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Ferghana Qasimova

La première soirée du festival Voix de Femmes à Liège est consacrée à cette chanteuse d’Azerbaïdjan du genre mugam (aussi appelé mugham), art vocal ancestral en langue azéri. L’azerbaïdjanais est une langue naturellement musicale car les voyelles d’un même mot doivent respecter une harmonie dite vocalique. L'azéri fait partie du groupe des langues turques, de la famille des langues altaïques. Il est principalement parlé dans le Caucase, pas seulement en Azerbaïdjan (situé sur la côte ouest de la mer Caspienne) et en Iran, mais aussi en Russie, en Turquie et en Géorgie.

Nous avons la chance d’assister à la répétition des musiciens une heure avant le concert, alors que nous cherchions un peu de détente dans la pénombre de cette salle. C’est le père de la chanteuse, Alim Qasimov qui vient par son chant stimuler les deux musiciens qui accompagneront sa fille tout à l’heure. Nous découvrons un homme à la voix irrésistible, qui ne peut se passer de chanter semble-t-il. Il a un tempérament entier, très chaleureux, une voix puissante qui exprime clairement les sentiments. Il nous convainc de rester pour le concert du soir.

Lorsque Ferghana Qasimova entonne ses premières paroles au centre de ses deux musiciens, un joueur de târ à sa droite et un joueur de kamancha à sa gauche, un sentiment de gravité emplit la salle, ce qui tranche assez avec la chaleur que dégageait son père. C’est la grande rigueur, la complexité, l’évidente codification d’une musique savante que je découvre d’un coup. La voix de la chanteuse s’élance dans une sorte de litanie puissante, une poésie classique qu’elle intériorise. J’y perçois plus de spiritualité que d’émotion, ou bien une émotion si profonde qu’elle est plus le langage de l’âme que celui de la personne, comme si elle interprétait une abstraction sentimentale éternelle. Pourtant, me diront mes voisins comprenant sa langue, son chant évoque bien le sentiment amoureux, la perte, l’attente, la quête de cet amour. Une musique classique paraît souvent un peu impénétrable au premier abord, elle demande que l’on se familiarise avec ses codes. L’improvisation vocale fait aussi partie du mugam, permettant à la chanteuse de dilater et prolonger les syllabes et les mots en cascades.

Les deux instruments à cordes qui accompagnent et relancent le chant, le târ et le kamancha, sont essentiels à la bonne harmonie et à l’expressivité du trio. Le târ azéri est un instrument en bois de mûrier évidé, de la famille des luths en forme de double cœur; sur son long manche effilé courent les cordes métalliques pincées par le joueur. Le son est familier et allègre, la finesse de l’instrument exigeant beaucoup de dextérité. Le kamancha, dont la petite caisse de résonance ronde est en bois de noyer, est un instrument dont le son rappelle celui du violon. Le joueur assis le tient verticalement « piqué » sur son genou. Un archet passe sur les quatre cordes métalliques tendues sur le manche sans frette. En ressort un son brillant, induisant une sonorité fluide, vive et lancinante. Au début du concert, les deux musiciens semblaient un peu assoupis ou en désaccord, ne répondant pas suffisamment à l’appel de Ferghana Qasimova. Le public ne s’y trompant pas, mollissant ses applaudissements, la concentration est bien vite revenue à la faveur d’une prestation rigoureuse dans sa virtuosité. Un genre à approfondir donc pour réellement s’en délecter.

Sélection discographique :

Alim Qasimov [avec sa fille] : « Love’s Deep Ocean » - 2000 - MV2495
Alim & Fargana Qasimov : « Music of Central Asia vol.6 : Spiritual Music of Azerbaïdjan » - 2005-2007 – MV2496
Alim Qasimov : « Mugam d’Azerbaïdjan 1 et 2 » - 1989-1990 - MV2490 et MV2491
Jabbar Karyagdy : « Azerbaïdjan : Land of Flames » - 1992 - MV2440

PCO

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