The Murder of Fred Hampton / American 2
En 1969, Fred Hampton a vingt ans. Il vient de fonder avec Bobby Rush l’aile des Black Panthers de Chicago. Son charisme et son discours lui attireront l’affection des foules, noirs comme blancs. Son parti associe un langage radical, appelant à la révolution et au renversement du complexe militaro-industriel blanc, à des actions concrètes, compensant par des distributions de vivres, des services légaux et financiers, les inégalités sociales qui touchent les noirs de Chicago.
Great Black Music Sur "Blacknuss" Roland Kirk et les siens proposent leur vision à la fois très habitée, très respectueuse et au centre de gravité clairement déplacé (élagage vocal quasi intégral, enlumineuses de flûte, accélération subtile...) de Ain't No Sunshine, ce hit sorti par Bill Withers moins de six mois auparavant - en single et en ouverture de son premier album « Just as I am » . À l'époque, pour les chantres - à la fois musiciens, activistes, théoriciens et historiens de terrain - de la « Great Black Music », il y avait moins de différences entrer les musiques populaires nées dans les quartiers et les musiques appraemment plus avant-gardistes qui en découlaient que dans les oreilles de certains d'entre nous, parfois encore stylistiquement ségrégationnistes.
Underground Resistance
Collectif tentaculaire aux ramifications multiples (création et production musicale, label, distribution...), Underground Resistance (UR) fait figure d'électron libre dans le petit monde des musiques électroniques, et pour cause: depuis sa création en 1989, le projet pluridisciplinaire lancé par «Mad» Mike Banks et Jeff Mills préfère aux sirènes de la gloire et de l'argent facile les chemins de traverse, prônant une totale indépendance artistique et financière.
la lenteur
Lenteur lumineuse et décomposition
Il n’y a pas une forme unique de cinéma de la lenteur qui s’inscrirait dans une opposition primaire entre action et inaction. Si les manières de traiter l’action sont multiples, il en est de même de « l’inaction » (toujours trompeuse). Les films lents ne sont pas dépourvus d’action. Les déclarations du genre: «dans ce film, il ne se passe rien, ça manque d’action» sont des manières négatives et erronées de caractériser ce cinéma qui explore d’autres relations au temps.
DJ Screw, histoire imaginaire d'un ralenti mortel
C’est sans doute guidé par son horloge biologique profonde que Dj Screw décide de ralentir son audition et de mettre au diapason tous les affects qui vont avec. Probablement qu’il a, dans un premier temps, pratiqué le frein sur ses vinyles préférés pour mieux assimiler les paroles et les subtilités des rappeurs.
Un slow sans fin
À l’exact opposé du «tout à fond» qui comprime en peu de mots toute la rhétorique rock & roll, trois singularités méconnues – Red House Painters, Codeine et Labradford qui, dans un laps de temps déterminé (1992-1996) sont parties en sens contraire. Elles en sont revenues ou à peu près, mais nous, toujours pas !
Saule
Sous les doubles auspices du projet Gas de Wolfgang Voigt et de concerts marquants du « platiniste » britannique Philip Jeck, le Bruxellois Xavier Garcia Bardon commence dès 2001, au marché aux puces de la Place du Jeu de balle, le périple créatif qui se concrétisera par ce disque, beau et intemporel, pour le label Sub Rosa.
Earth
À l’origine, ce n'est même pas un jeu de mot sur le nom du groupe, mais la bonne quinzaine d'années d'histoire du groupe drone – doom (approximations francophones: bourdons et damnations) de Dylan Carlson peut s'aborder comme une métaphore - extrêmement accélérée et ramassée dans le temps - de l'histoire de notre planète.
Bohren & Der club of Gore
De loin, en passant vite - sans regarder les pochettes ou lire leurs titres de morceaux - la musique des Allemands de Bohren & Der Club of Gore se pare, par l'utilisation très présente du piano Rhodes, du vibraphone et du mellotron, des reflets de l'easy listening.
Mick Barr
Derrière son visage doux et posé de chercheur universitaire, Mick Barr est un guitar hero américain mûri à l'origine dans les cercles heavy metal. Sous différentes identités (Crom-Tech, Orthrelm, Ocrilim, Octis…) correspondant essentiellement à une série de duos avec différents batteurs vivants ou électroniques (boîtes à rythmes), sa dextérité assez impressionnante lui permet donc de dilater à l'échelle de compositions de metal mutant jouant souvent la carte de la longue durée ce qui dans le metal mainstream n'est qu'une passade égotiste, un moment démonstratif, un effet de signature de quelques dizaines de secondes.
Chanteuse et mélodies acoustiques
Helena Espvall & Masaki Batoh - Festival ! - Jospehine Foster
Ces dernières années, les femmes se sont imposées en masse, prouvant qu'elles ont, elles aussi, bien des choses à dire, ou plutôt à chanter. La preuve par trois avec Helena Espvall (associée ici au guitariste Masaki Batoh), les sœurs Powell du projet Festival et Josephine Foster.
Réalité et fiction
Brian De Palma : « Redacted »
Une pièce de plus au dossier de la prétention à la vérité dans le cinéma de fiction. Qu'est ce qui rend moins fictif ce film basé sur des vidéos de marines, que n'importe quel film de fiction affichant à son générique la simple mention « basé sur des faits réels »…?
Free cinema
Le cinéma a toujours eu un rapport délicat avec la réalité, son matériau et son inspiration. On s’échine aujourd’hui à justifier la fiction par la mention omniprésente «inspiré par des faits réels» et à calquer au plus près la «réalité» en croyant y trouver une caution de «vérité» qui est pourtant une notion toute différente.
En plus
Classique :
Gustav Malher (1860 - 1911), Symphonie n°10, Wiener Philarmoniker Dirigé par Harding
La musique nous attend, dès l’adagio, très calme, comme une eau claire qui sinue dans l’herbe, si limpide qu’on ne songe ni à sa profondeur ni aux teintes plus obscures qui, en son milieu, forment une masse plus dense, opaque, différente. Quelques minutes de douceur, quelques notes de légèreté, où l’on passe discrètement sur l’air mélancolique qui prend forme, qui gonfle pourtant à chaque mesure, incorpore les unes après les autres les notes ensoleillées.
Rolf Wallin, Act Act: un titre, un programme. En musique plus qu’en tout autre domaine, l’art et la théorie, qui s’attirent et se repoussent, fusionnent rarement. L’idée anéantit la musique; ou bien, la musique anéantit l’idée. Rolf Wallin, c’est l’évidence inverse: l’art transfigure la théorie.
Hip hop : People UnderThe Stairs : « Fun DMCW » Le duo People Under The Stairs doit peut-être son nom à l’une des farces horrifiques signées Wes Craven, leur hip-hop fleure bon l’insouciance rythmée du tic-tac alangui d’une vie à l’ombre des palmiers. Sous le soleil exactement ?
Musiques du Monde :
Tserendavaa & Tsogtgerel - Hanggai
Deux approches de la musique et du chant mongol. Deux visions et deux présentations fort différentes et pourtant assez complémentaires. Bien sûr, on pourrait partir de l’approche discographique elle-même, le premier disque, publié dans la série « musique du monde » du Buda Musique, l’autre dans la série « Introducing » du label World Music Network, qui édite également la série des « Rough Guides »
Abigail Washburn & The Sparrow Quartet
Quand la première musique blanche américaine rencontre la plus ancienne civilisation, quand deux traditions musicales (opéra chinois et old time) tellement aux antipodes, sans aucune racine commune, se retrouvent mélangées dans le cœur et l’esprit d’une jeune américaine.
Jazz : John Eckhardt
La qualité de l'écoute et une sensibilité aiguë à un large éventail de sons – aussi l'évocation, par la vibration des cordes de la contrebasse et la résonance du bois, des sons de la ville et de la nature sont très présentes sur cet excellent disque à la pochette ornée par l'image quasi programmatique d'un champignon à forme d'oreille.
Rock :
TV on the Radio Tout semble couler « naturellement » chez eux, les trouvailles formelles incongrues comme les gimmicks accrocheurs, et trouver naturellement sa place dans des chronos chansons standards. TV on the Radio est passé quelque fois à deux doigts du vrai tube (« Staring at the Sun ») et ses albums fourmillent de candidats acceptables pour des radios généralistes.
Picastro
Élégant mais pas fondamentalement novateur, le folk/blues alangui de Picastro convoque instantanément dans son giron une pléthore de figures musicales actuelles ou surgies d’un passé encore trop frais pour l’embaumement, et qui ont pour trait commun de regarder la mélancolie dans le blanc (ou noir?) des yeux par le prisme d’une féminité pâlotte en apparence.
Ignatz Ignatz est le projet solo du musicien et dessinateur Bram Devens. Ce double champ d’expression, sonore et graphique, ne se cristallise pas juste dans ses dessins pour ses propres pochettes de disques ou dans « Ruis », l’excellent mensuel musical gratuit édité par son label Kraak. L’étymologie même du nom qui lui sert de masque vient du monde du dessin : Ignatz Mouse est le nom de la souris apparue en 1910 dans les strips en bas de pages de la série « The Dingbat Family » du pionnier du neuvième art George Herriman.
Musique de films : Valse avec Bachir
Cette bande originale est le fruit d’une belle collaboration née d’un véritable coup de cœur artistique puisque l’album « The Blue Notebooks » avait accompagné Ari Folman lors de l’écriture du scénario de son film d’animation.
Cinéma : La graine et le mulet
Un extérieur inondé de soleil : Sète est une ville tellement radieuse que même ses quartiers les plus pauvres et son port où les hommes travaillent dur scintillent, à peine ébréchés par quelques écailles dans la peinture, quelques zones grises, poussiéreuses, où les couleurs, la chaleur, trouvent, comme à l’ombre, un apaisement de fraîcheur. Un semblable trompe-l’œil tend à donner à la vie des ouvriers, réellement difficile, des apparences de légèreté - ensoleillement de la peau et vivacité du langage.
La Sélec c'est aussi...
Musique classique
:
Itinéraire d’un vielliste au 16e siècle, Compagnie Outre Mesure
Ce CD nous transporte au cœur de la Renaissance festive. Ça joue, ça danse, ça chante - le livret fournit d’ailleurs de précieuses explications à ceux qui désirent approfondir les chorégraphies de l’époque.
Andrei Korobeinikov, Alexandre Scriabine (1871 - 1915), Sonates et poèmes.
Si la valeur d’un homme se mesure à l’aune de ses diplômes et que sa précocité n’entraîne pas un déclin hâtif, Andrei Korobeinikov, pour étonner encore un public habitué de sa part à l’excellence, devra bientôt inventer de nouvelles voies pour exprimer ses multiples talents : des études de droit commencées à douze ans, une formation au Conservatoire couronnée d’honneurs, des concours musicaux remportés sans peine, la publication d’ouvrages de droit, et, dans l’intimité, l’écriture de poèmes.
Littérature :
RAPHAËL ENTHOVEN présente Les Vendredis de la Philosophie Que ceux qui considèrent que la philosophie ne les concerne pas, que le monde auquel elle se réfère est un haut lieu inaccessible, fermé à clef par un langage ésotérique; une construction mentale; une réalité glacée, austère, rigide, où la pensée remplace la vie; une littérature sans histoire, une science sans merveille, un discours sans émotion...
Musiques du monde :
Give me love : Songs of the Brokenhearted - Baghdad, 1925 - 1929
Après sa série consacrée à la musique de la communauté immigrée noire de Londres (« London is the place for me »), après son association avec le label Basic Channel (« Basic Replay »), après ses excursions maliennes (« Mali Album » de Damon Albarn, partenaire du label) ou nigériane (« Lagos Shake » de Tony Allen), c’est ici encore une nouvelle exploration fascinante qui débute. Le label a en effet eu la chance de se voir ouvrir les portes du dépôt de Hayes dans le Middlesex.
Chanson :
Joseph D'Anvers
Avec « Les jours sauvages » Joseph D’Anvers croise au grand large de la pop internationale et aère sa copie perso chanson française d’une singulière brise bienfaisante. Le Nord n’est décidément plus là où on le plaçait…
Jean Fauque
Pour la première fois, il enregistre à visage découvert dans un album que pour lui, qu’avec lui ! Le besoin de se retrouver seul avec son talent, pour se reconstituer, au lieu de le disperser au gré d’autres stars ? Pour accentuer le côté, « je me retrouve seul face à moi-même », il se présente dans une version dépouillée, juste le piano et le chant.
Tricot Machine
Tricot machine s’engouffre bien dans les instants de traverse magiques et propose en outre des solutions contre le mauvais temps : « Si tu cherches la bougie d’allumage/Viens mettre ton petit doigt dans l’engrenage. » Efficace quand la flemme des jours de pluie tape sur les nerfs, distille surtout, goutte à goutte, le besoin de l’autre et de sa force pour sortir de la grisaille.
Rock :
Max Richter
Son nom ne vous dit peut-être rien, et pourtant, ce jeune musicien et compositeur d’origine allemande qui vit en Grande-Bretagne depuis l’enfance est en passe de devenir l’un des noms incontournables de la musique contemporaine. S’étant intéressé très tôt aux technologies modernes, il y a trouvé des outils de composition complémentaires à la démarche « classique ». Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si peu de temps après, il signe sur un label bien connu des amateurs d’expérimentations calmes et tranquilles : Fat Cat Records, foyer sonore d’Animal Collective, Sylvain Chauveau, Múm, Sigur Rós ou encore To Rococo Rot.
Une bière pour Leila
Un peu en retrait par rapport à ses variations «club» et avant-gardistes qui suivent leur petit bonhomme de chemin, l’électronique dite organique parce qu’admise autant sur les pistes que dans le salon fomente son retour.
Musique de film :
Sparrow
Les dix-sept instrumentaux du duo français pour cette comédie policière fleurent bon la musique de restaurant asiatique avec sa nonchalance un brin « lounge ». Les sonorités orientales faites de cordes et de flûtes s’emmêlent en une danse sensuelle, charmante et charmeuse, faisant du gringue à des genres musicaux d’autres contrées, comme la bossa-nova ou le jazz de piano-bar, le grand talent de Xavier Jamaux et de Fred Avril étant de faire cohabiter avec douceur et naturel différents styles musicaux.
Cinéma documentaire :
Calla Santa Fe
La Calle Santa Fe, de Carmen Castillo, est un document sur le souvenir, sur l’impossibilité du souvenir. En 1974, Carmen Castillo doit fuir le Chili. Son compagnon, Miguel Enriquez, chef de la résistance au régime dictatorial de Pinochet, vient de trouver la mort dans une descente de la Dina, la police secrète, la « gestapo de Pinochet ».
Cinéma :
No country for old men
Transposé au cinéma, un livre essentiellement visuel génère un film très écrit. De l’un à l’autre, dans une belle continuité, il s’agit moins de duplication que de complémentarité. Parfois, il est nécessaire de répéter certaines scènes avec des moyens différents pour les comprendre mieux, et c’est ainsi également que fonctionne l’inconscient qui, par de subtiles variations, finit par imposer des pensées bien précises.
Itinéraires
Ne noircissant jamais le trait, il nous offre un film râpeux, filmé à hauteur d’homme dont la pudeur et la retenue ne peuvent que renforcer la crédibilité. À la fois drame contemporain et thriller social, Itinéraires laisse planer les ombres de sa lumière crépusculaire bien au-delà du générique de fin.