Samedi 3 - Caméo 2 - 10h00 / Dimanche 4 - Eldo 2 - 16h15
Vendredi 9 - Caméo 4 - 10h (FIFF Campus)
Le cinéma africain n’est pas vraiment renommé chez nous pour ses comédies. C’est pourquoi la sortie de ce film est une double surprise. Réalisé par Dyana Gaye, une Parisienne de trente-quatre ans d’origine sénégalaise, c’est non seulement une comédie, mais une comédie musicale.
Racontant le trajet d’une galerie choisie de personnages dans un taxi collectif qui relie Dakar à Saint-Louis, le film est une succession de situations et de chansons qui vont dévoiler les espoirs, les rêves et la personnalité de chacun des protagonistes - passagers, chauffeur et rencontres de chemin - et mettre en lumière quelques aspects de la société sénégalaise. On y croisera une jeune femme se rendant à l'enterrement de son père, qu'elle n'a jamais connu ; un jeune homme parti saluer sa fiancée avant d’émigrer vers l'Italie ; Madame Barry, propriétaire d'un salon de coiffure à la mode (« le tout Dakar défile ici »), désireuse de revoir ses enfants ; Joséphine et Binette, deux Françaises au terme de leurs vacances au Sénégal. L’intrigue se corsera avec le dernier passager, Antoine, un étudiant français qui va rater le départ et devra les rejoindre en stop, croisant sur sa route Dorine, la nièce de Madame Barry, fuyant le salon de coiffure de sa tante pour tenter sa chance à Saint-Louis.
Tout au long des 256 km de route embouteillée, ce petit monde va se mettre à danser et chanter, en français ou en wolof, et chacun à son tour va entraîner les autres passagers dans des chorégraphies de comédie musicale évoquant bien sûr irrésistiblement Jacques Demy. La comparaison avec Demy n’est pas innocente, car derrière l’apparente légèreté des chansons, ce sont ici aussi des thèmes très sérieux qui sont abordés. Madame Barry est une femme d’affaire qui a réussi, mais qui craint que cette prospérité n’ait été obtenue au détriment de sa vie de mère de famille, elle doute d’« avoir fait les bons choix, de réussir, ça mène à quoi » et « regrette n'avoir aimé que gloire et beauté et ma liberté », le candidat à l’émigration est à la fois confiant et appréhensif, mais il sait qu’il laisse sa fiancée derrière lui, le chauffeur se lancera dans une analyse de la situation du pays et de ses relations avec la France. Toutes ces chansons écrites par la réalisatrice Dyana Gaye, et interprétées par Le Surnatural Orchestra et l'ensemble Les Cordes, font passer avec une certaine allégresse des messages parfois cruels (« tu l'oublieras, ta fiancée »), parfois sérieux (« l'Atlantique ne cesse de nous avaler », chante le chauffeur). Tourné sans chanteurs ni acteurs professionnels, excepté le toubab, le touriste français, joué par Gaspard Manesse, ce premier moyen-métrage apporte un regard rafraîchissant sur l'Afrique, sans en faire un paysage de carte postale. On regrettera peut-être seulement sa courte durée, une cinquantaine de minutes. Mais ces cinquante minutes de film et ces 256 km de trajet seront suffisants pour chambouler doucement la vie des personnages.
Benoit Deuxant
" Le Discobus 3 n'a pu circuler ce dimanche 12/2 et est en réparation ce lundi 13/2 : pas de stationnement à Ath, Antoing, Leuze et probablement Mouscron . .
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