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Sebastien Biset

sebastien biset

 

PLAYLIST DE SEBASTIEN BISET (SEPIA HOURS)

Peut-être n’y a-t-il aujourd’hui rien de plus arbitraire que la playlist. Rien de plus temporaire, aussi. C’est donc certainement positif, puisque soumis aux effets du temps; des procédés personnels d’adaptation. Mais au fond, étrangement, je préfère ceux que la playlist n’intéresse pas, ceux pour qui, bien qu’elle puisse être utile en tant que médiation, elle n’a en soi aucun sens. A priori du moins.

 

DESERT CITY SOUNDTRACK : « Contents of Distraction » (Deep Elm, 2002)

On regrette déjà ce premier e.p. du groupe sorti sur Deep Elm, certainement l’enregistrement le plus violent de leur discographie, mais sans doute le plus convaincant. Une maîtrise totale des tensions-détentes d’un emo-core mélodique et hurlé à la qualité plutôt rare.

 

Xiu XiuWomen as Lovers

XIU XIU : « The Air Force » (5RC, 2006) –
XIU XIU : « Women as lovers » (Kill Rock Stars, Acuarela Discos 2008)

Des morceaux fragmentés, singulièrement menés, une esthétique extatique mêlant post-folk, pop, electro et noise, Jamie Stewart et sa bande proposent avec The Air Force un condensé de ferveur contagieuse flirtant avec les extrêmes silences et fracas. Dans son sillage, le tout nouveau Women as Lovers ravira, cette fois encore, les oreilles déjà convaincues. On souhaite que le même sort soit réservé aux novices et autres curieux.

 

dos casas

LA JR  : « Dos casas » (Acuarela Discos, 2006) –

Simple, oui, répétitif peut-être, délicat à l’extrême sans doute, mais certainement cohérent. En tendant l’oreille vers cette voix occasionnelle presque éteinte, on pensera, dans un registre toutefois différent, à leurs compatriotes de Séville, Ursula, du label Foehnrecords.

 

Old time relijun

OLD TIME RELIJUN : « Catharsis in Crisis » (K Records, 2007) –

Entendre Arrington de Dionyso l’excentrique ou le déjanté est déjà surprenant. Mais il y a des choses qu’il faut voir, auxquelles il faut assister, au risque de manquer l’essentiel. On comprend mieux, par leurs exceptionnelles performances, les significations d’ex-centricité et d’extatisme (se tenir en dehors de soi-même ).

 

KICKBALL: «Abcdefghijkickball» (Yoyo, 2006)
KICKBALL: «Everything is a miracle nothing is a miracle everything is» (Yoyo, 2007) – en cours d'acquisition

Un peu pour les mêmes raisons. Et puis… parfait pour l’écoute en boucle, sur la route.

 

my cat is an alien

Christian MARCLAY + Okkyung LEE / MY CAT IS AN ALIEN : « From The Earth To The Spheres - vol.6 » (A Silent Place prod., 2006) –

Configuration expérimentale intéressante au résultat plus que satisfaisant.

 

castanet

Pierre-Albert CASTANET: « Tout est bruit pour qui a peur. Pour une histoire sociale du son sale » (livre – première édition: Michel de Maule, 1999 – réédition: deux. éd., 2007)

«Tout est bruit pour qui a peur ». La formule est de Sophocle, Pierre-Albert Castanet en a fait un livre. Le phénomène bruiteux comme matériau musical y est analysé aux prismes de l’histoire, de la musicologie, de la sociologie, de l’anthropologie, de la philosophie. Malgré un ton assez consensuel, il est l’un de ces compléments essentiels aux ouvrages sur le bruit, dans la lignée du « Bruit » de Jacques Attali.

 

cohen levinas

Danielle COHEN – LEVINAS : « La voix au-delà du chant. Une fenêtre aux ombres » (livre – éditions Vrin, 2006)

La voix est devenue un lieu privilégié de la réflexion esthétique au moment où le monde de la composition (et de la communication, pour ainsi dire) rencontre celui de la recherche scientifique et technologique. On y trouve une pertinente réflexion sur le cri, cette impulsion première qui ne véhicule aucune parole, constituant une référence instinctive.

 

easy ridergerry

 

Dennis HOPPER : « Easy Rider » (1969) [DVD] -
+ Gus VAN SANT : « Gerry » (2002) [DVD] -

On s’étonnera de constater que dans Easy Rider comme dans Gerry, l’itinéraire et l’errance s’apparentent à la perte dans ce qu’elle est à la fois initiatique et tragique. Dans les deux cas le voyage se termine par le meurtre, et l’absurdité de ces fins contraste avec la quête de sens que l’on pourrait croire inhérente au déplacement des personnages.

 

pil-seong IM

Pil-seong IM : « Antarctic Journal » (2005) [DVD] –

Dans la thématique du voyage, de l’errance et de la perte, on peut également citer Antarctic Journal, film fantastique coréen qui narre une expédition en route vers le pôle d’inaccessibilité. Autre sens du grave et du dramatique, mais où persiste l’évidence du tragique.

 

Au fond, ce qu’il y a de plus frustrant avec une playlist, c’est qu’il s’agit de faire mention de quelques cas, isolément, sans rendre compte des modes et des contextes d’écoute, de lecture, ou autres. Une sorte de bulletin clinique qui perd en pertinence du fait de son apparence de succinct rapport. Mais il n’y a là rien qui soit totalement vain: derrière ce type de liste, il y a des réseaux de subjectivités dans lesquels on se retrouve ou non. Clinique et figé? Tout le contraire, donc…

Sébastien Biset, janvier 2008

>www.sepiahours.net
> www.fausses-couches.net

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