INTRODUCTION
Le 7 mai 2007, un vote historique en France, pour la première fois une candidate atteint presque 47% au deuxième tour d’une élection présidentielle française. Quel progrès ! Dès le lendemain de cette élection, un foisonnement de textes sur la nécessité de refonder le projet socialiste est publié dans Libération, des interventions écrites quasi à la majorité par des hommes, comme si ceux-ci avaient hâte de fermer la parenthèse et de reprendre possession de leur territoire !
Relire « La domination masculine » de Pierre Bourdieu. Mais aussi Judith Butler… Ou Elfriede Jelinek (voir plus loin).
MUTE RECORDS, 2007. Enregistrement 2006.
Un coup de maître. Bain de jouvence et pêche d’enfer. Un son incroyable, une force percutante, rageuse et solaire à la fois. Quelle classe ! On ne peut pas dire que Nick Cave se lance dans un truc
complètement nouveau, mais il donne l’impression de se renouveler. Par le souffle dégagé, rajeuni. Jouissif. L’occasion de me souvenir de mes débuts à la Médiathèque de Mons, années 80 : quand nous écoutions Nck Cave plein tube, ça dérangeait pas mal de personnes, sauf quelques rares habitués dont les yeux se mettaient à briller et la carcasse à se dandiner entre les bacs de disques; parmi eux un certain Bruno Vandegraaf élève à l’Académie des Beaux-Arts et qui m’invita à une expo où il exposait des toiles très vaudous dont j’associe souvent le trait, l’imagerie et le style à la musique de Cave.
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SOUTHERN LORD, 2006.
Plages sombres déroulées massivement, lourd crépuscule piétinant, vibrations chaotiques presque immobiles. Menace étale. Gouffre obscur rempli de créatures inavouables, vociférant.
Magnifique travail sur les ondes. Un pathos grandiloquent quelques fois, wagnérien. Romantique. Avec babioles à la Black Sabbath puissance 1000.
Sous l’influence de l’entité japonaise Boris, d’autres plages plus calmes, spleen de l’au-delà, atmosphère lynchienne, égérie des mondes troubles.
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HATOLOGY, 2006. Enregistrement 2002.
Christian Weber, contrebasse; Han Koch, Clarinette basse, saxophones, electronics; Michael Moser, violoncelle; Martin Siewert, guitare lap steel, electronics; Christian Wolfarth, batterie.
Des plans séquences lents, de tensions qui se renforcent, se neutralisent, montent en puissance ou disparaissent. L’organisation semble aléatoire, mais il ne faut pas s’y méfier, il y a une ligne de conduite qui résulte d’une longue pratique et consiste en une perspective que ces musiciens donnent à leur collaboration. À l’intérieur d’un morceau, écouter comment les uns et les autres s’accrochent, collaborant, se rejettent, comment les sons s’agrégent ou se désagrègent. J’aime beaucoup l’exercice d’écoute en éveil que propose ce type de musique.
Plus globalement, on pourrait l’aborder avec ces mots de Georges Didi-Huberman dans le catalogue de l’exposition consacrée à Beckett : « …l’art de Beckett s’attache à ouvrir, à « creuser des trous » à la surface du langage, pour que paraisse enfin « ce qui est tapi derrière », donc pour que les mots s’écartent rythmiquement d’eux-mêmes et que le langage devienne poésie. Mais ouvrir, ce n’est pas creuser un seul trou qui irait directement au centre des choses. Il n’y a pas un centre des choses puisque les racines elles-mêmes sont multiples et arborescentes, sans parler des rhizomes, bien sûr. Donc, il nous faut creuser partout, faire proliférer les trous et, avec eux, les connections, hiatus ou raccordements. »
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INTAKT RECORDS, 2006.
Pianiste qui accompagne et ponctue ma carrière d’oreille à la Médiathèque depuis plus de 20 ans. Plaisir de le retrouver en solo. Pour un exercice costaud, consistant, où il concilie formation classique, composition et improvisation. Il attaque ces deux versants de façon plus franche (mais ils sont présents dans tous ses enregistrements). Palette expressive très large, grande amplitude des moyens, un style robuste, « argumenté », même quand il part à l’aventure, c’est étayé, solide! J’aime les moments de rage progressive où il cherche à épuiser son sujet, à dire tout ce qu’il y a à en dire, à enchevêtrer les phrasés en accumulations de plus en plus complexes, assourdissantes, démentes, explosives; les passages où il déroule ses notes en même temps qu’il les transforme en objets de méditations hésitantes et il les pose en ramifications de plus en plus toniques, noueuses; ou encore ces créations presque conceptuelles comme « LOK 03 »… Horizon pianistique très large.
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BUDA MUSIQUE, 2006. Enregistrement 1988-2006.
Épatante musique de Zanzibar, j’y entend comme le « compromis » entre des rythmes indiens (raga ou ghazal), l’accordéon jouant l’harmonium, des voluptés arabes proches des danses du ventre et une nonchalance blues très africaine… C’est surtout le cas dans la musique taarab, musique de fête, de danse, d’amusement. Bi Kidude a fait les beaux jours de club taarab strictement féminin. Son chant est âpre, parfois même presque désabusé, un chant de prêtresse, la voix forte d’une conscience. Elle est aussi spécialiste de styles initiatiques et « éducatif », msondo ou unyago, « danses et chants anciens pour l’initiation des jeunes filles ».
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Christine Lecerf : « Elfriede Jelinek, l’entretien », Seuil, 109 pages
Après le Prix Nobel, un long entretien entre Elfriede Jelinek et Christine Lecerf. Elles se connaissent depuis un certain temps, ce qui donne à l’entretien une certaine profondeur sincère, rien à voir avec le questionnaire de circonstance. Ce sont des éléments intéressants sur ce qui constitue une généalogie littéraire; il y a un regard acéré sur ce qui compose un style, sur ce qui alimente un travail d’écrivain depuis la sphère privée, intime et la sphère sociale, politique. Bien entendu, livre fondamental sur ce que signifie être femme dans le monde littéraire, dans le monde des idées et de l’action, à placer en résonance avec ce qui s’est passé dans la société française autour d’une candidature féminine à la présidence du pays. Extraits :
Axel Honneth, « La réification. Petit traité de Théorie critique. », Gallimard, 141 pages, 2007
La réification est ce phénomène qui transforme nos sujets de préoccupation en objets avant de nous assimiler aussi au rang d’objets dans un grand marché. C’est un vaste processus de dépossession, de déshumanisation. Voici un petit traité limpide et utile qui clarifie les idées à ce propos. D’abord, en prenant l’origine de ce concept, du côté de penseurs marxistes comme Lukacs et en démontrant que leur approche était trop caricaturale, trop systématiquement contre le marché. Axel Honneth rappelle que la réalité est plus complexe et analyse néanmoins finement les situations, banales aujourd’hui dans le contexte de marchandisation, où les individus sont poussés sur la pente de la réification : en étant, par exemple, contraints de se conformer aux attentes ou aux clichés, dans des entretiens d’embauche ou dans la recherche de partenaires amoureux et sexuels sur Internet.
La discipline pour éviter la réification, il l’appelle reconnaissance, chez Stiegler c’est le souci de soi et le soin que l’on se donne…
Un petit bouquin utile.
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Romans…
En avril, sous la pression des critiques criant au génie et au livre inespéré, j’ai entamé la brique « Le Tunnel » de William H. Gass (Le Cherche Midi). J’ai calé après une centaine de pages, agacé, mitigé, indécis… Fumisterie ou réel projet ? Le livre n’est pas quelconque, mais je ne parviens pas à avoir une conviction sur le style ! ? Je l’ai mis de côté et depuis je relis essentiellement des livres rangés depuis longtemps dans ma bibliothèque et à propos desquels je culpabilise, n’en gardant que des souvenirs vagues. Tous les soirs, je relis un peu Beckett, jusqu’à présent « Molly », « L’innommable »… Et aussi Claude Simon dont j’ai entamé la lecture à petites doses de ses œuvres éditées en Pléiade. Je mesure combien j’en avais avalé les volumes, il y a deux ans ! Là, je prends la peine de m’égarer dans ses longues phrases, je les relis plusieurs fois pour en épouser le rythme et les chicanes, l’emboîtement des images, pour sortir de leur labyrinthe. Mais au-delà des longues phrases, combien de trouvailles très courtes, pour dire les choses avec une justesse, sonore ou visuelle, comme celle-ci : «… et quelque part du côté de la pompe un bruit de seaux entrechoqués, et le flac clair de l’eau comme une étoffe liquide déchirée… ». La trouvaille est ce « flac clair de l’eau » comparé au déchirement d’une étoffe liquide, un son non pas lumineux mais transparent, limpide et claquant, après les consonances agitées et entrechoquées de la proposition précédente. Et si vous avez déjà puiser de l’eau au puit, vous savez qu’il n’y a pas moyen de le dire mieux ! !
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VO AN st.FR. Durée : 96'.
DVD, en AN, FR, st. FR.
BELGA HOME, 2005, Etats-Unis.
Dans une famille américaine, ce qui se passe quand le fils de 17 ans ne parvient pas à laisser tomber son pouce et que visiblement l’environnement et la société considèrent ça comme anormal, voire une solide déviance. Ce que ça donne au niveau des relations parents-enfants, avec les condisciples, les professeurs, et au niveau de l’identité, de son positionnement social. Les réactions en chaîne d’une supposée déviance. Sans tomber dans le moralisme (parfois, c’est limite), le film montre que rien n’est irréparable, la formation d’un individu et la vie en société est « plastique », elle peut supporter des égarements, des errements. C’est bien joué et c’est traité correctement, avec sensibilité, mais ça manque un peu de punch ou de caractère dans le style.
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VO HE st.FR. Durée : 90'.
DVD, en HE, st. FR.
CINEART, 2004, Israël, France, Grande-Bretagne.
Un film qui glace le sang. Commerce de chair fraîche de l’Est pour l’armée d’Izraël. Le repos du guerrier. Sans fioritures, avec un dépouillements nerveux de l’image et du scénario, Amos Gitaï suit le
processus de dépersonnalisation, de dépossession de soi que subissent ces jeunes filles rayées de la vie normale, broyées par l’industrie du sexe. Une violence qui donne la nausée d’autant plus qu’elle est montrée comme sous jacente à une société, indispensable au maintien de l’ordre viril. (Rien à voir, dieu merci, avec « Les oubliées de Juarez » avec Jennifer Lopez !)
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VO CO st.FR. Durée :104'.
DVD, en CO, st. FR.
ARTE, 2003, Corée, République de.
Une situation classique : un couple, le mec à une maîtresse, l’épouse finit par se consoler ailleurs. Sauf que rien ne tourne comme dans les clichés. Le mec semble dépassé par la sexualité de sa maîtresse
libérée et inspiré. Il semble incapable de s’ouvrir et de se remettre en question. Son père, vieux macho impénitent décède « héroïquement » d’un cancer d’alcoolique, sa mère prend sa liberté, heureuse de refaire sa vie avec un homme qui va enfin la faire jouir. Quant à la femme trompée, draguée par un jeune adolescent, quand elle cède, c’est pour se trouver confrontée au stéréotype du désir de petit mec, pressé de vider ses couilles, fermé au plaisir de l’autre. Heureusement pour lui, il tombe sur une femme qui en a, rit de son inexpérience et le prend en main. Et encore; dans n’importe quel film sentimental américain actuel, tout rentrerait dans l’ordre, les uns et les autres faisant amendes honorables, l’image du couple « normal » se recomposant. Pas ici. Ouf ! Ça existe.
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Lou Ye, « Une jeunesse chinoise », 2006
Une histoire d’amour avant tout. Le contexte chinois est bien prégnant, mais les protagonistes ne sont pas des acteurs clefs des changements en cours. Mais ils sont plongés dans ce qui secoue la jeunesse chinoise: le besoin de soulever le joug communiste, ouvrir la société vers plus de liberté et de démocratie, redevenir des individus autonomes et responsables. Les troubles de Tien An Men (1989) sont clairement évoqués comme représentatifs de cette agitation sociale et politique secouant le milieu étudiant et perturbant même les plus passifs. C’est une chape de plomb qui se soulève et les désirs s’éveillent. Avec leurs côtés excitants mais aussi leurs perspectives effrayantes: la liberté, c’est aussi s’assumer autrement, depuis les grandes choses de la vie jusqu’aux plus intimes. C’est une société traditionnelle qui est mise en doute, surtout pour ces jeunes qui viennent des campagnes reculées. Et cela concerne bien entendu les rôles de l’homme et de la femme, leurs statuts au quotidien y compris dans la vie sexuelle. Les bouleversements de la société chinoise sont montrés de façon indirecte dans la vie sexuelle et amoureuse d’un couple impossible, surtout d’une jeune femme « dérangée » par l’immensité de ce qui se révèle à elle, qu’elle aimerait totalement embrasser avant de se fixer et de se connaître. Appel puissant de la chair comme moyen d’atteindre son identité après de multiples épreuves. Confrontation entre le sexe et l’esprit. Une liaison difficile, orageuse, romantique aussi. L’image ne l’est pas vraiment, plutôt réaliste. Le film est juste surtout dans la première partie, sur ces relations entre les troubles sociaux et les errements affectifs. Après, et surtout dans ces derniers moments, le lien avec ce passage « historique » est moins évident, et le sentimentalisme prédomine un peu trop (peut-être est-ce juste l’effet d’une musique mièvre mal choisie).
- Autre film de Le You disponible en prêt : « Suzhou Ye », VS8398, 2000)
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Claire Simon, « Ca brûle », 2006
Dans le désoeuvrement sec et lumineux de Provence, le désarroi inavoué d’une adolescente qui finit par s’embraser en une immense et incontrôlable « connerie ». Comme toujours avec Claire Simon, c’est filmé « proche du sujet », au plus près du pathos mais sans amplification de celui-ci. Avec une sorte de tendresse analytique, qui cherche à comprendre les mécanismes, à représenter l’inexplicable de l’embrasement. Du passage à l’acte monstrueux qui a ici, du fait de cette espèce d’innocence de l’adolescence, quelque chose d’inconscient, rêvé. Le dérangement intérieur dû aux premiers désordres sentimentaux, aux pulsions qui s’égarent dans un amour trop lourd à porter. Même dans sa partie la plus calme, le film côtoie le vertige intérieur de la jeunesse fille, son déséquilibre, son éblouissement, ce désir qui est né au sortir d’un coma, d’une absence, pour le pompier qui l’en a extirpé par sa voix et ses mains exécutant des « passes ». Et il y a une sorte d’envoûtement. Ensuite le film, sur son versant documentaire, suit le glissement vers l’inéluctable fait divers sordide et sur son versant fiction il trace une magnifique métaphore: je brûle d’amour, mon feu d’amour doit tout brûler, mon pompier viendra tout arranger, je me réveillerai de l’envoûtement, tout rentrera dans l’ordre, beau.
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Autres films de Claire Simon disponibles en prêt : « Récréations » (DVD) TT5182, « 800 kilomètres de différence » (VHS) TS9791, « Coûte que coûte » (VHS) TL2541, « Mimi » (DVD) TJ5946
www.cabrule-lefilm.com
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"Samuel Beckett", Centre Pompidou, du 14 mars au 24 juin 07
Des manuscrits, des photos, des extraits de ces pièces de théâtre filmées, le film avec Buster Keaton, ses pièces pour la télévision (on peut tout à loisir étudier les plans de Quad et regarder ce que ça donne « dans la télévision »), installations, œuvres réalisées par des plasticiens proches ou inspirés par ses textes (Alechinsky, Geneviève Asse, Chattaway, Paul McCarthy, Bruce Nauman, Penone, Richard Serra…). L’ensemble peut servir d’initiation à un public qui n’aurait qu’une idée vague de l’écrivain, favorisant une approche en douceur mais pas forcément superficielle, il est possible de ressentir "l’essence". Pour les fans, c’est un lieu de souvenirs, le dispositif aide à faire revenir les phrases, les images, les impacts laissés par la lecture. L’exposition commence par un flux assez dense, l’irruption d’un flot de paroles qui cherche à (dé)saisir un monde complexe, voulant cerner l’impossible nouveauté d’une époque succédant à l’incroyable barbarie. On rase un mur en écoutant Lonsdale lire Mirlitonnades. On rase un mur en position du personnage masqué dans « Film »… Gros plan d’une bouche qui articule jusqu’à l’absurde (« Not I ») et du texte en peinture murale décoche ses signes musicaux, tout l’espace confronte à la densité d’un univers bruissant de voix. Bégaiement universel, va et vient des mots. La scénographie évolue vers le dépouillement, vers le presque rien. Très émouvante salle consacrée aux correspondances Beckett/ Bram Van Velde. En s’immergeant dans la contemplation des objets, des photos, du son des phrases dites par des acteurs enregistrés, en se laissant gagner par l’atmosphère de l’ensemble, il y a pas mal d’émotion, sortes de retrouvailles avec le Beckett enfoui en soi. Comme dans les tunnels de ces maisons hantées des kermesses où des créatures non identifiables caressent les téméraires transportés dans leur petit train, ici, des phrases, des mots, des ponctuations, des extraits de texte reprennent possession de l’esprit. L’envie de reprendre les livres couvre à peine le remord de les avoir lu trop vite, pas assez, de n’en garder que des impressions, des contours. Il faudrait lire moins, creuser plus, retenir, fabriquer de la consistance.
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David Lynch, « The Air is on Fire », Fondation Cartier
Une très belle chose, cette exposition, Lynch transforme la Fondation Cartier en un lieu incroyable, une pièce du puzzle de son œuvre, trouvera-t-on là les indices pour comprendre ses films ? Ce décor est-il une porte vers l’univers occulte, passe-t-on ici derrière l’écran ? Non, ce n’est qu’une autre voie de garage, mais qui ouvre beaucoup d’autres pistes. De grands formats suspendus dans une géométrie de hautes tentures, peintures-sculptures un peu crades, avec des influences Kieffer, Bacon… Et références directes à la filmographie. Une vaste collection de « gribouillages », croquis, inscriptions sur serviettes de restaurants, post-it, lève le voile sur la galaxie mentale interne, révèle combien ça travaille en permanence dans le même jus. Au sous-sil, entre autres, quelques photos remarquables, de petits films de ses débuts, fiction ou animation, posent la base de l’aventure, les figures de styles essentielles sont déjà à l’étude, testées. Tout l’espace est sonorisé, comme un fragment de films à la dérive.
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Christian Marclay, « Replay », Cité de la Musique
J’ai découvert Christian Marclay il y a près de 20 ans, à la Médiathèque, dans une réunion de travail animée par Alberto Nogueira. Il nous y présentait des nouvelles des modernités musicales. Et il y avait un microsillon de Marclay. « Record player ». Ce 33 tour avait été, comme d’autres, piétiner par les visiteurs d’une exposition, ensuite emballer et vendu. Déjà un objet mixte musical et plastique, ça stimulait nos réflexionset notre rôle de « médiathécaire »: on ne pouvait pas médiatiser vers le public un tel disque comme n’importe quel autre disque !
Christian Marclay n’est pas musicien, il s’est emparé de la musique, de toute la musique, à partir de l’objet « microsillon ». Il a transformé le 33tour et la platine en instrument de musique, en instrument de connaissance de la musique, en instrument de connaissance du « faire musical ». Il fera de la musique avec toutes celles déjà enregistrées et avec l’objet qui la renferme : l’objet même du 33tour et de son support technique, la platine, devient instrument de musique. Et d’emblée, il installe sa démarche dans l’image, le visuel manifeste la preuve de l’efficacité de cette nouvelle manière de produire de la musique: c’est cette manière incroyable de porter sa platine comme une guitare et de se produire en scène à la manière d’Hendrix; c’est aussi cette courte séquence du mangeur de disque, symbolisant le dévoreur de musiques. Mais aussi: je suis rempli et animé par toutes les musiques des autres, que j’ai avalées scrupuleusement, et je vais les restituer à ma manière. Il ne suffit pas d’ingurgiter et de recracher en modifiant, en altérant un peu. Il faut avoir exercer une écoute analytique pour constituer un matériau « critique » réutilisable en une autre langue. Christian Marclay a une oreille in croyable. C’est l’oreille d’un amateur possédé, précis, hyper aiguisée. A tel point que ce qu’il va surtout signifier est ceci: la pratique pointue et amoureuse de l’amateur permet de nouvelles connaissances, de nouveaux alphabets pour exprimer son savoir sur l’esthétique, sur l’art. Et il s’agit de s’approprier ces nouvelles expressions.
« Cross Fire » : une salle obscure, sur chaque mur un grand écran. Vont s’y succéder un montage prodigieux de séquences de tuerie. Particularité : le canon est toujours orienté vers le centre de la pièce, vous, dans une ronde infernale. Une manière de rappeler l’importance du flingue et du meurtre dans un certain cinéma. Le montage visuel est spectaculaire. La façon dont les séquences tournent autour de la pièce, encerclent le spectateur, ne lui laissant aucune chance, révèlent une finesse impressionnante. Et l’articulation de l’ensemble relève d’une précision incroyable, jouant des différentes intensités, Marclay construit un rythme visuel et sonore, évoquant un solo de batterie. L’expression de la violence est imparable : on se sent troué par les impacts, simultanément visuels et sonores; mais le tout est construit dans une telle cohérence que l’on meurt dans une grand jubilation, c’est affreux et c’est tellement beau !
« Vidéo Quartet » : 4 écrans alignés sur 12 mètres. Chaque écran montre une série de scènes où, dans des films, interviennent des musiciens, des « silences musicaux » ou des ponctuations sonores apparentées au langage musical. 4 montages distincts, donc. Mais les images glissent d’un écran à l’autre, se répondent, s’opposent, s’harmonisent. Ici aussi, la finesse et la pertinence des sélections, du découpage et du montage sont sidérantes. C’est un autre film qui se construit, un orchestre visuel-sonore. Les séquences sonores finissent par composer aussi une partition particulière, cohérente au lieu de s’aligner comme des extraits musicaux simplement juxtaposés. On en sait plus où donner de l’oreille et du regard, il faut avaler l’ensemble plusieurs fois pour bien jouir de ce plan panoramique sur la musique au cinéma…
« Guitar Drag » : Marclay commémore de façon particulièrement incisive la mise à mort d’un Africain-Américain, James Byrd, traîné à terre derrière un camion : il attache une guitare électrique derrière son camion. La guitare reliée aux amplis monstrueux sur la remorque, volume sonore à fond, elle va s’arracher et se démantibuler au sol, macadam, terre, prairie, entraînée dans la course du camion. «Variante contemporaine du « Strange Fruit » de Billie Holiday » (Emma Lavigne). La vidéo montre la mise en place du dispositif et puis la course, ce qui arrive à la guitare, en gros plan agité, et donne à entendre le hurlement de ce qui se trace là au sol. Sur notre sol. Et il se passe quelque chose de prodigieux : la guitare électrique et tout ce qu’elle a pu symboliser comme prolongement du corps humain dans la musique rock se révèle être l’objet qui pouvait le mieux évoquer l’horreur du corps humain qui a été réellement mis à mort de cette façon. Le son est très éprouvant, pourra-t-on encore écouter le son de la guitare électrique sans penser à Guitar Drag. (Je pense que Nicolas Sarkozy n’a jamais écouté Christian Marclay et qu’il ne doit pas beaucoup aimé ce genre là.)
C’est, à mon avis, l’exposition la plus forte jamais vue sur ce qu’est la musique aujourd’hui, sur ce qu’est le musical. Sur la relation au musical et au mouvement visuel-sonore.
- Christian Marclay à la Médiathèque.
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« Ribouldingue ».
Voici le titre dans Libération : « Au Ribouldingue la triperie est à l’honneur. Des plats originaux à prix doux dans une pure veine bistrotière. » Authentique. La chef a fait son apprentissage chez Hélène Darroze. Tout ce que nous avons testé était au point, équilibré, bien pensé, abouti. Les ravioles de queue de bœuf sont délicieuses servies dans une émulsion d’une légèreté ravissante. Le chutney aux dattes qui accompagne le foie gras, une trouvaille. La poêlée de ris d’agneau aux légumes printemps mélangés avec des sot-l’y-laisse, un régal, ça semble si simple et si facile! Les desserts sont un peu fous, réjouissants. Le Minervois frappé donne envie de boire jusqu’à plus soif. Le service est rapide, sans façon, souriant.
10, rue Saint-Julien-le-Pauvre, Paris Vème, 00 33 146339880
Ecrivez-moi :
Pierre.hemptinne@lamediatheque.be
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