ALL TOMORROW'S PARTIES : THE NIGHTMARE BEFORE CHRISTMAS – 7 - 8 - 9 décembre
Un festival anglais qui a ceci de particulier, c’est qu’il n’est pas lié à une actualité commerciale. En réalité, les organisateurs donnent carte blanche à une personne ou un groupe, Portishead, en l’occurrence pour ce week-end. Et c’est donc le curateur qui organise une affiche selon ces propres préférences et amitiés musicales. Deuxième particularité des ATP, c’est qu’il a lieu dans un complexe de vacances avec petits bungalows... Les festivaliers payent donc un droit d’entrée au festival, qui leur ouvre les portes non seulement des 3 salles de concerts mais aussi d’un logement confortable, d’un accès à la piscine à bulles, du karting… pour autant qu’entre deux concerts le public émette l’envie d’aller piquer une tête ou de se donner un petit coup d’adrénaline au volant d’un bolide. Comme les choses sont bien faites, dans les chalets, la programmation du circuit interne de télévision est également faite par le curateur ou par les ATP. Lorsqu’on revient des concerts à trois heures du mat’, on peut regarder « Old Joy » avec Will Oldham, ou un reportage sur le label « Sympathy for the Record Industry » avec l’apéro. Sympa, non ? Le décor est planté, place aux concerts.
En parlant de décor, il faut aussi parler des salles de concert: imaginez l’Hotel Overlook (Shining) à Las Vegas… pour peu, on chercherait le barman fou derrière le comptoir !
Lunapark et bowling adjoints à la scène principale, moquette psyché mauve et orange dans les salles de concerts !
Dès le début, on se rend compte qu’il n’y a pas que le décor qui est particulier, l’ambiance l’est aussi. L’impression générale est que les groupes invités jouent devant un parterre d’amis, une ambiance très conviviale qui va d’ailleurs opérer durant les trois jours. On retrouve régulièrement des musiciens appartenant à un collectif en accompagner d’autres.
Le premier jour, de façon générale la sono est malheureusement assez défaillante, mais n’entache pas la prestation de Thurston Moore, qui est accompagné des musiciens de son nouvel album. Un concert très appréciable et détendu en comparaison aux derniers de Sonic Youth. Glenn Branca présente un composition « spéciale » pour guitares qui réuni entre autres John Parish, Adrian Utley (Portishead), Thurston Moore… une boucle allant crescendo très peu intéressante et pleine d’auto-satisfaction pour son compositeur au vu de la brochette incroyable de musiciens qu’il a à sa disposition. Bref, passons. The Horrors, une pâle copie des Cramps qui amputés du son paraissent bien ridicules. Fuzz Against Junk, un collectif inconnu pour ma part, qui tourne dans le psyché funk assez sympathique. Et pour terminer la soirée, Françoiz Breut dont les compositions fines et délicates sont malheureusement très handicapées par un ingénieur du son incompétent et inexpérimenté. Ceci pour terminer le vendredi.
Dès notre arrivée dans la grande salle le samedi après-midi, on a noté une nette amélioration du son. Bravo.
Au menu de ce deuxième jour, Oneida et leur psyché – noise – kraut fait bon effet dans nos oreilles fraîchement réveillées. Quelques notes de Malcolm Middleton, sympathique mais très peu convaincant. GZA est accompagné pour interpréter son album « Legend of the Liquid Sword », un son de basse qui pète bien, et des individus qui parcourent la scène de part en part… nous fera bien vibrer une heure durant. En switchant vers une autre scène, nous sommes tombés sur Julian Cope et sa troupe. Nous sommes restés scotchés devant ce personnage incroyable. Torse nu, ray-ban, casquette nazie entouré de deux roadies tapant comme des sourds sur des grosses caisses de fanfares, d’un catcheur pour protéger sa virilité sans doute, d’un claviériste nommé « Fuck America » ou un truc dans le genre mais d’aussi bon goût, d’un guitariste « super guitar hero » et du clavieriste de Sunn O))) qui a l’air d’un perdu ! Julian Cope nous a salué en nous prédisant que tels les vikings et Attila le Hun il allait envahir le monde, assassiner les hommes et engrosser les femmes. Apparemment il se prend pour la bête de l’apocalypse, ou alors serait-il tombé dans les substances psychotropes quand il était petit ?
Ensuite c’est le retour de la grande farce « Glenn Branca ». Ce coup-ci il joue 5 minutes de sa « bi-guitare » et puis sa majesté se tire et laisse sa guitariste et son batteur en plan pour continuer le concert. Quelle prétention !
Portishead tout comme Aphex Twin d’ailleurs, est présent sur l’affiche deux jours d’affilée. Et il fallait choisir sa date de préférence à l’inscription, pour éviter tout débordement.
Ce concert a été fan-tas-ti-que. Ils se sont adjoint 2 musiciens pour le live. Ils ont joué de l’ancien répertoire bien sûr, mais aussi des extraits de leur nouvel album… qui promet. Très noir et tripant. Beth Gibbons chante ses textes dramatiques en souriant ! Jouer dans leur région après dix ans de silence doit leur filer le grand frisson. Ce frisson, il l’ont communiqué au public qui reste un peu sonné par ce concert. Même les non-amateurs du groupe sont sous le charme. Lumières, son, show… tout était bon.
Je passerai sur OM et The Heads, qui m’ont complètement laissée de glace pour terminer avec Aphex Twin. Comme je le disais plus haut, les Anglais ont bien fait les choses, et le taux de remplissage des salles est également contrôlé. De cette façon, aucune bousculade, pas de foule surexitée, par de concert surbooké. Richard D. James fait un dj set de deux heures en partant de l’acid, pour flâner dans la jungle et terminer gabber. J’avoue, je fantasmais un peu sur Aphex Twin, et j’ai été passablement déçue. C’était pas mal… mais… manquait peut-être d’audace ?
Quatre heure du matin: retour au bungalow, papote, café, une petite cigarette et au lit !
Dimanche – dernier jour.
Après avoir mangé d’excellentes pâtes aux champignons préparées par notre cuisinier attitré en regardant « Cry Baby » de John Waters à la télé.
Nous voilà fin prêts pour la journée la plus « noisy » de notre séjour.
Ca commence en douceur avec The Blessing, groupe parallèleformé par le bassiste et le batteur de Portishead. Musique considérée comme nu-jazz, les moments free sont pas mal intéressants. Adrian Utley dans le fond de la scène fait des petits zion-zion avec sa guitare !
Sympa pour débuter. Nous avons fait aussi un petit tour dans le local merchandising, où a lieu une partie de Bingo ! hé oui, les Anglais ! Il y règne une ambiance très sympathique, la bande à Boris et Sunn O))) occupe tout un coin, ils ont l’air de bien s’amuser à vendre leurs t-shirts, bien moins coincés que sur scène! Une bande de métalleux dans un autre coin, nous offre des badges, des cd’s, et des auto-collants sous promesse d’aller les voir ce soir à minuit, ce que nous ne manquerons pas de faire.
Ah, oui, j’ai oublié de signaler que bien sûr parmi le public, il y a tous les musiciens qui circulent, cool, à l’aise les mains dans les poches. Faisant même un petit bowling en passant.
Revenons au concerts : Damo Suzuki, le chanteur du légendaire groupe allemand Can, a chanté ou plutôt récité un texte en boucle durant une heure, soutenu par Fuzz Against Junk et... toujours Adrian Utley dans un coin. Un soutien musical impro psyché-noise, vraiment très bien. Une bonne surprise.
Madlib est très décevant. Il envoie son dj en éclaireur pendant 30 minutes avec des samples de James Brown, il finira par monter sur scène pour l’arpenter en slamant péniblement.
Avec tout ça, j’ai raté les murs sonores de Earth et de Boris ! Tant pis !
Sunn O))) , leur mur d’amplis et leur fumée ont excité les alarmes incendies qui se sont mises à nous raconter des histoires comme « Warning, this is an emergency...» qui nous laissent tous de glace. Après un certains laps de temps, voilà les moines bruitistes, accompagnés de Oren Ambarchi aux claviers et du chanteur de Mayhem – Attila Csihar. Derrière leurs drones ces gens ne rigolent pas Avec quel sérieux ils produisent cette musique ultra noire, diabolique. Bon, je suis peut-être la seule à trouver ça drôle, je l’admets.
Atavist dans le petit club sera bien plus passionnant, dynamique, pas prise de tête pour un sous.
Nous terminons la soirée en beauté avec Blood Island Raiders et son chanteur sexy !
Métal genre Danzig ! Ce sont eux qui le disent. Le guitariste a un mouvement de tête, je ne vous dis que ça! Avec ses longs cheveux blonds… « L’Oréal parce que je le vaux bien ! »
Sans blague, pour moi, c’est du métal récréatif. J’aime bien leur cd, j’avoue.
On le leur avait promis… nous étions présents.
Et voilà, c’est fini. Un dernier dodo et retour en Belgique via un pub sympathique, un arrêt à Stonehenge en hommage à « Spinal Tap » et un reportage photo sur les façades de Noël en Angleterre.
Brigitte Molenkamp
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