Le vendredi 12 juin 2009 à 20h, l’artiste néo-zélandais MICHAEL MORLEY sera présent au BOZAR à Bruxelles pour un concert de son projet musical GATE (guitare, voix, labtop) et une projection de son travail vidéo (e.a. The Black Album, tourné lors d’un concert des Stooges).
> détails sur le site Bozar
A cette occasion, la Médiathèque mettra en avant, sur son site et via une mise en évidence d’environ deux cent CD au Passage 44, la riche contribution néo-zélandaise à l’histoire du « rock » (de la pop au noise) underground de ses dernières décennies.
A écouter également en streaming.
Depuis presque trente ans, à l’écart des épicentres reconnus, médiatisés et mythologisés de réinvention du « rock » (New-York, Londres, Berlin, Manchester… ), sur deux îles grandes comme neuf fois la Belgique (mais deux fois moins peuplées:, quatre millions trois-cent mille habitants), malgré – ou justement grâce à – cet isolement , quelques dizaines de musiciens de Dunedin, Christchurch ou Auckland ont réussi, en deux vagues successives, à placer la Nouvelle-Zélande sur la carte musicale du monde.
A la toute fin des années septante, une bande de musiciens de Dunedin (ville de cent mille habitants d’origine majoritairement écossaise au sud de l’île du sud, très loin de la nordique capitale d’Auckland : l’éloignement néo-zélandais à la puissance deux !) inspirés e.a. par le Velvet Undergound greffent leur amour des mélodies sixties (celles des Beatles, de Love… ) sur le corps automutilé du punk (en version importée – avec deux ans de retard dans l’arrivée des disques – ou en version locale avec The Enemy, le premier groupe des futurs Tall Dwarfs, Chris Knox et Alec Bathgat). Surfant sur les vagues de « rêverb’ »émanant de leurs amplis à lampes, des groupes comme The Clean, The Bats, The Verlaines, The Chills ou les Sneaky Feelings – tous hébergés par le label Flying Nun créé en 1981 par le disquaire Roger Shepherd – combinent, un peu comme leurs lointains cousins britanniques Swell Maps (le groupe d’Epic Soundtracks, Nikki Sudden et Jowe Head), d’une part, un amour pour un certain artisanat pop et, d’autre part, une inclinaison initiale à ne pas surproduire la musique, à ne pas trop arrondir les angles ou à ne pas en gommer toutes les aspérités. Alors qu’en Europe, tant dans le mainstream que dans l’underground, les synthétiseurs et les boites à rythmes semblent avoir pris le pouvoir en ce début d’années quatre-vingt, sur une îles des antipodes la musique de guitares faisait mieux que subsister: elle se régénèrait.
En 1993, sur les cendres du label Expressway, Bruce Russell (e.a. complice de Michael Morley dans The Dead C… ) fonde le label Corpus Hermeticum. Une nouvelle période créative faste s’annonce même si on peut presque dire qu’elle brillera de reflets sombres, comme une sorte de négatif de l’ère colorée de Flying Nun quinze ans plus tôt. Un mouvement tellurique de grande ampleur a complètement chamboulé l’agencement des strates musicales. Si la mélodie et le chant ne sont pas totalement absents des disques des groupes Corpus Hermeticum, ils n’affleurent désormais plus. Les bribes qui en subsistent sont profondément enfouies sous des couches de sons beaucoup plus bruts appréhendés selon d’autres critères: leur matérialité (rendre le son palpable et physiquement sensible, zoomer sur son grain, en étendre la durée, flirter avec les monochromes… ). Estampillé « free noise » par le critique Nick Cain du fanzine « Opprobium » dans une sorte de texte-manifeste repris sur la pochette de la compilation – elle-même un peu « manifeste » - Le Jazz Non (Hermes 014, 1996) le mouvement se place, dans la descendance du « free jazz » de l’East Village des années soixante et de la « No wave » de la fin des années septante dans une conception de la musique déjà théorisée par John Cage dans « Experimental Music » en 1957 et où, plutôt que de comprendre la musique, de la cerner par des mots, il s’agit désormais de « Juste faire attention à l’activité des sons ». Comment une musique produite au bout du monde dans des petites villes de cent mille habitants – voire carrément à la campagne – a pu à ce point rentrer en résonnance avec des musiques parmi les plus clairement urbaines de la mégalopole new-yorkaise reste pour beaucoup une sorte d’énigme géo-culturelle…

Photo de
Seth Tissue
Philippe Delvosalle
juin 2009
Et de une...
Et de deux !