FOR 4 EARS RECORDS, 2005. Enregistrement 2003.
Performance soliste pour percussion. La percussion comme langage qui se suffit à lui-même, échappant à l'obligation de marquer ou accentuer le rythme. Elle juxtapose des césures, des discontinuités jusqu'à constituer une nouvelle continuité. Ou collectionne des arythmies, des rythmes qui détricotent les rythmes homologués, les rythmes connus de la musique. Pièces de métal frottées, archet sur cymbales, ustensiles agités, gadgets de bruiteur, instruments non homologués, machineries bricolées. Vieux rouages grippés. À prendre comme poème sonore restituant l'atmosphère d'une piscine en plein air abandonnée, envahie par une végétation luxuriante, la mousse, la faune aquatique, l'eau saumâtre. Hantée par ses beaux jours, clameur des nageurs, chuintement des corps glissant dans l'eau, respiration sportive, les plongeons, les éclaboussures. Tous ces bruits s'écaillent, pourrissent, deviennent vestiges, ondes. Les mauvaises herbes crèvent le béton, les racines rongent le bassin. Un sentiment de calme, de déclassement, sentiment de sombrer à l'écart en étant témoin d'un délabrement délétère, une lente destruction. Wolfhart exprime remarquablement le climat des photos qui illustrent le livret…
ATAVISTIC, 2005. Enregistrement 2003.
Gustafsson
est pour mes écoutes, un fil conducteur : créatif, prolifique,
protéiforme, c'est un musicien à suivre. C'est l'ensemble de sa
démarche et de sa production qui font sens, interrogent. Il sera donc
souvent cité dans mes listes…
Gustafsson au saxophone baryton et Stackenäs
à la guitare. Le CD contient des hommages à Memphis
Minnie, Howlin'Wolf,
Hound
Dog Taylor, Albert
King, mais, heureusement, les deux musiciens ne jouent pas le blues !
Et pourtant… Ils « appauvrissent » leur matériau
sonore, ils épurent, éliminent, ralentissent, cherchent les éléments
basiques, les modules fondamentaux de leur musique d'improvisateurs jazz européens.
Ils isolent les fibres, les trames qui, dans leur musique, correspondent aux
trames blues du jazz d'improvisation américain-africain. Ils identifient
ainsi une sorte de blues nordique, un blues de banquise, de déconstruction
esthétique. Un vague à l'âme puissant. D'éparpillement.
Au cœur de leur free-jazz, d'une manière formelle si apparentée
et référencée au free-jazz américain, ils trouvent
le spleen. Un spleen tentaculaire, ni amorphe ni invertébré, qui
construit de solides ramifications de doutes, des impuissances charpentées,
des volontés arides, désintéressées, des errances
désincarnées… Un dépouillement fascinant. Une pièce
majeure pour confronter les histoires différentes entre jazz moderne
américain et européen.
CREATIVE SOURCES RECORDINGS CO, 2005.
Birgit
Ulher , trompette. Lars
Scherzberg, saxophone. Michael
Maierhof, violoncelle.
Autre fil conducteur, le label Creative
Sources. Il m'a intrigué dès ses premières productions.
Donc, je l'observe, je regarde comment il évolue et constitue son catalogue
au fil des ans. Là aussi, ça crée de l'attention pour des
créateurs, pour une démarche, ça structure ma démarche
d'écoute. La ligne esthétique du label s'affirme très homogène,
« radicale ». Il publie presque frénétiquement
et attire de plus en plus de musiciens et musiciennes de nationalités
différentes, ce qui laisse penser qu'il correspond à une attente,
un courant fort… Il reste dans sa ligne tout en se diversifiant par l'apport
de personnalités différentes, des tempéraments distincts…
Le trio trompette, saxophone, violoncelle joue une musique friable. De désunion.
Les musiciens jouent des attaques qui dérapent. Des attaques qui s'émoussent.
Biaisées. Valsent dans le décor. Ou tombent à côté
de la plaque, incongrues. S'effritent. Musique d'effritement. Les instruments
tracent des arêtes tranchantes et systématiquement les rabotent,
les raclent pour éparpiller quelques cristaux crissant, blessants, dans
le silence.
LOAD RECORDS, 2005.
C'est surtout bon par contraste : intercaler deux trois plages de
Lightning
Bolt entre quelques séquences de Gustafsson ou Nordzucker
est absolument jouissif. Ça enrichit les types d'écoute spécifiques
que l'on réserve aux musiques selon leurs caractéristiques. Un
morceau de Lightning Bolt entre chaque suite pour violoncelle seul de
Bach est aussi une bonne pratique : autant pour Bach que pour Lightning
Bolt !
Ok, c'est d'abord la charge, l'effet de puissance, la hargne carnassière
et le lyrisme rageur qui nouent les tripes, galvanisent et exaltent la cervelle !
Les basses fréquences en rafales, la trépidation Musclor !
Une libération sauvage ! Il y a d'abord l'effet de claque dû
au son très gros, très lourd et speed de ce rock sombre et puissant.
Puis, dans la déferlante, je suis frappé par le haut degré
virtuose de ce duo basse/batterie. Et la maîtrise implacable du fracas.
Ce sont ensuite toutes les subtilités du genre qui se révèlent
dans le fracas martelé et la haute incandescence. Il y a beaucoup de
raffinement dans les manières de battre cette matière rock turbulente.
C'est beaucoup plus savant et intellectuel qu'on veut bien le faire croire.
C'est pensé, réfléchi, préparé. Des schémas,
plans de structure, des figures de style sont sûrement préparées
au niveau de l'appareil cérébral et nerveux des musiciens pour
que, au moment du rendu instinctif et cogneur, une telle complexité technique
immédiate s'accomplisse l'air de rien. Pour des anciens, dans ce magma
énergétique, passent parfois d'étranges citations en flammes,
un trait de Black
Sabbath, une gerbe à la Led
Zeppelin…
Extrait d'un commentaire de fan collecté sur Internet par un collègue :
« … énormes intros fracassantes puis tous les breaks
heavy/speed metal bien grinçants et cette énergie qui réduit
en miettes tous ceux qui croient encore que faire du rock c'est superposer des
guitares. »
CUT RECORDS, 2005. Enregistrement 2003-2005.
6 plages qui débutent et s'achèvent dans une zone indistincte
entre bruit et silence, le micro tourné vers cette frontière floue.
Écoulement de crachotements et de souffles, d'éléments
naturels ou artificiels mis en abîme, échos de conversation, le
son n'est jamais coupé, il y a toujours un événement sonore
ténu ou disproportionné. Zone de transition entre l'être
et le néant. Des frictions, des particules de vie qui brûlent,
se consument, libèrent leur chant intime et occulte. Des ondes s'amplifient.
D'infimes énergies sérielles, lancinantes, qui se transforment
en montées électroniques. Continuum magnétique. C'est assez
brut, avec un grain accentué. Entre chant des cigales et stridence de
robots. Note tenue et bourdonnement d'ampli. Grisaille habitée d'un guitariste
discret, sondant le surplace cosmopolite d'un cerveau figé… !?
Quand elles sont jouées de la sorte, ces musiques que l'on décrirait
sans projet, se révèlent très affirmées, pleines
de corps et d'âmes…
BLUESANCT, 2005. Enregistrement 2003-2004.
Artiste belge, piano, voix, mélodica, guitare, glockenspiel, auto
enregistrement
Lenteur, tâtonnement, hésitation, déséquilibres
intimes chantés fragilement, musiques enfilées sur un fil bricolé,
oblique. Exemple parfait de mélancolie moderne, désarmée,
s'écoulant à l'écart des perfections techniques et affirmations
technologiques. Il y a de l'identité, de la personnalité, en même
temps c'est lâche, ça n'exclut pas une sorte d'aléatoire,
du moins ça en donne l'impression. Des airs, des musiques d'emprunt,
recyclées. Des comptines névrotiques. Allez, une sorte de Tiersen
féminin (pour donner une idée). Et parfois aussi, le climat et
le timbre évoquent Vera
Coomans…
J.S. Bach, « Suites pour violoncelle seul » par Truls Otterbech Mor - BB1666 ( Je n'ai plus l'habitude d'identifier des « versions », mais celle-ci me semble impeccable, donner l'impression de réentendre pour la première fois, elle prend le temps de s'épanouir, pleinement jouée, nuancée, avec une sonorité très riche, fraîche et patinée, et un enregistrement de grande qualité technique ..)
Joaquin Diaz, « Ola » - ME9230 ( Redoutable CD de merengue à l'accordéon-dynamite )
Balkan Beat Box - MN7295 ( Musique juive des Balkans, revisitée electro danse pourrie, excellent pour fiesta )
Violent Femmes, « Best of » - XV636G (…)
Magazines > Playlist> ...des médiathécaires> Pierre Hemptinne> Archives > Oh ! Que ça bouge N°2 (fevrier 2006)