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Quand la mort s’anime

 

 

 

Pedro PIRES : « Danse macabre » (Canada, 2009 – 8 min)

Samedi 3 - Caméo 2 - 10h00 / Lundi 5 - Caméo 1 - 21h15


dmForme d’expression picturale du XIVe au XVIe siècle, la Danse Macabre représente généralement des squelettes dansant avec les vivants, comme pour souligner la vanité des distinctions sociales dont la Mort se moque éperdument.

Et la « Danse macabre » de Pedro Pires porte décidément bien son nom : véritable solo de danse chorégraphié et interprété par AnneBruce Falconer, ce court métrage met en scène un cadavre sans nom qui s'anime avec langueur et sensualité. Porté par une splendide photo aux couleurs passées et la voix angélique de Maria Callas, ce ballet morbide fascine plus qu'il ne glace le sang, et rarement la mort n'aura été sublimée avec autant de grâce et de bon goût. Venu du milieu des effets spéciaux, Pedro Pires évite néanmoins toute surenchère, mettant son art et son savoir-faire au service de cette Danse macabre pas comme les autres.

Sorte de contrepoint dansé (et beaucoup moins dérangeant) du « Aftermath » de Nacho Cerdà (1994), « Danse macabre » a ceci en commun avec le court-métrage nécrophile de l’Espagnol qu’il se déroule, du moins en partie, dans une salle d’autopsie. Néanmoins, la dissection, si elle est suggérée, ne fait pas partie intégrante du récit puisque le décor et ses accessoires (une corde, une table d’autopsie, un cercueil…) servent avant tout à célébrer le mouvement du corps dans ces huit minutes de poésie funèbre.

Si son homonyme italien réalisé en 1964 par Antonio Margheriti développe lui aussi un esthétisme morbide et fascinant, c'est plus près de nous qu'il faut chercher des parallèles visuels, avec des artistes tels que la photographe Floria Sigismondi ou le peintre Mark Ryden dont l'imagerie certes lugubre n'en est pas moins captivante. Quant au cinéma, cela fait belle lurette qu’il met en scène la mort dans tous ses états.

Depuis l'époque du muet, le septième art a toujours eu un rapport privilégié avec la Grande Faucheuse : tout le monde se souvient du « Nosferatu » de Murnau (1921) à l'esthétique aussi belle que terrifiante. Onze ans plus tard, Carl Theodor Dreyer réalise avec « Vampyr » et ses inquiétants jeux d'ombres un chef-d’œuvre (parlant) relativement méconnu du grand public.

Un autre film de référence sera tourné en 1956 par Riccardo Freda et Mario Bava, « Les Vampires », long-métrage à mi-chemin entre le feuilleton du même nom réalisée en 1919 par Louis Feuillade et les productions de la Hammer, sera le premier film d'horreur italien. Alors directeur de la photographie, Bava n'a que deux jours pour terminer le film suite au départ de Freda. Sa première œuvre en tant que réalisateur est un coup de maître : esthétique gothique et effets spéciaux alors jamais vus feront de Mario Bava l'un des réalisateurs « de genre » les plus respectés de son époque et il ouvrira la voie à de nombreux cinéastes.

Du baroque grandiloquent de Dario Argento à l'univers fantasmagorique de Tim Burton, le cinéma fantastique se prête peut-être davantage que les autres genres à des recherches esthétiques, et ces dernières années ont vu arriver des mélanges de styles aussi troublants que remarquables. Ainsi, le Mexicain Guillermo Del Toro a-t-il réalisé avec « L'Échine du Diable » (2001) et « Le Labyrinthe de Pan » (2006) deux parfaits exemples de films beaux à pleurer et pourtant extrêmement dérangeants de par le sujet abordé : l’enfance volée / perdue, qui semble être une thématique récurrente dans le cinéma hispanique, depuis « L’Esprit de la Ruche » de Victor Erice (1973) jusqu’à « L'Orphelinat » de Juan Antonio Bayona (2007).
Chez Del Toro, la mise en scène somptueuse n'est pas vouée à cacher la misère d'un scénario faiblard ou d'acteurs médiocres, comme c'est hélas trop souvent le cas : au contraire, le cinéaste se sert de la technique pour sublimer son histoire et ses personnages. Bien que classés en cinéma fantastique, ses films sont plus proches du drame que de l’horreur, et ces dernières années ont vu arriver bon nombre de réalisateurs alliant les deux avec plus ou moins de succès.

Si « Silent Hill » de Christophe Gans (2006) reste dans un registre d’horreur assez classique, l’univers graphique, lui, est au moins aussi sophistiqué que celui du jeu dont le film est tiré : rarement on n’avait eu peur avec autant d’élégance, la dernière fois remontant probablement à « Alien » de Ridley Scott (1979) ou « The Shining » de Stanley Kubrick (1980). Là où ces films entretenaient le pouvoir de suggestion, il en est d'autres qui ont poussé l'esthétisme macabre à l'extrême inverse par le biais d'un ultraréalisme troublant, à l'instar de Pier Paolo Pasolini dans son « Salo ou Les 120 Jours de Sodome » (1975) ou Lars Von Trier, dont l'Antichrist n'a laissé personne indemne au dernier Festival de Cannes et aura valu à Charlotte Gainsbourg le Prix de l'interprétation féminine. D'aucuns préféreront les exagérations baroques d'un Lucio Fulci dont « L'Au-Delà » reste un classique du gore italien, ou l'univers ultra-violent de l'école japonaise, Takeshi Kitano et Takashi Miike en tête.

Catherine Thieron

 

 

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