Magazines

OH ! QUE CA BOUGE ! N°20 (août 2007)

 

INTRODUCTION

Même dans un journal grand public comme Le Soir, des pages et des pages sont consacrées aux grandes expositions d’art contemporain (Kassel, Venise…). L’équivalent musical de ce qui est présenté dans ces expositions fait rarement l’objet de festivals ou de concerts événementiels. L’actualité des expressions sonores correspondant aux arts plastiques de ces grands événements internationaux, est exposée en permanence à la Médiathèque ! C’est à peu près le seul endroit où cette actualité est rendue palpable ! Si les journaux consacraient autant d’attention à ces créateurs de nouvelles musiques qu’à leurs confrères des arts plastiques, peut-être que la Médiathèque ne connaîtrait pas les mêmes difficultés, en tout cas certains aspects de la problématique seraient différents!! Voilà, le climat des vacances ne m’a pas empêché de ressasser ce genre de chose ! [retour]

 

 

MUSIQUE (CD)


Mathieu WERCHOWSKI & DAVID CHIESA

SHARP CLAWS CATS - UW4200

Pochette UW4200.

SOOPA, 2007. Enregistrement 2006.

Où emprunter, détails...

Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) Neon #2

(Violon, contrebasse)
Tant la sonorité des instruments à cordes, que les matières sonores que les musiciens-individus y personnalisent, que les rythmes, les éblouissements et les trous noirs, les espérances lisses et les désespoirs échevelés, tout s’harmonise avec mon état d’esprit de vacancier ! Les deux musiciens partent à l’aventure, ils jettent devant eux, plus ou moins parallèlement, ce qui constitue la trame de leur musique, comme on jette ses filets. Ça forme des structures, des ombres, des organes dont ils explorent les contours, dont ils constituent petit à petit la substance comme obéissant à des processus naturels. C’est épatant, puissant tout en restant flottant, le ballet des archets cause une grande joie, une vive stimulation émotive et intellectuelle. C’est rempli, consistant, tout en privilégiant des tracés décantés, des dessins épurés, des assemblages à la géométrie sauvage (l’exubérance et la dramaturgie proviennent de la densité plutôt que d’une complexité artificielle et d’une profusion quantitative). J’établis beaucoup de connexions, similitudes ou oppositions complémentaires, entre certains aspects de cette musique et les abstractions géométriques de Norman Dilworth (voir plus bas « exposition » !). [retour]

 

John ZORN

SIX LITANIES FOR HELIOGABALUS - UZ7200

Pochette UZ7200.

TZADIK CD, 2007.

Où emprunter, détails...

Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) Litany I

Bon sang, dans sa revisitation des grandes figures de l’art décadent fin de siècle et fondatrices de l’avant-garde, Zorn ne nous épargnera même pas Héliogabale ! (C’est comme si, dans les sujets choisis, il oubliait de traiter de la société actuelle ! ? Sauf qu’au niveau du son, du langage sonore, il reste plus ou moins en phase…)
Héliogabale, c’est un texte important d’Artaud (que Zorn cite bien entendu).
Mais il y a de quoi bien s’amuser en écoutant ce CD malgré quelques lourdeurs (principalement l’utilisation de clichés, quand la musique se fait trop ciné-narrative, et des séquences un peu vaporeuses mystiques, kitch). Mais les passages harcore ronflent et arrachent vraiment bien. Le long solo de Mike Patton (illustrant je suppose la démence et la solitude de l’empereur anarchiste), bien que n’étant pas épargné de clichés, est impressionnant.
Peut-être qu’Héliogabale aurait préféré la musique de Von Südenfeld ! ?
Zorn jongle avec quelques-uns de ses différents registres et diverses incarnations : Painkiller, Naked City, musique de film, écriture classique, jazz… registres qui s’enchevêtrent pour cerner les différentes facettes du personnage. Brutal, rêveur, délicat, monstrueux… C’est costaud.
L’objet CD est soigné, stylé, parfumé à la rose. [retour]

 

 

VON SÜDENFELD

TROMATIC REFLEXXIONS - XV911I

Pochette XV911I.

DOMINO RECORDING COMPACT (UK), 2007.

Où emprunter, détails...

Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) the rhinohead

(Mark E Smith & Mouse On Mars)
Techno rock plein pot, exubérant, crade et dansant, délicieusement décadent. [retour]

 

 

LIVRE (Roman)

Duong Thu Huong, « Terre des oublis », traduit du vietnamien par Phan Huy Duong. 794 pages, Sabine Wespieser Editeur, 2006
Le mari d’une vietnamienne des montagnes a été déclaré disparu à la guerre. La veuve honore sa mémoire et refait sa vie dans un vrai mariage d’amour et prospère. Le disparu revient ! ne pas revenir au héros qui a sacrifié sa jeunesse pour la patrie transformerait la vie du couple heureux en enfer social. Donc elle retourne vivre auprès de son premier mari qui se révélera une « épave de guerre »… Voilà pour la situation de base. Avec ça, l’écrivaine décrit subtilement la société vietnamienne, traditionnelle et moderne, la place de la femme, les ravages de la guerre, sa cuisine quotidienne... Elle ne tombe jamais dans la simplicité et la situation finale réserve plein de surprises, les solutions sont anti académiques. Entre temps on aura suivi le calvaire du «disparu» dans la jungle napalmée… Et elle aura brossé des portraits contrastés des deux hommes à travers leur histoire, leur évolution, leurs rêves, réussites et échecs. Très agréable à lire et instructif, la narration n’est jamais gratuite. [retour]

 

 

LIVRE (Histoire, sociologie)

Gérard Noiriel, « Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIX-XXe siècle), Discours publics, humiliations privées ». 717 pages, Fayard 2007
Une brique. De ces briques fourmillantes d’informations, d’analyses, d’explications, qui donnent la possibilité de construire autrement notre perception du monde et redonne envie de militer pour une société fondée sur la connaissance des phénomènes qui la constituent et non sur la « fait-diversisation » systématique de toutes les énergies humaines. Tant les questions du langage raciste et antisémite qui imprègnent notre réalité de ses stéréotypes ne sont pas des questions de spécialistes: elles concernent notre positionnement par rapport à l’autre, elles conditionnent notre vision du monde. C’est donc un livre magistral, indispensable, fondamental. Il se situe en outre dans une actualité très concrète : toute la question de « l’identité nationale » mise en avant par Mr. Sarkozy. Gérard Noiriel ne fait pas de l’histoire pour l’histoire : impliqué dans la Cité Nationale d’Histoire de l’Immigration (il en était directeur, il en démissionne après les dernières élections françaises), il propose des pistes d’action dans ses conclusions. Il est vraiment nécessaire d’avaler ce genre de brique, de toute urgence. [retour]
http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rard_Noiriel




Marc Crépon, Bernard Stiegler : « De la démocratie participative. Fondements et limites. », 115 pages Editions Mille et une Nuits 2007
.
Voici un petit ouvrage pour commencer à penser (sur) ce principe de « participation » qui est en train de tout envahir, comme un mot joker! Indispensable pour ne pas se laisser séduire par des usages cosmétiques. Au passage, les deux auteurs rappellent ce qu’est une pensée politique, un projet politique. Ils soulignent l’importance de conceptualiser aussi le potentiel participatif des technologies Internet pour ne pas en rester aux slogans. Par rapport aux textes plus théoriques et complexes, ce genre de bref opus limpide permet de clarifier des points précis, de rattacher la théorie à des réalités plus tangibles, plus immédiates. C’est la transcription de conférences organisées par l’association Ars Industrialis (www.arsindustrualis.org) [retour]

 

 

CINÉMA (en salle)

« 2 Days in Paris », Julie Delpy, 2006.
Agréable à regarder, déboires d’un couple franco-américain de passage à Paris (après Venise), courant après une vague romantique… Le dialogue et la confrontation amoureux sont parcourus du décalage entre « mentalités » européennes et américaines. Filon intéressant à suivre mais pas exploité à fond, c’est juste une épice. A part ça, sur base de la mauvaise compréhension du français de l’amant, plongé d’autre part dans une paillardise française qu’il cerne mal, le film fonctionne autour d’un vaste quiproquo progressif qui se termine dans un flux de bons sentiments. On rigole quelques fois. La presse a souligné la filiation Woody Allen : elle est là effectivement, le style en moins. [retour]

- Voir filmographie de Julie Delpy


« Le Quatrième Morceau de la femme coupée en trois », Laure Marsac, 2007
Il y a certes de la grâce dans ce film qui, en trois séquences de vie banale et ordinaire, trace avec pudeur le portrait d’une femme trouvant difficilement sa place, cherchant maladroitement à rentrer dans le vif du sujet. Avec ça, finalement, Laure Marsac interroge surtout pour elle (j’ai l’impression) ce qu’est le cinéma, comment faire du cinéma en fonction de ce qu’elle est, évite de rentrer dans des procédés trop évidents. Les scènes et les images sont des épures, rien de superflu, c’est plutôt stylé. Je pensais à cette phrase lue quelques heures avant : « Le pictogramme constitue la forme la plus économique possible dénoncés réflexifs de la langue sur elle-même et ses signes. » (Clarisse Herrenschmidt, « Les trois écritures »). Mais je ne veux pas taire l’impression d’un goût de trop peu, il manque quelque chose il y a un « défaut » qui stimule l’envie d’un peu plus de cinéma (le défaut permet justement cette réflexion sur ce qui manque dans le cinéma !) Malgré la petite part d’insatisfaction que laisse ce « genre » de film, je pense qu’il faut aller les voir, en priorité sur tous les autres, encourager ainsi ces cinéastes à poursuivre leur investigation du cinéma. Je lisais récemment une brève chronique du festival de Locarno dans Le Monde dont le propos à peu de chose près était : le cinéma indépendant, avec les nouveaux moyens de réalisation numérique, ça devient n’importe quoi, le niveau du festival est bas, c’est chiant, heureusement qu’il y a encore de bons films à portée commerciale ! » Quelle que soit la réalité du niveau esthétique de ce cinéma indépendant, le travail de ce critique est d’en rendre compte, avec des arguments, des analyses, des pistes de compréhension du phénomène, parce qu’autrement que restera-t-il du cinéma indépendant ! ? Formulé de manière aussi péremptoire, l’avis de ce critique me sidère et, j’avoue, je peine à le croire: le même phénomène s’est produit dans la musique, avec l’apparition des home studios et de toutes les facilités pour enregistrer son CD sans intermédiaires. Ca n’a pas engendré une diminution qualitative des expressions musicales. Que du contraire. Pourquoi en serait-il autrement pour le cinéma ! ? Mais ça nécessite d’adapter l’appareil critique, certainement… [retour]

- Voir filmographie de Laure Marsac

 

 

EXPOSITION

« Norman Dilworth, une évolution naturelle. Rétrospective », Musée Matisse, Le Cateau-Cambrésis. Jusqu’au 30 septembre.
Je ne connaissais pas Norman Dilworth, j’y vais sur les conseils d’un ami (Jean-Pierre Scouflaire). Le genre d’expo coup de foudre. Pour la valeur des œuvres montrées et pour la manière de les montrer. Chaque œuvre est le résultat d’un long processus de recherche, de mise au point, d’ajustement entre quelque chose d’intérieur et quelque chose qui appartient à la vastitude de l’univers. Des signes comme pour écrire ce que nous perdons l’habitude de dire et d’écrire. Pour signaler ce que nous ne voyons plus, l’invisible. Entre la sculpture, la peinture, le graphisme. L’installation est remarquable, aérée, respectueuse, elle laisse l’espace pour réfléchir, pour voir venir, tourner autour, de mur en mur, de salle en salle, la rétrospective articule les œuvres les unes aux autres, comme une phrase, comme une ligne de sens. (Dilworth est né en Angleterre en 1931, il a vécu et travaillé à Londres, Amsterdam, aujourd’hui à Lille. Il a senti le monde, il a exploré, il a une belle maturité.)
L’exposition s’inscrit dans une série que le Musée Matisse consacre à l’abstraction géométrique contemporaine. Très beau musée. En profiter pour jeter un coup d’œil sur la fondation Auguste Herbin… [retour]
Museematisse@cg59.fr

 

Norman Dilworth Norman Dilworth Norman Dilworth

 

 

L’AUBERGE

« L’épicerie », Maruéjols-lès-Gardon. Gard.
Cuisine régionale toute simple, certes, mais « étudiée », comme épurée, stylée. Choix limité, un menu avec deux options. Cannette à l’ail confit, lapin aux olives, côtes de porc panées… C’est réalisé à la perfection, il ne manque rien. Les salades, en entrée, sont variées sans être des fourre-tout approximatifs, les différents ingrédients bien mesurés, il n’y a pas de déséquilibre entre les différentes saveurs assemblées. Les produits sont de toute première fraîcheur et de qualité exceptionnelle. Le cadre est on ne peut plus « vacancier ». En haut d’une impasse ensoleillée, les tables sous la treille, le service cordial sans chichi…
C’est aussi vraiment l’épicerie du village. [retour]

L'auberge

Vous voulez réagir ? M’écrire? N’hésitez pas !
Pierre.hemptinne@lamediatheque.be

retour