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L'éditorial de la Sélec n°6

 

 

Rois, reines, icônes, sinon rien

Un « news culturel » français s’interrogeait récemment : « L’art est-il macho ? » à propos d’une exposition qui retrace l’histoire de l’art moderne uniquement avec des artistes féminines (Beaubourg). Non peut-être !? La question est posée comme si l’art était un domaine réservé où les règles sociales seraient différentes ! Car enfin, on sait que la parité homme femme n’est réalisée dans aucun domaine, loin de là.

La société est machiste, l’art aussi forcément, pourquoi cette activité ferait-elle exception ? L’art fournit à une société les valeurs dont elle a besoin pour maintenir sa cohésion. Une enquête américaine publiée en 2000 révèle que l’engagement de femmes dans les orchestres symphoniques classiques s’est développé à partir du moment où les candidats auditionnés étaient masqués par un paravent ! Et ce n’est pas le penchant des médias pour les musiciennes qui ont du visuel à faire valoir qui inversera les tendances. Par contre, les ramifications musicales patientes, personnelles et audacieuses d’une guitariste comme Mary Halvorson sont susceptibles de remettre quelques pendules à l’heure. Si La Sélec palpite pour un de ces CD récents, Prairie, en duo avec Jessica Pavone (altiste), c’est toute sa discographie qui pousse à reconnaître une créativité féminine bien particulière dans le jazz moderne. Et au-delà de la nouveauté, c’est en allant écouter tout son cheminement, toute sa discographie présente à La Médiathèque que l’on contribue au progrès de la parité dans les arts.

Cela dit, je me demande si cette question de l’égalité des sexes n’est pas purement dépassée. Depuis peu, être artiste mâle ou femelle ne semble pas valoir grand-chose. La quantité de titres dans les pages culturelles où miroitent les termes « roi » ou « reine » est impressionnante. « Roi de la pop », « Reines de la pop »… Mais le top, ce sont les icônes. Je suppose que, la crise aidant, nous étions en manque d’icônes et qu’il fallait nous en remettre un petit coup. Ça sera dur, mais La Sélec N°6 va tenter de s’aligner avec un numéro très vieux régime, complètement royal et iconique.

 

Pierre Hemptinne

 

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