DJ OLIVE : « Sleep »
(Agriculture, Usa, 2006)
XD655T
Beaux drones très amples, en bouffées, en volutes. La musique de Sleep par Dj Olive ne s'écrasera sur les murs d'aucune boîte de nuit. Elle se vit comme une large danse dans le temps et l'espace, la danse, semble t-il, des vents solaires. Elle se répand comme une vaporisation fertilisante, un voile doré déposé pour nous procurer un sommeil riche, un sommeil paradoxal animé de rencontres fragmentées.
Jan JELINEK : « Kosmischer Pitch »
(Scape, Allemagne, 2005)
XJ372T
Cosmique et pourtant inspirée par la Nature terrestre luxuriante et vibrante d'imagination, la musique électronique de Jan Jelinek est nettement plus organique que par le passé. Les cordes, notamment, prennent racines dans des loops (boucles) enroulés comme le cosmos ; une caisse claire, un vibraphone et d'autres mécaniques soulignent la dynamique de cette planète.
Kazumasa HASHIMOTO : « Gllia »
(Midi Creative, Japon, 2006)
XH265B
Encore un album qui réussit à nous prendre par les émotions. Il se déroule au Japon, comme les séquences d'un film au charme discret. Pourquoi me fait-il penser à Lost in Translation ? Un disque conçu comme un doux drame, mélange d'émoi, de joie intime, de gravité personnelle. Côté musique, les mélodies sont omniprésentes, les atmosphères évocatrices sont portées par des orchestrations acoustiques d'une grâce sans faille. Une oscillation équilibrée entre une instrumentation « vague à l'âme » classique (piano, flûte, cello, clarinette), une tonalité pop directe (batterie, guitare), d'imperceptibles clins d'oeil électroniques. Ce « Ruinruin » par exemple, tout un univers avec un triangle, un peu de piano et de mellotron (échantillonneur ancien) et les craquements d'un vieux vinyle.
Un disque important à la Médiathèque, sur le label de Ryuichi Sakamoto.
F.S. BLUMM : « Summer Kling »
(Morr, Allemagne, 2006)
XB623X
Orchestrations acoustiques chatouillées d'électronique. Une électronique en filigrane, une prise de son dans l'intimité des instruments. Les compositions de Blumm sont tendres et chaleureuses. Les instruments s'éveillent sans se bousculer et sourient de tous leurs timbres, l'électronique profite de quelques interstices. Ni jazz, ni rock, ni électro pop, c'est bien d'un monde à part qu'il s'agit. Une perception moderne de la musique instrumentale où la répartition des micros et l'accentuation des sons relèvent parfois des compositions qui fleurtent avec la nonchalance et la nostalgie.
Une délectation d'instruments !
Eric MALMBERG : « Den gatfulla manniskan »
(Häpna, Suède, 2005)
XM096K
Si Jean-Michel Jarre était resté simple, il aurait pu composer cette petite merveille à l'orgue Hammond. Ici il n'y a pas de synthétiseur, seulement cet orgue manipulé avec beaucoup d'originalité. Les mélodies sont touchantes et les ambiances lunaires planent quelque part entre Air, Cluster, Tangerine Dream et Klaus Schulze. Ces mélodies immédiates dissimulent à peine un univers plus profond, celui du subconscient, source inépuisable de créativité et aussi de troubles de la personnalité.
Ce claviériste suédois a déjà commis plusieurs albums en duo sous l'appellation SAGOR & SWING (XS019), déjà sur ce petit label voué aux musiques étranges et fragiles, Häpna.
GROUPER : « Wide »
(Free Porcupine, Usa, 2006)
XG897B
Musique étalée et un peu immatérielle comme en provenance du sommeil, à partir de guitares acoustiques, de nappes électriques et de la voix éthérée de Liz Harris ramenée à une lueur.
MOUNTAINS : « Mountains »
(Apestaartje, Usa, 2005)
XM889R
Quelques touches de clavier (velour et cristal), de guitares (sèche, bois, métal) de suite rejointes par des vagues de sons naturels ou imaginés comme tels (chant d'insectes, brise dans les arbres), rejointes aussi par une paisible et voluptueuse population de drones, ces bourdons d'instruments, ces fils prolongeant la vie des notes. Une lenteur, une clarté des strates musicales, une cohérence des enchaînements et une correspondance entre les sources sonores.
Une musique bienfaisante où les envolées mélodiques de la guitare semblent s'épanouir de la torpeur végétale de la première plage ; le retour à la lumière verte, un scintillement d'instruments micronisés, les chauds craquements vinyliques de la dernière plage emportés vers l'extérieur.
MNORTHAM « Automnal 2003 »
(and /OAR, Usa, 2006)
XM672N
La musique répartie en trois plages provient d'enregistrements réalisés en trois lieux lors des voyages de Michaël Northam en Europe et en Amérique du Nord.
Il s'agit de profondes abstractions évoquant les lieux, les sons concrets sont présents mais presque imperceptibles, c'est donc une invitation au calme, une sorte de méditation dans le respect de la vie sonore d'environnements naturels. Trois visions exprimées par des moyens électroniques simples.
Au Glacier du Trient, entre la Suisse et la France, se développe un doux faisceau de drones dorés. Une superposition de courants d'air et d'eau limpides vibrant, ruisselant de lumière comme l'atmosphère des Alpes. L'Eagle Creek dans l'Indianapolis résonne de tonalités plus graves, plus caverneuses. La nuit des insectes est plutôt rassurante alors que des percussions nocturnes ajoutent à l'inquiétante désolation du lieu. Troisième lieu visité par Michaël Northam, l'île Grosbois, sur les Basses Terres du fleuve Saint-Laurent au Québec est une réserve naturelle où s'étalent forêts et zones aquatiques. Des fouilles archéologiques ont permis de mettre à jour des sites préhistoriques témoignant de la vie des Amérindiens. La musique est sinueuse, sablonneuse évoquant l'embouchure proche du fleuve. Granulosités et grésillements sonores naturels émanent des lieux indéterminables.
De manière générale, les drones me font penser à l'horizon. Une sorte de ligne très prolongée, ténue, un peu floue, pas fixe, incertaine et mouvante. Le drone comme l'horizon repose et suscite en même temps une sorte d'obsession du regard (ou de l'oreille) qui s'y perd en tentant de le saisir. Le drone est comme un fil reliant, un film posé sur un lieu. Il me fait penser à l'atmosphère terrestre, ce mince et vital contour.
C'est aussi une résonance des choses, une fine membrane perméable aux sons, une sorte de musique électromagnétique.
Charalambides : « A Vintage Burden »
(Kranky, Usa, 2006)
XC272I
Chansons au ralenti délicatement fébriles, fragiles et pourtant vives. Blues spectral ne versant pas dans l'abstrait. Plus doux que triste, une renaissance après les pleurs. La guitare minimale et la voix fluide et naturelle de Christina Carter mêlées aux accords de la guitare de Tom Carter. Ces deux-là s'entendent à merveille pour composer des chansons où chaque note est essentielle, où le phrasé de l'un est intimement lié à la mélodie de l'autre. Les deux se balancent librement, côte à côte, sur la même balançoire. Il y a une relation amoureuse entre les deux jeux, et c'est ce qui nous donnait la chair de poule lors de leur apparition au België il y a quelques années.
Les Charalambides seront en concert à Liège à Barricade (en pierreuse) le 20 mai.
TUSSLE : « TelescopeMind »
(Smalltown Supersound, Norvège, 2006)
XT917B
Un quartet californien à même de dégeler le pourtant déjà brûlant label norvégien.
Probablement un accès plus facile à ce label qui croise volontiers l'électronique expérimentale (Jazzkammer en tête) avec des productions de jazz d'avant garde (Ken Vandermark, Mats Gustafsson). Ici rien de tel donc Rythmé et mobile comme du Can qui aurait croisé Le Grandmaster Flash de New-York. Ce second album fondé sur plusieurs batteries, une basse élastique, quantité d'objets percussifs et les lignes claires de synthétiseurs rappelant Cluster et Eno, ce second album traverse et dynamise les principales musiques rythmiques imaginées « à l'ouest » depuis 30 ans. Avant la parution des deux premiers albums (voir le premier « Kling Klang » - XT917A sorti en 2005) sur le label de Kim Hiorthoy (voir ce nom - XH605), Matmos et Liquid Liquid s'étaient déjà payés une bonne tranche vinylique en remixant Tussle.
Pierre Charles Offergeld
Centre de prêt de Liège
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