Au mitan de ce frileux été, certains choisissent de pédaler autour de la France. D'autres, au fond de sièges de velours rouge prennent la température en Fahrenheit, pendant que nos chérubins se réinventent des Woodstock pleins à craquer et tout aussi boueux. Ma voisine, elle, repeint son salon en ocre, c'est plus lumineux, plus chaud pendant que Marjolaine cherche l'Amour et les Millions… Les abribus, eux, affichent des « last minutes » alléchants aux destinations lointaines. Tiens ! Il paraît ( dit la gazette ) que plus on perd le sens de la vue jeune, plus les autres sens s'aiguisent, particulièrement l'ouïe ! Décidément, le monde est un grand village que j'arpente avec bravade dans mes escarpins mouillés. Ostie calice. Y fait frette pour la saison. Maudit été, chu tannée ! En voyageuse immobile, les pieds nus sous mon bureau, je parcours la toile tissée autours de nos attentes. Que proposent les grands distributeurs en chanson québécoise ? Dion, Boulay, Beausonge, Charlebois, Leclerc ! Ah ! oui, Garou. C'est pas pire. Mais… ! Coudon ! Et, Vallières, Bori, Les cow-boys fringants, Gratton, Urbain Desbois… ??? J'ai, là, posées sur le frêne blond de ma table de travail une bonne douzaine de galettes sucrées au sirop d'érable ! Alors…a contrario du scoop sus nommé plus haut. Si on perd l'ouïe, la vue ne devrait-elle pas s'émousser ? Question de bon sens ! Dans cette Belle Province où la ‘parlure' jouale est à elle seule une invite, son vivier d'artistes se réduirait-il aux chansonniers connus, patentés, piliers de l'âge d'or et aux productions mercantiles, savant produit de marketing ? L'Atlantique se traverserait-elle encore à la rame lorsqu'il s'agit de proposer, promouvoir, diffuser, les jeunes auteurs-compositeurs-interprètes du Québec, d'Acadie, de Gaspésie ? Là, où les limites entre les frontières et les cultures s'effacent aux desseins d'une uniformisation à l'arrière-goût d'américanisme. Il existe une myriade de chanteurs et chanteuses résolument contemporains et explicitement personnels s'appuyant plus sur l'expression et sa recherche que sur un désir de profit. Alors… Maudit niaiseux… Envoye donc.
« Attache ta tuque » (comprenez : accroche ton bonnet), quatrième et triple CD live (dont un DVD des tournées) des COWBOYS FRINGANTS (La Tribu, 2003, Canada) NC7032 . Rodés depuis 1997 aux concerts et festivals à l'ambiance estudiantine, ils rejoignent La Tribu (label volontariste dans la défense d'une démarche identitaire et alternative), ces « chauffeurs de salle » font un tabac dans les « fais dodo », fédérant, conscientisant la jeune génération gaspésienne à grands coups de gigue, d'airs à danser traditionnels, de ballades à l'humour décapant, de ska cuivré. Violon, accordéon, trompette, tuba, turlute colorent des histoires de chums, de blondes, de char, de bibine, tout en désavouant l'Oncle Sam. Aisément, ils revendiquent leurs inspirations folkloriques et chansonnières, avouant clairement leurs affinités avec la culture western. « Jeux de mains » … jeux de VILAIN PINGOUIN (Audiogram, 2003, Canada) NV3494 autre live pour cette formation rock classique (guitare-basse-batterie) créée en 1986, à l'époque où la musique francophone connaissait un nouvel essor. Ambiance résolument pop, bien roulée, aux longs riffs de guitares, à la rythmique soutenue. Des propos plus existentialistes portés par la voix rugueuse de Rudy Caya. Pour quelques « Retrouvailles » Kevin PARENT (Trois Têtus, Canada, 2003) NP0873 en nomade sédentaire et pas moins gaspésien parcourt depuis 1995 et quatre albums les étendues vastes et intimes de son univers teinté uniquement de guitares acoustiques. Celui-ci joue dans le délicat, le confidentiel et pour cet opus nous offre ses meilleures chansons avec humour dosé et joual garanti. « Changer d'air » est vital pour l'unique chanteur masqué Edgar BORI (Musicaction, 2004, Canada) NB6443 en ombres chinoises depuis vingt ans, il se plaît à mélanger les genres, théâtre, musique, art visuel. Ses chansons sont de facture classique, pure poésie à la française style Brel, Brassens, Ferrat. Petits bijoux ciselés entre jazz, swing, bossa, valse désuète. Une très belle diatribe à la Ferré « Vos papiers » est acte de résistance sans porter le dialecte en bouclier. Alors ! « Chacun dans son espace » et VALLIERES (Byc, Canada, 2003) NV0630 imbibe le sien et le nôtre d'un rock agricole, d'un blues/folk chlorophylle, d'émerveillements bucoliques. Douceur et force à la Desjardins, souvenirs photographiques poussés à 400 ASA, rouge Kodak et vert Fuji sublimé. Entre ville et campagne Urbain DESBOIS (Tribu, Canada, 2003) « pour qui j'ai un bouncheke », sous le verre grossissant de sa loupe, décortique avec légèreté les battements de cils, les soubresauts amoureux. Épingle aux aiguilles boule dans le département d' « Entomologie » ND2618 ses états d'âme colorés de swing, de blues, de valses lentes, de folk nappé de guitares hawaïennes, de piano ravelien, histoire peut-être de conquérir le cœur de GINETTE (Tribu, Canada, 2003) NG3641 qui prend toujours des avions pour nulle part, qui s'invente des scénarii, qui se balade avec espièglerie et écriture fine en bandoulière sur les sentes défrichées par Linda Lemay. Rendez-vous pris au « Montréal Motel » (Tacca Musique, Canada, 2003) NG6841 où Antoine GRATTON autodidacte, multi-instrumentiste, tout en étant québécois s'enroule ludiquement tantôt en français, tantôt en anglais dans des rubans de funk. « Le décor » ainsi planté par Stefie SHOCK (Atlantis, Canada, 2003) NS3862 est quant à lui, après un premier album Je combats le spleen , teinté de chaloupements afro-cubain, de Hip-Hop et d'électro-pop. Chansons mojito à siroter à l'ombre d'un Gainsbourg et d'un Léonard Cohen. Tabernacle…Nous vl'a rendu ! J'ai pas vu passer l'été !
(Brigitte Lebleu, Charleroi)
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