Ce festival un tantinet itinérant a déjà connu maintes éditions. Il a vu le jour en 1999 sous l’impulsion de Barry Hogan (ex- manager du groupe Belle And Sebastian), sous forme de mini-festival dans un centre de vacances. Avec l’accord du Velvet Underground le festival se nomme « All Tomorrows Parties ».
Il est assez particulier dans la mesure ou il privilégie un cadre convivial et une proximité avec les artistes logés à même enseigne que le public au sein d’un village en bord de mer, Minehead, dans le Somerset, région située entre le nord des Cornouailles et le sud du Pays de Galles.
Ce confort a un prix et intéresse un public à 90% masculin « middle class » dont l’âge moyen est compris entre 25 et 40 ans.
Le programme ne cède pas trop aux sirènes du marketing. Depuis lors, Barry Hogan donne carte blanche totale à un artiste/groupe curateur. Se sont succédés dans ce rôle Thurston Moore, Shellac, Tortoise, Autechre, Vincent Gallo, Throbbing Gristle, Devendra Banhart, Portishead…
Cette année ce fut au tour de The Melvins et de Mike Patton de se voir confier la programmation. Voici ce qu’ils ont concocté pour l’édition de décembre :
Melvins, Isis, Neil Hamburger, Dälek, Big Business, The Black Heart Procession, Torche, Kill Me Tomorrow, J.G. Thirlwell's Manorexia, The Dirtbombs, Mastodon, Butthole Surfers, Fantômas perform, The Director's Cut, The Locust, Zu, Bohren Und Der Club of Gore, Farmers Market, Squarepusher, Soulsavers featuring Mark Lanegan, The Damned, White Noise, Bohren Und Der Club Of Gore, MadLove, Double Negative, Boss Hog, Rahzel, Teenage Jesus And The Jerks, Tweak Bird, Monotonix, Joe Lally, Meat Puppets, Os Mutantes, Mugison, Taraf De Haidouks, Bernard Parmegiani, Porn, Fennesz, Vocal Sampling, Labeque Sisters, Kool Keith + Kutmasta Kurt, Ghostidigital, Junior Brown, Martina Topley Bird, Leila, James Blood Ulmer |
Si « All Tomorrows Parties » présente des qualités, il a aussi de grands défauts. S’il se veut une vitrine de l’actualité et de (trop peu) découvertes tout en offrant aussi la possibilité de voir des artistes dont la musique s’inscrit dans le temps, la part consacrée au « passé » est trop importante. Notons quelques exceptions tout à fait décalées: Bernard Parmegiani, les sœurs Labèque, le Taraf De Haidouks et Stockhausen’s Kontakte avec Steinberg et Winant.
Moins de monde pour cette édition. Sans doute est-ce dû au fait que Mike Patton que ce soit sous le nom de Fantomas, de Peeping Show, de Patton & Fennesz ou Tomahawk, ainsi que les Melvins ont sans doute été trop présents sur les scènes européennes.
Je ne tenais pas à tout voir et entendre et j’ai opéré une sélection.
Voici ce que j’en ai retenuparmi les 46 formations :
The Melvins
Le groupe s’est produit à trois reprises. La toute première fois dans une version rassemblant le line up original de 1983 avec Mike Dillard à la batterie. A cette occasion le groupe a revisité ses racines punk. Les deux autres prestations furent aussi assez classiques. Le groupe a revisité l’ensemble de sa carrière en s’attardant sur les albums « Senile Animal » et « Nude With Boots ». A noter la présence de deux batteurs.
Isis
Jeu assez puissant produisant une forme de prog metal. Son faiblard.
ZU
Zu se produit en début de festival le vendredi. Les trois italiens se partageant sax, batterie et basse ont livré du power jazz, du free rock avec une puissance rarement égalée. La prestation a été renversante et a mis à mal tous les musiciens qui se seront succédés durant ce week-end. J’avais déjà vu ce groupe à diverses occasions. J’ai rarement pu apprécier un tel gain de cohésion en si peu de temps. Il ne s’agit pas d’un nom nouveau. Cependant une révélation. Le sommet du festival dois-je dire.
Neil Hamburger
Un comédien au goût assez douteux. Il ne peut que difficilement capter l’attention du public. Humour assez gras connaissant des dérapages. Sur certains CD, il collecte des conversations téléphoniques rudoyant sans aucune empathie ses interlocuteurs.
Big Business
Duo faisant partie du noyau des Melvins. Prestation courte et chaotique. Après quelques secondes, l’ampli basse rend l’âme. A la fin du concert ils sont rejoints par Dale Crover des Melvins.
Dälek
Hip-hop noise. La rencontre d’un MC (Mc Dälek) et d’un bruiteur (Oktopus).
Rap mêlé de sons industriels. Oppressant.
Torche
Sludge-pop-metal. Je n’ai vu que la fin de leur concert. La fin fait penser à la rencontre de Black Sabbath et des Melvins (oui, encore eux!!!).
J.G. Thirlwell’s Manorexia
Projet expérimental et instrumental créé en en 2001.
Par l’initiateur de Fœtus Steroïd Maximus. Les musiciens lisent et appliquent des partitions. Cordes + batterie + piano. Jim Thirlwell dirige la formation.
The Dirtbombs
Groupe originaire de Detroit. Il produit une musique apparentée au garage-punk-soul. Un groupe débordant d’humour et dégageant une humeur délirante. Cependant la présence de deux batteurs au jeu trop similaire n’ajoute rien d’un point de vue rythmique. Malgré tout un bon moment de rock’n’roll.
Mastodon
Qualifié d’espoir du heavy metal depuis quelques années.
La qualité du concert est altérée chaque fois que le guitariste livre des envolées lyriques. Aucun morceau ne tenait dans la durée tant l’étalage de la technique fut prédominant.
Fantomas
« Super groupe » constitué de membres de Slayer, Mr Bungle, Melvins, etc. Fantomas interprète le « Director’s cut », un album sorti en 2001. Des soundtracks de films tels que Rosemary’s Baby, des musiques de cartoons. Les ‘paroles’ sont abstraites et volontairement incompréhensibles. Mike Patton a le tort de demander au public le nom du meilleur groupe jusqu’à présent. De nombreuses voix (dont la mienne) s’élèvent ne prononçant qu’une seule syllabe: ZU.
The Locust
Groupe rock originaire de San Diego, Californie, Etats-Unis.
Synthés lourds, sons distordus, chant morveux et grande présence scénique. Musique complexe et rapide avec d’incessants et imprévisibles changements de rythmes. Les musiciens portent des cagoules et apportent une certaine théâtralité nuisible.
Bohren Und Der Club Of Gore
Groupe allemand. Avant-jazz-ambient-doom-metal.
J’avais vu le groupe dans d’excellentes conditions à l’AB club il y a moins de deux mois. Cette fois-ci le groupe fut handicapé par l’absence d’un des leurs et n’ont pas été à la hauteur de ce qui fait leur singularité. C’est-à-dire une musique mortellement lente faite de basse, piano électrique, d’une grosse caisse. Point de rythme ou de mélodie. Une effrayante descente aux enfers. Le tout sur un ton cinématographiquement ‘lynchien’. Dommage.
The Damned
Un concert ridicule. Une grossière erreur que de programmer ce ‘vieux’ groupe punk. Blague ultime: ils ont même fait usage d’un synthé. A oublier de suite.
White Noise
Groupe né en 1969 et resté calé dans sa décennie. Le groupe s’est produit dans une quasi indifférence tentant de reproduire ce qui fit leur gloire relative jadis. Les manipulations de bandes magnétiques furent absentes. La présence du vieux synthé Ems VCS3 fut désuète. Par contre, les lampes à huile furent très visibles.
Trio Abel-Steinberg-Winant
Interprétation, avec un système quadriphonique, de l’œuvre de Stockhausen « Kontakte ». Un public peu nombreux mais assez recueilli écoute debout, assis ou étendu cette pièce ‘ancienne’ pour piano et percussions (gongs et éléments métalliques). Deux personnes sur scène tandis que la troisième spatialise. Celle-ci avait devant elle une partition dont les annotations et l’écriture sont peu classiques.
L’ancien projectionniste sonore de Stockhausen aura utilisé pour ce faire des master tapes originales.
Mike Patton en personne se précipitera pour féliciter le trio.
Boss Hog
Absent le temps de laisser s’épuiser deux mandats républicains le groupe revient. Jon Spencer flanqué de Christina Martinez (à moins que ce ne soit le contraire) apporte du bon vieux rock garage.
Teenage Jesus And The Jerks
Absent durant trente années de la scène le groupe no wave reprend du service. Le résultat d’une commande plus que certainement. Lydia Lunch (chant/guitare), Thurston Moore (basse) et Jim Sclavunos (percussions). Une prestation courte (15 minutes) mais intense. A l’origine James White Chance fit partie du groupe.
Monotonix
Trio israélien originaire de Tel Aviv. Tout comme the Ligthning Bolt, le groupe se produit au milieu du public. Au bout de quelques minutes le chaos survient. Le 70’s vintage metal, le grunge-blues pousse le public à s’emparer des instruments et… des musiciens. Tout s’arrête rapidement dans un désordre total. L’émeute est toute proche…
Taraf De Haidouks
Ils sont reçus des plus chaleureusement. Tout en contraste par rapport au reste de la programmation, ils produisent une musique communicative. Cette troupe roumaine s’est formée en 1989 juste avant la mort du dictateur. Musique tsigane des Balkans. Le groupe est à géométrie très variable et peut compter jusqu’à 30 musiciens. Cette fois moins d’un tiers des effectifs était présent.
Junior Brown : Voix de ‘baryton’. Country musique.
Bernard Parmegiani
Difficile de choisir entre James Blood Ulmer et Bernard Parmegiani qui se produisaient exactement à la même heure. C’est l’aîné que je retiens. Il est né en 1927. Bernard Parmegiani, de tout le festival, aura proposé la musique la plus audacieuse. Au début le public se montrait dubitatif se demandant de quoi émanaient ces sons. Tout en prêtant grande attention, j’observe les auditeurs qui petit à petit remarquent que Bernard Parmegiani nous offre une œuvre acousmatique qui a des points d’accroche ludiques pour les personnes faisant connaissance avec le genre. Telle une balle de ping pong, le son voyage glissant subtilement d’une enceinte à l’autre. Se superposent bourdons et craquements. L’artiste se montre généreux et génère une longue pièce de 75 minutes. Des moments plus dramatiques ponctuent l’œuvre. Une véritable expérience en soi à condition de ne pas trop sacraliser le son ou d’être subjugué par une technique.
Conclusion !
Ce festival fut une relative déception. A quelques exceptions près ce festival ne brilla pas par l’audace qu’on aurait pu attendre de lui. Ce qui est sans doute gênant c’est aussi le caractère assez monolithique des groupes réunis. Un festival plus tourné vers le passé que vecteur d’avenir. Mike Patton aura, sans dénigrer une certaine ouverture (plus large que celle des Melvins), fait preuve de népotisme. Ethiquement il aurait pu se dispenser d’inviter autant de groupes faisant partie de son écurie Ipecac !
Alain Bolle
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