Magazines

La Sélec n°10 - 15 avril 2010

 

logo

 

 

  • Deux films ruraux et forestiers d'Alain Guiraudie
    On retrouve là les principales motivations avouées d’Alain Guiraudie : redonner une existence aux classes rurales et populaires dans le cinéma français sans tomber dans les travers du naturalisme, e.a. d’un prétendu réalisme langagier. Ce qui le pousse à faire s’exprimer ses personnages ruraux dans un français correct, mâtiné de néologismes à la fois succulents et presque châtiés, plutôt que dans un patois de studios ponctué de gros mots enchaînés les uns derrière les autres.

  • Le cinéma de la marche et de la déambulation de Kelly Reichardt
    La marche, qui agit comme un filtre et un catalyseur, affecte les perceptions, elle décante la pensée, la précipite, la jette dans un état de précarité.

  • Déambulation urbaine dans Fish Tank d'Andrea Arnold
    Quinze ans dans l’aquarium, électron farouche et fébrile, Mia maîtrise l’espace comme un poisson capable de traverser à toute vitesse des circuits étroits et compliqués. C’est un souffle, une écume, une rage. Rien ne l’arrête, ni la peur ni les coups. Quand, au risque de se faire mordre par un molosse ou violer par les gitans, elle ne tente pas de délivrer un grand cheval blanc, elle danse.

  • Regarder le télévision de jadis en DVD
    • Gaëlle ROYER  : "Téléscopie"
      Comment faire apprécier la télévision à une personne qui s’en passe volontairement (et obstinément) depuis des années ? Rien de plus simple: installez-la confortablement devant Téléscopie.

  • A la télévision / à la radio un passeur / une passeuse de musiques
    • Denise GLASER  : "Discorama"
      Nullement inféodée – malgré le titre de l’émission – à l’actualité du disque et au discours promotionnel, invitant régulièrement de jeunes musiciens avant même leur première sortie discographique, Denise Glaser dévoile les femmes et les hommes, avec leurs doutes et leur fragilité, derrière leur statut public de musiciennes et de musiciens.
    • Daniel CAUX : "Le Silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe"
      Actif en partie à la même époque (il commencera à l’ORTF au tout début des années septante, alors que Glaser en sera politiquement écartée fin 1974 à l’arrivée de Giscard au pouvoir), le multi-activiste Daniel Caux (journaliste pour Combat, Jazz Hot, Charlie ou Le Monde…, organisateur de concerts e.a. à la Fondation Maeght, directeur artistique du label Shandar… ) opère à peu près le mouvement inverse : vulgariser et dédramatiser les musiques dites d’avant-garde (Albert Ayler, Brian Eno, Luc Ferrari, Meredith Monk, La Monte Young…), tout en tirant pour ainsi dire la radio du côté de la télévision !

  • Deux documentaires sur la BD contemporaine
    Lancée par Arte Éditions dans la foulée du dernier festival d'Angoulême, la collection Univers BD rend hommage, comme son nom l'indique, à la bande dessinée. Une occasion de (re)découvrir un art trop souvent (et injustement) relégué aux cours de récréation...
    • Mark DANIELS : "La BD s’en va-t-en guerre"
    • Clara KUPERBERG & Joëlle OOSTERLINCK : "Art Spiegelman - Traits de mémoire"

  • Les fantômes du dub : une filiation
    Un même souffle parcourt ces trois albums. Ils ont non seulement en commun d’évoquer une certaine angoisse urbaine, un sentiment de crainte devant la déliquescence de l’environnement social de son temps, la violence et la corruption de la Jamaïque des années septante chez Junior Murvin, la noirceur paranoïaque des villes britanniques chez Kevin Martin (King Midas Sound), la mélancolie tournant au désespoir existentiel de Mordant Music, mais également la manière particulière de présenter cet effroi, cette part d’ombre. Ils ont tous trois une empreinte spectrale, un caractère hanté, qui provient de leurs méthodes de production respectives, et relie un classique du reggae comme « Police & Thieves » au concept d’hauntology, de spectralité, développé autour de musiques comme le dubstep ou l’étrange pop détournée d’Ariel Pink ou Mordant Music.

  • Musiques classiques
  • Hip-hop / Soul / Funk
    • EDAN : « Echo Party »
      Echo Party relève d‘un principe voisin de celui de la célèbre série DJ-Kicks, où le résident compilateur aux platines a toute latitude pour concocter un mix de son cru qui agirait un peu comme un révélateur de son génotype musical. Ou encore, à l’instar de la collection Back To Mine qui nous le montre sous d’autres éclairages que ceux aveuglants des pistes de danse.
    • José JAMES : « Blackmagic »
      Partagé entre son amour du jazz « cool » et un désir non feint de surprendre, José James délivre un album soul craquant au-dessus et délicatement moelleux à l’intérieur. L’arme fatale des cœurs (à) brisés(r) ?
    • Gil SCOTT-HERON : « I’m New Here »
      « Je suis nouveau ici » : fausse déclaration ? Publicité mensongère, trompe-le-monde ? Celui auquel, très spontanément, on associe la première personne du singulier de cette simple assertion affirmative de quatre mots – première erreur, peut-être : « je » peut aussi traduire un « jeu », un autre – est né « on April’s Fools Day », le 1er avril 1949 à Chicago.

  • Musiques du monde
    • Balkan Grooves
      Il y a quelques années, l’écrivain Alexei Monroe décrivait le turbo-folk des ex-républiques yougoslaves comme un défi à la culture occidentale, en représailles à la pop anglo-saxonne. Le genre, qui mélangeait rythmiques techno et mélodies folk traditionnelles était alors très populaire auprès des ultranationalistes et des paramilitaires serbes, par exemple, qui y voyaient un moyen de paraître moderne tout en refusant la culture de l’ennemi, en rejetant toute influence du rock américain ou européen.
    • BLIND BLAKE : « Bahamian Songs »
      Né Blake Alphonso Higgs, Blind Blake – à ne pas confondre avec le bluesman du même nom, qui lui inspira peut-être son nom de scène – était multi-instrumentiste, aussi habile au piano qu’au banjo ou au ukulélé, mais ce sont ses talents de chanteur et d’humoriste qui firent principalement sa renommée.

  • Chansons francophones
    • MUSTANG : « A71 »
      Étrange, parfois, comme la mode ne peut être qu'un éternel recommencement: à l'heure où les magazines de papier glacé ne jurent que par les pin-up, la route d'un revival rock'n'roll pourrait bien passer par l'A71, l'autoroute Clermont-Ferrand/Paris qui donne son titre au premier album de Mustang.

  • Rock - Pop
    • Robert Wyatt : « Radio Experiment Rome, February 1981 »
      C’est un musicien polymorphe sans restriction, né en 1945, et dont les années de formation explorent les confluences de la peinture, de la littérature et de toutes les formes plastiques d’engagement politique-artistique. Une figure devenue mythique sans avoir pratiqué la concession.
    • LIARS : « Sisterworld »
      Ces Américains se sont peut être autoproclamés « menteurs » il y a plus de dix ans mais se révèlent au quatrième disque, toujours incapables de décevoir !
    • SISTER IODINE : « Flame Desastre »
      Avec le temps, la plupart des praticiens d’une certaine orthodoxie rock finissent tôt ou tard par laisser couler un mince filet d’H2O dans le produit de vinification sonore et se rapprocher de la frontière, sans cesse mouvante, de l’« accessibilité ». Tout le contraire chez Sister Iodine pour qui l’âge des artères se calcule sur l’évolution de leur imprégnation croissante au mercure !
    • Lyenn : « The Jollity of My Boon Companion »
      Sorti en 2009 dans une discrétion qui sied à la découverte d’un disque qui fait la part entre l’audition et l’écoute, The Jollity of My Boon Companion est à inscrire au plus vite au patrimoine des essences musicales rares à préserver.
    • THIS IMMORTAL COIL : « The Dark Age Of Love »
      Malgré la multitude des intervenants, les onze titres puisés dans l'importante discographie du groupe cohabitent paisiblement, chaque artiste étant à l'évidence fasciné par la profondeur du répertoire.
    • Tomoko SAUVAGE : « Ombrophilia »
      Pour beaucoup de musiciens, trouver son instrument constitue ainsi la partie la plus difficile du travail artistique. La rencontre avec l’instrument peut alors devenir une révélation, l’illumination qui détermine une vie.

  • Jazz - Post-jazz
    • EMPTY CAGE QUARTET AND SOLETTI / BESNARD : « Take Care of Floating »
      C’est un quartet américain (Kris Tiner, trompette, Jason Mears, saxophone alto, Ivan Johnson, contrebasse et Paul Kikuchi, batterie) qui carbure avec un duo français (Aurélien Besnard, clarinettiste, compositeur et Patrice Soletti, guitariste, improvisateur). La collaboration se conjugue en concerts, l’enregistrement d’une dizaine de compositions et l’animation d’un label fondé par Paul Kikuchi.
    • CIRCULASIONE TOTALE ORCHESTRA : « Bandwidth »
      C’est un disque « énorme » et, géologiquement, une merveille inépuisable présentant des textures, des vestiges, des galeries, des roches, des couches, des motifs d’époques et de cultures différentes en un seul agrégat fluide, comme un vent chaud et rond porteur de pollens d’espèces et d’âges diversifiés.
    • SUPERSILENT 9
      Pour son premier enregistrement depuis le départ du batteur en 2008, Supersilent surgit en avatar imprévisible, en trio d’orgues Hammond. Ce n’est pas un groupe amputé cherchant une formule pour continuer ce qui avait été commencé mais une immersion aux sources de ce que devrait être toute nouvelle musique : une nouvelle manière de raconter les relations entre l’homme et ses instruments dans son désir d’étendre ses connaissances des mondes invisibles.
    • Urs LEIMGRUBER, Jacques DEMIERRE, Barre PHILLIPS  : « Albeit »
      Ce n’est pas une musique facile, mais elle est fascinante et inépuisable, on y découvre toujours de nouvelles choses.

  • Musiques de film
    • Clint MANSELL : « Moon »
      (...) la bande originale de Moon joue un rôle primordial : les thèmes répétitifs font la part belle aux ambiances électro-acoustiques sombres où Clint Mansell puise une fois de plus dans différentes influences allant du rock (Welcome to Lunar Industries) au piano classique (Memories) via des passages électroniques (I'm Sam Bell, too...)
    • John BARRY : « Americans »
      Personnage emblématique de la composition cinématographique, John Barry est connu du grand public pour ses indispensables contributions à la saga James Bond ainsi que pour l’inoubliable générique de la série Amicalement Vôtre. Il serait néanmoins dommage de le réduire à cela puisque le Britannique œuvre depuis maintenant plus d’un demi siècle au bien-être de nos oreilles dans les salles obscures.

  • Films de fiction
    • Doris DÖRRIE : « Cherry Blossoms »
      Voilà déjà plus de trente ans que la réalisatrice allemande Doris Dörrie œuvre dans le petit monde du septième art, et si elle est rapidement devenue une cinéaste respectée et reconnue dans son pays natal, la Francophonie peine encore à s’ouvrir à son cinéma.
    • Neill BLOMKAMP : « District 9 »
      District 9 se distingue finalement par le fait qu’il prend sens de l’extérieur, en décalé. C’est en cela que, contrairement à certains films de science-fiction actuels qui ne posent pas tant de questions qu’ils n’y répondent eux-mêmes, par anticipation, District 9 est effectivement subversif.