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Voix de femmes

Retour de Voix de Femmes… au Mamac à Liège… C’que j’en ai vu bien entendu !

 

Cela commençait dimanche 9 décembre à 14h00 par le vernissage informel de l’exposition des œuvres de toutes ces femmes d’ici et d’ailleurs. Vaste programme, plus de vingt artistes recouvrent murs, sol, plafond et même le bar, l’Épi-Bar, reproduction très colorée de l’épicerie-bar typique de Madagascar. Toutes ces formes d’art interpellent par des langages et des matières extrêmement divers. Au détour de chaque mur les thèmes de la survie et de la transmission rejaillissent plus ou moins ouvertement. Les œuvres pour la plupart, fortes ou fragiles, criantes ou presque éteintes, ironiques ou terriblement graves ne cessent de prononcer les mêmes mots de mille voix. Dans la bouche de ces femmes il est clair que la survie et la transmission ont du sens, que la mémoire est précise, que la condition humaine est vive ou bafouée ou meurtrie, qu’il est urgent et indispensable pour elles de rester debout, de le dire, de s’asseoir pensives, de questionner, d’être vigilantes, dressées contre la bêtise, l’oubli, la barbarie si bien orchestrés partout sur la Terre principalement par les hommes. Pas de simplification pourtant, pas de guerre des sexes, seulement une même intelligence démultipliée. À voir et à revoir dans le grand hall de ce musée où s’activent aussi des ateliers.

Sous la grande tente de tentures noires nous sommes assis sur les tapis les coussins et les poufs face à la scène basse (un rien basse?) accessible. Principale organisatrice, Brigitte Kaquet ouvre le festival. Simplicité, élégance, précision et mémoire quand elle présente toutes ces femmes aux noms difficiles et l’un ou l’autre détails de leur parcours.

Yalda Younes est la première artiste, Libanaise, à investir la scène. En 10 minutes claque intensément son flamenco. Tout son corps vibre au son des mitraillettes, elle martèle le sol bombardé, elle fend la guerre et les explosions qui ont eu « raison » du journaliste libanais d’origine palestinienne et syrienne Samir Kassir assassiné à 45 ans en juin2005 à la voiture piégée. Un ardent défenseur de la démocratie et de la laïcité, collaborateur notamment du Monde Diplomatique. « Non » est le titre de cette chorégraphie violente et brève comme la mort.

Yalda Younes exécute cette guerre rythmique avec toute la dignité, la force et l’agilité maîtrisée propres au zapateado traditionnel andalou. Avec son corps elle fait écho à la bande-son composée par l’électroacousticien libanais Zad Moultaka.

Illustration discographique :

Zad Moultaka : « Anashid » - 2001- MY1978
Zad Moultaka : « Zàrani : mouwashahs avec piano » - 2003 - MY1979

La tension retombée, ont pris place sur la scène cinq femmes africaines en habits très colorés. Venues de Madagascar, elles se sont assises sur la rangée de chaises face au public, avec pour seul instrument ou presque, leur voix. Assis à leur droite un homme tient une sorte de petite guitare en bois rectangulaire et précaire, un luth mandaly aux cordes métalliques peu nombreuses donnant un son clair et vif. Les femmes entonnent des chansons populaires dans un ordre bien établi, ensemble, à deux, à trois ou seule. Un savant mélange d’émotion et de profondeur et de technicité vocale. La langue n’est pas vraiment un obstacle ici, on devine on ressent qu’il s’agit d’histoires quotidiennes. Les chanteuses sont là pour relater tel sentiment, tel chapitre, tel chagrin ou mésaventure vécus par l’une ou l’autre personne de la communauté villageoise. Leurs voix, leurs polyphonies sont attractives, entêtantes et l’on comprend vite que ces ensembles jouent en plus un rôle social modérateur des tensions et démystificatrices. Moqueuses, joyeuses ou très émues elles incarnent et facilitent le dénouement de tensions affectives, aussi avec les ancêtres. Elles intercalent à leurs chants de brèves parties instrumentales au moyen d’une sorte de xylophone en bois posé sur les jambes de l’une pendant qu’une autre, perpendiculairement, frappe au moyen de bouts de bois. Tout le monde se lève et la danse des parapluies à la main se déroule aussi légère que tranquille. Elles reviennent, rappelées par un public séduit tant par leurs voix que par l’humilité, l’apparente nonchalance et le naturel de leur démarche artistique.

Illustration discographique :

Anthologie : « Madagascar : musique Antanosy » -1997 - ML4859

Qu’il fait chaud dans cette salle. Une vilaine petite pils fera l’affaire. Tiens on ne les sert pas à l’Épi-Bar mais dans le couloir. Gros attroupement devant l’autre salle conçue pour les spectacles de danse, avec des gradins pour le public, chouette on va bien voir. Dominique Duszynski est très attendue par un public connaisseur et par nombre de ses élèves. Cette danseuse a travaillé 9 ans dans la compagnie de Pina Bausch qui a introduit le concept de danse-théâtre. Dominique Duszynski enseigne dans les compagnies internationales et crée des chorégraphies depuis 1988. Les gens se serrent, heureusement ma danseuse de voisine m’en a parlé sinon j’aurais loupé ce qui devait s’avérer être le clou de cette première journée à Liège.

Elle apparaît soudain devant nous, comme quelqu’un qui descend du bus en ville, un peu égarée sur la scène de la vie, dans sa robe rouge de citadine. Aux quatre coins imaginaires de sa vie et de la scène sont disposés les habits de ses mutations plus profondes. Dans cette fuite en avant où elle ne cesse de se transformer par un enchaînement de mouvements fluides et d’expressions évocatrices, elle traduit en accéléré les conséquences de ses choix de vie, les bouleversements, les aléas, les doutes, les ruptures, les engagements, les renoncements qu’elle s’impose pour traverser cet océan qui nous malmène tous et toutes. Elle s’épanouit et par ses mouvements elle semble tantôt combattre, tantôt se glisser avec beaucoup d’élasticité dans la part du rêve qui lui permet de tromper l’espace et d’échapper magiquement aux coups. C’est un spectacle sans répit qui soulève une charge émotionnelle immense. J’en ai encore des frissons. Le public l’a rappelée à quatre ou cinq reprises. Sa pièce s’intitule « Fuga » et est voluptueusement accompagnée par la musique de Bach.
PCO

Lisez aussi la chronique du concert de Ferghana Qasimova au Festival Voix de Femmes.

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