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Bashung est parti trop tôt

 

Bashung

 

Sa silhouette de plus en plus maigre ne présageait rien de bon. Et, bien que méritée, sa consécration aux Victoires de la musique avait un goût de « C’est maintenant ou jamais ». Atteint d’un cancer du poumon depuis plus d’un an, l’ami Bashung nous a quittés ce samedi 14 mars 2009, à 61 ans. On avait beau s’y attendre, la mauvaise nouvelle fait mal. Jusqu’au bout, le chanteur s’est donné à son art, privilégiant le contact avec le public, lui offrant des concerts copieux où ses grands classiques revisités trouvaient un souffle nouveau. Toujours prêt à changer de peau, à se réinventer, Bashung était un caméléon qui a su nous tenir en haleine, nous surprendre, tout au long d’une carrière impressionnante. Grâce à de nombreuses remises en question et à des collaborations laissant place à une grande liberté artistique, il a mûri comme le bon vin, touchant au sublime dans des albums comme « Fantaisie militaire » et surtout « L’imprudence ». Au fur et à mesure, il s’est forgé un chant personnel qui travaille plus sur les intonations parlées et les inflexions vocales que sur la mélodie, transcendant ainsi le talk-over de son idole Serge Gainsbourg. Ecrites avec l’écrivain Jean Fauque, les paroles de ces deux albums dégagent une poésie riche et complexe truffée de jeux de mots jamais gratuits. Avec du recul, on peut dire que ces disques sont des merveilles uniques en leur genre qui restent inégalées dans le paysage musical francophone et même mondial. Dans « Bleu pétrole », le dernier opus, on le voit revenir à un chant plus mélodique et à des chansons pop rock plus classiques. C’est sans doute l’urgence de son état de santé qui l’a poussé à retrouver le plaisir immédiat d’une « chanson chantée ». Mijoté avec Gaëtan Roussel (Louise Attaque) et Gérard Manset, l’album est encore une fois à la hauteur du personnage et détient son lot de perles (« Je t’ai manqué », « Comme un légo », …). Bashung est parti et personne ne pourra combler le manque que sa disparition créée instantanément, tant l’artiste est irremplaçable et son œuvre remarquable. Difficile de ne pas penser à toutes ces émotions fortes et inédites que le bonhomme nous aurait encore fait vivre. (GD)

 

  • Lire la chronique à cinq voix de son album « Bleu pétrole »