En cette période difficile pour la Médathèque… En France, un plan de soutien au livre et aux libraires indépendants se discute fermement. Jamais le CD n’a mérité cet honneur. Et ce n’est pas l’engouement de certains journalistes pour le marketing de Prince qui permettra de rehausser le statut du disque. Objet respectable de connaissances? Non, objet gratuit de marketing pour un musicien toujours capable d’offrir des moments de grâce mais qui a derrière lui ses années les plus inventives. Il gère son capital. Cela participe de la dévalorisation symbolique du marché de la musique. Si la musique était considérée comme transmettrice de connaissances, ses modes de consommation différeraient. Plus triste encore –et cela n’a pas forcément de lien direct avec ce qui précède-, j’apprends aujourd’hui le suicide d’André Gorz et de son épouse. Pourquoi être affecté de la disparition d’un penseur dont on ne partage les réflexions qu’à distance ? André Gorz a été pour moi une lecture formatrice indispensable quand il s’est agi de me former à un rôle syndical au sein de la Médiathèque (j’en recommande la lecture à tout délégué syndical). Penser le travail et ses évolutions d’une manière un peu plus large évite de tomber dans le face à face caricatural travailleur-patron. Puis, l’année passée, je rendais compte d’un de ses derniers ouvrages où il clamait son amour intact pour son épouse et déterminait ce que sa pensée lui devait. Voici le message des suicidés (82 et 83 ans) : « Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passe ensemble. »
L’automne est arrivé. [retour]
TOUCH AND GO, 2007.
Je trouve du panache à la première plage de ce CD. Une intention forte, un style. Une recherche tendue. C’est puissant et énergique dans le ton et en même temps très lâche (économie de moyens, respiration) dans cet hommage à John Peel. Composition rock un peu atypique, blafarde, cernée, batterie et basse en vedettes. Le reste, pour la plupart du bon rock énervé, légèrement crade, qui frôle le mur, avec une distanciation esthétique bien posée. J’apprécie les plages comme « Genuine Lulabelle » où quelque chose est tenté pour sortir des formats standards (tentatives pas forcément réussies). Certains trucs tordus et saignants que fait le bassiste, à certains moments, m’épatent et m’entraînent. Je prends du plaisir à des choses toutes simples aussi, le début de « Kittypants » avec sa dérive paisible basse-guitare. [retour]
SIJIS RECORDS, 2006.
Solos à mains nues, sans électronique : « just hands that smother, squeeze and hammer out sound ». Les mains ne sont pas simples exécutantes, elles pensent la guitare, elles sont matière grise. Et la guitare aide ces mains à penser, échanges organiques, ce sont des pensées abstraites qui prennent la forme de textures, d’étranges mécaniques qui donnent une idée de ce à quoi rêvent les mains (prendre, malaxer, pincer, caresser, frotter, susciter gazouillis ou couacs et les cauchemars de ne plus rien retenir, de laisser tomber, ne plus pouvoir empoigner). Les « treatments & interpretations » proposent des approches originales, fortes, de Bill Fay, Sharp, Bernhard Günter, Kodaly, Charles Hayward, Bj Nilsen… C’est très stimulant parce que la manière dont procède Gary Smith ouvre vraiment des pistes, il dialogue réellement avec les œuvres qu’il choisit, et quand il crée à partir d’elles quelque chose de nouveau, c’est encore en les respectant. Un vrai processus d’analyse, d’interprétation, de recréation, d’échanges, à partir de langages sonores très différents. Comment une œuvre en engendre d’autre. Mise à nu d’une dimension collective dans les processus créatifs individuants. [retour]
AVIE RECORDS, 2007. Enregistrement 2004.
La jubilation que je peux éprouver à lire quelques phrases de Claude Simon, à entendre intérieurement leurs architectures musicales grouillantes, ressemble à ce qui stimule mon écoute d’une œuvre comme la « Sonata per pianoforte solo » de Berio. Pourtant, bien que je ne dispose pas des moyens de comparer finement ces deux manières de s’exprimer, je ne pense pas qu’il s’agisse totalement de styles similaires. Mais, chez un profane comme moi, toutes les deux suscitent une attention abstraite en profondeur et conduisent à une perception de grande amplitude (un peu paniquée, dépassée par l’objet) comme si, à tenter d’en suivre les développements, l’on était conduit à absorber une spatialité généreuse, une dilatation de la capacité à intégrer des signes, du sens. Dilatation gratifiante. La ligne de la « sonata » est claire, avec des zones plus turbulentes, traversant des bouquets de végétations géométriques plus ou moins déséquilibrés; la ligne de Simon est d’emblée plus touffue, cherche à clarifier sur plusieurs fronts, et greffe, à certains moments, pour éclairer l’intérieur du texte et son épaisseur baroque centrale, des traits d’une grande limpidité et confondante simplicité. [retour]
WINTER & WINTER, 2007. Enregistrement 2006.
Des duos d’accordéons, accordéon-piano, accordéon-mélodica…
Je reste fidèle à Klucevsek. Je garde le souvenir d’un homme attachant dans le quotidien, musicien préoccupé du monde, éblouissant sur scène, lors de son concert que j’avais organisé à Mons (la médiathèque venait d’éditer un catalogue discographique sur l’accordéon). Il a inventé un style qui n’appartient qu’à lui. Il le cultive avec justesse. Exhumant, interrogeant les racines populaires des musiques qui le hantent (valse, tango, polka, boogie…). Avec des relents gaillards et de l’humour pétillant. De par ses accointances avec l’avant-garde, il aime moderniser l’accordéon avec des formes plus savantes, comme empreintes de nostalgie, d’innocence perdue finement jouée. Virtuose, il ne surjoue pas, il aime donner le sentiment de simplicité, de chose déjà connue. Délicat. Je m’y retrouve toujours. J’aime particulièrement le morceau dédié à Mary Oliver (musicienne classique contemporaine, improvisatrice aussi) : « March of The Wild Turkey Hens ». [retour]
MAXIMUM JAZZ, 2006.
Album solo. Violon, mandoline, guitare, sounddesign.
Petites musiques fêlées. Zinzins, miettes de mélodies parasites. Décors sonores électroniques qui replacent l’ensemble dans un étrange cosmos mécanique, une existence complexe comme en partance. Crin crins glaçant. Aubade angélique de cordes démentes dans un air pur. Esquisses de virtuosité pour soi seul. Soliste en conversation musicale avec ses doubles. Bel exercice d’introspection et d’exorcisme d’un musicien par ses propres instruments. De joyeux délires radieux troués de traits sombres fascinants. Des soliloques hantés… [retour]
Claude Simon, « Route des Flandres », (Œuvres, Pléiades)
(Relecture.)
Guerre et torpeur. Description fouillée de l’état de guerre comme dissolution et perte de sens. Explosion des logiques, plus rien d’autre que les faits immédiats, les gros plans épars que les protagonistes essaient d’identifier, comme à la recherche de fragments pour se situer eux-mêmes. Les points de vue, situés en des points socialement divers (officiers, ploucs…) mais aussi comme en des temporalités différentes (généalogie et souvenirs permettent de comparer passé et présent), forment une polyphonie lancinantes, et piétinantes comme cette défaite, déroute. L’impact cru de la guerre qui disperse les corps, fait disparaître les hommes, les bataillons. Mais aussi le dialogue entre deux personnages, cherchant à élucider le destin de leur officier de Reixach qui attend avec morgue que la guerre le fauche, «apparemment sourd et aveugle (aux coups de feu, aux chants d’oiseaux, au soleil déclinant), morne, absent, se laissant conduire par son cheval, les rênes abandonnées, déjà parvenu ou entré dans un autre état, un autre degré, soit de connaissance, soit de sensibilité – ou d’insensibilité- et à un moment donné…». Et revenant sans cesse à ce destin, l’examinant sous tous les angles, historique, psychologie, esthétique, dialogue obsessionnel comme pour s’abstraire de leur sale guerre, comme on remue de vieilles photos jaunies glosant à l’infini sur leur hors cadre, les circonstances autour.
Le cheval, dans ce roman de Claude Simon occupe une place prépondérante. C’est un roman à cheval, carrément! Sujet de conversation, acteur principal des scènes de guerre, moteur des souvenirs, animal transitionnel de la sensualité. Les descriptions de chevaux, de leur rôle dans l’action, regorgent de morceaux de bravoure. Les personnages, menacés par la mort arbitraire de l’absurde guerre, ressassent leurs souvenirs et semblent transportés, ballottés sur le dos des chevaux fatigués, somnambules, drôle de manège. Ils inspirent la musique, le rythme, et le mouvement des phrases.
Les chevaux des soldatset la superbe des officiers de cavalerie. Rappelons nous le côté dérisoire de cette armée d’opérette face aux blindés allemands, c’est sans doute cette confrontation contextuelle qui confère la dimension tragique de ces montures littéraires. Des parallèles avec l’esthétique des champs de course et l’érotisme des relations homme, amant, cheval, femme (dans la ferme où les bidasses détellent leurs canassons éreintés, l’apparition furtive d’une femme est comme fouettée par la proximité des masses chevalines; de même sur le champ de course, il y a dans les mots des échanges de sensualité entre les chevaux et la femme). Le style, les descriptions (mouvements des bêtes, formes des jockeys, couleurs des casaques) évoquent certaines toiles de Nicolas de Stael. Mais la revendication de modernité via l’évocation de références picturales n’est pas la seule: ainsi en page 385, le gros plan incroyable de sexe féminin rivalisant de réalisme avec la toile de Courbet.
Dans les scènes de galop, débandade guerrière, les phrases sont bousculées de forces contraires, contradictoires, se désorganisent en tumultes de propositions musclées, prêtes à se rompre. Une pagaille organisée qui me fait penser à la bataille d’Ucello. Il y a aussi cette évocation d’un monsieur bien mis aimant se faire harnacher, monter et cravacher comme cheval, comme l’apparition fugitive du Charlus de Proust (page 372).
Je reprends ci-dessous quelques thèmes (au sens musical) qui n’épuisent pas l’occurrence «cheval» dans le texte de Claude Simon. Ce sont des thèmes repris, retravaillés à différents endroits, parfois juste quelques mots qui trottent dans le flot des métaphores, qui se répondent, donnent lieu à des variantes, rentrent en résonances avec d’autres thèmes (la femme…), et font résonner le labyrinthe des phrases de sabots en tous sens, héroïques, battant la chamade du désir de vie, éperdus puis de plus en plus perdus, avalés par la guerre, absorbés inexorablement par la mort.
Extrait 1, apparition des jockeys (page 206) :
« Et de nouveau il me semblait voir cela: se détachant sur le vert inimitable des opulents marronniers, presque noir, les jockeys passant dans le tintement de la cloche pour se rendre au départ, haut perchés, simiesques, sur les bêtes graciles et élégantes, leurs casaques multicolores se suivant dans les pastilles de soleil, comme ceci: Jaune, bretelles et toque bleus – le fond vert-noir des marronniers – Noire, croix de Saint-André bleue et toque blanche – le mur vert-noir des marronniers – Damier bleu et rose toque bleue – le mur vert-noir des marronniers – Rayée cerise et bleue, toque bleu ciel – le mur vert-noir des marronniers – Jaune, manches cerclées jaune et rouge, toque rouge – le mur vert-noir des marronniers – Rouge, coutures grises, toque rouge - le mur vert-noir des marronniers … »
(Et page 314, après bien d’autres péripéties et développements annexes, on retrouve les jockeys en action, en pleine course…) [retour]
Extrait 2, cavalier cheval ne font qu’un somnambule (page 213) :
« Puis il fut tout à fait réveillé (sans doute à cause du changement d’allure du cheval, c’est-à-dire, quoiqu’il fût toujours au pas, un déhanchement plus sec, chassant le corps vers le pommeau de la selle, ce qui signifiait que la route s’était maintenant mise à descendre) : mais il faisait toujours aussi noir, et même en écarquillant les yeux tant qu’il pouvait il ne parvenait à rien distinguer, pensant (au bruit des sabots différent maintenant, sonnant plus creux et, pendant un moment, la sensation d’un silence différent aussi, d’une obscurité différente, non pas plus humide ou plus fraîche – car la même pluie tombait toujours – mais pour ainsi dire liquide et mouvante, au-dessous d’eux) qu’ils devaient passer sur un pont : puis sous les sabots le sol rendit de nouveau un son plein et la route commença à monter. » [retour]
Extrait 3, exemple de galop (page 245) :
" … et alors nous fîmes demi-tour penchés aplatis sur l’encolure pour offrir moins de cibles tandis qu’il tirait maintenant sur nous, entendant les détonations mesquines mortelles et dérisoires dans la vaste campagne ensoleillée comme des pétards, une arme de gosse, et Iglésia dit Il ma eu, mais nous continuâmes à galoper je dis Tu es sûr où, et lui A la cuisse le salaud…"
(Le galop n’est pas à proprement décrit, il est lancé, et ensuite l’impression de la course est donnée par des détails sonores, l’expression du danger qui stimule la fuite, et l’échange de paroles rapides…) [retour]
Extrait 4, deuxième partie, la guerre est déjà bien avancée, cheval cadavre (page 265) :
« Et au bout d’un moment il le reconnut: ce qui était non un anguleux amas de boue séchée mais (les pattes osseuses, jointes et repliées en posture de prière, la carcasse demi recouverte, absorbée par sa gangue d’argile – comme si la terre avait commencé à la digérer – avec, sous la croûte dure et friable, son aspect, sa morphologie à la fois d’insecte et de crustacé) un cheval, ou plutôt ce qui avait été un cheval (hennissant, s’ébrouant dans les vertes prairies) et retournait maintenant, ou était déjà retourné à la terre originelle sans apparemment avoir eu besoin de passer par le stade intermédiaire de la putréfaction, c’est-à-dire par une sorte de transmutation ou de transsubstantiation accélérée, comme si la marge de temps normalement nécessaire au passage d’un règne à l’autre (de l’animal au minéral) avait été cette fois franchie d’un coup. »
Le personnage se retrouve plusieurs fois nez à nez avec cette charogne, dont l’état de décomposition et donc de retour aux matières premières est de plus en plus avancé. Comme page 360 où le souvenir de la carcasse est actualisé par le fait que le personnage lui-même se sent «passer outre», se figer, se décomposer dans une situation où il s’aliène sans parvenir à y échapper (il a empoigné le bras d’une femme et se trouve coincé dans cette posture transgressive). Ce qui nous vaut, au passage, des formules brillantes sur la peau féminine : « l’exquise délicatesse de la chair des femmes qu’on hésite à croire qu’on les touche réellement… »
La carne finira par être enterrée page 382, troisième partie, vers la fin du roman. [retour]
Extrait 5, cheval débandade (page 301) :
« … puis cela arriva sur nous par-derrière le tonnerre des sabots la galopade des chevaux fous démontés la pupille agrandie les oreilles couchées en arrière les étriers vides et les rênes fouettant l’air se tordant comme des serpents et tintant, et deux ou trois couverts de sang et un avec encore son cavalier criant Il y en a aussi derrière ils nous ont laissé passer et puis ils, le reste de ses paroles emporté avec lui penché sur l’encolure la bouche grande ouverte comme un trou… » [retour]
Clarisse Herrenschmidt, « Les trois écritures. Langue, nombre, code. » Gallimard 2007, 509 pages
Clarisse Herenschmidt est membre de l’Institut d’anthropologie sociale du Collège de France, spécialiste des langues, des religions et des civilisations de l’Iran avant l’islam, ainsi que de la Grèce antique.
Une plongée passionnante aux origines des écritures: écrire les langues, écrire les nombres et enfin l’écriture informatique. Une enquête qui croise plusieurs disciplines de façon inventive: histoire, anthropologie, linguistique, philologie… Surtout, un outil primordial pour mieux appréhender en quoi ces écritures qui nous traversent, que nous activons selon des stratégies précises, ou qui nous activent selon des stratégies qui nous échappent, nous construisent, nous situent dans le monde et nous implique dans la société (pour le meilleur et pour le pire).
La manière dont l’auteur cherche à isoler les premiers balbutiements de l’écrit, en fictionnant les conditions de vie et les besoins concrets, en essayant de penser comme à l’époque au lieu d’utiliser nos manières actuelles de mettre l’histoire en forme, en partant des vestiges archéologiques bien matériels et en allant chercher dans les mythes l’imaginaire créatif à l’origine de cette invention, toute cette approche est hallucinante (et nous rappelle que l’aventure de l’écriture n’est pas finie, reste vivante, toujours en cours). On s’enfonce dans les mystères du cerveau et on a l’impression d’en sortir, de déboucher sous quelque chose qui ressemble à la voûte céleste, où naissent et meurent les étoiles. Aux origines, au plus près des paroles racontant l’émergence de l’aventure humaine…
Les signes de l’écriture cherchant à transcrire ce qui se déroule dans la bouche qui parle (fluide de la parole, de l’esprit), les signes des chiffres cherchant à matérialiser le regard qui compte, les organes d’échange avec la nature jouent un rôle essentiel. Les systèmes graphiques de l’homme s’élaborent en fonction de sa position corporelle dans l’environnement (et toutes ses composantes, physiques, immatérielles…).
« Il convient de se confronter bel et bien à cette idée, qui ne nous est pas spontanée, que les vivants se pensent dans leurs signes, linguistiques et graphiques, dont ils se servent à toutes fins utiles et en particulier pour se dire. Les signes sont des miroirs sans tain. L’écriture fait passer le langage de l’invisible au visible, la langue écrite des mythes d’origine devient visible et quelque chose de l’origine de l’origine de l’humanité, invisible par définition, devient visible en cette rédaction. »
« L’artefact premier de la monnaie non encore frappée pourrait être interprété comme l’externalisation de l’organe humain de la vue, l’œil, sous la forme d’une boule ovale de brillant métal, qui, comme son modèle selon les idées grecques archaïques, émet le fluide de la lumière et donc voit. Nous retrouvons ici un phénomène semblable à ce que nous avons vu à propos de l’invention de l’écriture, dont l’artefact premier fut la bulle-enveloppe qui ressemble à une bouche, animée du fluide du langage. » [retour]
« Taxidermia », György Palfi, 2006 - VT0166
Film hongrois. Une sorte de fable énorme, excessive. Avec un traitement narratif et visuel très baroque et qui tranche résolument avec le cinéma calibré grande salle pop corn. Saturé d’originalité et de personnalité, « Taxidermia » explose à la gueule et retourne les tripes (révulsion et extase parce que, retourné, on voit l’envers et les cieux). L’histoire d’un paria, quelque part dans les steppes communistes, domestique bafoué (une sorte de Woizzeck halluciné, parcouru de pulsions et de voix). Abattu comme un chien par son maître non sans avoir lâché sa semence dans sa maîtresse et se reproduire dans un bâtard du régime totalitaire. Un fils qui deviendra une star de la bouffe sportive. Entende ces olympiades des plus grands bouffeurs organisés industriellement. Cela donne des images hallucinantes ! Le rejeton de ce médaillé de la grande bouffe soviétique restera résolument chétif et taxidermiste méticuleux, obsessionnel. Comme cherchant inlassablement dans les tripes des animaux d’où vient cette capacité paternelle d’ouvrir une cavité sans borne à la nourriture. Le fils entretient dans la haine son père devenu monstrueux, montagne de graisse immobile, figée. Comment le fils en vient à empailler son père, le film vous le racontera mieux que moi.
Je vais me ruer pour regarder « Hic », autre film de ce Palfi. [retour]
« Jupiter’s Dance », R. Barret & F. de La Tullaye - TB4211
Dans le ghetto de Kinshasa, rencontre avec des laissés pour compte qui développent une conscience de l’abandon dans lequel se trouve la population. Et s’accrochent à la musique comme rêve de réussite, comme seule possibilité de s’épanouir mais aussi de partager des espoirs, d’entretenir une esprit de communauté, de pallier à l’absence de programme éducatif. Le documentaire n’entend pas aller au bout de son sujet de façon structurée, il montre une tendance, les traits principaux d’une réalité. Musique et bricolage : l’inventivité des congolais est stupéfiant leur musicalité redoutable. Fabrication de guitares avec presque rien, rythmes et mélodies joués avec n’importe quoi, ce qui tombe sous la main. Beau témoignage du genre : « les stars de la musique congolaise continuent à chanter l’amour lalala, et le sida tue de plus en plus »; « le miracle de Kin c’est qu’il n’y a plus rien à manger pour les gens, mais les congolais se reproduisent, font des enfants, encore des enfants et tout ça malgré tout subsiste! ». Les musiques montrées gardent le contact avec les traditions, avec une identité forte (la fierté d’être congolais est rayonnante) mais se diversifient, chansons, rock, blues, rap… [retour]
N’hésitez pas à réagir, à m‘écrire
Pierre.hemptinne@skynet.be
" Le Discobus 3 n'a pu circuler ce dimanche 12/2 et est en réparation ce lundi 13/2 : pas de stationnement à Ath, Antoing, Leuze et probablement Mouscron . .
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