Salvatore Sciarrino
Mise en garde : la musique de Sciarrino doit se découvrir par le corps. Sans expérience physique, les significations ultérieures n’auront pas lieu, elles s’évanouiront faute d’espace et de temps, d’histoires à ne pas raconter, de silence et de bruits.
Jimi Tenor - Carl Craig & Moritz Von Oswald
Que se passe-t-il quand la très sérieuse Deutsche Grammophon prie quelques-uns des producteurs electro les plus en vue de remixer des pistes enregistrées sous la houlette du respectable Herbert von Karajan ? Miracle ou sacrilège ?
Angel
Une déferlante de guitare électrique, lourdingue et grésillante, noyée dans une réverbération caverneuse; un drone de stoner rock tout ce qu’il y a de plus typique, jusqu’à ce qu’on prenne conscience des détails masqués par ce leurre: les traitements électroniques subtils oscillant à l’arrière-plan et le violoncelle d’Hildur Gudnadottir se frayant peu à peu un chemin à travers le brouillard.
Nouvelles pulsions textuelles : vertige de mots, musique de phrases
Anne-James Chaton & Andy Moor - Arnaud Cathrine & Florent Moor Venus de mondes souvent appelés, au mieux, à s'ignorer ou à se tolérer, au pire, à ne pas se comprendre ou à se mépriser (la poésie expérimentale, le rock et les musiques improvisées engagées d'un côté, pour « Le Journaliste » ; la littérature et la chanson française de l'autre côté, pour « Frère animal »), les disques de ces deux paires de compères proposent cependant, « sans l'air d'y toucher », comme en pointillés, deux encéphalographies, parfois proches et sûrement complémentaires, de l'état sociopolitique actuel de la France – donc, par extension et légères approximations, des autres sociétés capitalistes occidentales où nous (sur)vivons.
Charles Pennequin & Jean-François Pauvros
De la poésie éructée, écorchée, subtilement vicelarde, improvisée vive, jeux de mots abrupts sans filet au-dessus des pulsions et blessures directement ouvertes sur l'environnement nerveux, saturé d'affects destructeurs, jet verbal inspiré accompagné d'une méga-guitare électrique
Myra Davies
Après avoir collaboré pendant des années au sein du projet “miasma”, Myra Davies et Gudrun Gut se retrouvent ici à nouveau pour de nouvelles aventures, sous la forme d’un album de Myra Davies: “Cities & Girls”.
En plus
Musique classique :
L'Astrée, musique d'après le roman d'Honoré d'Urfé - Les amours d'Astrée et de Céladon
C’est une histoire qui en raconte des dizaines, un livre débordant de paroles, de chants, de danses et d’images, c’est un roman qui ne finit jamais, une œuvre d’abondance dont chaque partie peut à elle seule prétendre à la totalité. Inspirés par l’Astrée, voici un disque et un film, imprégnés de l’original, et cependant autonomes, variations parfois saugrenues, aujourd’hui, sur un monde à peine désuet.
Dimitri Chostakovitch - Bela Bartok
Surprenant à la première écoute, ce disque ne se laisse pas facilement apprivoiser. Deux compositeurs atypiques et deux pièces peu représentatives de leur œuvre, dans les mains fines et vigoureuses d’un jeune violoniste belge. Tant mieux si c’est bizarre: l’insolite réclame une écoute dynamique qui dévoile toujours un petit coin de paysage inattendu, un élément que l’on ne retrouvera peut-être plus, mais dont le souvenir rendra la prochaine écoute encore plus excitante.
Chansons francophones:
Batlik - Loïc Lantoine
"Deux enregistrements "live" où deux artisans précieux de la chanson se livrent au mieux de leur forme dans ce que la chanson peut avoir de plus salutaire. Pour Batlik, la guitare est en avant pour un folk song français bien claquant. L'écriture est directe, c'est une poésie sans détour, sans concessions, entre fantasmes et chocs du réel. L'amour y est fragile, le fric y sent mauvais, la chanson dénonce.
Du côté de Loïc Lantoine, la contrebasse invente un monde sonore puissant et chancelant, critique et en position critique. Le verbe est inventif, illuminé et gouailleur. Voix rude de Ch'tis (rien à voir avec l'autre rigolo) qui ausculte aussi bien la société de la peur (culte de l'insécurité), l'arrière comptoir avec vélo exposé made Paris-Roubaix que l'univers mental d'un fan de Johnny. Lyrisme et rock'n'roll du Nord. Bien frappé."
Liben
Le chanteur de Mud flow pour la première fois en solo et dans sa langue maternelle. Un disque qui exhibe ses influences pour dévoiler - un peu - son auteur. «Tout va disparaître», d’accord, mais pas tout de suite, et pas seul.
Musiques du monde :
Lenine
Entre MPB (musique populaire brésilienne) et rock, Lenine mélange les genres avec inventivité, passant de plages explosives et sous tension à des morceaux mélodiques et délicats.
Une personnalité contrastée, emplie d’une énergie incandescente, qui crée une musique très typée, très personnelle.
Yom
Avec cet album YOM a choisi de ne pas jouer la retenue ni la discrétion et affiche fièrement le côté pilote de course de son jeu, tout en conservant à sa clarinette un son un peu déchiré, un peu cassé, très émouvant.
Erwan Keravec
Le travail d’Erwan Keravec part d’un postulat étrange: virtuose de la cornemuse, il cherche à réaliser un disque où son instrument échapperait à toute évocation culturelle. Difficile pourtant de trouver instrument plus connoté.
Jazz / Post-Jazz :
Thomas Champagne
Ce jazz n’est pas un simple revival qui cherche à reproduire ce qui a été fait. Tout ce qu’il a appris sur le jazz, Thomas Champagne le rassemble pour alimenter sa quête d’un jazz vif.
eRikm & Akosh S
C’est un régime musical du hasard. Les deux musiciens organisent ce hasard à partir de leur autofiction sonore respective, l’un par collage de matériaux musicaux déjà enregistrés et illustrant sa biographie musicale imaginaire, l’autre par prolifération de figures du souffle se remémorant les contextes en confrontation avec lesquels il s’est construit une histoire de saxophoniste doté d’un style personnel.
Rap / Hip-Hop / Grime / Blues :
Puppetmastaz
Prenez une vingtaine de marionnettes à mi-chemin entre le Muppet Show et les Gremlins. Habillez-les en streetwear, donnez-leur des micros et faites-leur faire du hip hop. Vous obtiendrez Puppetmastaz, collectif de rap le plus inclassable et hilarant de l'histoire de la musique (rien que ça!).
Dalek - Food For Animals
Quand en 1987, Public Enemy balance un salvateur « Bring The Noise » (et repris en 91 en compagnie des métallos d’Anthrax) à la face du monde, la troupe emblématique de la première déferlante hip hop ne se doute pas qu’elle serait prise au mot, deux décennies plus tard par deux factions de trublions qui (re)mettent une couche de bruit dans leur rap.
Agnostic Mountain Gospel Choir
Les quatre membres de ce chœur agnostique décrivent leur musique comme «de la musique des montagnes et du vrai vieux blues; tellement vieux que tous les gens qui en jouaient sont morts depuis longtemps.
Arabian Prince - Bomb The Bass
Les dernières semaines de l'années 2008 nous ont apporté deux albums qui font particulièrement chaud au cœur, et ailleurs.
Animales et ouvertement sexuelles chez Arabian Prince, subtiles et sensuelles chez Bomb The Bass, les sonorités électroniques servent d'écrin aux ambiances moites de l'un comme de l'autre.
Pop /Rock :
Patton
Comme ces baraques de foire aux miroirs trompeurs auxquels on se cogne ou aux sols mouvants et mécanisés qui nous font chanceler, « Hellénique chevaleresque récital » propose un monde parallèle plein de surprises, de faux plis, de trappes, de portes dérobées, de trompe l'œil - et de trompe l'oreille.
Animal Collective
Au premier contact, rien n’échappe plus à la préhension immédiate que les ritournelles liquides et fuyantes d’Animal Collective. Structures flottantes, tournoyantes et/ou obliques, une pulsation rythmique qui fait la navette entre un tribalisme entêtant et une polyrythmie primitive.
Grampall Jookabox
De l’humour, on en trouve par pelletées dans « Ropechain », troisième travail de ce citoyen d’Indianapolis qualifié là-bas de « ghetto-folkster ».
Fiction :
Cuisiner la comédie (recettes)
D'un côté, le cinéma bordélique et bavard de Jacques Rozier (une parole qui se cherche autant qu'elle ne se trouve), de l'autre le burlesque millimétré et quasi-muet (mais ô combien sonore et musical) d'Abel et Gordon… Au-delà de leurs dissemblances, des manières proches d'injecter de la réalité dans leurs comédies tout en refusant les codes, usés jusqu'à la corde, du « réalisme » cinématographique et – surtout; au-dessus de tout – une manière quasi identique de capter la plus grande richesse du monde: la fragilité de l'instant.
L'esprit de la ruche
« C’est difficile d’avoir de la nostalgie après ce que nous avons traversé ces dernières années. Mais parfois je regarde autour de moi et je vois toutes ces absences, tant de choses détruites, tant de tristesse; parfois je me dis qu’avec toutes ces choses, nous avons aussi perdu notre capacité de sentir la vie. » Extrait d’une lettre lue dans le film.
Le Bannissement
« Il est vrai que dans la funeste besogne accomplie pour la destruction de notre amour, [nul ne joue] un rôle égal à deux personnes qui ont pour habitude, l’une par excès de bonté et l’autre de méchanceté, de tout défaire au moment où tout allait s’arranger. Mais ces deux personnes-là nous ne leur en voulons pas (…) car la dernière c’est la personne que nous aimons et la première, c’est nous-même. » Proust
L'Astrée, musique d'après le roman d'Honoré d'Urfé - Les amours d'Astrée et de Céladon
C’est une histoire qui en raconte des dizaines, un livre débordant de paroles, de chants, de danses et d’images, c’est un roman qui ne finit jamais, une œuvre d’abondance dont chaque partie peut à elle seule prétendre à la totalité. Inspirés par l’Astrée, voici un disque et un film, imprégnés de l’original, et cependant autonomes, variations parfois saugrenues, aujourd’hui, sur un monde à peine désuet.
Documentaires :
Let's get lost - Patti Smith, Dreal of life
Deux documentaires consacrés à deux fortes personnalités de la musique: Chet Baker et Patti Smith. Un homme, une femme que tout sépare, si ce n'est la passion, dévastatrice pour l'un, salutaire pour l'autre. Deux vies, deux visions…
A Bigger Splash
.Jack Hazan ne cherche pas à élucider le mystère, il cherche à cerner le mystère, à faire entrer dans le cadre de son cinéma les contextes et énergies qui, en se rencontrant, font que le peintre peint.
Elle s'appelle Sabine
Ce n’est pas n’importe qui, c’est Sabine. Pourtant, c’est le genre de personne qui n’est plus souvent considérée comme telle. Voilà un film qui entend remettre les pendules à l’heure.