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OH! QUE CA BOUGE ! N°2

février 2006

 

Christian WOLFARTH

WOLFARTH - UW8466

Pochette UW8466.

FOR 4 EARS RECORDS, 2005. Enregistrement 2003.

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Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) Part 2

Performance soliste pour percussion. La percussion comme langage qui se suffit à lui-même, échappant à l'obligation de marquer ou accentuer le rythme. Elle juxtapose des césures, des discontinuités jusqu'à constituer une nouvelle continuité. Ou collectionne des arythmies, des rythmes qui détricotent les rythmes homologués, les rythmes connus de la musique. Pièces de métal frottées, archet sur cymbales, ustensiles agités, gadgets de bruiteur, instruments non homologués, machineries bricolées. Vieux rouages grippés. À prendre comme poème sonore restituant l'atmosphère d'une piscine en plein air abandonnée, envahie par une végétation luxuriante, la mousse, la faune aquatique, l'eau saumâtre. Hantée par ses beaux jours, clameur des nageurs, chuintement des corps glissant dans l'eau, respiration sportive, les plongeons, les éclaboussures. Tous ces bruits s'écaillent, pourrissent, deviennent vestiges, ondes. Les mauvaises herbes crèvent le béton, les racines rongent le bassin. Un sentiment de calme, de déclassement, sentiment de sombrer à l'écart en étant témoin d'un délabrement délétère, une lente destruction. Wolfhart exprime remarquablement le climat des photos qui illustrent le livret…

www.ch.wolfhart.ch.vu

www.for4ears.com

Mats GUSTAFSSON/DAVID STACKENÄS

BLUES - UG9468

Pochette UG9468.

ATAVISTIC, 2005. Enregistrement 2003.

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Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) Shave ’em wet

Gustafsson est pour mes écoutes, un fil conducteur : créatif, prolifique, protéiforme, c'est un musicien à suivre. C'est l'ensemble de sa démarche et de sa production qui font sens, interrogent. Il sera donc souvent cité dans mes listes…
Gustafsson au saxophone baryton et Stackenäs à la guitare. Le CD contient des hommages à Memphis Minnie, Howlin'Wolf, Hound Dog Taylor, Albert King, mais, heureusement, les deux musiciens ne jouent pas le blues ! Et pourtant… Ils « appauvrissent » leur matériau sonore, ils épurent, éliminent, ralentissent, cherchent les éléments basiques, les modules fondamentaux de leur musique d'improvisateurs jazz européens. Ils isolent les fibres, les trames qui, dans leur musique, correspondent aux trames blues du jazz d'improvisation américain-africain. Ils identifient ainsi une sorte de blues nordique, un blues de banquise, de déconstruction esthétique. Un vague à l'âme puissant. D'éparpillement. Au cœur de leur free-jazz, d'une manière formelle si apparentée et référencée au free-jazz américain, ils trouvent le spleen. Un spleen tentaculaire, ni amorphe ni invertébré, qui construit de solides ramifications de doutes, des impuissances charpentées, des volontés arides, désintéressées, des errances désincarnées… Un dépouillement fascinant. Une pièce majeure pour confronter les histoires différentes entre jazz moderne américain et européen.

NORDZUCKER [ULHER, SCHERZBERG, MAIERHOF]

500 GR - UN8375

Pochette UN8375.

CREATIVE SOURCES RECORDINGS CO, 2005.

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Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) 89gr

Birgit Ulher , trompette. Lars Scherzberg, saxophone. Michael Maierhof, violoncelle.
Autre fil conducteur, le label Creative Sources. Il m'a intrigué dès ses premières productions. Donc, je l'observe, je regarde comment il évolue et constitue son catalogue au fil des ans. Là aussi, ça crée de l'attention pour des créateurs, pour une démarche, ça structure ma démarche d'écoute. La ligne esthétique du label s'affirme très homogène, « radicale ». Il publie presque frénétiquement et attire de plus en plus de musiciens et musiciennes de nationalités différentes, ce qui laisse penser qu'il correspond à une attente, un courant fort… Il reste dans sa ligne tout en se diversifiant par l'apport de personnalités différentes, des tempéraments distincts
Le trio trompette, saxophone, violoncelle joue une musique friable. De désunion. Les musiciens jouent des attaques qui dérapent. Des attaques qui s'émoussent. Biaisées. Valsent dans le décor. Ou tombent à côté de la plaque, incongrues. S'effritent. Musique d'effritement. Les instruments tracent des arêtes tranchantes et systématiquement les rabotent, les raclent pour éparpiller quelques cristaux crissant, blessants, dans le silence.

www.birgit-ulher.de

LIGHTNING BOLT

HYPERMAGIC MOUNTAIN - XL467E

Pochette XL467E.

LOAD RECORDS, 2005.

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Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) Bizarro bike

C'est surtout bon par contraste : intercaler deux trois plages de Lightning Bolt entre quelques séquences de Gustafsson ou Nordzucker est absolument jouissif. Ça enrichit les types d'écoute spécifiques que l'on réserve aux musiques selon leurs caractéristiques. Un morceau de Lightning Bolt entre chaque suite pour violoncelle seul de Bach est aussi une bonne pratique : autant pour Bach que pour Lightning Bolt !
Ok, c'est d'abord la charge, l'effet de puissance, la hargne carnassière et le lyrisme rageur qui nouent les tripes, galvanisent et exaltent la cervelle ! Les basses fréquences en rafales, la trépidation Musclor ! Une libération sauvage ! Il y a d'abord l'effet de claque dû au son très gros, très lourd et speed de ce rock sombre et puissant. Puis, dans la déferlante, je suis frappé par le haut degré virtuose de ce duo basse/batterie. Et la maîtrise implacable du fracas. Ce sont ensuite toutes les subtilités du genre qui se révèlent dans le fracas martelé et la haute incandescence. Il y a beaucoup de raffinement dans les manières de battre cette matière rock turbulente. C'est beaucoup plus savant et intellectuel qu'on veut bien le faire croire. C'est pensé, réfléchi, préparé. Des schémas, plans de structure, des figures de style sont sûrement préparées au niveau de l'appareil cérébral et nerveux des musiciens pour que, au moment du rendu instinctif et cogneur, une telle complexité technique immédiate s'accomplisse l'air de rien. Pour des anciens, dans ce magma énergétique, passent parfois d'étranges citations en flammes, un trait de Black Sabbath, une gerbe à la Led Zeppelin
Extrait d'un commentaire de fan collecté sur Internet par un collègue : « … énormes intros fracassantes puis tous les breaks heavy/speed metal bien grinçants et cette énergie qui réduit en miettes tous ceux qui croient encore que faire du rock c'est superposer des guitares. »

www.loadrecords.com

www.lasierbeast.com

Tomas KORBER

EFFACEMENT - XK734D

Pochette XK734D.

CUT RECORDS, 2005. Enregistrement 2003-2005.

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Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) Wüste

6 plages qui débutent et s'achèvent dans une zone indistincte entre bruit et silence, le micro tourné vers cette frontière floue. Écoulement de crachotements et de souffles, d'éléments naturels ou artificiels mis en abîme, échos de conversation, le son n'est jamais coupé, il y a toujours un événement sonore ténu ou disproportionné. Zone de transition entre l'être et le néant. Des frictions, des particules de vie qui brûlent, se consument, libèrent leur chant intime et occulte. Des ondes s'amplifient. D'infimes énergies sérielles, lancinantes, qui se transforment en montées électroniques. Continuum magnétique. C'est assez brut, avec un grain accentué. Entre chant des cigales et stridence de robots. Note tenue et bourdonnement d'ampli. Grisaille habitée d'un guitariste discret, sondant le surplace cosmopolite d'un cerveau figé… !?
Quand elles sont jouées de la sorte, ces musiques que l'on décrirait sans projet, se révèlent très affirmées, pleines de corps et d'âmes…

http://www.tomaskorber.com

http://cut.fm        

Annelies MONSERÉ

HELDER - XM767M

Pochette XM767M.

BLUESANCT, 2005. Enregistrement 2003-2004.

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Extrait sonore
  • Extrait (format MP3) These streets

Artiste belge, piano, voix, mélodica, guitare, glockenspiel, auto enregistrement
Lenteur, tâtonnement, hésitation, déséquilibres intimes chantés fragilement, musiques enfilées sur un fil bricolé, oblique. Exemple parfait de mélancolie moderne, désarmée, s'écoulant à l'écart des perfections techniques et affirmations technologiques. Il y a de l'identité, de la personnalité, en même temps c'est lâche, ça n'exclut pas une sorte d'aléatoire, du moins ça en donne l'impression. Des airs, des musiques d'emprunt, recyclées. Des comptines névrotiques. Allez, une sorte de Tiersen féminin (pour donner une idée). Et parfois aussi, le climat et le timbre évoquent Vera Coomans


Et aussi :

•  J.S. Bach, « Suites pour violoncelle seul » par Truls Otterbech Mor - BB1666 ( Je n'ai plus l'habitude d'identifier des « versions », mais celle-ci me semble impeccable, donner l'impression de réentendre pour la première fois, elle prend le temps de s'épanouir, pleinement jouée, nuancée, avec une sonorité très riche, fraîche et patinée, et un enregistrement de grande qualité technique ..)
•  Joaquin Diaz, « Ola  » - ME9230 ( Redoutable CD de merengue à l'accordéon-dynamite )
•  Balkan Beat Box - MN7295 ( Musique juive des Balkans, revisitée electro danse pourrie, excellent pour fiesta )
•  Violent Femmes, « Best of » - XV636G (…)