"Sous les modes apparentes, qui s'annulent et se recomposent à la surface futile du temps pseudo-cyclique contemplé, le grand style de l'époque est toujours dans ce qui est orienté par la necessité évidente et secrète de la révolution."
Guy Debord La société du spectacle
Le solo
La prestation d’un musicien en solo existe depuis très longtemps. C’est une forme d’expression qu’on rencontre déjà dans l’Egypte antique. Des textes font allusions à des prestations solo de joueurs de nay (flûte en roseau). Dans la perse antique des textes relatent aussi de percussionnistes joueurs de tombaks (tambours-calice) exécutant des auditions en solo.
Ces pratiques en solo étaient destinées à l’ouverture de l’esprit. Pratiques liées à la méditation, cadrées suivant des schémas de gammes, modes et rythmes définis. Une grande part d’improvisation est toutefois préservée à l’intérieur de ces systèmes musicaux.
C’est une musique savante réservée en général à une caste d’initiés dont la connaissance se transmet de maîtres à élèves.
Au cours des siècles (pour aller vite) cette forme sera reprise sous le nom générique de récital. On sort du cadre méditatif pour entrer plus vers une notion de concert, de spectacle.
(recitaln.m. (mot angl., de to recite) [pl. récitals] : Audition d’un musicien soliste. // Séance artistique donnée par un seul interprète, ou consacrée à un seul genre.) d’après le dictionnaire Larousse
Histoire et mutations
Les « courants musicaux » évoluent, s’entrechoquent, se complètent, se contredisent… Les différentes époques voient naître différentes tendances, différentes manières de faire. Ces tendances sont influencées par tous les critères de la société d’où émane l’expression. Contexte social, politique, religieux; évolutions techniques et scientifiques; nouveaux modes de pensées et nouvelles philosophies…
Au cours du siècle dernier, la prestation solo s’est radicalisée pour arriver à une forme d’expression significative d’un mouvement, d’une tendance au sein de la société occidentale.
En bref, en se focalisant sur la notion de solo : Louis Armstrong au début du siècle fait émerger le musicien soliste de l’orchestre. Quelques années plus tard Charlie Parker radicalise le phénomène. Du Be Bop au Hard Bop : John Coltrane, Albert Ayler, Ornette Coleman… Max Roach sort la batterie de sa fonction rythmique.
La « libération » de l’interprète s’effectue aussi dans le monde classique autour du compositeur Morton Feldman qui met en place un système de partitions visuelles laissant le libre arbitre du musicien s’exprimer.
C’est un siècle bouillonnant pour la musique, j’en passe et des meilleurs !
Braxton met un point d’orgue et pousse encore plus loin la « radicalité » de l’expression avec le disque « for alto » en 1969.
C’est l’enregistrement d’un musicien en solo. Le disque marque un tournant. C’est un choc. C’est le premier enregistrement de ce genre.
Disons que ce qui choque au premier abord c’est la « sauvagerie », la « fougue » de l’expression. Anthony Braxton propose une manière nouvelle d’aborder son instrument.
Notons que tous les morceaux sont des hommages. Ils portent une mémoire.
" For Alto" est la forme d’une évolution en germe. Une mutation radicale.
Nouveau rapport à l’instrument. Nouveaux rapports aux publics
Dans ce nouveau rapport à l’instrument, le musicien entreprend une sorte de « combat ». Un face à face. Un dialogue.
Des pulsions émergent qui peuvent aussi bien être de la colère, de la frustration, un ras-le-bol… que de la joie ou de l’extase…
Plus de partitions, plus vraiment de règles…
Ce nouveau rapport fait parler l’instrument d’une manière différente. Les sonorités intrinsèques à l’instrument sont mises en évidences. Les capacités «hors cadre» de l’instrument sont exploitées. Principe d’immanence. Le saxophoniste, par exemple, ne laissera qu’entendre les cliquetis occasionnés par la pression de ses doigts sur les clefs du saxophone. Expression en rupture avec les conventions académiques.
Ce nouveau rapport à l’instrument est indissociable du rapport au public. Des notions de théâtralité entrent en jeu. Le jeu est souvent mêlé de provocations. Le concert devient performance. La frontière devient floue entre théâtre, concert et art plastique. Le tout se mêle.
Profanes et experts (Face aux idées dominantes)
Il me semble qu’un mouvement apparaît donc depuis les années 1970. Un mouvement en rupture.
La liste qui suit n’en est que le reflet enregistré. Elle présente uniquement des prestations en solo. Elle propose des noms de personnes dont l’activité s’inscrit de manière significative dans le tissu social, dans le sens où ces personnes se donnent régulièrement en spectacle dans différents lieux publiques (salles de concerts, galeries d’expositions, auditoriums, bars…) à travers le monde.
A noter aussi que ces musiciens ont par ailleurs une importante discographie à leur actif de prestations en groupe.
Depuis 30 ans ces musiciens n’ont jamais eu de place au sein d’une large diffusion. Lorsque ces musiciens ont la chance de se faire entendre en public, cela ne se passe pas sans heurts. Ils sont constamment confrontées aux idées dominantes issues de plusieurs siècles d’académisme et de certitudes. Plusieurs siècles de formatage intellectuel. Plusieurs siècles d’imposition du goût. Plusieurs siècles d’aplatissement de la conscience.
L’académisme avec sa production d’experts, de connaisseurs du goût, de musiciens professionnels ne donne aucune place aux expressions « libres improvisées ». L’improvisation est reléguée pour les gens qui « ne savent pas jouer ». L’académie et son pouvoir inquisiteur jettent aux oubliettes les profanes et les impies !
Pourtant ces expressions constituent à mes oreilles des éléments importants au sein de la production des sons enregistrés. Cela constitue pour moi un phénomène de société. Ces expressions libres son comparables à des « niches », comme les appellent Pierre Bourdieu, des îlots de résistances primordiaux pour la survie des sociétés démocratiques.
Ces espaces doivent, à mon sens être préservés, être mieux compris, avant que le marché libéral et l’industrie du disque ne les réduise à néant.
La liste qui suit n’est pas exhaustive.
Le classement apparaît comme suit :
Instrument
Nom du musicien « titre du cd » - label, date de parution du cd – référence de la Médiathèque de la Communauté Française de Belgique
Accordéon
-
Rüdiger Carl "solo" - FMP compact, 1997 - UC0996
- Alfredo Costa Monteiro "Rumeur" - Creative Sources Recordings, 2003 - UC8553
- Guy Klucevsek “ the heart of the andes” - Winter & Winter, 2002 - UK5244
- Guy Klucevsek “Manhattan cascade” - cri compact, 1992 - UK5247
- Guy Klucevsek “transylvanian softwear”- John Marks Records, 1994 - UK5248
Bandonéon
- André Goudbeek “Zennegat” - Bateau lavoir compact, 2006 - UG5715
Batterie
- Han Bennink “Tempo Comodo” - Data Records, 1997 (enr.1982) - UB3693
- Han Bennink “ Nerve beats” - Unheard/Atavistic, 2000 (enr.1973) - UB3706
- Shoji Hano "48" - Improvised music from Japan, 2003 - UH1863
- Ingar Zach "Percussion Music" - Sofa Music 2004 - UZ0402
- Milford Graves “ Grand unification” - tzadik records, 2000 - UG6723
- Milford Graves “ stories” - tzadik records, 2000 - UG6724
- Jérôme Cooper “ From there to hear (in concert)” - Mutablemusic, 2001 (enr.1995) - UC7904
- Günter Sommer “ Sachsische schatulle” - Intakt records, 1993 - US6823
Contrebasse
- Barre Phillips "camouflage" - Victo compact, 1989 - UP5659
- Joëlle Léandre "Sincerly" - planisphare, 1994 - UL3391
- Joëlle Léandre "No comment" - Red Toucan records, 1997 - UL3386
- Joëlle Léandre "Dire du dire" - Rectangle, 2001 - UL3380
- Joëlle Léandre "concerto grosso" - Jazz’Halo, 2005 - UL3375
- Peter Kowald "was da ist" - Fmp compact, 1995 - UK7430
- Peter Kowald "silence and flies" - free elephant, 2005 (enr.2001) - UK7440
- Mark Dresser "Invocation" - Knitting Factory, 1995 - UD8767
- Mark Dresser "Unveil – solo bass" - clean feed, 2005 - UD8771
- Domenico Sciajno "Broken bridge" - Fringes recordings, 2000 - US1865
- Klaus Janek "Caspar" - Solponticello, 2001 - UJ1800
- Wilbert De Joode "solo" - Wig compact, 2002 - UD3765
- William Parker "Testimony” - zero in compact, 1995 - UP1931
- William Parker “lifting the sanctions” - no more records, 2000 - UP1939
Daxophone
Hans Reichel “Down of Dachsman” - FMP, 1987 - UR2216
Hans Reichel “Coco Bolo Nights” - FMP, 1988 - UR2217
Guitare
- Derek Bailey "solo guitar, vol. 1" - Incus, 1971 - UB0192
- Pat Metheny "zero tolerance for silence" - Geffen records, 1994 - UM4736
- Jean-Marc Montera "hang around shout" - FMP compact, 1995 - UM7290
- Keiji Haino "The book of Eternity Set Aflame" - Forced Exposure, 1996 - XH062I
- Marc Ducret "Détail" - Winter & Winter, 1997 - UD9084
- Taku Sugimoto "Opposite" - Hatnoir compact, 1998 - US9226
- Taku Sugimoto "live in Australia" - Improvised music from Japan, 2005 - US9237
- Leonid Soybelman "Surfing in my bed" - Review records, 1998 - US6985
- Keith Rowe "Harsh" - Grob, 2000 - UR8699
- Olaf Rupp “Life science” - FMP compact, 1999 - UR9281
- Joe Sachse “European tour” - FMP compact, 1991 - US0021
- Erhard Hirt “guitar solo, gute und schlechte zeiten” - FMP, 1994 - UH6531
Guzheng (cithare chinoise)
- Xu Feng Xia "Difference and similitary" - FMP compact, 1999 - UX0990
Harpe
- Rhodri Davies "Trem" - Confront compact, 2001 - UD1666
- Hélène Breschand "Le goût du sel" - d’autres cordes, 2006 - UB7374
Koto (cithare japonnaise)
- Yagi Michiyo "Shizuku" - Tzadik, 1999 - UM4975
Percussions
- Lê Quan Ninh “le ventre négatif” - Meniscus compact, 2003 - UN7629
- Benat Achiary "seven circles (dedicaced to Peter Kowald)" - FMP, 2004 - UA0848
Piano
- Cecil Taylor "Erzulie Maketh Scent" - FMP compact, 1988 - UT1195
- Sophie Agnel "piano solo" - Vand’œuvre, 2000 - UA1773
- Aki Takase "Le cahier du bal" - Leo records, 2001 - UT0237
- Pui Ming Lee "who’s playing" - ambiances magnétiques, 2002 - UL3600
- Bernhard Arndt "inside insight" - FMP compact, 1996 (enr.1992) - UA7571
- Matthew Shipp “Before the world” - FMP compact, 1997 - US3968
- Cecil Taylor “Looking” - FMP compact, 1989 - UT1201
- Cecil Taylor “Double holy house” - FMP compact , 1993 - UT1209
- Cecil Taylor “Tree of life” - FMP compact, 1998 - UT1217
- Keith Tippett “Mujician III” - FMP compact, 1987 - UT5004
- Keith Tippett “Mujician I & II” - FMP compact, 1981-1986 - UT5010
- Christine Wodrascka “Vertical” - FMP compact, 1996 - UW8410
Pipa (luth chinois)
- Min Xiao-Fen "with six composers" - Avant records, 2001 - UX1200
Sampler
- Sachiko M. "Bar Sachiko" - improvised music from japan , 2004 - XM002Q
Saxophones
- Peter Brötzmann "14 love poems" - FMP compact, 2004 (enr.1984) - UB7902
- Peter Brötzmann "no nothing" - FMP compact, 1990 - UB7911
- Peter Brötzmann "nothing to say" - FMP compact, 1996 (enr.1994) - UB7919
- Peter Brötzmann "right as rain, dedicaced to Werner Lüdi" - FMP compact, 2001 - UB7931
- Arthur Doyle “the songwriter” – Ecstatic Peace, 1994 - UD8362
- Evan Parker "process and reality" - FMP compact, 1991 - UP1713
- Evan Parker "Conic Sections" - AH UM records, 1993 - UP1717
- Evan Parker "Chicago solo" - Okkadisk, 1997 - UP1731
- Evan Parker "lines burnt in light" - Psi Records, 2001 - UP1757
- Sam Rivers “portrait” – FMP compact, 1997 - UR5526
- Mats Gustafsson "improvisations" - Phono Suecia, 1997 - UG9458
- Michel Doneda “L’anatomie des clefs” - Potlach compact, 1998 - UD7378
- Michel Doneda “solo las planques” - sillon compact, 2004 - UD7883
- John Butcher "Fixations" - Emanem, 2001 - UB9578
- Joane Hétu “seule dans les chants” - ambiances magnétiques, 2001 - UH5603
- Kaoru Abe “the last recordings” - Diw records, 2003(enregistr.1978) - UA0297
- John Zorn “50th Birthday Célébration - 9 ; a classic guide to strategy” – Tzadik records, 2004 - UZ7184
Trompette
- Bill Dixon "collection, music for solo trumpet" - cadence jazz records, 1999 (enr. 1985) - UD6293
Vielle à roue
-
Keiji Haino "The 21st Century Hard-Y-Guide-Y Man" - PSF records, 1997 - XH061Z
Violon
- Carlos Zingaro "solo" - In situ compact, 1991 - UZ6100
- Carlos Zingaro "Cage of Sand" - Sirr.ecords compact, 2002 - UZ6107
- Leroy Jenkins "solo" - lovely music, 1998 - UJ4469
- Mat Maneri "Trinity" - Ecm compact, 2001 - UM0750
- Gunda Gottschalk "Wassermonde" - Elephant, 2002 - UG5670
- Charlotte Hug "Neuland" - Emanem, 2003 - UH9023
Violoncelle
- Tom Cora "Gumption in Limbo" - Sound aspects, 1990 - UC8021
- Ernst Reijseger "Colla parte : versione per violoncello solo" - Winter & Winter, 1997 - UR2511
- Fred Lomberg-Holm "Dialogs" - Emanem, 2004 - UL7504
Voix
-
Sainkho Namtchylak "lost rivers" - FMP compact, 1992 - UN0391
- Phil Minton "a doughnut in both hands» - Emanem compact, 1998 - UM6122
- Phil Minton « a doughnut in one hand" - Fmp compact, 1998 - UM6129
- Jaap Blonk "Ursonat" - Basta Compact 2004 - UB5774
- Jaap Blonk “Aves chum” – Kontrans compact, 2001 - UB5779
- Jaap Blonk “Flux-de-bouche” – Staalplaat compact, 1993 - XB553A
- Jaap Blonk “Vocalor” – Staalplaat compact , 1998 - XB553B
- Ami Yoshida “Tiger Thrush” – improvised music from japan, 2003 - XY508K
- Mike Patton “adult themes for voice” – tzadik records, 1996 - UP2710
" Le Discobus 3 n'a pu circuler ce dimanche 12/2 et est en réparation ce lundi 13/2 : pas de stationnement à Ath, Antoing, Leuze et probablement Mouscron . .