Personnage emblématique de la composition cinématographique, John Barry est connu du grand public pour ses indispensables contributions à la saga James Bond ainsi que pour l’inoubliable générique de la série Amicalement Vôtre. Il serait néanmoins dommage de le réduire à cela puisque le Britannique œuvre depuis maintenant plus d’un demi siècle au bien-être de nos oreilles dans les salles obscures.
De (old) York...
Son enfance dans le Yorkshire anglais est ponctuée par de nombreux passages au cinéma (son père exploite huit salles), où le jeune John Barry fera son éducation à l’image, mais aussi à la façon dont l’image et le son interagissent. Après des études en harmonie et en contrepoint, le pianiste de formation classique se penche avec intérêt et curiosité sur le jazz et découvre à travers la musique de Charlie Parker, Miles Davis et Chet Baker une autre façon de s’exprimer. C’est ce double amour de la musique classique et du jazz qui donnera au compositeur cette patte reconnaissable entre mille, à une époque où le petit monde du cinéma est encore fermé aux musiques dites «populaires». Cela changera pourtant rapidement – et fort heureusement – avec l’arrivée dans le courant des années 50 d’une nouvelle génération de compositeurs aux influences mixtes, tels que Lalo Schifrin, Ennio Morricone ou Henry Mancini.
En 1959, John Barry compose sa première musique pour le grand écran à la demande d’Edmond T. Gréville. Beat Girl (dont le titre français, L’Aguicheuse, donne une idée du contenu…) n’est certes qu’un obscur film beatnik britannique, il n’en offre pas moins de nombreuses libertés au jeune musicien qui s'était jusqu’alors fait la main sur des musiques publicitaires, parallèlement aux activités de son groupe sobrement nommé The John Barry Seven.
C'est en 1962 que sa carrière prend une tournure décisive, quand le réalisateur Terence Young lui propose d'assister le compositeur Monty Norman pour orchestrer les premières aventures cinématographiques d'un certain James Bond. Si John Barry ne sera jamais crédité au générique du premier épisode de la désormais très longue série, il en deviendra néanmoins le compositeur attitré pour les vingt-cinq années à suivre, son nom restant intimement lié à celui de l'agent secret le plus glamour de tous les temps.
... à New York
En 1975, après quinze années de travail ininterrompu pour le septième art, John Barry s’offre à l’âge de quarante-deux ans une première incursion dans la composition personnelle avec Americans. Il s’y laisse inspirer par les États-Unis tels qu’il les perçoit alors, puisant tant dans le jazz que dans les comédies musicales de Broadway, se permettant au passage de petits clins d’œil aux classiques By myself du duo Arthur Schwartz/Howard Dietz et As time goes by de Herman Hupfeld dont il intègre quelques phrases musicales dans sa Yesternight suite, morceau d’ouverture et pièce maîtresse de Americans qui, avec ses dix-sept minutes allant crescendo, eût probablement été inadaptée pour le grand écran.
À travers ces six instrumentaux tout en nonchalance, John Barry déclare non seulement sa flamme à sa patrie d'adoption, mais aussi et surtout au jazz en s’entourant de musiciens de haut vol. Parmi eux, Dick Nash au trombone, Tony Terran à la trompette et Ronnie Lang au saxophone alto. Avec maestria, l’Anglais compose de véritables petites « conversations » entre les instruments, évoquant tour à tour les gratte-ciel de New York (Speaking mirrors) et les grandes avenues de Los Angeles (Strip drive).
Réédité en 2009 sous la houlette de Stéphane Lerouge, spécialiste des musiques de films et concepteur de la collection Écoutez le cinéma !, Americans comprend, outre un livret de 16 pages contant la genèse du projet, quatre titres supplémentaires composés pour le petit et le grand écran en 1972 et 1974 : Orson Welles' Great Mysteries, Sail the Summer Winds, Follow, Follow et The Adventurer.
Catherine Thieron
Magazines > La Sélec> La Sélec n°10 - 15 avril 2010 > John BARRY : « Americans »