Magazines

Edito La Renaissance et le shoegaze

 


Interview : David Mennessier

 

On a longtemps considéré que la Renaissance, renouant en direct avec l’Antiquité comme âge d’or de l’art, était la période de création la plus pure. L’histoire de l’art a bien évolué, les points de vue se sont déplacés. La pureté de style, la perfection temporelle n’existent pas. Le Moyen-Âge n’a pas oublié les formes artistiques de l’Antiquité, il les a conduites jusqu’au phénomène de renaissance. Aujourd’hui, avec une succession de plus en plus rapide de nouvelles formes, l’hybridité s’accélère, la musique est faite de remous de « néo- » et de « revivals ». Il est difficile de séparer le vrai du faux, le façadisme de la combinaison profonde…

Dans ce numéro de La Sélec, nous présentons un magnifique cas d’espèce : le shoegaze (fin des années 80), le neoshoegaze (fin de l’actuelle décennie). Soit une musique inqualifiable et désignée, par défaut, selon l’attitude des musiciens : impassible, yeux au plancher, pieds sur les pédales de distorsion. Impassible pour contraster avec l’exagération de ce bazar magnétique : tout convergeant vers la construction guitaristique d’un mur sonore impénétrable, une muraille de brouillard à quoi se réduisait toute l’histoire du rock, de la musique amplifiée et, par contagion, de toute la culture musicale et de l’art d’écouter. « Si vous êtes passe-muraille, la renaissance est peut-être de l’autre côté ! »

De nouveaux groupes se déclarent, déjà, les enfants de ce mur sonique. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils s’engagent à le faire renaître tel quel. Les images sonores de ce mur ont survécu en eux et ont influencé leur rapport à la musique. Dans leur manière de faire, des éléments caractéristiques de cet instant phare resurgissent, associés à d’autres qui lui sont étrangers. C’est forcément hétérogène. Le mur est tombé, il est exhibé en petits morceaux fétiches, et la chanson revient.

Bien, pas bien ?
À l’esprit critique de faire son œuvre face à cette tentative qui perpétue le besoin artistique de Renaissance !

Pierre Hemptinne

 

 

 

 

selec9