LE VILLAGE VERT, 2004.
Cette volonté de se délester, de s'alléger, de larguer
les amarres du folk/rock des débuts étayant une écriture
dense et pessimiste se présageait déjà avec l'album Penya
. Voici venu le point d'orgue d'une démarche « authentique »,
d'un abandon volontaire, d'une mise à découvert. Un dépouillement
certain tendant à préserver l'émotion, tendant à
la rendre « naturellement » préhensible, telle la sensation
du chaud de l'été sur la joue, la perception olfactive des moissons.
Tous ces petits riens qui enracinent, rassurent et transportent. Quiétude
élégante sous influences rurales où flottent plus que jamais
les fantômes de Kerouac et des écrivains beatniks. Une appropriation
réussie et prolongée des songwriters ruraux des États-Unis.
Délaissant les guitares électrisées au profit de l'acoustique,
pratiquant avec équilibre l'harmonica et le chant lascif, Xavier Plumas
et son groupe nous immergent dans un blues/folk minimaliste où l'écriture
tranchante sans être bucolique affectionne les réflexions douces-amères, « ces
délicatesses cinglantes » sur les rapports amoureux et les
méandres de ses chemins tortueux. Ce n'est ni Cali, trop enclin à
malmener les Belles, ni Delerm, le gendre parfait, pas assez acide pour Miossec,
aussi brumeux que Murat.
(Brigitte Lebleu, Charleroi)
TOT OU TARD, 2004.
Sortie de sa chrysalide nattée, la nymphe polychrome déploie
avec jubilation ses élytres irisés au prisme d'humeur taquine
et d'esprit frondeur. Cette tellurique métamorphose valait l'attente !
Tout est bon chez elle sur l'île déserte, il faut tout emporter.
Un talent scénique affirmé, le chaud et l'attirant d'une
écriture volcanique en suspension et collante à la fois. L'investigation
lucide et sans déférence de ces peccadilles qui cimentent les
collusions universelles. Le sautillant et frétillant d'une interprétation
passant avec insolence de la douce gravité à l'espièglerie
mutine. Bien plus qu'attendu, bien plus qu'intéressant, le dernier Cherhal
garde sous sa fraîcheur une volonté d'exploiter divers registres.
Une autorisation d'affirmation « encore fragile » qui,
sous la houlette de Vincent Segal, se recentre pour affiner ce qui est déjà
présent, un auteur-compositeur-interprète aux aptitudes évidentes.
Et le bruissement d'aile d'un papillon à Paris peut provoquer un raz-de-marée
à Tokyo.
(Brigitte Lebleu, Charleroi)
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