Service billetterie :
Dans les centres de prêt du Passage 44, Louvain-La-Neuve, Verviers, Charleroi, La Louvière, Mons et le Discobus 4.
( Uniquement pour les évènements se déroulant à Liège. Pour les autres spectacles : renseignez-vous auprès de Flagey)
La Médiathèque soutient le festival Voix de femmes dont le programme artistique est lié à un véritable enjeu de civilisation, avec une action déterminée et structurée, loin des engagements vaguement alter mondialistes de certains événements musicaux commerciaux habilement colorés.
Des voix à contre chant
Les femmes ont, historiquement, un rôle important dans l’économie culturelle des sociétés traditionnelles. Je planterai le décor de cette importance par ce missile d’Elfriede Jelinek : « Une correspondante du journal Le Monde qui connaît très bien les pays islamiques comme l’Algérie, et ceux où règne le fondamentalisme islamique, a rapporté que même là où les femmes sont les plu
s opprimées, même là où elles ne sont vraiment que de la merde, une catégorie inférieure à l’animal, puisque l’animal représente encore quelque chose alors que la femme n’est strictement rien, même là, les hommes ont peur des femmes à la maison, ils craignent pour leur nourriture, ils ont peur d’être empoisonnés. Il est vrai que les femmes ont mis en place à l’intérieur de leur territoire des formes de pouvoir très raffinées. Mais cela ne change rien au pouvoir qui règne à l’extérieur, et notamment à la façon d’évaluer leur travail artistique.» (« L’entretien », Seuil, 2007). Voilà évoqué sans tourner autour du pot de quels lieux sociaux, selon quels liens au culturel et aux hommes, les femmes donnent de la voix. C’est en même temps souligner que ces voix de femmes, quand elles sont issues de sociétés dites traditionnelles, dès qu’elles se présentent hors de leur territoire et affrontent d’autres publics, contribuent à ouvrir le débat sur l’égalité des sexes dans toutes les cultures et, par là même, sur toutes les problématiques d’un accès égal à la modernité. Toutes ces conditions (et bien d’autres) font que la prise en compte du chant des femmes, parce qu’elles sont souvent du côté de ce qui chante, est incontournable dans la mise en place d’une politique de la diversité culturelle.
Les voix des femmes des pays en voie de développement, des régions du monde en turbulence, par leurs témoignages, leurs savoirs et leurs esthétiques, constituent un champ de nouveautés (parce que pas encore assez considérées) et de nouvelles données susceptibles de contribuer à affaiblir les certitudes de la mondialisation. À condition de leur réserver une écoute de qualité et d’embrayer sur un dialogue constructif.
Un outil d’écoute
À l’occasion de Voix de femmes 2007, la Médiathèque ouvre une nouvelle rubrique sur son site Internet: nous y informerons régulièrement du rôle des femmes dans la diversité culturelle à l’échelle de toutes les musiques actuelles. De toutes les formes musicales qui se juxtaposent et s’entrecroisent pour rendre compte du réel féminin. Nous dresserons des portraits de personnalités fortes comme Joanne La Barbara, Diamanda Galas, en retraçant leurs parcours et l’originalité de leurs créations. Nous proposerons aussi des dossiers introduisant au rôle novateur de femmes au sein de courants musicaux bien identifiés comme le post-punk… C’est un sujet d’études et une ligne éditoriale que nous poursuivrons sur le long terme, c’est une préoccupation qui mérite du temps, de la persévérance.
Comme l’attention que nous portons au travail patient, profond de Sainkho Namtchylak, la chanteuse tuva (Sibérie).
Le fil rouge de Sainkho.
Elle incarne à merveille cette voix de la femme gardienne des traditions, des rituels du quotidien et de l’intime, traductrice des esprits tutélaires. Elle perpétue le lien aux origines, elle entretient le foyer des croyances. Une voie de mémoire, mémoire des histoires non officielles, mémoire presque matricielle de ce qui se passe dans les corps, au plus près de toutes les cellules impliquées dans la transmission, dans le fil rouge culturel d’un peuple, d’un groupe humain. Une voix qui entretient le fil narratif identitaire, sans rien d’autoritaire, fil narratif flottant, nomade. Mais ça ne constitue qu’une part de son répertoire. Pour le reste, immense, elle se projette dans la modernité. Que ce soit en allant à la rencontre du rock ou, plus encore, en épanouissant sa technique vocale dans un contexte de recherche et d’expérimentation, sur les scènes internationales de la musique improvisée, côtoyant toutes les pointures contemporaines. Comme sur ce CD récent où, en compagnie de Roy Carroll qui tisse des environnements sonores électroniques, elle explore une convergence entre les âmes ancestrales tuva et irlandaises. Je dirais qu’il faut être une femme de cette trempe pour associer naturellement attachement aux formes rituelles du passé et affranchissement complet de l’expression, passer sans conflit d’une expression traditionnelle à une autre radicalement contemporaine, risquée. En tombant si rarement dans les clichés. L’important est de constater que son engagement donne lieu à des traces nombreuses, des dizaines de CD, des centaines de concerts et que c’est en s’intéressant à la durée de cet engagement que cette voix de femme, pour le dire comme Maurice Godelier, contribue à « l’effort permanent pour éviter de retomber dans nos préjugés ». [retour]
« Tuva-Irish. Live Music Project », Sainkho Namtchylak (voice) et Roy Carroll (electronics) - UN0397
Pierre Hemptinne
" Le Discobus 3 n'a pu circuler ce dimanche 12/2 et est en réparation ce lundi 13/2 : pas de stationnement à Ath, Antoing, Leuze et probablement Mouscron . .