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OH ! QUE CA BOUGE ! N° 15 (mars 2007)

 

INTRODUCTION : "ART & ESSAI"

Un article du journal Le Monde, 13 mars 2007, révèle la mauvaise santé des salles qui se consacrent au cinéma catalogué « art et essai ». C’est à dire le cinéma tout court, au fond ! Baisse de fréquentation, concurrence du DVD… Ces petites salles, aussi, faisaient leurs recettes avec des cinéastes plus connus comme Almodovar, Allen… Mais les films de ceux-ci sont maintenant considérés comme « films d’auteur à forte capacité commerciale » et passent de préférence dans de plus grandes salles.

Des chiffres intéressants : le public des petites salles Art et Essai est plus féminin (56,5%), il est plus âgé que la moyenne (35-49), majoritairement urbain et socialement favorisé, il loue deux fois plus de DVD que le public des salles commerciales…
Ce n’est pas en sur-récomposant le film de Pascale Ferran, « Lady Chatterley », que l’on solutionnera le problème ! Trop facile pour se donner bonne conscience.
Le problème est plus profond : le dernier Lynch, pourtant appuyé par la presse généraliste, est resté deux semaines dans les grandes salles à Bruxelles ! C’est le résultat de la destruction du goût pour le cinéma pratiqué par les grands complexes à images et pop corn, destruction qui s’inscrit dans une stratégie de saturation de la libido par le flot d’images publicitaires qui ne se distinguent finalement plus tellement des longs métrages proposés, scénarios identiques, esthétiques semblables…

 

MUSIQUE

Je n’ai pas eu le temps d’écouter beaucoup de CD, mais ceux-ci m’impressionnent durablement et hantent mes jours et nuits de mars !

 

 

JAZZKAMMER

PANIC - XJ332Z

Pochette XJ332Z.

BOTTROP-BOY, 2006.

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Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) ...

Il s’établit des interférences entre ce que l’on écoute, ce que l’on voit et lit dans une même période. Ainsi, cette musique de Jazzkammer pourrait être l’objet sonore dont parlerait un chapitre du livre de Jacques Rancière, lu peu après avoir été envahi par elle. C’est le chapitre « La vérité par la fenêtre. Vérité littéraire, vérité freudienne ». Rancière analyse la mise en littérature freudienne du rêve de l’Homme aux Loups. Et ce n’est pas ce rêve qui me semble latent dans la musique de Jazzkammer, mais bien ce rêve à travers la mise en perspective textuelle et spirituelle de Rancière. Parce que cette musique joue le rôle de la fenêtre qui s’ouvre sur ce que votre inconscient avait préparé d’y montrer… Le rêve est connu : par la fenêtre, des loups blancs sur un arbre… Voici le début de ce chapitre : « Une fenêtre: la vérité entre. Trois grands traits la signalent d’abord. Premièrement, elle entre par surprise. Comme ce qu’on n’attendait pas, ce à quoi on ne pensait pas, ce qui fait peur : le contraire, donc, de ce que les philosophes enseignaient à chercher par méthode ou ascèse, la vérité qui se contemplait au terme d’une montée, la lumière immatérielle éclairant le monde sensible. Deuxièmement, elle se montre sous les traits du fabuleux : le loup des contes, produit de la fantaisie et de la peur, d’autant plus effrayant que sa présence que sa présence dans les histoires excède les rencontres qu’on en fait dans la réalité. Troisièmement, elle est de l’ordre du nombre. Mais celui-ci n’est plus le nombre d’or des amis anciens de la vérité, la proportion géométrique qui soumettait le sensible à l’incommensurable du rapport intelligible. C’est au contraire l’addition vulgaire arithmétique. Il y en avait six ou sept : le nombre fait sens, et même l’incertitude sur le nombre, le fait qu’il y ait dans le compte un qui soit en plus ou en moins. »
Ces trois grands traits sont ce qui agit dans cette musique comme une force magnétique.
Voici, en plus descriptif, ce que j’en écris dans le journal A Découvert, en voulant montrer que ces musiques souvent jugées difficiles sont des systèmes fictionnels comme les autres et qu’être à l’écoute de cette dimension fictionnelle devrait aider à les rendre plus accessibles :

C’est la mémoire bégayante d’une panique. Qui ne retrouve vraiment plus l’objet de terreur. Mais juste des éléments masqués, comme dans un rêve. Une musique qui s’installe aux confins troubles où l’enchantement se confond avec l’horreur. De manière imperceptible. Sans aucune frontière rassurante. Une musique qui apporte un message inquiétant: les portes de l’obscure sont ouvertes, on ne sait pas pourquoi, ni où, ni comment. Signal très fort d’un danger imminent, indéterminé. C’est comme si, durant une nuit d’encre, vous vous réveillez en sursaut et vous vous dites que quelque chose cloche. Vous découvrez que la fenêtre, pourtant close et protégée de volets, est béante, les tentures volent. Qu’est-ce qui est en train de rentrer ou de sortir ? Ou bien, lors d’une panne d’électricité, en plein orage, un cinquième sens vous prévient que la porte de la cave est ouverte, et ça vous rend tout chose comme si la barrière entre des mondes distincts venait de s’abolir. Quelque chose remonte, se faufile. Vous palpitez. Un courant d’air, des remugles puissants, des traits phosphorescents. Une présence fluide et puissante. Vous savez que l’innommable s’est libéré.
C’est la musique d’une mémoire paniquante. La musique d’une panique prémonitoire. Habitée par ce genre d’extase crispée, maniaque, qui préfigure les grandes crises. C’est ce climat d’agitation instinctive, indéchiffrable à l’homme, ce genre de pressentiment qui agite les fauves et le bétail quand la catastrophe approche, c’est cette atmosphère que Jazzkammer restitue, ritualise.

 

 

WOLF EYES

HUMAN ANIMAL - XW828H

Pochette XW828H.

SUB POP, 2006.

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Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) A million years

En allant voir quelques commentaires sur Internet, je suis consterné de que l’on y trouve. On ne met en avant que le côté « énorme », surenchère cyclonique, musique terrifiante pour assoiffés de sang! C’est vendu comme une attraction de champ de foire, le truc qui fout la trouille. Le champ de foire est commenté par la presse officielle, les attractions marginales le sont par les voies alternatives, mais le ton et l’approche ne varient guère. Sur le site du festival de Dour on parle de lobotomisation ! Quelle confusion! La lobotomisation s’effectue au niveau du flot de musiques fadasses. Wolf Eyes, c’est le genre de musique qui réveille, donne envie d’échapper à la lobotomisation. Il ne faut pas évacuer la dimension critique et politique de ces musiques, même si ça fait pédant d’en parler ! Politique dans le sens où Rancière parle de « politique de la littérature ».
Wolf Eyes se laisse piéger par une certaine outrance, le goût pour la dramatisation, la théâtralisation noise, l’exploitation facile de la violence sonore, mais c’est aussi une musique intelligente, travaillée, sensible. À la manière de Lautréamont. Il est intéressant d’écouter « Human Animal » dans la continuation de « Panic » de Jazzkammer. Il y a une progression, « Panic » travaille sur l’implicite, la propagation irrationnelle d’une panique inexpliquée, « Human Animale » libère de l’inexprimable…

 

 

Matt ELLIOTT

FAILING SONGS - XE381L

Pochette XE381L.

VICIOUS CIRCLE, 2006.

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Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) Chains

Album « néo folk », par un ancien de Third Eye Foundation.
C’est plein de grâce, minimalisme paumé, hymne sombre et dérangé de l’espoir, balades miteuses et dandisme approximatif. Guitare, violon, accordéon, piano, harmonica… Dilatation sentimentale très slave et croisière en Méditerranée… Quelques passages à vide aussi, mais qui font bien dans le paysage.

 

 

JOSEPH HOLBROOKE TRIO

MOAT RECORDINGS - UJ9472

Pochette UJ9472.

TZADIK CD, 2006. Enregistrement 1998.

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Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) Condensation

(Derek Bailey, Gavin Bryars, Tony Oxley)
Un trio guitare, basse, batterie presque classique quand il s’emballe, très enlevé. Mais dépareillé quand il ramasse les morceaux… Je reste fasciné par cette fluidité accidentelle que savait impulser Derek Bailey (peut-être même dans les pièces les plus bancales). Il faudrait mettre en connexion cette musique avec les écrits sur la déconstruction, Derrida et autres. Déconstruction ne veut pas dire destruction. Mais que l’on change le centre, que l’on expérimente des déplacements de ce centre, qu’on le conceptualise autrement, qu’on le remplace par autre chose… (Et notamment que l’on sorte les représentations sonores de leur hiérarchie, tout comme la littérature dans ses dimensions politiques, voire le livre de Rancière.) On expérimente d’autres dynamiques, d’autres manières de faire sens, ici en trio.
(Joseph Hollbrooke est un compositeur classique. Des enregistrements existent.)

 

LIVRES
« Politique de la littérature », Jacques Rancière, philosophie, 230 pages, Galilée 2007
« L’expression « politique de la littérature » implique que la littérature fait de la politique en tant que littérature. Elle suppose qu’il n’y a pas à se demander si les écrivains doivent faire de la politique ou se consacrer plutôt à la pureté de leur art, mais que cette pureté même a à voir avec la politique. Elle suppose qu’il y a un lien spécifique entre la politique comme forme spécifique de la pratique collective et la littérature comme pratique définie de l’art d’écrire. » Voilà, l’essentiel de l’ambition passionnante de ce livre est dit !
En introduction, il expose un changement capital dans le régime d’écriture, changement qui a donné lieu à ce qu’on appelle littérature; avant, les fictions respectaient la hiérarchie sociale aux différents niveaux de la représentation, elles étaient partie constituante de la hiérarchie. Après, le choix même de ce qui est représenté se délie de cette hiérarchie: un personnage de peu d’importance sociale peut devenir principal, les descriptions se concentrent sur ce qui, jusqu’ici, était jugé de peu de valeur; l’attention se porte également sur tout ce qui constitue la vie, le réel. Le style s’y implique.
Et on retrouve quelque chose qui anime toute la modernité littéraire : « l’égalité romanesque n’est pas l’égalité molaire des sujets démocratiques, c’est l’égalité moléculaire des micro-événements, des individualités qui ne sont plus des individus mais des différences d’intensité dont le rythme pur guérit de toute fièvre de société. »
Des textes écrit à différentes périodes, des analyses littéraires qui apportent des éclairages utiles, qui donnent envie de relire ses classiques, Flaubert, Proust, Mallarmé…


« Enfants des morts », Elfriede Jelinek
, roman, 535 pages, Seuil 2007
- Roman écrit en 1995! 12 ans pour qu’il soit traduit !
J’ai eu du mal avec ce texte, plusieurs fois envie de l’abandonner. Pourtant, j’aime ce style, et j’aime me sentir dans ce genre de masse textuelle grouillante, cinglante, compacte. Exalté à chaque début de chapitre, après je m’égare, j’erre, je ne sais plus où j’en suis, je perds les repères. (Est-ce parce que j’étais sans cesse préoccupé par autre chose, ne parvenant pas à me concentrer, le texte stimulant  l’intellect et la sensibilité qui se mettent à travailler ailleurs ?) Mais je crois, fondamentalement, qu’il s’agit d’un texte puissant qui fonctionne comme un compost. Jelinek entasse tous les éléments de la société autrichienne, elle les étouffe, les compresse, et les arrose de ses sueurs et urines abondantes, pour les porter littérairement à un haut degré de fermentation. Biomasse. Et donc tout est lié, toutes les particules interagissent, mais peuvent se lire de façon indépendante. Petit bout par petit bout. Exactement comme quand vous retournez un compost pas encore mûr. Il y a déjà du terreau fin, mais d’autres matières sont à différents degrés de décomposition.
Ah oui ! Les trois personnages principaux sont des morts vivants sans foi ni loi, incarnant toute la veulerie d’une société sans autre avenir que son identité nationale (merci Sarkozi).
Je devrais le relire. J’ai eu l’impression d’un texte qui précipitait la lecture, qui poussait à aller vite, à fuir dans le texte, tellement vite que l’on perdait tout point de vue global sur les phrases, l’enchaînement des séquences et finalement c’est une masse textuelle imposante, instable qui déferle comme un glissement de terrain, coulées de boue et de lave…
Il y a de nombreux passages que j’ai soulignés dont j’aimerais un jour faire des remix! Des passages isolés dans les détails mais qui dans leur propos et leur forme stylisée alimentent la réflexion sur « politique et littérature »;
- « Puis un crépitement, quelque chose se soulève, Gudrun ne peut pas l’apercevoir d’où elle est mais un vent ténu s’est engouffré sous un sac de nylon jeté là et y fait désormais sa gymnastique, une petite bête étincelante naît des voltes du souffle d’air, passe dans un bruit traînant sur les pierres d’ornement, le soleil joue sur le pelage chatoyant de l’animal. Rien et peut-être un quelque chose pourtant, utilisé en ce moment par une puissance supérieure qui cherche à se protéger de Dieu sait quel contact avec cet épiderme de plastique, mais le nylon est lui-même la bête qui s’emporte contre soi ! »
- « L’employée de l’auberge (toute jeune, cette fois) a les cheveux qui lui coulent sur le front, elle les rejette d’un geste brusque mais ils reviennent aussitôt à la charge comme une source qu’on ne peut pas boucher, elle jaillit encore et toujours du sol de la forêt. Sur le front un sceau noir qu atteste de l’indocilité de l’eau dans sa réserve souterraine ou émergée, les exploitants des centrales électriques auront beau suer le sang elle leur filera toujours entre les doigts. Bien, maintenant, la jeune fille se décide enfin à lever une main dégoulinante de mousse vers le fichu noué sur sa nuque, parodie d’un geste de déesse jadis capable de transformer, et elle glisse la mèche sous l’étoffe.» - « Il regarde de plus près ce tuyau (les morts ne sont-ils pas des sous-marins au fond ?, et leurs périscopes, champignons blancs, crèvent la surface du sol), soulève un peu son mycélium mucilagineux, orgie rhizomes, pose la hampe du pénis, soudain noire, ratatinée, dans sa paume, la putréfaction st comme une silhouette de rêve à laquelle on aspire mais qui part en sucette avant même qu’on l’ait goûtée. La viande à la base fond, l’érection du petit n’en démord pas pour autant, au contraire, elle fuse telle la tige d’un parapluie, toutefois ça s’effrite copieusement en bas. »


«
On achète bien les cerveaux. La publicité et les médias », Marie Bénilde, 155 pages, Raison D’Agir, Seuil, 2007
Voilà un bon petit livre pour faire le point sur la question et montrer que la déclaration du patron de TF1, « rendre les cerveaux disponibles pour les publicités de Coca-Cola », n’est pas un lapsus mais le révélateur d’un système. Alors que dans le milieu culturel nous cherchons encore à capter l’attention des publics à la loyale, les grandes boîtes publicitaires travaillent avec des laboratoires de neuroscience! Comment la publicité envahit et détourne l’information (presse écrite et audiovisuelle), comment le cinéma filme en fonction des marques, comment la publicité récupère et détourne la créativité critique…

 

CINÉMA (salle)

« Inland Empire », David Lynch, 2006
L’univers et le style sont diamétralement opposés, mais l’effet est le même que le texte de Jelinek : on s’y perd ! Chez Jelinek il y a un dessein rationnel que l’on peut restituer quand on dépasse les chicanes de toutes les petites scènes et digressions en collision. Chez Lynch, les scènes prises séparément semblent construites, logiques, appartenir à un fil narratif normal, mais mises à bout à bout, ça nous égare complètement ! ! Le but semble de proposer un film aux interprétations multiples ne se rejoignant jamais. Mise en abîme du sens même de raconter une histoire. Hollywood, lieu où se fabrique tous les imaginaires normatifs de la société moderne. Forcément lieu de fantômes où l’on ne distingue plus le réel de l’artifice. Il y a aussi, au centre, la prostitution, où passent en cachette les hommes, y déchargeant leurs personnalités refoulées. En même temps ils détruisent l’identité de leurs épouses qui se découvrent interchangeables. Le sexe comme grand déstabilisateur, puissant facteur d’irrationnel délirant ! Le film est très agréable.


« Le Direktor », Lars von Trier, 2006
Une comédie sans façon, sans gros budget. Un directeur aime être aimé par ses collègues. Il cache son identité de directeur. Pour procéder à la vente de l’entreprise et au licenciement de ses comparses, il engage un comédien. Avec un tel argument, on image le film lourdingue que cela aurait donné en comédie française grand public. Ici, le film est nerveux, il interroge les relations au travail, l’autorité, la raison économique, le rôle du théâtre… Une réussite. Le montage a été réalisé par ordinateur avec des paramètres aléatoires…

 

CINÉMA (DVD)

« La petite Jérusalem », Karim Albou, 2004 - VP0188
Il manque à ce film une manière personnelle d’interroger son sujet, ses personnages, ses lieux, cette liberté de ton que l’on trouve chez von Triers. Mais le film est bon, les atmosphères sont bien rendues, les questions posées sont utiles, celles qui concernent la place de la sexualité dans un milieu religieux orthodoxe…


« Nobody Knows », Hirokazu Kore-Eda, 2004 - VN4775
Une claque. Lente, parce que la technique ne joue pas le drame (avec musique mélo, effets Dickens, etc.). C’est tout en douceur que ça évolue, presque en apesanteur, avec grâce et poésie. Et petit à petit le crash s’annonce, le sol se rapproche au ralentis… Le film a fait beaucoup parlé de lui à l’époque, c’est donc l’histoire de ces enfants cachés par la mère, privés d’écoles, qui vivent dans une sorte d’autisme familiale. Puis la mère disparaît, les enfants se débrouillent, sont laissés à eux-mêmes, échappent à tout contrôle social… Impressionnant.


EXPOSITIONS

Fischli & Weiss, « Fleurs & Questions », Une rétrospective du 22/02 au 13/05
Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
Exposition savoureuse, jubilatoire. Positionnement «conceptuel» face à l’environnement social, imitation d’objets réels, jeux avec les clichés, matériaux incongrus –saucisses, cartons, mégots - pour imiter reproduire des scènes de la vie courante… Ce genre de posture est connue et pourrait générer l’ennui. Sauf qu’ici, ce sont des inventeurs, des initiateurs, il y a un humour fou, beaucoup de finesse et une «patte» incroyable. « Soudain cette vue d’ensemble » est une vaste collection de sculptures retraçant des moments petits ou grands, banals ou exceptionnels, de la vie des hommes. La mémoire d’une invention exceptionnelle ou un potager mémorable. Tout ça en argile crue. Avec une finesse et une expressivité incroyables. Tout leur travail sur les positions d’équilibre problématique est tout autant remarquable. Chaque titre est important et on lit toutes les étiquettes. La vidéo « Le cours des choses » est un régal. Le documentaire où on voit les deux artistes réaliser cette installation, encore plus !
l"Le cours des choses", disponible à la Médiathèque.
www.mam.paris.fr


"Nouvelles du monde renversé", Palais de Tokyo, février à mai 07
Exposition qui entend présenter des œuvres qui se présentent comme des « oscillateurs, des ponts ou des points de basculement du réel entre des polarités différentes. »
Une chambre noire où l’on projette le film d’un ensemble classique jouant du Black Sabbath à l’envers et à l’endroit; une espèce de grande serre de Michel Blazy, sorte d’écosystème martien dont il faut régulièrement venir voir l’évolution, une grande installation de Tatiana Trouvé intitulée « Double bind », qui n’est pas « sans évoquer la fragmentation et l’effeuillage de l’espace et du temps par la mémoire »… Une expo intéressante, mais un peu froide et sans magie par rapport à ce que l’on vient voir de Fischli et Weiss. Ici, la littérature sur l’expo est parfois plus instructive : la revue « Palais / » .www.palaisdetokyo.com

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Pierre.hemptinne@lamediatheque.be

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