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Cinéma et adolescence - Premiers repérages

 

 

800Le programme du FIFF le démontre encore : scruter l’évolution des relations parents/enfants, interroger le tournant de l’adolescence, âge mystérieux où tout se transforme, le corps et l’esprit, constitue un champ cinématographique très actif.

Historiquement, si l’adolescence est considérée comme une notion récente, il y a toujours eu quelque chose qui tenait lieu de conflit intergénérationnel. Néanmoins, au-delà de cette permanence, les spécialistes considèrent que les termes de cette confrontation sont en train de changer. Les repères bougent. D’abord par l’importance des nouvelles technologies accentuant un décalage entre les parents et les jeunes, ceux-ci dépassant régulièrement les adultes sur ce terrain de compétences techniques. Ensuite par la place croissante de la publicité ciblant les publics de plus en plus jeunes les constituant de plus en plus comme prescripteurs de ce que la famille doit acheter et consommer. Le cinéma scrute ces transformations qui bouleversent pas mal de valeurs établies et vont peut-être, jusqu’à un certain point, modifier les relations que l’adolescence entretient avec la mort, la prise de risque, la recherche des limites par des pratiques violentes. Le cinéma, documentaire ou non, ne cesse de questionner ces mouvements.

Voici quelques exemples… La cinéaste Claire Simon y consacre plusieurs films : « 800 kilomètres de différence » où sa caméra exprime la perplexité que lui inspire la relation amoureuse de sa fille avec un apprenti boulanger. Dans « Ça brûle » (non édité en DVD) elle filme cette tentation de l’adolescence à tout remettre en cause, à provoquer l’absolu. En colère, une jeune fille passionnée déclenche un incendie de forêt. C’est aussi un âge qui affronte la tâche très difficile de se construire, de réaliser son identité, trouver sa voie, s’épanouir. La réussite ou l’échec scolaires sont déterminants. « 17 ans » de Didier Nion17 est un remarquable état des lieux d’un jeune garçon, pas favorisé socialement, qui se cherche et lutte pour se faire une place. Au-delà du cas particulier, la qualité du documentaire concerne une approche plus large de « qu’est-ce qui se passe dans leur tête, dans ces moments-là ?» !

Notre société a été secouée par des faits de société d’une rare violence, apparemment gratuite, sans explication rationnelle. Une amplitude exceptionnelle donnée à l’attrait que la mort peut exercer sur les adolescents. Découvrir la vie, comprendre d’où elle vient, ce qui la donne et la retire, comment ça passe à travers le corps par le biais de la sexualité et de l’amour, peut donner lieu à pas mal de déséquilibres, d’expériences dangereuses, suicidaires ou autres. Recherche de limites. L’irruption irrationnelle de massacre sur des campus, des faits-divers mêlant mort brutale et adolescence conduisent à une filmographie importante qui réussit le pari que, ces faits d’une excessive gravité, exige d’inventer de nouvelles manières de filmer l’adolescence. Larry Clark, Gus Van Sant vont réussir à filmer de l’intérieur, à laisser s’exprimer l’adolescence au lieu de faire prédominer leur regard sur elle. Elephant de Van Sant établit avec force et pudeur la géographie pleine d’ombres d’un basculement dans l’horreur. ppAvec « Paranoïd Park » , il explore les conséquences d’un acte inconsidéré et surtout les contingences qui y conduisent. Larry Clark, travaillant souvent avec des jeunes jouant quasiment leur propre rôle, ausculte l’univers de la rue, de la pauvreté, en contraste avec une société de la consommation, contradiction explosive où se démènent des bandes de gamins, sans repères autres que leurs musiques, les publicités racoleuses, des désirs formatés par la pornographie (« Kids », « Ken Park »... )

La bande de jeunes est, en soi, un microcosme singulier où peuvent fermenter de bonnes ou mauvaises dynamiques de groupes, élever vers des objectifs d’engagement, favoriser les replis collectifs sur soi ou exciter les pratiques à risques. « À l’ouest de Pluton », à l’affiche du FIFF en est un exemple. wr« Wassup Rockers » de Larry Clark, encore une fois, est une référence incontournable : par son approche du réel, sa plongée dans l’intimité du groupe et son art de démonter les clichés : une bande n’en est pas une autre, derrière ce que l’on peut prendre pour de la délinquance, il peut y avoir autre chose, une réelle contre-culture de la rue. La musique, dans la dynamique de ces bandes de jeunes et la formation de leur esprit de clan, est super importante. On peut le vérifier avec « This is England » de Shane Meadows : un gamin en mal d’affection, de reconnaissance par les grands et de substitut au père tué dans la guerre des Malouines se fait adopter par un groupe qui oscille entre punk et skinheads. Remarquable description de ces entités actives qui peuvent tout aussi bien aller vers le mal que le bien. Il s’agit bien de rendre compte d’un âge des possibles, plus rien n’est fixé, tout flotte et cherche de nouveaux ancrages.

 

Pierre Hemptinne

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La chronique du documentaire « L'Attrape-Salinger » par Philippe Delvosalle.
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