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Warp - On n’a pas tous les jours 20 ans !

 

Label atypique devenu incontournable pour les aficionados de musiques électroniques exigeantes, Warp a soufflé ses vingtbougies avec élégance et deux doubles compilations.

 

 

 

 

ANTHOLOGIES GENERALES

WARP 20 (CHOSEN) - X 959E

Pochette X 959E.

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WARP 20 (RECREATED) - X 959B

Pochette X 959B.

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Fondé à Sheffield en 1989 par trois passionnés, Steve Beckett, Rob Mitchell et Robert Gordon, Warp s’est très vite fait une réputation de label de qualité. Et pourtant, les débuts étaient on ne peut plus artisanaux: parti du simple magasin de disques, Warp sortit d’abord un maxi de Forgemasters limité à 500 exemplaires et dont la distribution se fera dans une voiture prêtée. Le premier Nightmares On Wax (Dextrous) suivra de très près, s’écoulant à 30000 exemplaires sans aucune espèce de promotion, si ce n’est le bouche-à-oreille, la motivation évidente des trois associés et une identité visuelle déjà forte. L’année suivante, LFO offrira au label son premier grand succès commercial avec un morceau éponyme et 130000 copies vendues.

La petite maison de disque était dès lors en orbite autour d’une planète jusqu’alors inconnue : l’intelligent dance music.

 

Intelligence artificielle

Dès 1992, Warp lance Artificial Intelligence, une série d’albums mettant en valeur un autre genre de musiques électroniques. C’est là que se feront remarquer deux futurs piliers du label: Aphex Twin (qui s’appelle alors Polygon Window) et le duo Autechre dont les expérimentations sonores traduisent à merveille les ambitions du label.

Accueillant des artistes originaux, Warp ne s’est néanmoins jamais cloisonné dans les musiques dites expérimentales et a ouvert ses portes tant à l’electronica de Plaid et Boards of Canada qu’aux sonorités exigeantes de Squarepusher, mais aussi à l’acid-jazz de Red Snapper, au hip-hop d’Antipop Consortium et, plus récemment, à des groupes beaucoup plus rock tels que !!!, Maxïmo Park et les folkeux de Grizzly Bear.

Et plutôt que de se disperser en une multitude de subdivisions (et malgré quelques sous-labels aux sorties rares et confidentielles), Warp a choisi de faire cohabiter avec succès des groupes apparemment très éloignés les uns des autres. En témoignent les deux doubles compilations sorties pour célébrer comme il se doit les vingt ans de la petite maison devenue grande.

 

Le choix du Roi

Sous l’étiquette Warp20 se cache une sélection musicale hautement digne d’intérêt: si Warp20 (Chosen) revient sur vingt ans d’aventures musicales avec dix titres choisis par le public et dix titres choisis par Steve Beckett, cofondateur du label resté seul suite au départ en 1991 de Robert Gordon et au décès dix ans plus tard de Rob Mitchell, la compilation Warp20 (Recreated) est bien plus ambitieuse puisque les artistes de la maison furent invités à offrir des relectures personnelles des uns et des autres. Ainsi, les Canadiens de Born Ruffians fondent Milkman et To Cure A Weakling Child d’Aphex Twin en un morceau de rock quasi psychédélique, les Maxïmo Park réinventent le When de Vincent Gallo et Tim Exile y va d’une version agréablement sombre du A little bit more de Jamie Lidell tandis que ce dernier revoit Little Brother de Grizzly Bear et que Bibio s’approprie Kaini Industries de Boards Of Canada.

Un joyeux bordel aussi éclectique qu’agréable pour qui souhaite (re)découvrir Warp et ses différents artistes d’une façon originale… Originalité qui fait la réputation du label depuis ses débuts !

 

Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier

Warp n’étant plus à une audace près, le label a lancé en 2001 sa société de production cinématographique, Warp Films. Outre des clips, elle a produit plusieurs courts-métrages (dont le très perturbant Rubber Johnny de Chris Cuningham, artiste audiovisuel totalement indissociable du label depuis ses incroyables clips pour Aphex Twin) ainsi que des formats longs. Parmi ces derniers, les très réussis Dead Man’s Shoes (2004) et This Is England (2006) de l’Anglais Shane Meadows, deux films qui, si leurs succès restèrent confidentiels, furent néanmoins extrêmement bien accueillis par le public et la critique.

En outre, Warp a créé en 2004 sa propre plate-forme de téléchargement baptisée Bleep.com dont la particularité est qu’elle évite volontairement le DRM (digital rights management, c’est-à-dire toute technologie visant à limiter l’usage d’un fichier numérique dans le but, soi-disant, de protéger les droits d’auteurs). Partant du principe que leurs clients sont avant tout des mélomanes et non des criminels, Bleep.com propose ainsi les catalogues de différents labels triés sur le volet - Warp, bien entendu, mais aussi, et entre autres, Fabric, FatCat, G-Stone ou Kompakt, de même que les tout doux Acuarela et Fargo. Et pour ceux qui n’auraient pas encore succombé au tout-MP3, Bleep comprend également une boutique de vente par correspondance pour les objets physiques, de l’album au t-shirt en passant par le ticket de concert.

En une phrase comme en mille: en tout juste 20 ans, Warp a bâti un discret empire et continue, lentement mais sûrement, son petit bonhomme de chemin. Un chemin où se rencontrent des artistes de tous styles et de tous âges ou presque…

 

 

La preuve par deux

Parmi les jeunes recrues de Warp, citons Clark et Tim Exile. Si ce dernier s'est déjà fait une belle réputation au sein de différents labels, notamment chez Planet Mu, le premier évolue au sein de Warp depuis cinq albums et toute une tripotée de formats courts, prouvant que l'on peut être influencé par Bernard Parmegiani tout en faisant danser la jeunesse technoïde.

 

CLARK

TOTEMS FLARE - XC461F

Pochette XC461F.

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Pour clôturer sa trilogie entamée en 2006 avec Body Riddle et poursuivie deux ans plus tard avec Turning Dragon, Clark lorgne tant sur la minimale (Growls Garden) que sur l’electronic body music des années 80 (Rainbow Voodoo, Talis) et les sonorités vintage. Jalonné de breakbeats d’un bout à l’autre, Totems Flare est un album décomplexé, à la fois pointu et accessible. Assemblé avec méticulosité, il alterne harmonieusement chansons et instrumentaux, rugosités électroniques (Totem Crackerjack) et douceurs acoustiques (Absense).

1Singulièrement bigarré, Totems Flare n’en est pas moins étonnamment homogène et confirme le talent de Clark : celui de marier avec goût et une aisance déconcertante des rythmes et sonorités apparemment contraires.

 

 

 

 

Tim EXILE

LISTENING TREE - XE869W

Pochette XE869W.

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Tim Exile, quant à lui, prouve que l'on peut être titulaire d'un très sérieux master en composition électroacoustique et faire de la musique de danse. La sienne, telle qu'elle apparaît sur Listening Tree, s'éloigne néanmoins des schémas traditionnels et demande une écoute attentive pour en apprécier toutes les facettes.

Accueilli tièdement par la critique à sa sortie, son deuxième album déroutait sans doute de par son absence totale de parti pris : « trop » pour les uns, « pas assez » pour les autres, Listening Tree faisait figure d'OVNI avec sa pop complètement déstructurée, ses passages drum'n'bass frénétiques et ses textes intelligents, jugés trop exigeants par les amateurs de dance, et puérils par les aficionados de musiques électroniques pointues.

1Et pourtant, cet album est une perle rare: non seulement, Tim Exile y met en pratique ses connaissances académiques force de rythmiques et d'harmonies complexes, mais il ne crache pas non plus dans la soupe populaire à travers des titres qui, pour certains d'entre eux, n'ont rien à envier à Depeche Mode, tant d'un point de vue musical que lyrique. Avec ses envolées vocales à la Dave Gahan et ses textes troublants de justesse, l'Anglais se taille une place de choix aux côtés de ses compatriotes, découpant son album en tranches de vie allant de l'anti-chanson d'amour (Don't Think We're One) à la téléréalité dans ce qu'elle a de pire (Carouselle) en passant par les règlements de comptes en famille (Family Galaxy), les découverts bancaires (Pay Tomorrow) et les effets pervers de la cocaïne (Bad Dust). Entre deux chansons, le musicien y va d'instrumentaux dans la plus pure tradition Warp (There's Nothing Left Of Me But Her And This et le très Aphex-Twinesque When Every Day's A Number) et n'en oublie pas de gratifier l'auditeur de messages positifs que d'aucuns jugeront démagos, mais qui font toujours du bien au moral les jours de détresse (Fortress et Listening Tree faisant désormais partie, et je l'avoue sans honte, de mes chansons de chevet).

Quoi qu'en disent les mauvaises langues, une chose est certaine: Totems Flare et Listening Tree prouvent à eux seuls que le label Warp n'a rien perdu de sa verve et a encore de beaux jours devant lui !

 

Catherine Thieron

 

 

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