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LES NUITS BOTANIQUES 2007

 

Les Nuits du Botanique 2007

 

12.05 - ORANGERIE et ROTONDE

 

08.05  - CIRQUE ROYAL


06.05  - CIRQUE ROYAL

 

05.05  - ORANGERIE

 

04.05  - CIRQUE ROYAL

 

30.04  - CIRQUE ROYAL

 

12.05 - ORANGERIE et ROTONDE

« Lignes » création, Ensemble Musiques Nouvelles, Jean-Paul Dessy, Bruno Letort, Murakami Ryu (textes), Denis Deprez (BD & vj)

 

Jean-Paul Dessy

Jean-Paul Dessy20h15, cette dernière soirée des Nuits Botanique 2007 s’annonce une fois encore sous le signe de la diversité. Il me faudra donc slalomer en fonction de mes affinités et sacrifier ce qui m’en semble le plus éloigné. Je choisis donc de débuter ma soirée par une page contemporaine, celle du projet Lignes proposé à l’Ensemble Musiques Nouvelles de Jean-Paul Dessy, toujours aussi friand de mixité pluridisciplinaire. [retour]

 

Murakami Ryû
Ryu Murakami

Véritable objet musical et visuel, Lignes prend source dans l’univers du romancier Ryu Murakami sur lequel se greffent les planches d’aquarelles de Denis Deprez, l’un des talents incontournables de la nouvelle génération en BD (Moby Dick), le tout emballé musicalement par Bruno Letort, orchestrateur pour l’Ensemble Musiques Nouvelles du fil conducteur mélodique de ce projet emprunté à Klaus Blasquiz, Goran Vejvoda, Christian Zanesi, Hector Zazou, Régis Boulard et Dominique Grimaldi. C’est les sens avertis et aiguisés que j’aborde un univers d’avant-garde audiovisuel dans lequel musiques et images (animation et dessins) fusionnent selon une esthétique créative qui fait feu de tout bois, utilisant une kyrielle de matériaux visuels et sonores, projetés en live par le vidéaste japonais Yuki Kawamura sur l’écran. Jean-Paul Dessy dirige le tissu musical qui s’imbrique avec souplesse et inspiration dans la toile visuelle et fusionne dans un écrin contemporanéiste les différentes formes artistiques en présence. Passionnant voyage initiatique dans un univers ou tout se tient (musique, littérature, BD et création d’images), Lignes harmonise, conceptualise et chorégraphie une forme artistique très en phase avec les technologies artistiques d’aujourd’hui dans laquelle opposition et complétude réconcilient l’urgence d’une création immédiate qui fait ici office de recréation. Classique, Trip-Hop, Funk et sons décuplés du sampling restituent une musique plurielle, synonyme d’expériences, de voyages et de rêves dont l’imagerie suggère la subtilité sans jamais l’imposer. Captivant, novateur et aussi inspiré qu’inspirant dans le souffle qu’il libère, Lignes est un divertissement musicographique qui n’est pas sans rappeler l’ère des films muets, jadis accompagnés musicalement au piano et parfois, mais très rarement, par un ensemble instrumental. L’ère moderne nous a apporté l’électronique du sampling et autres boîtes musicales qui ne sont jamais que les vecteurs d’une création toujours bien vivace, quelque soit l’époque dans laquelle elle s’inscrit ! La diversité de programmation des Nuits Botanique passe bien évidemment par là aussi et comme Jean-Paul Dessy est un habitué du festival, le lien semble tout naturel. [retour]

 

Cyrz

CyrzQuittant l’univers contemporain, je poursuis ma soirée musicale et me dirige vers la salle de l’orangerie où Cyrz a déjà débuté son concert. On le dit proche du folk hérité de Leonard Cohen et de Neil Young. De fait, il livre une chanson simple, minimaliste et agréable à écouter. Derrière sa guitare et son harmonica, il chante les histoires de la vie comme des ballades intimes, rythmées par le temps, l’inspiration du moment et la communication immédiate qu’il tente d’instaurer avec son public sans y parvenir ici pleinement. Son album Un morceau de mon avenirmontrait des résonances acoustiques et country plus percutantes, moins réservées et plus intrigantes. Décalées et parfois un rien trop bricolées, ses chansons restent à la surface d’intentions qui ne semblent hélas pas prendre grands échos ce soir. [retour]

 

Michaël Furnon

Mick est tout seulVient finalement l’homme tout seul, Mickaël Furnon, leader de Mickey 3D qui présente ses Chansons perdues, écrites entre deux albums et qu’il désirait ne pas perdre à tout jamais. Mick est tout seul n’est finalement pas très loin de la verve du groupe Mickey 3D. Sûr, il est seul mais ’esprit est toujours caustique, narquois, sympa et décontracté. Encore un qui est triste depuis que la France a changé de visage, dimanche dernier… Il n’aura pas fallu trois chansons pour évoquer cet état de fait avec la lucidité d’une consternation éprouvée mais non résignée! Ses rêves ne sont plus les mêmes, comme il l’évoque dans sa chanson Où sont passés les rêves ? dans laquelle il substitue Sarko au mot « vie » et chante en refrain : « c’est Sarko qui les vole et qui nous les enlève »… A nous donc de les recomposer… Mick est tout seul n’a pas sa langue dans sa poche et clame haut et court ce qu’il pense, avec humour et dérision, franchise et amusement. Le public s’amuse, s’emballe et répond à sa sincérité de manière bon enfant, décontracté et conquis par la simplicité d’un homme seul et de sa guitare au service d’une pensée et d’une musique simple mais efficace. On l’a dit, Mickey 3D n’est pas loin mais l’explosive énergie ici s’apaise. Il est bien dommage que la salle de l’Orangerie n’ait pas été comble pour ce concert qui terminait la partie francophone des Nuits Botanique 2007 ! [retour]

 

N’ayant pas le don d’ubiquité, je n’aurai pas vu The Young Gods ce soir mais j’aurai quand même entendu leur puissance musicale à travers le Chapiteau en sortant du Botanique… Ce ne sont d’ailleurs pas les seuls que j’ai dû laisser tomber… mais la diversité de programmation des Nuits Botanique se règle précisément sur une offre très vaste dans laquelle il faut faire son marché de fraîcheur artistique et intellectuelle. La météo était du bon côté, la musique aussi et finalement, à voir le taux de remplissage des différentes salles, il semble que le public y a trouvé son compte. Pour ce qui me concerne, je n’ai pas à me plaindre car si j’en avais vu plus, j’aurais été encore plus vanné et je n’en aurais, au bout du compte, pas profité autant ! A l’année prochaine donc pour de nouvelles aventures mais n’oubliez quand même pas que le Botanique, c’est de la musique et des expos toute l’année ! [retour]

Eurovision 2007

Sortant du Botanique, je me souviens d’un coup d’un seul que c’est aussi ce soir que la Belgique ne sera pas à la finale de l’Eurovision. Pas de bol non ?
Qu’importe, je vais quand même au night-shop me prendre des chips et une bouteille de vin pour terminer ma soirée devant le petit écran avec des potes. Encore une tranche de rigolade en perspective d’autant que je sais déjà qu’à cette heure tardive j’ai manqué la plupart des prétendants au titre mais comme les choses sont quand même bien faites, je sais aussi que le vainqueur rechantera le nouveau hit de l’année dès qu’on lui aura dit qu’il a gagné le grand prix Eurovision 2007 ! [retour]

 

CMIREBZut, je suis à peine dehors et il se met à pleuvoir… Serait-ce un signe avant coureur d’une fin de soirée qui se barre en quenouille ? Passant en tram devant le Conservatoire Royal, je me souviens du coup que c’est aussi en fin de soirée que les noms des 24 demi-finalistes du Concours Musical International Reine Elisabeth de Belgique seront proclamés ! Dieu qu’il s’en passe des choses aujourd’hui 12 mai 2007 à Bruxelles. Et vous savez quoi, il y aura 5 Belges en demi-finale du CMIREB ! Concours Musical International Reine Elisabeth de Belgique : 5 points, Eurovision 2007 : 0 points ! Bon allez, je ne vais pas vous faire languir plus longtemps : la Serbie a remporté la palme de l’Eurovision 2007 grâce à la chanson Molitva (Prière) de Marija Serifovic !

Diversité et mixité, encore et toujours…

Noël Godts, le 13 mai 2007
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08.05  - CIRQUE ROYAL

Grand Corps Malade, création avec ensemble musical

Grand Corps Malade8 mai 2007, 20h10 : le parterre du Cirque Royal est plein, les gens debout attendent le nouvel ambassadeur de la poésie urbaine qui nous fait les honneurs d’une première visite à Bruxelles, le slameur Grand Corps Malade. Mais qu’est-ce au fait que le Slam ? Grand Corps Malade, alias Fabien Marsaud nous dit sur son site Internet que « le slam est peut-être un art, le slam est peut-être un mouvement, le slam est sûrement un Moment… Un moment d’écoute, un moment de tolérance, un moment de rencontres, un moment de partage ». Il est bien question d’un partage mais selon des règles bien précises : les textes doivent être dits a cappella sans dépasser trois minutes ! Bon 3 minutes, c’est le code mais dans la réalité, Grand Corps Malade déborde quand même un peu… Qu’importe, si la poésie coule à flots puisque l’ivresse qui en découle est jubilatoire ! Diable je m’y mets aussi sans le savoir !

Midi 20, le jour se lève, je connaissais pas Paris le matin, Saint-Denis, vu de ma fenêtre, je dors sur mes 2 oreilles, parole du bout du monde, j’ai oublié, ma tête, mon cœur, chercheur de phases, ça peut Chémar…*


* composition personnelle sur les titres de l’album Midi 20

Grande première ce soir car Grand Corps Malade, en tournée en France avec son album « Midi 20 », donnait une variante à son album avec un ensemble instrumental (quatuor à cordes, piano, guitare & percussions) qui renforce musicalement l’impertinence et l’humour décalé de ses textes. Tolérance, virtuosité verbale, alchimie de mots bien emballés, Grand Corps Malade soulève des émotions complexes par la narration de petites histoires bien vécues mais trop souvent mal perçues, libérées de toute connotation, pour le simple bonheur de la joute verbale instantanée. Maniant la langue dans un flux constant et improvisé mais diablement bien inspiré, Grand Corps Malade déploie des phrases qui semblent interminables et qui pourtant ont le mérite de ne jamais ouvrir la porte au jugement ou à la récupération, au renoncement ou à la hargne. L’esprit détermine la force et la cohérence du propos alors que l’humour rééquilibre les éventuels dérapages. Il n’était pas venu parler politique et pourtant la France le tracasse. Sa cause est multiple mais son intégrité est une dans la générosité de son élan. Intarissable, Grand Corps Malade et ses complices musiciens offrent un art libératoire et catalyseur, simple mais efficace, redoutable mais rédempteur.

Le Cirque Royal aura vibré par deux fois à l’appel de la diversité et de la tolérance de grands tchatteurs-slameurs-rappeurs lors de ces Nuits Botaniques 2007 avec l’engagement d’Abd Al Malik et « l’attentat verbal », lucide et sincère de Grand Corps Malade. « Moi je me couche avec le sourire et je dors sur mes deux oreilles* ».

*extrait de « Je dors sur mes 2 oreilles » - Grand Corps Malade - Midi 20

Noël Godts, le 9 mai 2007
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06.05  - CIRQUE ROYAL

William Street William Street

6 mai 2007, 20h00 : le Cirque Royal est bondé ! L’un des concerts les plus attendus va enfin commencer. William Street d’abord, francophone qui chante essentiellement en anglais. Une contrebasse, une guitare, un sampler et  quelques pédales d’effets pour enregistrer des séquences sur lesquelles il vient greffer des mélodies country teintées de blues folk intimiste. Troisième lauréat du concours Circuit 2006, ce Français d’origine alsacienne, résidant aujourd’hui à Bruxelles, ne manque pas de franchise, de sympathie ni de sincérité. Invité par Saule en première partie, William Street confie sur scène qu’il a fait une surprise à sa maman en lui achetant deux places pour le concert de son pote Saule sans savoir à l’époque qu’il ferait la première partie dudit concert… Joyeuse fête des mères anticipée ! Quoiqu’il en soit, William Street livre une série de ballades pop, à décorner les bœufs quand il s’amuse à bidouiller l’électronique qui traîne à ses pieds. Pensez donc, un seul homme pour tant de références musicales ! Simon et Garfunkel ne sont pas bien loin… Fraîcheur, décontraction, communication immédiate, William Street invite à la simplicité et à la découverte en proposant un voyage musical aux rythmes de l’Amérique profonde, sincère et franchement prometteur. N’hésitez pas à écouter les démos qu’il propose sur son site car après tout, Saule a démarré de la même manière… [retour]

http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendid=62386083

 

Renan Luce Renan Luce

Vient ensuite Renan Luce, chanteur breton déjà présenté à l’Orangerie par le Botanique en décembre 2006. Cette fois, c’est au Cirque Royal que ça se passe, devant une salle qui connaît désormais ses textes quasiment par cœur ! Accompagné par une contrebasse, il dépeint les histoires de la vie avec l’œil acerbe et le regard vif ! Son album « Repenti » contient quelques beaux tubes qu’il joue avec un bonheur, une décontraction et un amusement déjà bien rodés à la scène. Qui ne connaît déjà ses « Voisines », son fabuleux « Lacrymal Circus », son « Monsieur Marcel » ou sa fameuse « Minute de 24h01 » ? Proche d’un Brassens boosté à la verve d’un certain Renaud, Renan Luce se livre avec détermination, subtilité et plaisir. Le public le lui rend bien. [retour]

 

Saule et les pleureurs (mise en scène Franco Dragone) Saule

Et notre tête d’affiche bien belge débarque enfin ! Chorégraphié et épaulé dans les effets audiovisuels par Franco Dragone pour ce nouveau spectacle qui tournera cet été dans les grands festivals, Saule et les pleureurs investit une salle qui n’attendait plus que lui pour libérer une énergie franchement survoltée. Dieu que l’homme est imposant et respire la joie de vivre ! Rien que la hauteur de son micro laisse perplexe ! Difficile de bouder son plaisir devant une telle générosité, devant un tel entrain ! Saule tient son public par la magie d’un enchantement immédiat. L’alchimie des textes et la chorégraphie des images en appellent à un message universel sans équivoque. Ajoutez-y l’emploi multiple et diablement rythmé de ses fabuleux pleureurs et vous aurez le grand bonheur d’avoir devant vos yeux un spectacle tout simplement féerique ! Alliant humour et bonhomie (aussi naturelle que spontanée) combinés aux petites contrariétés de la vie quotidienne, Saule divertit par un prisme caustique mais véritable, audacieux  et touchant. Passant du rire aux larmes ou du questionnement à la consternation, la dérision de Saule est totale ! Le spectacle réhabilite la pluralité d’une discipline artistique que Saule met en perpétuelle interaction. L’idée du jeu d’ombres chinoises (faites par deux des pleureurs du groupe) en illustration visuelle de « Madame Pipi », renforce précisément l’imaginaire et la tendresse. Le dépouillement des images et la puissance des « Bal des Timides », « Boss », « Peter Pan » ou la malchance de « Murphy » livrent une verve aussi passionnée que survoltée qui bondira en finale sur la scène d’un Cirque Royal en liesse, prise d’assaut pas le public très cordialement invité par Saule, hilare et enchanté d’avoir enfreint le judicieux conseil de l’organisateur : «Tu sais, sur la scène du Cirque Royal ça ne se fait pas… c’est pas pratique ». Le public n’en a eu cure et peut-être même que la danse d’hier soir s’est prolongée dans les rêves de ceux qui y étaient ! La Belgique tient là un personnage, un tempérament et un meneur musical dont on parlera encore longtemps. Longue vie au spectacle musical bon enfant de Saule et ses pleureurs et un grand coup de chapeau à Franco Dragone qui est, semble-t-il, retombé en enfance grâce aux mille et uns charmes d’un ensorceleur tendrement gargantuesque ! [retour]

Noël Godts, le 7 mai 2007

 

05.05  - ORANGERIE

Adrienne Pauly Adrienne Pauly

5 mai 2007, 20h00 : la salle de l’Orangerie est d’un noir d’encre et pourtant… des musiciens entrent sur la scène, avec un briquet, une allumette ou un écran de GSM allumé… Et la musique éclate avec la lumière : Adrienne Pauly n’a pas froid aux yeux, même si elle les cache, comme ceux de ses musiciens, avec des lunettes de soleil pour borgnes ! « Vas-y viens » déchaîne les applaudissements de la salle et galvanise le public : une voix rauque de titi parisien, des paroles pimentées, un érotisme corsé, deux guitares électriques embrasées et des claviers explosifs, la chanteuse à l’imper noir suggestivement décolleté et négligemment ceinturé d’une cravate d’homme, agite avec provocation son chignon noir savamment décoiffé : la soirée va être ho t! Mini-spectacle concocté avec piquant, le show d’Adrienne Pauly stigmatise avec humour les maux des femmes en quête d’amour, à la sexualité débridée mais au romantisme navré. L’imper tombe et les tabous avec lui : « Méchant cafard », « La fille au Prisunic », « L’Amour avec un con », « J’veux un mec », « La Bombe sexuelle »… Adrienne Pauly a le tempérament des grandes : une voix puissante au timbre grave et éraillé, une présence captivante et troublante, un humour ravageur, une allure de femme volontaire toujours un peu sale gosse, une effronterie décapante ! Et de la tendresse pour les personnages malmenés de chacune de ses chansons : des amoureuses un peu paumées qui se cassent la figure. On pense aux grandes chanteuses réalistes, mais aussi aux divines interprètes des poètes, aux chanteuses des rues et aux muses inspiratrices… L’ombre de Piaf, celle de Gréco… Séductrices et vulnérables, touchantes et âpres…[retour]


Pierre Lapointe

Pierre LapointeC’est une salle bien chauffée… et pleine à craquer, qui attend Pierre Lapointe, précédé des bruits étranges et inquiétants de « La Forêt des Mal-Aimés ». La salle délire… échaudée par la défection soudaine de la sono quand le chanteur joue son entrée ! Mais il ne perd pas contenance et après une vaine tentative pour chanter, il fait rire toute la salle en déclarant de son bel accent québécois : « Bon tant pis, il ne s’est rien passé, on oublie tout, on recommence. Vous n’avez rien vu. Je vais me recacher… ». Si le son peine à se reconstruire et que Pierre Lapointe n’a aucun retour (dans son oreillette gauche) le premier tiers de son spectacle, il hypnotise malgré tout le public, qui connaît ses chansons sur le bout des doigts, et l’emporte dans son univers poétique avec un élan qui efface les dysfonctionnements techniques. « Le Lion imberbe », « Qu’en est-il de la chance ? »,  « Au 27-100 rue des Partances », « Reine Emilie », « Au Pays des fleurs de la Transe », « Le columbarium »… Par les inflexions changeantes de sa voix, la beauté mystérieuse de ses textes qui chantent les souvenirs, l’enfance, le désir et les amours belles et maudites, la richesse des accompagnements musicaux, variations au piano, fugues de l’accordéon et du violon lyrique et virtuose, ballades des guitares classique et électrique… la magie opère. L’enchantement déboussole, car Pierre Lapointe adore désamorcer les situations et mêler les genres : entre chaque morceau, il s’amuse à tenir le discours de la rock-star sex-symbol, déroutant la salle par cet incroyable fossé qui sépare le lyrisme enflammé de ses chansons et la drôlerie triviale de ses apostrophes. Caustique et passionné, bouffon inspiré, il tient les cœurs avec humour et tendresse, vif, généreux, intense. Il avait raison, finalement, dans son ultime boutade : « Comment pourrez-vous supporter la fin de ce spectacle ? ».[retour]

 

BabetBabet

Babet, qui le suivait, aura malheureusement vu se vider l’Orangerie. Folk un peu mièvre, gestuelle désuète, voix aigrelette, textes un rien clichés, la violoniste et chanteuse de Dionysos n’aura pas le même succès que Pierre Lapointe et Adrienne Pauly… Son premier album solo, « Drôle d’oiseau »,  présageait un rock folk intéressant mais la magie était rompue. [retour]
Noël Godts, le 6 mai 2007

 

04.05  - CIRQUE ROYAL

Jacques Duvall Jacques Duvall

4 mai 2007, 20h00 : palpitante affiche où se mêlent autodérision (le grand Jacques…Duvall), chanson feutrée (la douce Valérie Leulliot de Autour de Lucie) et le rock français énergisant de Miossec. Soirée en crescendo, démarrant avec une sympathie bien belge : les grincements de dents de Jacques Duvall dérident les plus coincés. Ovni de la dérision dans le paysage de la chanson, parolier et musicien incontournable des grands de la chanson, Jacques Duvall s’amuse, divertit et interprète dans la bonne humeur ses textes toujours décalés mais bien en prise avec l’actualité bête et méchante, débile et futile. Belgitude, Jean-Claude (Van Damme), Bush junior et son grand Far-West, tout passe à la moulinette duvallienne afin de servir une bonne tranche de rigolade, assaisonnée de condiments des plus caustiques. Soutenu par les musiciens du groupe Phantoms, menés par la guitare de Benjamin Schoos (Miam Monster Miam), Jacques Duvall nous livre un carnet de pensées corrosives, lucides, rigolardes et souriantes, débonnaires mais hélas trop vraies pour être fausses ! [retour]

 

Valérie LeulliotValérie Leulliot

Vient ensuite l’univers feutré et intimiste de Valérie Leulliot, présentant son premier album solo « Caldeira ». On la connaissait pour son énergie palpitante dans Autour de Lucie; elle livre ici un album intimiste dont la thématique cerne les blessures et les doutes universels de l’amour notamment dans « L’homme blessé » signé Miossec ou « Caldeira ». Valérie Leulliot se donne à l’émotion par petites doses, communiquant en instantanés une candeur décontractée, modeste et sincère. [retour]

 

 

 

MiossecMiossec

Vient enfin la bête de scène, le briseur de micro, « l’homme blessé » de Valérie Leulliot, meurtri dans l’âme mais combatif sur scène, j’ai nommé Christophe Miossec  Habitué des scènes belges, Miossec donne libre court à ses hurlements rageurs et à sa puissance musicale. Qu’il chante, qu’il gratte sa guitare, sa gestuelle trahit le doute d’instants précaires qu’il guette et appréhende à la fois dans l’éloignement et la proximité. Jouant sans cesse, tel un boomerang sentimental, avec la tendresse d’une âme meurtrie mais néanmoins pleine d’espoir, Miossec offre sans compter son énergie, sa force, son désarroi et ses convictions à un public en liesse ! Certes l’étage du Cirque Royal était fermé et le public n’était sans doute pas aussi nombreux qu’on aurait pu l’imaginer mais qu’importe ! Et surtout tant pis pour les absents car ils auront très certainement manqué l’un des grands moments de ces Nuits Botanique 2007. Un mot encore sur les musiciens qui entouraient Miossec : on aura pu reconnaître Nicolas Stevens au violon et claviers, ses solo éblouissants, passionnés et généreux et le guitariste Robert Johnson qui s’en donnait à cœur joie, non seulement dans ses solos mais aussi dans ses combats de guitares avec un Miossec sans aucun doute plus complice que rival dans sa puissance, sa démesure et sa générosité. Un grand moment de bonheur ce soir… [retour]

Noël Godts, le 5 mai 2007

 

30.04  - CIRQUE ROYAL

Keren Ann Keren Ann

30 avril 2007, 20h00 : c’est l’ouverture des Nuits Botanique avec un programme éclectique, tendre et détonant : Keren Ann, Abd Al Malik, Erik Truffaz se suivent devant un public festif qui remplit chaleureusement le Cirque Royal. Les ballades anglaises aux accents country de Keren Ann et son album éponyme tout nouvellement sorti, bercent les amoureux de pop soft et de rock doucement mélancolique. Si la chanteuse reste réservée sur scène, un peu cachée par sa guitare et son harmonica, sa voix claire et chaude envoûte la salle. On peut préférer pourtant l’énergie et la diversité de ses précédents albums ou tout simplement la poésie plus subtile de ses textes français. Le bagout tout compte fait n’y est pas vraiment… D’ailleurs, pourquoi ne pas proposer au public un inédit avec le chanteur français Albin de la Simone, par ailleurs aux claviers ? On attendait aussi le fameux duo « M’effacer », extrait de l’album « Gibraltar » d’Abd Al Malik qui excusera la chanteuse, partie plus tôt « par amour » et nous devrons nous contenter de sa présence fantomatique en play-back. [retour]

 

Abd Al Malik

Abd Al Malik Qu’importe ! La ferveur d’Abd Al Malik transporte le public pourtant assis du Cirque Royal : « Soldat de Plomb » échauffe enfin la salle ! L’ex-délinquant devenu rappeur, porte la parole de l’enseignement soufi avec un talent coup de poing qui réveillerait les plus obtus. Sans ambiguïté, il parle avec art et sincérité le langage de la rue selon le pari ambitieux de le préserver de la laideur pour le tourner vers l’amour. Abd Al Malik occupe la scène avec aisance, chorégraphie sa gestuelle, harangue le public, soucieux d’éveiller les consciences, de secouer la torpeur… On le sent comme investi d’une mission, prêcheur moderne qui se réclame aussi, avec humilité et humour, de l’ironie tendre et grinçante de Jacques Brel. Ces gens-là lui ont inspiré Les autres, et il chante le grand Jacques avec une émotion non feinte. La révolte et l’espoir habitent ses chansons qui énoncent clairement ses principes: éveiller, convaincre, inculquer une éthique du respect, des valeurs familiales et fraternelles. Le message accapare ses textes, mais le rythme et la musique déploient leur impact, sous l’égide avouée d’une puissance transcendante qui n’est pas nommée, mais dont son bis se reconnaît sans équivoque. Personnage troublant, grave et drôle, bouffon et directeur de conscience, bourré de talent, nul doute qu’Abd Al Malik dérange autant qu’il séduit. [retour]


Erik Truffaz 4t avec Marc Erbetta  (bat), Patrick Muller (keyboards), Marcello Giuliani (basse) feat.  Ed HarcourtErik Truffaz

La soirée se clôt moins sérieusement mais tout aussi passionnément avec le jazz hip-hop d’Erik Truffaz.

Les nuits de mai sont prometteuses !

Noël Godts, le 1er mai 2007

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