre contemplative et jubilatoire, telle une cérémonie musicale des grands jours où les musiciens communient avec leur public dans l’épure et la spontanéité, l’essence même de leurs motivations et de leurs inspirations musicales. Quel régal que cette transcription de la Chaconne pour violon seul de Bach (Partita BWV 1004) pour ensemble à cordes dans la plus pure tradition des sonorités romantiques amples et chaudes, d’une sensualité confondante !
Sans transitions, sans temps morts, Jean-Paul Dessy mènera ses troupes de l’extase au questionnement, de la magnificence au recueillement, d’un même geste souple et ondoyant, vif et complice. Une telle sincérité dans le partage musical issu de cultures sensiblement différentes ne pouvait sans doute être plus propice à la clôture des Nuits Botanique 2008 dont l’éclectisme et le goût des rencontres sont précisément les principaux atouts depuis de longues années.

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Murcof, Ibrahim Maalouf, Thomas Lacôte (orgue), l’Ensemble Musiques Nouvelles et Jean-Paul Dessy inaugureraient-ils une nouvelle forme de concerts durant lesquels les échanges musicaux s’opéreraient sans tabous, sans frontières et surtout sans préjugés ? Electronique, acoustique, cordes, orgue et percussions réunis pour une même expérience contemporaine? Il serait sans doute temps de redéfinir la musique contemporaine ou peut-être de la libérer une fois pour toutes de ses carcans narcissiques et cloisonnés qui la privent trop souvent de la liberté d’une écoute dégagée de tout snobisme doctoral, souvent plus réducteur qu’avant-gardiste. Bel enjeu lancé par Paul-Henri Wauters et Jean-Paul Dessy lors de ce Bach to 2008 – Sonic Cathedral.

Noël Godts

 

Les Nuits Botanique sont un moment fort attendu : plaisir de flâner sur les marches du Botanique, de rencontrer de nombreuses personnes, de participer à un Festival bruxellois, et quand le temps est au beau fixe, tout le monde est content.

Mercredi 07 mai : Tunng à l’Orangerie

J’avais eu de nombreux retours positifs sur les concerts de Tunng, ce qui m’avait donné envie de les découvrir. Salle bien remplie pour ce premier jour des Nuits du Botanique aux couloirs surchauffés par un soleil généreux. Sur scène, Tunng, c’est trois gaillards avec des guitares acoustiques, une jeune femme en robe rouge pour les voix, un batteur et un bidouilleur électronique en arrière plan. Le jeu de scène est un peu statique mais la chanteuse nous amuse avec de nombreux jouets pour enfants desquels elle arrive à sortir des sons très mignons, en parfaite adéquation avec la musique de Tunng. Et donc un concert à l’image de leurs compositions : tout en ambiance, comme si nous étions invités par le groupe dans leur salon privé. Une belle performance qui aurait pu être meilleure encore si le groupe s’était un peu plus lâché.

Jeudi 08 mai : Xiu Xiu sous le Chapiteau

A 20H précise, les premiers coups de batterie retentissent dans le Chapiteau quasi vide. Voir ce groupe sous chapiteau présageait les pires craintes (on ne peut pas dire que le son soit excellent dans ce genre d’endroit). Jamie Stewart, leader de Xiu Xiu, tape avec énergie sur une caisse claire tandis que le batteur l’accompagne aussi sauvagement. Et puis la magie s’opère lorsque la voix très fragile du chanteur se fait entendre. Xiu Xiu sur scène est encore plus puissant et captivant que sur cd. La voix du chanteur semble cependant aspirée et trop fine pour affronter la force musicale. Un ami me glisse dans l’oreille « sa voix me fait penser à celle de Mark Hollis (Talk Talk) ». Il y a de ça, en beaucoup plus déstructuré. Sur les 35 minutes de concert, pas un faux pas, un concert parfait.

Vendredi 09 mai : I’m from Barcelona sous le Chapiteau

Avant même le début du concert, on pouvait déjà entendre des personnes fredonner le tube « We’re from Barcelona » de ce groupe venu de Suède (et non d’Espagne comme son nom pourrait le faire croire). Chapiteau bondé donc pour cette fin de soirée. I’m from Barcelona arrive et ce ne sont pas moins de 15 personnes qui investissent la scène. Le concert démarre sur les chapeaux de roues et les membres du groupe lâchent de nombreux ballons dans le public. En concert, comme sur disque, I’m from Barcelona, c’est une grosse fête où tout le monde se met à danser, sauter et chanter. C’est que, en l’espace de quelques mois, et avec un seul cd, le groupe a réussi à se forger une belle réputation. Après quelques morceaux, le chanteur s’installe dans un bateau gonflable et se laisse porter par une marée humaine composée par le public… la salle est surchauffée. Une fois le concert terminé, le groupe invite les gens à continuer à faire la fête et un morceau très dansant, type techno, retentit dans les baffles, les membres du groupe sautent dans le public pour danser avec eux, une farandole s’improvise très vite sous le Chapiteau. En sortant, les gens ont le sourire aux lèvres.

Mercredi 14 mai : Syd Matters sous le Chapiteau

Syd Matters est un groupe français qui chante en anglais et qui a déjà trois albums à son actif. Le dernier en date « Ghost days » est tout simplement magnifique (si vous aimez le style pop mélancolique). Jonathan Morali est accompagné de ses quatre acolytes avec guitare sèche ou non, basse, batterie, synthé et divers instruments reproduisant très bien l’univers musical du groupe. Et nous voilà donc pris dans les bras de ces douces ballades et de ces belles compositions, parfois plus rythmées, pour un mini-set de 30 minutes tout simplement parfait.
Un groupe qui méritait une meilleure place sur l’affiche que première première partie (on espère les revoir un jour dans une vraie salle).

Vendredi 16 mai : Loney, Dear ! à La Rotonde

Après les gais lurons de I’m from Barcelona qui jouaient vendredi sous le Chapiteau, c’est au tour d’un autre excellent groupe suédois de prendre place dans la Rotonde. Chemise à carreaux rouges et pantalon trop serrant, Emil Svanängen à l’allure bonhomme va faire danser toute la Rotonde grâce à ses compositions entraînantes teintées de mélancoliques, parfois pop (Abba n’est pas si loin) du haut de sa petite voix très aiguë. On n’est pas surpris d’apprendre que le chanteur a participé à l’album « Let me introduce my friends » du groupe déjà cité I’m from Barcelona, même si les deux formations ne sont pas vraiment comparables, Loney, Dear ! se rapprochant plus de Belle & Sebastian. Un concert joyeux et très agréable donc.

Brigitte Segers

 

Samedi 17 mai sous le Chapiteau

C ’est Thao Nguyen qui ouvre la soirée sous le chapiteau.
J’arrive juste un peu tard et je n’entends que les ultimes applaudissements.
Il ne reste plus qu’à attendre Tender Forever

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Excepté un ou deux morceaux grapillés sur son myspace, je ne connais rien d’elle. C’est donc une découverte et c’est une agréable surprise qui m’attend…
Pour commencer, on se fait gentiment chambrer. J’apprécie son humour tout au long du concert et je ne suis d’ailleurs pas le seul…
On n’est pas là (que) pour rigoler et donc il y a aussi de la musique !
Un bon mix des deux albums (The soft and the hardcore et Wider) sortis sous le label K records (Calvin Johnson, Modest Mouse, Old Time Relijun...).
Après un démarrage derrière la boîte à rythmes, elle passe à la guitare, au ukulélé (pour une belle reprise acoustique de My love de Justin Timberlake sur Futuresex/Lovesounds) et poursuit enfin au tambourin avant de réaliser un duo avec sa batteuse virtuelle (en projection sur l’écran)…
Pendant la trentaine de minutes que dure le concert, ça foisonne: passages électros tantôt intimistes tantôt dansants (les chorés de Tender Forever valent le coup d’œil), plages vocales dans lesquelles on découvre une interprète convaincante, clin d’œil à Beyoncé…

Ca foisonne je vous dis et très vite la fin arrive !
Elle dira elle même avec humour: « Il me reste huit minutes ! Ce qui est bien avec Tender Forever, c’est qu’en huit minutes on peut faire huit chansons ».
Le public est enthousiaste et aura finalement droit à la reprise de Believe de Cher en rappel !

Voilà donc pour le coup de cœur de la soirée.
Si ce n’est pas encore fait, foncez sur les albums et si vous voulez passer un bon moment n’hésitez pas à la voir en concert si l’occasion se présente.


C’est au tour de Constance Verluca de monter sur la scène pour interpréter une grande partie de son premier album, « Adieu Pony ».

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C’est faux, Tu es laide, Je simule, Les trois copains, … on retrouve tout l’humour noir et trashy de Constance Verluca qui aime se la jouer gamine politiquement incorrecte.

La rythmique simple et le ton pêchu qui m’ont accrochés sur le disque ne sont pas perdus mais je trouve le jeu un peu caricatural et j’accueille la dernière chanson avec soulagement car la lassitude commençait à me gagner…

Au final, me voilà donc un peu déçu par une prestation qui manquait un peu de relief à mon goût. Si le personnage ne manque pourtant ni de fraîcheur ni d’énergie, ses compositions auraient sans doute mérité un habillage plus festif. Personnellement, je n’ai jamais réellement décollé. La demoiselle s’en est allée sous des applaudissements mérités mais n’a pas suscité d’enthousiasme débordant et donc pas de rappels.


L’ambiance change pour Pauline Croze qui compte déjà de nombreux fans dans la salle.
Ca fuse: « Pauliiiiiiiiine », vous entendez ça d’ici.

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Déjà deux albums (Pauline Croze et Un bruit qui court) et tant de belles plages à nous servir que Pauline C. n’a eu que l’embarras du choix.

M’en voulez-vous, Je ferai sans, Jour de foule, La couleur de la mer, … que de bonnes choses, servies avec simplicité et aisance. Seule à la guitare ou accompagnée de ses musiciens (guitariste, bassiste et batteur), Pauline n’a aucun mal à séduire son public, moi compris.
Seul bémol, j’avais imaginé un concert plus intimiste avec des interprétations plus acoustiques, rehaussées par des cordes et des percussions…selon les tonalités que m’inspirent la voix de Pauline Croze mais mon souhait ne sera pas exhaussé…
Quoi qu’il en soit, j’ai malgré tout apprécié le parti pris plus rock même si la voix passait parfois au second plan alors qu’elle aurait sans doute mérité d’être mise un peu plus en avant…

Affaire de sensibilité me direz-vous…

Geoffrey Briquet

 

Des Nuits au jardin Botanique et ailleurs.

Je me suis connu des Nuits Botanique plus vaillantes. Non que l'affiche elle-même, l'âge déjà avancé de mes artères ou une quelconque lassitude ne soient à l'origine de la décision de m'en tenir à trois soirées, mais après avoir secoué le cocotier aux bons souvenirs musicaux, soupesé partiellement la valeur des hypes du moment, éliminé les impossibilités (l'ubiquité, c'est encore de la science-fiction) et les formules qui ne m'agréent pas trop (le ticket 3 salles du 09/05, c'est comme circuler à Bruxelles à l'heure de pointe), je trouvais que ce chiffre 3, à l'instar de pas mal de trio rock, reste un compromis envie/efficacité/sobriété idéal.

Il faut bien avouer que le site du Botanique est l'un des plus beaux de la capitale et que le soleil printanier, un peu aux abonnés absents depuis que les Nuits ont migré de septembre en mai, ne s'est pas épargné la première semaine. À tel point que certains ont écourté leurs concerts sur les marches, dans la douce fraîcheur de la nuit tombante, en compagnie d'autres, qui étaient simplement passés faire un tour ! Un zeste de bouffe d'une très convenable qualité pour ce genre de festival et un service bar moins inefficace qu'en saison complètent cet idyllique tableau.

Et il fallut un brin de volonté pour délaisser cette impression d'été au jardin en ce chaud 08 mai 2008 et s'engouffrer dans un chapiteau sombre et presque désert pour Xiu Xiu (dites « chouchou »). Mais les regrets s'évanouissent dans l'instant tant l'aura d'étrangeté qui nimbe cette pop mutante et déchirée paraît aussi fascinante qu'étonnamment familière. Ce quartet centré autour de l'étrange Mister Jamie Stewart a beau jouer au chat et à la souris entre electro, rock et bruitisme, placer ses chansons en permanence sur le fil du rasoir et les faire résonner de sa voix inquiète et irréelle, on en redemande. On s'en gaverait ! En live ou sur sa déjà très pléthorique discographie (sous son nom ou dans ses nombreux projets parallèles).

Déception par contre pour Why?, qui vient peut être pourtant de commettre l'un des plus beaux méfaits musicaux de l'année (« Alopecia »). Set sans âme, sans énergie ni conviction et morceaux ramenés au niveau des nombreux apprentis plagieurs de la galaxie Anticon. Une déconvenue que rien ne laissait présager, surtout pas leur flamboyant passage à la rotonde en décembre 2005. À la Rotonde, c'est également là que j'avais pris les décibels furibards et humeurs assassines d'Archie Bronson Outfit dans la face. L'énergie est toujours là, mais je ne sais où était passé le type qui avait réglé la balance parce que je n'avais plus entendu un son aussi pourri depuis les mémorables concerts organisés au hangar du Brielpoort de Deinze !

Pour Black Mountain, tout semblait rentré dans l'ordre, mais autant j'aime ce groupe quand il remue les tripes de ce bon vieux psychédélisme antédiluvien, autant il m'horripile quand il débite un rock façon Deep Purple avec l'assurance d'une rétrospective dominicale sur Classic 21 !

Dimanche (11/5), changement de décor et déplacement vers un Cirque Royal de fin de journée sans voiture. On a heureusement pensé à enlever les sièges du devant et le public rend un écho bon enfant à Eluvium voisin de laptop d'un Christophe Willits, et qui lui aussi tire principalement ses motifs électroniques de samples de guitares papillonnantes. Intense, mais sans support visuel, c'est: « Circulez! Y a rien à voir... »

Le spectacle, il est là pour Dirty Projectors, quatuor new-yorkais emmené par une espèce d'Anthony Perkins affable. Un batteur à la frappe de bûcheron, deux donzelles sorties d'un conte de fée urbain aux chœurs et une pop qui ressemble à du punk joué en acoustique sur l'île de Pâque. D'ailleurs leur dernier disque est une relecture du « Rise Above » de Black Flag absolument méconnaissable. Ce que n'est pas le post-rock instrumental et archétypal d'Explosions In The Sky, proche des Japonais de Mono, mais qui atteint sur scène une intensité rarement égalée dans la famille (les 6 premiers titres fondus en un !). Un jeu d'accords cristallins se substitue à l'arrosage massif de larsens, mais on a toujours, à l'issue de leur soufflante prestation, les deux éternels regrets: aucun rappel et leur fichue habitude de jouer au sol alors que ces Américains n'ont pas des tailles de basketteurs...

L'averse tropicale qui ceinture l'Ancienne Belgique ce jeudi 15 m'empêche d'arriver à l'heure de mon pas de côté aux « Nuits ». Et donc des pulsations rythmiques entrecoupées d'embryons de chansons et d'extraits choisis d'humour anversois du duo I Love Sarah, il ne me reste qu'une impression mitigée de groupe qui fait tout pour ne pas écrire de vrais morceaux. Des morceaux, il n'en manque par contre pas dans la pop psyché et noise d'Awesome Color, les derniers petits protégés de Thurston Moore (Sonic Youth). Juste d'un chanteur qui s'élève avec plus d'assurance au-dessus de la houle sonique...

Véritable raison de mon déplacement Boulevard Anspach, l'electro (pop) noise de Fuck Buttons a cet immense avantage de posséder une grille de lecture bien plus lisible que celles qu'utilisent Black Dice, Wolf Eyes et même Animal Collective, dans un registre voisin. Les deux protagonistes de l'affaire jouent en vis-à-vis devant une table de ping-pong garnie comme les locaux d'IBM après un bombardement (ils ont aussi un tom de batterie), ne transpirent pas que des neurones et semblent heureux d'être là, mais, après une petite heure, au moment ou le public nage dans le bonheur sonique, les saligauds fichent le camp comme des voleurs.

Même constat pour la hype Vampire Weekend (voir la chronique de l'album sur ce site) à l'Orangerie en clôture des Nuits Botanique le 17/05. Devant un public chaud comme une grille de barbecue et même pas retord après l'anodine prestation de frYars (« je vous refais le Human League à moi tout seul mais sans les filles »), les Américains ont passé en revue leurs drôles de chansons dont les lignes de fuite font se rejoindre l'Afrique et la Grosse Pomme. Quelques bons mots d'humour et de français 1ère année en sus et un son de caisse un rien trop élevé comme léger défaut, Les Vampire Weekend installent une ambiance de pendaison de crémaillère, font presque l'unanimité, mais une fois leurs 12 (?) titres rejoués (et un rappel rabougri d'une chanson) et leurs chemises un peu défraîchies, ils mettent les bouts sans crier gare. Même pas une petite reprise de Paul Simon ou de David Byrne à se mettre sous l'oreille, histoire d'arrêter de la jouer faux modestes...

Yannick Hustache