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L'édito

 

Coup classique

La dernière grande enquête sur les pratiques culturelles des Français (recoupant celle effectuée par le CRISP pour la Belgique) est édifiante : la musique est omniprésente, on l’écoute partout, tout le temps et la diminution du public pour la musique classique s’accélère, s’agissant de l’achat de CD, du téléchargement ou de présence aux concerts. Les compétences culturelles pour désirer et prêter attention aux musiques classiques savantes s’effritent méchamment. S’ajoute à cela la baisse significative d’intérêt pour la lecture (hormis chez les femmes, via le roman).
A priori, pas lieu de trembler, le classique n’a pas véhiculé que des valeurs sympathiques de tolérance et d’ouverture. Mais, au vu de la situation, on peut craindre le pire du côté des stratégies pour enrayer la défréquentation : racoler avec une spectacularisation de certains aspects du répertoire ou renforcer le côté retraite d’Indiens élitistes. Le déroulé textuel de La Sélec ouvre d’autres pistes, évidemment, en soulignant le gain émotionnel, intellectuel, perceptuel de s’intéresser aux Leçons des Ténèbres de Couperin ou aux études pour Player piano de Nancarrow tout autant qu’à Fuck Buttons, Joëlle Léandre ou David Sylvian. C’est une autre voie. Parce qu’en perdant l’écoute du classique, l’oreille va s’atrophier, perdre des stimulants, des référents en profondeur et des horizons larges. Elle verra réduire ses compétences et son potentiel de plaisir face aux autres musiques. On perdrait un chaînon essentiel.


Pierre Hemptinne

 

 

Sélec 8