Vendredi 8 juillet 2011
Ce jour-là, les Midis/Minimes accueillaient la violoniste franco-roumaine Deborah Nemtanu et le pianiste Romain Descharmes.
Deborah Nemtanu a commencé l'étude du violon avec son père et elle a ensuite étudié au Conservatoire national supérieur de musique de Paris avec Gérard Poulet.
Pianiste recherché en tant que chambriste, Romain Descharmes a étudié le piano, la musique de chambre, l’accompagnement au piano et l’accompagnement vocal au Conservatoire national supérieur de musique de Paris.
11h50 Je descends du tram devant Notre-Dame du Sablon, rue de la Régence. Quel fabuleux quartier ! A ma gauche, le Petit Sablon, ses statues, sa fontaine, son jardin, face à moi, le Palais de justice, à ma droite, le Grand Sablon. Je retrouve le Conservatoire, proche voisin de la synagogue.


11h55 Une fois le seuil franchi, je suis dans un autre monde, une autre époque : le XIXème siècle, moment de construction de la salle de concert. La décoration ne trompe pas avec ses marbres et ses plâtres, ses statues symbolisant les Arts, avec une majuscule puisque qu’au Conservatoire s’enseigne la musique mais aussi le théâtre, ce qu’on appelle les arts de la parole. Le programme du jour ne trahit pas cette époque puisque c’est la Sonate en La majeur pour violon et piano de César Franck que Deborah Nemtanu et Romain Descharmes vont interpréter.

J’enfile une première volée de marches pour arriver à l’accueil, charmant d’ailleurs, où je me procure ma place et le feuillet de présentation des interprètes et de l’œuvre. Je me prépare à grimper deux autres volées de marches pour parvenir à la salle. Autour de moi, marbre blanc, rampe dorée, j’aperçois déjà le tapis grenat qui marque l’entrée de la salle.

12h J’entre dans une salle déjà bien garnie d’un public de fidèles mélomanes avertis. Ici, on peut être sûr que personne n’applaudira entre les mouvements. Comme tout le monde, je balaye la salle du regard pour voir si je connais quelqu’un. Mes oreilles captent le brouhaha des conversations. Certaines personnes sont plongées dans la lecture dans livre. Je parie que, dès 11h30, les bonnes places sont déjà investies par des habitués.

12h13 Les portes des loges se ferment, signe incontestable de l’imminence du début du concert. Les derniers arrivés s’installent. Le public est plutôt d’un âge mature, principalement féminin. J’entrevoie quelques familles avec enfants, quelques jeunes, quelques élèves du Conservatoire avec ou sans leur instrument.
12h15 Ouverture de la porte latérale donnant sur la scène et entrée des deux musiciens et du tourneur de pages pour le pianiste. La violoniste Deborah Nemtanu, vêtue d’une longue robe noire à fines bretelles, accorde son instrument. Le silence s’est fait dans la salle, les spectateurs attendent, tendus du même désir que les artistes: faire vivre une partition écrite il y a 125 ans selon les vœux du compositeur. Histoire belge par excellence, cette sonate de César Franck fut dédiée à Eugène Ysaye et créée à Bruxelles le 16 décembre 1886. A chaque fois que je l’entends, je suis frappée par la densité de sa trame sonore, son côté généreux et chaleureux qui ne masque cependant pas une once de nostalgie. César Franck, Fernand Khnopff, Maurice Maeterlinck, Georges Rodenbach partagent cette même mélancolie, noyée dans les brumes des canaux.

Vous comprendrez que mon reportage-photos s’arrête ici par souci de ne déranger personne, ni sur la scène, ni dans la salle. Je range donc mon instrument et suis tout ouïe.
12h17 La première note du concert s’élève vers la verrière du plafond, éclairée par les rayons du soleil. Une longue mélopée rêveuse s’échappe du violon au timbre un peu acide, en ce début de prestation. C’est le premier thème de cette sonate de forme cyclique qui en comporte deux. Dans cette forme, il n’y a pas de travail de développement à proprement parler mais un retour régulier des thèmes qui subissent divers avatars avant de fusionner à la fin du mouvement. A cette cantilène du violon répond une explosion passionnée au piano qui prend l’avantage. J’admire la délicatesse d’énoncé du thème au violon dans le registre tendre. Le trac des premiers instants est passé et Deborah Nemtanu jouit de sa belle palette sonore allant du son ténu, murmuré, à la puissance d’un archet plein et ferme.
12h33 Un bref silence avant d’entamer le troisième mouvement, un recitativo fantasia dans lequel le violon joue cavalier seul. Un silence et quel silence ! J’y entends la qualité d’écoute de ce public de mélomanes aguerris. Ce silence est véritablement habité et ce doit être un plaisir pour les interprètes d’être ainsi écoutés. Le solo de violon se nourrit d’éléments de la cellule cyclique entendue au premier mouvement. C’est un des moments les plus nostalgiques de la sonate et j’admire la belle connivence des interprètes. Le dernier mouvement débute par un refrain en La majeur, très lumineux, exposé par les deux instruments. Entre ce refrain viennent se glisser des épisodes contrastés, alternant majeur et mineur dans un discours doux-amer. Celui-ci, au fur et à mesure que la pièce s’achemine vers sa fin, devient plus passionné avant de s’échapper en gerbes du piano. La sonate s’achève par un final en carillon.
12h45 Applaudissements enthousiastes. Les deux interprètes saluent et quittent la scène.
En bis, nous aurons droit à une Danse roumaine de Bela Bartok, remarquablement enlevée.
12h47 Le public rassasié de musique quitte la salle pour aller se sustenter dans les établissements des alentours. Ceci est aussi une tradition.
Anne Genette
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