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Oh ! Que ça bouge ! N°23 (Novembre 2007)

 

INTRODUCTION

 

Introduction

Il semble que des statistiques sur le pouvoir d’achat aient été lâchées dans les circuits neuronaux de la société de l’information. Le Soir, Libération (d’autres journaux simultanément) y consacrent une bonne place, de deux à trois pages bien placées. Comme pour un gros fait divers. Les mesures proposées par les partis politiques, malgré les bonnes intentions, relèvent du ridicule ou de l’aumône. Cette impuissance tragique ne mérite rien d’autre, apparemment, qu’un scoop temporaire ! En attendant, le JT de la première chaîne nationale consacre un « sujet » au dernier Eros Ramazotti. Sans que cela relève d’un traitement culturel mais plutôt de la diffusion d’un spot promotionnel. Le marketing de Radiohead accentue la dévaluation de la musique (en moyenne les internautes ont déboursé moins de deux euros pour télécharger le dernier album ! presque le prix d’un prêt à la Médiathèque !). Libération revoit sa maquette et, tout en restant toujours différent, se rapproche un peu plus de la Dernière Heure, avoue en coulisses lorgner sur le neuro-marketing ! Daft Punk y déclare (16/11/07) : « La dimension expérimentale, militante, de la musique électronique est caduque. » Cela sonne étrangement comme les déclarations de ceux qui prétendent qu’il n’y a pas d’autre économie que néo-libérale. En raccourci provoquant, mais ce genre d’intro est faite pour ça, on dira que Daft Punk est la bonne musique pour militer en faveur d’une culture néo-libéral rendant caduque toute autre expérimentation, tout autre langage musical !
Pendant ce temps, comme dans un autre monde, on construit, on transforme les villes, on construit des monuments pharaoniques, comme la gare de Liège. [retour]

 

 

MUSIQUE (CD)

 

CATO SALSA EXPERIENCE & THE THING WITH..

TWO BANDS AND A LEGEND - UC2095

Pochette UC2095.

SMALLTOWN SUPERJAZZZ, 2007. Enregistrement 2005.

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Extraits sonores
  • Extrait (format MP3) Who the fuck
  • Extrait (format MP3) Louie louie
  • Extrait (format MP3) Baby talk

Une collision hautement profitable entre cultures sonores rock et jazz. Imbrication torride des manières respectives de traiter un thème, en le battant bien chaud. Un mariage abrupt, des ébats brutaux.
D’entrée avec la reprise de PJ Harvey « Who the Fuck ». Et le piochage dans le patrimoine rock ne s’arrête pas là, correspond à un programme cohérent, réserve des surprises, comme cette clôture de l’album avec un morceau des Cramps. Collaboration allumée entre un sale groupe rock ((Cato Salsa Experience) et un fichu band jazz (The Thing de  Mats Gustafsson, dynamiteur infatigable du sax contemporain) avec un invité « historique » : Joe Mc Phee. Pas de frontière temporelle pour l’ouverture des expériences. Fabuleux dialogues entre les deux saxophonistes (en intro de « Louie Louie » par exemple, avant que rappliquent en force les tripes balancées et vicelardes du rock). Quant à la reprise exceptionnelle de James Blood Ulmer (« Baby Talk »), ça claque, ça fulmine, ça gueule : « mais bon sang, ne vit-on pas dans une époque qui tire systématique un trait sur la fulgurance géniale de ce genre de musique, de ce type de musicien, en l’évacuant de son système d’information et des appareils de connaissance ? » pour installer à la place une paisibilité fadasse ? Cette musique de James Blood Ullmer est tellement proche (esthétique et temporalité) et elle semble ainsi présentée en reprise, jaillir d’une dimension déjà tellement inhumée ! ?
Heureusement, avec Mats, ça revient bouillant. Comme on parle d’un refoulé qui repousse le couvercle de la marmite. [retour]

 

 

Dominique A

SUR NOS FORCES MOTRICES - NA0061

Pochette NA0061.

OLYMPIC DISK, 2007.

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Extraits sonores
  • Extrait (format MP3) L’amour
  • Extrait (format MP3) Le courage des oiseaux
  • Extrait (format MP3) Tout sera comme avant

La reprise « Courage des oiseaux », guitares aux vents, riffs acérés qui vous lacèrent joyeusement le plumage sentimental, c’est absolument grisant et flippant à la fois. Ne pas réduire Dominique A. à ce titre.
Je ne vais pas m’étendre, une fois de plus, mais je considère que c’est le seul chanteur français (parmi les apparitions de ces dernières années) qui tienne la longueur, qui reste exigeant, qui ne se parodie pas après deux albums (cfr. Miossec). Il y a une véritable audace dans les textes, quelque chose est creusé, est poursuivi, est travaillé. Il y a un chantier des mots, des images. Et la musique travaille avec ces mots, elle cherche. Le live souligne la qualité d’interprète, d’acteur, il y a maîtrise impeccable des tensions, des énergies, des déflagrations, des chicanes émotionnelles. Et en même temps, ça reste excessivement populaire. Au plus près de ce qui a toujours constitué le corps et l’âme de la chansonnette populaire. Cette relation au pathos, à la tragédie des sentiments, la vibration de l’amour et son contraire, l’abandon au sentiment, le drame comprimé dans le futil. Tout ce qui dégouline dans les « pires » chansons sentimentales, se trouve ici, sans populisme, sans racolage, traité sans tabou mais aussi sans mépris, recyclé en forces motrices autonomes. [retour]

 

Pierluigi BILLONE

1+1=1 - FB5797

Pochette FB5797.

KAIROS, 2006.

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Extraits sonores
    Extrait (format MP3) (1.) 1+1=1, pour 2 clarinettes basses

(Für 2 Bassklarinetten)
Billone utilise une citation pêchée chez Tarkovky comme fil conducteur de cette composition pour deux clarinettes basses: une goutte plus une goutte ne donne pas deux gouttes, mais une plus grosse goutte… Il explore cette métaphore, traquant les sons dès leur naissance, pistant le trajet durant lequel la goutte sonore se constitue, puis rencontre une autre, comment elles s’absorbent, deviennent autre chose, mais toujours une goutte… Il explore cette métaphore de l’intérieur, il en tire la plasticité de son œuvre. Les clarinettes basses, et leur manière de percoler le souffle, conviennent bien à cette méditation. Car finalement, il s’agit bien d’une méditation sur l’origine, les premiers sons, leurs multiplications, leurs reproductions, leurs tracés cosmogoniques, leurs colonies fantasmagoriques, leurs langages balbutiants qui se complexifient goutte à goutte, puis trait à trait… Il croise ainsi des choses très anciennes (extraits de la nuit des temps) jusqu’à rencontrer les fulgurances les plus modernes aux filaments toujours connectés aux origines. (À certain moment, le matériau n’est pas sans évoquer certaines manières jazz, certain esprit d’interprétation). Très intéressant, plus on l’écoute, plus on se familiarise, plus on y prend plaisir, plus on y découvre de nouvelles strates musicales. [retour]

 

 

LIARS

LIARS - XL430V

Pochette XL430V.

MUTE RECORDS, 2007.

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Extraits sonores
  • Extrait (format MP3) Plaster casts of everything
  • Extrait (format MP3) Houseclouds
  • Extrait (format MP3) Cycle time

Un rock aux éléments écrasés, imbriqués, et qui charge à ras de terre, sournois. Le sol tremble et les frissons remontent le long des nerfs inavouables qui nous relient aux forces obscures, composantes irrationnelles, jusqu’au cerveau, à la manière, par exemple, de reflux tordus-radieux à la Pixies (mais en plus écrabouillés, pour que s’épanchent les sucs les plus profondément distillés, faisandés, de l’être). Sans se parodier, Liars explore d’autres facettes de leur penchant psychédélique pour les rituels et autres sabbats soniques parallèles, facettes plus insidieuses, plus défoncées, maladives, décadentes. A écouter très fort pour percevoir le travail plastique du son (une sorte d’esthétique statique qui contredit l’énergie purement rock portée vers l’avant, vers le déplacement physique). [retour]

Lire le texte de Philippe Delvosalle

 

Jeffrey LEWIS

12 CRASS SONGS - XL411D

Pochette XL411D.

ROUGH TRADE, 2007.

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Extraits sonores
  • Extrait (format MP3) End result
  • Extrait (format MP3) I ain’t thick, it’s just a trick
  • Extrait (format MP3) Punk is dead

Reprise de 12 morceaux de Crass. En folk acoustique, presque angélique (à première audition). Au vu des originaux, on pourrait crier à la traîtrise ! Pas sûr. Jeffrey Lewis n’est jamais fade, ni lisse. Il souligne ce qui était déjà chez Crass et contribuait à nous les rendre chers: de formidables chansons narratives, contagieuses. Il ne transforme pas le punk radical et crasseux en chansonnettes folkeuses adorables. Il les désosse pour en garder l’histoire, la motivation première: ce qu’elles ont à raconter, leur fonction de témoignage. C’est peut-être la meilleure manière, finalement, de reprendre du Crass sans les trahir, sans les affadir. Un album au chant âpre, aux lignes chantantes militantes. Une réussite pour cet artiste original qui livre une pochette richement illustrée par ses talents de dessinateur. (Très bon souvenir de sa prestation à La Ferme du Biéreau, ses performances où il chante en tournant les pages de ses grands albums dessinés, au fil de des paroles des chansons.) [retour]

Voir Discographie de Crass

Voir Discographie de Jeffrey Lewis

 

LIVRE (roman)

Alfred Döblin,  « Berlin Alexanderplatz », 623 pages, Folio Gallimard, 1983
Samedi 6 octobre, Le Monde annonce la sortie en DVD de « Berlin Alexanderplatz » de Fassbinder. Film de 15 heures livré à la télévision publique allemande en 13 parties plus un épilogue. « En 1980, les spectateurs d’Allemagne de l’Ouest découvraient le film semaine après semaine sur leur récepteur, jusqu’à ce que, à la veille du réveillon, l’épilogue, long de presque deux heures, vienne clore en une orgie de séquences délirantes (crucifixion, humains menés à l’abattoir, combats de rue) la lecture que Fassbinder avait faite du roman de Döblin » (Le Monde). L’espoir de visionner enfin ce film culte – par où Fassbinder détournait la notion de feuilleton - m’engage à relire le roman de Döblin (d’abord, en dénicher le vieux Folio jauni dans une pile de la bibliothèque ! !).
- Lecture très tonique. Le style est nerveux et la construction « dérangée ». Le lyrisme et le réalisme s’entrecroisent, bambochent et se bouffent la gueule dans cette fresque des bas-fonds berlinois des années 1925-1930. Tous les éléments de la ville – tramways, foule, lumières, bistrots, marchands ambulants, petits commerces, panneaux publicitaires – interviennent comme des acteurs à part entière dans l’intrigue, dans la composition psychologique des personnages et leurs destins. C’est la description d’une vaste mécanique, d’une concentration d’énergies en tous sens, qui alimentent les moteurs humains qui grouillent. L’immense machinerie de la modernité vue d’en bas, au plus près des abattoirs, là où la pègre côtoie la propagande nazie et l’agitation anarchique. (La manière dont les choses, les flux et les humains s’agencent pour constituer cette fresque violente me fait aux analyses de Anson Rabinbach « Le moteur humain. L’énergie, la fatigue et les origines de la modernité. » Un livre qui se penche sur les influences des progrès mécaniques et technologiques sur la constitution mentale des populations au XIXème siècle. Dans le livre de Döblin, cette modernité du XIXème est en train de s’effilocher, de s’effondrer en crises nerveuses.)
- La trame est fournie par Franz Biberkopf, une brute épaisse responsable du décès de sa compagne. Après avoir purgé sa peine, il plonge dans la musique enivrante de la liberté infernale, se jurant de rester honnête. Il dérive, il est une sorte d’éponge absorbant tout ce qui constitue l’air du temps (c’est-à-dire un mélange détonant). Il devient une sorte de proxénète, gros et gras inactif sentimental. Mais l’attraction la plus forte et la plus étrange, il la ressent pour un autre personnage ambigu de la pègre, un certain Reinhold. De rebondissement en rebondissement, A. Döblin nous rend le Franz Biberkopf presque sympathique !
- Il faudrait comparer le style narratif (heurté, épousant le stress, fleuri d’argot, empruntant des tonalités au journalisme, jouant de la déformation, criard, maniant le second degré roué, un peu cynique…) à certaines musiques urbaines contemporaines du roman, mais surtout avec les musiques urbaines actuelles les plus « radicales ». Nul doute que l’on trouverait des airs de famille. [retour]

 

LIVRE (Philosophie)

Christian Laval, « L’homme Economique. Essai sur les racines du néolibéralisme. », Gallimard, 2007, 397 pages
Aller aux racines de la notion de « néolibéralisme » permet de dé-banaliser la notion même et, en mesurant ses fondements auxquels personne n’échappe, donne des armes pour se « socioanalyser » dans ce jeu global. Quand on découvre le rôle central de l’intérêt et du calcul individuels dans nos constructions sociales, on se découvre inévitablement acteur d’une philosophie qui conduit aux errements du néolibéralisme. Le parcours que trace Christian Laval à travers penseurs et philosophes, l’histoire des idées qu’il reconstitue patiemment souligne la prégnance importante des idées qui conduisent à l’état actuel du monde déterminé par la « normativité occidentale moderne ».

Quatrième de couverture :
« La définition de l’homme comme « machine à calculer » s’étend bien au-delà de la sphère étroite de l’économie, elle fonde une conception complète, cohérente, de l’homme intéressé, ambitionnant même un temps de régir jusqu’aux formes correctes de la pensée, à l’expression juste du langage, à l’épanouissement droit des corps. »

Échantillon des conclusions :
« Le néolibéralisme politique diffère du libéralisme politique ancien qui portait encore le désir d’émancipation des servitudes de toute nature. Ses hérauts magnifiaient le sujet de droit, le citoyen actif, la liberté personnelle : une visée qui paraît terriblement déplacée dans un univers dominé par une mentalité de guerre commerciale, de prédation économique, de précarité ontologique, d’angoisse écologique. En un mot, le néolibéralisme contemporain ne porte plus les valeurs qui permettraient de donner un sens à la vie et une direction à la collectivité. L’efficacité pratique des injonctions politiques tient dans l’évidence de l’ordre social tel qu’il a été construit, mais leur puissance d’utopie et d’espérance, leur capacité de représentation collective du destin de la société sont comme nulles. Ce qui a des effets multiples et se manifeste autant dans « la crise du politique » que dans la « crise de l’éduction ». Les « derniers hommes » de l’Occident ne croient plus. À moins qu’ils ne croient, ou ne doivent plus croire, qu’en eux-mêmes. »
Voilà, ça donne une idée, j’espère des matières urgentes concernées et que cette histoire argumentée des idées qui fondent le néolibéralisme est indispensable pour structurer le positionnement d’une action et d’une politique culturelle qui doit traiter de cette « crise du politique » et de cette « crise de l’éducation »… [retour]

 

CINÉMA (Salle)

« Paranoïd Park », Gus van Sant, 2007
Gus van Sant s’attache passionnément à restituer la dégaine des adolescents américains (les nôtres leur ressemblent de plus en plus). Il expose avec soin ce qui, dans leurs déambulations et maniérismes, permet de les soupçonner de vacuité. Sauf qu’ici, par le biais du personnage principal, il révèle qu’en fait ces jeunes soi-disant superficiels ont une vie intérieure fascinante, ils ont un univers intérieur plein de grâce. Le cinéaste montre cette dimension en filmant leur vie sur des skateboards. Comme l’expérience d’un autre élément qui les marquerait à jamais, leur permettrait de passer à travers tout, comme on dit ou disait que certaines expériences spirituelles permettaient d’affronter les épreuves les plus noires. Il filme l’apesanteur des corps dans le skate park. Les prouesses, les défis à la gravité. Et en même temps les éléments d’une communauté marginale. De fil en aiguille, dans cet état de grâce, et dans ces marges, un adolescent commet l’irréparable sans le vouloir. Il cause la mort d’un flic. Il est assez seul, il vit dans son monde, il ne sait quoi faire de cette horreur, mais d’une manière ou d’une autre il garde ça pour lui. L’acte et ses conséquences sont terribles. Imaginer un jeune gars rester avec ce poids sur sa conscience, c’est horrible aussi. Mais en même temps, Gus Van Sant montre qu’il est possible de s’en sortir. Conseillé par une amie, il trouve une technique pour évacuer l’horreur, la culpabilité, remettre les choses en place, se reconstituer. Imaginons comment pareille situation serait traitée dans certains films grands publics dégoulinant de moralisme : le gosse qui finit par craquer, qui avoue tout au flic, puni, broyé par un système de peines abrutissant. Imaginons ce qui se passerait dans un film qui restituerait l’idéal de justice sarkozienne! Merci Van Sant !
(Paranoïd Park est présenté dans la playlist cinéma des Inrockuptibles comme une variante de Crimes et Châtiments; c’est un peu tiré par les cheveux. Dans Crimes et châtiments, le crime est prémédité, c’est le moins que l’on puisse dire, il est préparé comme quelque chose permettant de réussir, de devenir un grand homme. Même si dans le fil de van Sant, le meurtre par accident finit presque par devenir un élément qui participe à la construction d’un individu plus qu’à sa démolition, il n’y a aucune similitude.) [retour]

Filmographie Gus van Sant disponible à la Médiathèque.


« Control », Anton Corbijn, 2007
Le film retrace le destin de Ian Curtis. Le réalisateur ne cherche pas à racoler avec la posture d’un martyr du rock mais essaie de comprendre. Sobrement. Le climat, le contexte économique et esthétique, l’environnement social et familial qui entourent la naissance d’une vocation et inspiration précoces sont bien restitués (sans les clichés du film social). Et cette certitude de savoir tout, de pouvoir poser des choix définitifs défiant le sens commun : le vertige de l’aventure commence avec un amour qu’il veut radical. Ensuite comment, de presque rien, presque par hasard, se forme Joy Division : une naissance savoureuse, faite d’éléments dans l’air du temps qui s’accrochent, s’enflamment. Et puis la machine, véritablement, s’emballe. Quelque chose dans le succès, par sa démesure, dépasse Ian Curtis, le dérange et le détruit, comme ne correspondant pas à l’harmonie entre lui et la musique, quelque chose qu’il ne peut assumer.
Les parties musicales sont remarquablement reconstruites. La distribution est à la hauteur. [retour]

Voir Discographie Joy Division.


EXPOSITIONS

 

« Des fantômes et des anges », MAC’s, du 07.10 au 13.01.2008
(Une sélection d’œuvres issues du Musée d’Art Moderne Lille Métropole)Exposition Mac's
Un parti pris séduisant, pour interroger notre relation à l’art, d’associer dans un même accrochage des œuvres d’art brut, d’art moderne, d’art contemporain. L’occasion de revoir de très beaux Braque, un magnifique Soulages, de croiser Picasso, Klee, Miro, Annette Messager et Gaston Chaissac, Henry Darger et plusieurs anonymes. L’installation est très agréable, aérée, il y a de l’espace entre les œuvres, ce qui facilite la rencontre, le recul, la réflexion. Le dépliant gratuit reprend les références de toutes les œuvres, mais les plaquettes indicatives à côté des tableaux sont une véritable torture pour les yeux. [retour]

 

www.mac-s.be

 

 

« British Vision, Observation et imagination dans l’art britannique, 1750-1950 », MSK Gent, du 06.10 au 13.01. 2008Exposition British vision
Une exposition très dépaysante autant que peut l’être une immersion dans le quotidien anglais. Dès les premiers portraits exposés, pourtant relevant d’une facture classique et d’une histoire de la peinture déjà connue, ne serait-ce qu’intuitivement, datés du XVIIIème siècle, j’ai l’impression d’aborder une autre généalogie de la peinture. Pas fondamentalement différente, mais parallèle. Tant les trognes, ce qui s’en dégage, semblent dégager autre chose que les portraits réalisés à la même époque, « sur le continent » ! De ces visages, du mental qu’il permet d’appréhender de façon floue, rayonne un autre imaginaire que le nôtre. D’où le titre bien senti de l’exposition. Il y a un travail thématique très pertinent et conduit de façon intéressante. L’exposition se développe ensuite selon les relations de la peinture anglaise au paysage, à la nature, et je serai plus d’une fois « sur le cul ». Par exemple, je suis fasciné par certaines toiles de Constable (ou d’autres de la même époque) dont la qualité photographique est exceptionnelle. Impressionnante. Sans que cela paraisse « conservateur », comme cela le serait si on pratiquait ainsi aujourd’hui, mais au contraire ce n’est pas exempt de « modernité ». Dans les dernières salles, c’est aussi l’occasion de voir ou revoir des œuvres d’une modernité plus récente, là aussi au caractère bien anglais: Spencer, Hockney, Bacon, Lucian Freud, mais aussi des photos formidables de Bill Bandt. Au passage on aura apprécié de beaux échantillons célèbres des Préraphaélites (Dante Gabriel Rosetti, Edward Burne-Jones…) et aussi quelques émanations « vorticistes » de Percy Wyndham Lewis (dont les romans m’avaient fait forte impression, il y a longtemps et dont je me souviens, soudainement, au musée, dans cette « vision britannique » remarquablement orchestrée). [retour]
Informations et guides de l’exposition disponibles en français, toutes indications sur le mur en trois langues. [retour]

 

www.britishvision.be

 

CUISINE

CuisineIl ne s’agit pas d’entamer une rubrique « les bonnes recettes testées par PH » ! Mais évoqué les confrontations (hauts et bas) à la réalisation de préparations culinaires c’est poursuivre, sous l’angle différent du « faire », la relation au goût, aux saveurs. C’est traité de la distance entre les moment différents : lecture de la recette, préparation et réalisation, finition et dégustation… Le choix s’arrête sur une recette quand la représentation qu’elle éveille donne envie d’en saisir une version matérialisée. Histoire de vérifier si la représentation était réaliste (tester la fiabilité de son imaginaire)… Pour ma part, ça se passe en termes de pressentiments. Ce n’est que dans la réalisation, pas à pas, que je cerne de façon plus précise les différentes saveurs qui se forment séparément et qui attendent de converger, de se rassembler, qui glissent vers ce moment au fur et à mesure des gestes, des opérations qui s’enchaînent (et qui, parfois, relèvent de l’improvisation, surtout la première fois! surtout avec un matériel jamais au niveau professionnel). C’est dans ces étapes où il faut balbutier que l’on appréhende la grammaire d’une recette, que l’on peut évaluer la complexité de sa syntaxe et qu’elle révèle aussi sa « génialité » / sous forme de surprises, « ah oui, ça + ça, ça donne ça ! fallait y penser! je ne l’imaginais pas ! ».
De ce qui résulte de tout ce processus, je suis rarement pleinement satisfait, évidemment, les occasions sont trop nombreuses, pour un amateur, de glisser du côté de l’approximation! J’ai connu un bonheur presque complet en réalisant le « tartare de Saint-Jacques à la noisette, jus de roquette, crème glacée à l’huile truffée, copeaux de vieux parmesan » d’Hélène Darroze (oui, je suis monomaniaque, c’est comme en littérature où, si je suis intéressé par un auteur, je lis si possible l’intégrale). La recette m’attirait et ce n’est qu’en rentrant progressivement dedans (et c’est lent, sans être difficile, la réalisation demande du temps, en plusieurs étapes, on y pense donc beaucoup, la mobilisation du processus mental est conséquente) que j’en ai pressenti le côté surprenant, à quel point ce genre d’association relève du métier et de l’inspiration, bref d’un don. Mais encore ! Ce n’est qu’en ayant disposé tous les éléments comme il se doit, et en ayant enfin goûté personnellement tout en vérifiant que des impressions similaires aux miennes entamaient bien leur circuit, des papilles à l’imaginaire, chez chacun des convives, que j’ai compris à quel point cette recette relevait d’une idée forte et que j’étais bien près de l’avoir réussie. J’avais bien exécuté la partition, mon interprétation était cohérente, de qualité ! Quelle satisfaction infantile ! La crème à l’huile truffée, par exemple, pas très agréable à manger de façon isolée, associée aux autres éléments, se révélait avoir des vertus exceptionnelles pour enchanter le palais. (Par contre, dans ma tentative récente d’interpréter une version élaborée du hachis Parmentier – de la joue de bœuf marinée, cuite à basse température un temps infini, effilochée et surmontée d’une purée de topinambours garnie de ronds de truffe, j’ai approché correctement la correspondance des saveurs, mais me suis planté complètement pour la présentation.)
Je voudrais, au passage, et pour continuer sur ma monomanie darrozienne, comparer brièvement sa « ligne gastronomique » à celle que j’ai pu tester au restaurant De Herborist (Franz Keuken) près de Bruges : De Herborist, des associations fugaces, fugitives, aériennes, éphémères. Des propositions très agréables, légères, liées à un moment : l’impression d’une association fine mais un peu à la manière surréaliste dans la manière d’associer des éléments, rassemblés au hasard du marché, pour les faire parler. Un peu à la manière de l’herboriste qui se promène, ramasse des herbes, cherchent des associations, explorent leurs vertus éventuelles… Darroze s’inscrit dans une syntaxe plus profonde et charpentée, il me semble, elle s’intéresse à la complexité de l’histoire qui la lie à la cuisine, à la mémoire qui s’exprime dans l’appareil gastronomique, tout est lié, la moindre parcelle joue sa partie dans le sens de la phrase complète,…

http://www.aubergedeherborist.be/fr/info

 

RENDEZ-VOUS

Je participe à un débat concernant l’influence commerciale sur la culture. J’y présenterai la thématique sous l’angle de l’expérience de la Médiathèque, de façon générale et plus précisément sous l’angle de sa situation actuelle (plan de licenciement collectif).
Baradéba, le jeudi 13 décembre, de 20 à 22 heures, « Verre d’eau », Chaussée d’Alsemberg, 6, 1060 Bruxelles. [retour]

N’hésitez pas à réagir, à m‘écrire
Pierre.hemptinne@skynet.be