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OH ! QUE CA BOUGE ! N°9 (septembre 2006)

 

La rentrée, synonyme de reprise de contact. Vite quelques musiques pour se réveiller l’oreille. Les lectures : ce sont encore les livres achetés pour les vacances. Dans ces textes, entre les lignes, je reste en contact avec l’esprit détaché de l’été… Alors que la production se déverse sur les tables des libraires et qu’il va falloir se secouer pour suivre le mouvement. Décidément, tout bouge très vite, mais pas dans une direction unique. Dès qu’on creuse en dessous des grandes tendances, ça bouge dans tous les sens… De quoi souvent perdre la tête, s’agiter plutôt qu’assimiler, et donc forcément tout ce qui suit est rapidement noté, jeté sur le clavier…


MUSIQUES

Moudou ould MATTALLA

MAURITANIE: GUITARE DES SABLES - ML7261

Pochette ML7261.

Produit en 2003.

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Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) Le dattier mehboula

(Mauritanie. Guitare électrique, chant, clappements de main, timbale)
Fascinante guitare électrique qui, dans ses improvisations, évoque à merveille les hésitations de l’esprit en déplacement, vif et instable, curieux de tout, cherchant à épouser les choses pour mieux les comprendre, les saisir, les exprimer. Improvisations guitaristiques qui représentent cette énergie spirituelle qui s’immisce dans les choses, dans les principes de vie, pour les habiter, les comprendre. Puis, la guitare s’incarne, plus l’ombre d’une hésitation, elle sait où elle va. Matérielle, tranchante et ciselée, dure, précise. Chaude. Moudou ould Mattalla puise aux héritages des griots, s’enflamme en ravivant les traditions des palmeraies, dialogue avec l’âme de quelques grands guitar heroes occidentaux… (Livret documenté, instructif).

Anthony COLEMAN

SHMUTSIGE MAGNATEN - UC5496

Pochette UC5496.

TZADIK CD, 2006. Enregistrement 2005.

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Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) Mayn yovl

(Piano solo, live)

Mélodies de Mordechai Gebirtig composées sur des réminiscences d’airs populaires. Des chansons limpides. A. Coleman fait ressortir à merveille leur simple complexité. Il fait chanter la face cachée, les enracinements obscurs de ces chansons. Selon les thèmes et les moments il décrit avec précision ces paysages sonores : leurs versants romantiques, leurs sommets exaltés, leurs moments débridés, leurs conques hermétiques, leurs floraisons sentimentales, leur chatoiement dépressif et fragile, leur mécanique insensée, leur ouverture lumineuse.

Giuseppe IELASI & RENATO RINALDI

ORELEDIGNEUR - UI1038

Pochette UI1038.

BOWINDO, 2004. Enregistrement 2003-2004.

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Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) Part 3

(« Playing big and small objects and instruments » - Pochette illustrée par des photos extraites du livre « Baikonour Cosmodrome », de Vincenzo Cabiati et Armin Linke. Photos révélatrices sur l’inspiration, le fil conducteur de la musique enregistrée…!?)
Elégante mise en scène sonore, surréaliste, décalée, pour un duel au fleuret dans un décor aérospatial et de terrain vague. Des trames ténues qui s’effilochent, des fuites sonores… L’inanité des bruitages, l’indigence musicale contraste avec l’étalage technologique de la navette, donne quelque chose de violent, maladif, qui prend… Bien que quelque chose de « spatial » finisse par s’installer et me fasse décoller, presque par inadvertance…

www.bowindorecordings.com

Klaus FILIP/TOSHIMARU NAKAMURA

ALUK - UF3211

Pochette UF3211.

IMPROVISED MUSIC FROM JAPAN CO, 2006. Enregistrement 2005.

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Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) Pace

Instruments : lloop et no-input mixing board…
Le nom des instruments laisse rêveur et entretient le mystère sur la fabrication des sons, sur la part « humaine »…!
Cela pourrait être la continuation du précédent CD, en ceci que les éléments cosmiques prennent le dessus, genre « musique des sphères brasillantes »… Mais c’est très différent. Ielasi et Renaldi jouaient avec des brisures, des déchets, toujours à la limite, laissant sourdre une pauvreté. Ici c’est le contraire, il y a une revendication, un son plein, chargé, une recherche de perfection à l’intérieur de ce que certains considéreront comme une « anomalie », mais recherche de perfection quand même ! Dans la stridence, le bourdonnement, la brillance inquiétante. Musique de rupture : utilisant la technologie, ils font jaillir les signaux sonores hors de leurs gaines, les libèrent comme des floraisons éphémères. Ils révèlent l’animalité, le surnaturel, l’irrationnel au sein du flux technologique en principe froid et maîtrisé…

www.japanimprov.com

Olaf RUPP, BUCK, WILLIAMSON

WEIRD WEAPONS - UR9283

Pochette UR9283.

EMANEM, 2005. Enregistrement 2002.

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Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) Spandex

Guitare, contrebasse, percussion
C’est aéré, ça défile. Les instruments se chargent de leur matière sonore, petit à petit, en butinant le vide, le silence. Progressivement, alors, ça se noue, ça s’agite, ça converge vers le dérèglement. Les trois musiciens transposent au niveau de leur instrument respectif la technique du « droping » utilisé en peinture. Du moins s’en inspirent pour tracer leurs traits sonores. Dérives aléatoires. Agitations, hachures. J’aime le déclenchement, le passage et le reflux de cette énergie. Le désordre de ces décharges. Je trouve que cela installe, non pas un paysage narratif ou figuratif, mais rappelle les relations aux paysages, ce qui lie au paysage. C’est un afflux de commentaires, de redites, qui reviennent. Un afflux multidirectionnel. Marée. C’est pour moi un environnement musical stimulant, confortable, une compagnie, une occupation.

www.emanemdisc.com

Arrington DE DIONYSO

BREATH OF FIRE - XD278K

Pochette XD278K.

K, 2006. Enregistrement 2004.

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Extraits sonores
  • Extrait (format MP3) Emptiness and void
  • Extrait (format MP3) Raining
  • Extrait (format MP3) Khomuz 1 rabbit nutrient

« all sounds on this album created by arrington de dionyso (and some birds outside) using voice, bass clarinet, copper kettle, newspaper, and siberian khomuz, no overdubbing or electronic effects have
been used »
Album solo. Il prend tout son sens d’être replacé dans la discographie complète du musicien. Sinon, il pourrait passer pour anecdotique. 21 plages brutes, dépouillées, nerfs à vif, éventrées. Chants diphoniques, bruitages corporels, mimes animaux, froissements d’air et papier, déchirures, métamorphoses chantées à la clarinette basse, à la guimbarde, l’artiste convoque les esprits qui l’habitent, module les souffles vivants qui le lient à la vie, à la musique… Il donne les clefs de son univers. Il forge son vocabulaire, explique son alphabet. Une sorte d’exorcisme aussi qui s’appuie sur des pratiques « traditionnelles » qu’il s’approprie, comme on s’approprie l’autre. C’est l’autre, en lui, qui chante. C’est peut-être « ça » que l’on devrait considérer comme les nouvelles musiques « traditionnelles ».

Igor STRAVINSKY

OEUVRES POUR PIANO - ES8788

Pochette ES8788.

ARS PRODUCTIONS, 2005.

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Extrait sonore
    Extrait (format MP3) (6.) Scherzino (de Pulcinella), version pour piano (Stravinsky)

Pour les 4 Etudes et la sonate qui me causèrent un effet d’éblouissement par le contraste entre la simplicité de la ligne chantante et la complexité de la construction globale. Comme si la mélodie montait à contre courant. Plus écoutée depuis longtemps les 3 mouvements de Petrouchka. Très vite ils redeviennent «familiers», je peux vérifier qu’ils font partie d’un héritage. Effrayante vigueur virtuose de Petrouchka. Il me semble que Kuschnerova propose un beau travail : énergique, bien dessiné, pratiquant une ligne claire qui fait chanter même les mécanismes plus pesants…

 

LIVRES


Christa Wolf, « Un jour dans l’année, 1960 – 2000 », Fayard, 2006, 566 pages.

Christa Wolf reprend une idée lancée autrefois par Maxime Gorki : raconter une journée de leur vie, la même pour tous, le 27 septembre. L’exercice débute en traitant ce qu’il y a de plus immédiat dans une journée : la famille, l’anniversaire d’une fille, les tâches quotidiennes, l’atmosphère, le climat, les faits divers… D’année en année, cela devient un rendez-vous avec l’écriture même, un rendez-vous avec ses joies et ses contraintes, ses routines et ses surprises. Petit à petit, Christa Wolf construit une interrogation sur son travail d’écrivain : pas dans le vide, pas uniquement la métaphysique de la page blanche. Mais : qu’est-ce que ça implique d’être écrivain reconnue, écrivain officielle de l’Allemagne de l’Est, tout en conservant une action critique, du moins autonome ? Les états d’âme littéraires se mêlent à ces questions politiques plus cruciales, avec une grande clairvoyance, et beaucoup de sincérité. En même temps, elle questionne le fait d’être une femme dans une société d’homme, comment défendre une voix féminine, quelles implications dans le couple ? Et elle accompagne le parcours de ses enfants et petits-enfants, ce qui permet de voir aussi comment les jeunes vivaient dans cette société aujourd’hui disparue. Dans les dernières années de cette chronique, bien entendu, la chute du mur et toutes les questions de la réunification sont abordées, directement ou de manière sous jacente, au niveau des implications concrètes et des effets dans le mental de la population… Un exercice d’écriture fascinant, d’une rare qualité. Un document très riche.

 

Paul Veyne, « L’Empire gréco-romain », Seuil, 2006, 865 pages

Paul Veyne est né en 1930. Les matières « gréco-romaines » il les connaît donc bien, il y a longtemps qu’il les manipule, qu’il s’immerge dedans, qu’il analyse les documents, qu’il s’imprègne des vestiges, les passe au rayon X de ses émotions et réflexions... Et il redéploie avec détails, nuances, de grands événements historiques que l’on nous a enseignés de manière caricaturale : « Il y a eu les civilisés et puis déferlent les barbares ! » Voilà, sur ce point précis, il y a dans ce livre tout ce qu’il faut pour changer notre perception de ce que sont les barbares ! Les processus sont plus lents, plus complexes, les barbares étaient souvent déjà intégrés à la civilisation, etc. Ce qui fait que l’histoire enseignée de façon caricaturale inculque de mauvaises notions historiques, enracinent un cliché du « barbare » qui sera toujours l’autre ! Même chose en ce qui concerne ce que l’on nous a rapidement présenté comme la décadence de l’art antique… On en pense ce que l’on veut mais rien à voir avec une perte de savoir-faire : les artistes cherchent autre chose, refusent la ressemblance, essaient d’autres représentations. Et encore une fois il y a coexistence de plusieurs manières. Paul Veyne montre les qualités de certaines œuvres habituellement considérées comme grossières, etc… (Il m’énerve juste un peu dans le soin douteux qu’il met à détruire systématiquement, trop caricaturalement, les analyses de l’art en liaison avec le social ! Je sens une allergie un peu trop déclarée et simpliste à l’égard de Bourdieu !)
Lecture salutaire.



AUTRES MOMENTS FORTS

 

POLITIQUES & HORREURS

Sarkozy qui déclare : « L’opinion publique c’est moi ». Et ça ne semble une horreur pour personne, ça passe, banalisé. Accoutumance ?

 

PERPLEXITÉS & SEXTOYS

Dans un des articles de plus en plus nombreux sur les sex toys, de plus en plus populaires, au point qu’on les vend en pharmacie et bientôt en grandes surfaces, cette observation récurrente et stupéfiante : l’engouement pour les sextoys signifie que les hommes se préoccupent plus du plaisir de leur partenaire. Et quoi ? Ca veut dire que la seule manière de prendre en compte le plaisir de sa partenaire est d’investir dans une collection de sextoys ? Jusqu’ici on branlait que dalle ?

 

LA PHOTO

Encore le jardin. Le retour des lumières matinales de l’automne…

jardin