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Parents, enfants, ados… L’intergénérationnel et le pétage de plomb comme un des beaux-arts…

 


Xavier DOLAN : « J’ai tué ma mère » (Québec, 2009 – 100 min)

Dimanche 4 - Caméo 1 - 21h15 / Lundi 5 - Caméo 2 - 13h00 / Mercredi 7 - Sauvenière - 20h15

 

dolanL’âge peut avoir de l’importance. Il ne suffit pas de souffler, comme pour réclamer sournoisement l’indulgence du public, qu’il s’agit d’un premier film. Auparavant, on peut être sensible aux détails : un jeune homme prénommé Antonin Rimbaud, des citations littéraires qui surgissent inopinément et s’inscrivent sur le haut de l’écran, un découpage soigné en séquences presque autonomes, mais une chronologie très pointilleuse, des couleurs signifiantes, des cadrages scrupuleux. En un mot : un style appliqué, charmant. Après, à juste titre, on reconnaîtra que faire un film à vingt ans - voire moins : à dix-sept ans - mérite une certaine admiration.

Le ton et l’engagement émotionnel de l’acteur/réalisateur/scénariste Xavier Dolan trahissent l’inévitable côté autobiographique de l’histoire. « J’ai tué ma mère » assume d’emblée son je, tout en affichant, par l’humour ou la défocalisation, un recul salutaire. Hubert a seize ans, il ne supporte plus sa mère qui l’élève seule. Entre disputes et silences oppressés, exaspération mutuelle, dégoût et violence réprimée, cette cohabitation finit par les dénaturer l’un et l’autre. Séparément, ils sont sans doute acceptables ; ensemble ils se déforment. Tantôt Hubert enrage, tantôt il joue au petit garçon modèle. Qu’importe, cela ne fonctionne pas. Ses fantasmes d’adolescents, l’écriture, la peinture sont d’amers refuges et l’amour est un réconfort aussi doux qu’angoissant : son homosexualité, pourtant bien vécue, reste un secret. Il ne s’agit pas seulement de décrire, mais de faire évoluer. La « crise », moteur naturel de l’action, précipite Hubert dans des situations de plus en plus difficiles à gérer : déceptions, blessures d’amour-propre, engueulades, humiliations publiques, fugues, pension… Et puis il y a cette rencontre lumineuse avec un professeur peu conventionnel, cette belle jeune femme, un peu perdue elle aussi - mère ou amante de substitution ? Enfin, Xavier Dolan ne commet pas l’erreur de réduire le personnage de la mère à sa fonction. Au contraire. Sa vie difficile, ses échecs, sa fatigue, ses petits bonheurs : tout est là, qui accompagne, exaspère son amour maladroit pour un fils qui, forcément, ne la comprend pas. Nul n’est coupable, mais le sentiment de culpabilité est présent de part et d’autre.

C’est évidemment un film d’apprentissage, mais c’est surtout un embryon de film d’auteur, trois fois primé à Cannes cette année, dans la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs. L’accent québécois, assez déroutant dans la première demi-heure, devient vite familier. Le talent des acteurs œuvre pour le côté réaliste d’un cinéma qui est tout à la fois stylisé, drôle, tragique, énervant, caricatural et nuancé. Oui, tout à la fois ! Avec peu de moyens (difficile de trouver un financement quand on est jeune et inexpérimenté), Xavier Dolan manifeste un souci du détail qui frôle parfois le maniérisme, mais, par la juxtaposition d’éléments contrastés, il retrouve toujours son équilibre. D’autant que le titre « J’ai tué ma mère » distille tout au long du film une éprouvante inquiétude… l’a-t-il réellement tuée ?

Catherine De Poortere

 


Denis VILLENEUVE : « Polytechnique » (Québec, 2008 – 79 min)

Vendredi 2 - Caméo 1 - 13h (séance FIFF Campus) / Samedi 3 - Caméo 2 - 21h15 / Dimanche 4 - Eldo 2 - 10h / Mardi 6 - Eldo 2 - 16h15

 

Comme dans Elephant, filmer le mystère du passage à l’acte radical.
L’horreur sur le campus.

 

polytechnique6 décembre 1989 : peu après seize heures, un étudiant âgé de vingt-cinq ans pénètre dans l’École Polytechnique de Montréal armé d’une carabine semi-automatique et d’un couteau de chasse. Une heure plus tard, il ouvre le feu sur vingt-huit personnes avant de se suicider. Parmi ses victimes, vingt-quatre femmes dont quatorze sont mortes. Il aura fallu moins de vingt minutes au tueur pour perpétrer ce carnage.

Suite à cet odieux fait divers, le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal décrètent trois jours de deuil national.
En 1991, le 6 décembre est déclaré Journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes. Car le tueur était ouvertement antiféministe, confirmant dans sa lettre d’adieu, datée du jour du massacre, que son but était d’envoyer ad patres les féministes qui m’ont toujours gâché la vie.

Il aura fallu près de vingt ans pour qu’un cinéaste relate les événements de cette tragique journée. Restée un souvenir extrêmement douloureux pour bon nombre de Montréalais, la tuerie de Polytechnique se devait d’être exposée avec pudeur, par respect pour les victimes et leur entourage.
Avec le soutien de la comédienne Karine Vanasse, instigatrice du projet et coproductrice du film, le réalisateur Denis Villeneuve évite le sensationnalisme pour s’en tenir aux faits à travers les regards de deux personnages fictifs, les étudiants Valérie (Karine Vanasse) et Jean-François (Sébastien Huberdeau). Le tueur (magistralement interprété par Maxim Gaudette), s’il est lui aussi suivi par la caméra, reste « anonyme », dans le sens où son nom n’est jamais prononcé dans le film.

Car le parti pris de « Polytechnique » n’est en aucun cas de sublimer la violence (et, par là même, de « célébrer » celui par qui elle arrive), mais de s’en tenir aux faits. Et les faits sont exprimés ici avec une décence et une retenue rares dans le cinéma contemporain : Denis Villeneuve énonce plus qu’il ne dénonce et n’a pas la prétention de répondre à des questions. Laissant à des cinéastes comme Michael Moore et son « Bowling for Columbine » le soin d’émettre des hypothèses, le travail du Québécois pourrait être mis en parallèle avec celui que Gus Van Sant accomplit avec « Elephant » en 2003 : dans les deux cas, l’approche est humaine plutôt que militante.

Filmé dans un noir et blanc somptueux, « Polytechnique » est formellement beau, sans pour autant tomber dans les travers d’un esthétisme purement décoratif : toujours par souci de discrétion, l’usage du noir et blanc, tout comme la très sobre bande-son de Benoit Charest, sert davantage à adoucir la violence extrême, plutôt que de simplement « faire joli ». Un choix qui permet au spectateur de se concentrer sur l’essentiel : l’histoire. Celle de ces femmes et de ces hommes dont la vie changea radicalement ce 6 décembre 1989 et auxquels ce film rend un hommage absolument bouleversant.

Catherine Thieron

 

Henry BERNADET et Myriam VERREAULT : « À l’ouest de Pluton » (Québec, 2008 – 90 min)

Jeudi 8 - Caméo 1 - 9h30 (Séance FIFF Campus) / Jeudi 8 - Eldo 2 - 18h45 / Vendredi 9 - Caméo 1 - 15h30

 

La bande de jeunes, inventive et paumée, en glissement progressif vers l’interdit.

 

ouest de plutonPour ceux qui ont franchi le cap, l’adolescence, c’est un peu l’âge bête, celui dont on se souvient avec tendresse, ou bien avec dégoût, mais toujours sur le mode du sourire un peu amusé, un peu méprisant, presque paternaliste quoi…

C’est un peu le ton de ce film, tourné avec de vrais adolescents de quinze et seize ans, par deux réalisateurs plutôt jeunes eux aussi, Henry Bernadet et Myriam Verreault - respectivement âgés de 28 et 32 ans. Dès les premières images, on sourit, ils sont vraiment trop ces ados. On rit d’eux, gentiment, puis on rit avec eux, puis on commence à comprendre, ce n’est pas si loin tout ça, finalement, il en reste quelque chose.

Même si on démarre avec le sourire, on comprend vite qu’on est loin des films d’ados habituels, un peu simplistes et un peu gras, au rire un peu forcé. Ici on suit de vrais ados dans leur vraie vie d’ados, avec un vrai langage d’ados, paumés dans une vraie banlieue canadienne, où, comme dans toute banlieue, il n’y a pas grand-chose à faire. Et on commence justement par cette question-là, avec quelques séances de « show and tell », d’exposés devant la classe, où chaque personnage va en quelques secondes résumer une passion, son hobby, ce qu’il aime faire. Ce sera un leitmotiv astucieux, une succession de petits moments révélateurs, les uns se livrant sans le savoir, d’autres montrant leurs limites. On aura droit à tous les genres, du plus ambitieux au plus déconcertant, du « beurre de pinote » à Ben Affleck, et de la pêche à la ligne à Pluton, ou 134430 comme il faudrait l’appeler maintenant.

L’adolescence, c’est ici l’âge de la fin des certitudes, de l’entrée dans le changeant, le flou, dans un monde où Pluton est peut-être une planète, ou peut-être plus. C’est l’âge partagé entre la routine scolaire, les parents qui ne comprennent rien et les week-ends à chercher l’aventure, le fun. Dans un style réaliste, quasi documentaire, on va suivre ces ados pendant une journée. On va voir leur quotidien, leur ennui, ou leurs enthousiasmes. Les uns jouent de la guitare, les autres crient des poèmes dans les bois. On se passionne pour les Droits de l’Homme comme pour les dents de dinosaures. Comme partout, les garçons regardent les filles, et les filles regardent les garçons. Les filles discutent de politique canadienne et de conflits linguistiques ; les garçons eux, la politique rien à crisse, ils préfèrent le skateboard, surtout quand « il est vite comme Eddie Van Halen ». Tous vont se retrouver ce soir-là pour une « party », avec la ferme intention de s’y éclater, d’une manière ou d’une autre, et sans savoir qu’elle allait avoir des conséquences fâcheuses.

Parce que c'est aussi l'âge où tout peut mal finir, parce qu'on ne connaît pas ses limites, parce qu’on ne sait pas jusqu’où aller trop loin. C’est l’âge des extrêmes, d’une très grande fragilité et d’une sensation d’invulnérabilité mélangées. C’est l’âge où l’on ne saisit pas ses propres sentiments, alors, ceux des autres… Où l’on blesse d’un mot, sans savoir, où l’on trahit sans s’en apercevoir, où l’on joue les héros, ou bien les salauds, sans trop comprendre. Tout ce qu’on sait, c’est qu’on est prêt à toutes les conneries, pour l’épate. Parce qu’au fond, « on veut du respect, just’ ça ».

Benoit Deuxant

Mieux comprendre la spécificité du cinéma québécois
Cinéma et adolescence

 

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