Produit en 2005.
Dans le charnel dépouillé de sensualisme, posé là,
froid, lucide sur le billot d'une existence crispée face à la
certitude impudique de sa consistance éphémère, Bell Œil,
groupe angevin des plus singuliers depuis ces dix dernières années,
dépose à nouveau ses tripes. Un corps à corps, un œil
pour œil. Un jeté cru, viscéral, dans une fulgurance rock
exubérante entre confession intime et autodérision. Un bout de
barbaque lancé comme un pavé dans l'onde noire d'une dualité
irréductible, celle de faire coexister l'esprit et le corps. Un Cri
primal déjà palpé en 2000 où l'âme - la
belle affaire ! - reléguée aux calendes d'une verve
rageuse faisait place à la fascination pour la matière modelée
en creux et en bosses. Cabossé, deuxième opus aux maître-maux,
à l'instrumentation plus radicale, plus violente, révélait
dans des circonvolutions schizophréniques l'obsession lancinante de ne
pouvoir se désengluer. La rupture de ton fut provoquée en 2003
avec Hurle tout , revisite ‘punchante' d'un camarade de misère,
d'un cracheur de mots à la diatribe référentielle pour
plus d'une génération, Léo Ferré. Sans jamais défendre
aucune chapelle musicale, ni courant idéologique, Bell Œil trouve
son propre langage. C'est dans le limon de la chair, dans le kaolin de la poésie,
dans le gras d'une texture musicale hybride entre rock, échappée
jazz, bandas, qu'il joue en intensité. La triade contrebasse (Samuel
Mareil), batterie (Momo), guitare (Thierry Lépicier) pigmentée
d'une clarinette klezmer ou d'un accordéon au souffle épileptique
sert à la fois de support mélodique, d'entité musicale
indépendante et de soutien rythmique à l'écriture organique
de Christophe Bell Œil. Écriture impressionniste, généreuse,
théâtralisée, asphyxiée comme par urgence de ne laisser
aucun blanc sur le calicot tendu de ses émotions écorchées.
Alors, « Comment ça marche un homme ? ».
Premièrement ça tombe; deuxièmement, ça se relève
; ça gueule aime-moi ; ça vocifère, je me
hais ; ça se glisse dans les entrailles de l'autre; ça
mord ; ça s'abandonne; ça s'adonne ; ça s'offre.
Dans la même veine : Éric Lareine, Néry, Louis Ville,
Les Hurleurs et Noir Désir. Incontournable !
(Brigitte Lebleu, Charleroi)
SONY MUSIC, 2004.
Je ne sais pourquoi, ce Camille-là a dû voir souvent passer ce
Satané Mirza sans jamais décrocher ce foutu Téléphon
qui son . Son Envie de chien bien ficelée entre des atmosphères
érotico-sensuelles et de faux airs de crooners pose le ton dans un blues
alizéen enrubanné de saudade guillerette. Sur le bout de sa langue,
il y a un mélange sucré d'orientalisme et le suranné des
variétés tropicales des années quarante. Il y aussi cette
nonchalance volontaire et plaisante de ces badauds de bazar, là où
pacotilles et bimbeloteries, rien-que-pour-le-plaisir-des-yeux-ma-gazelle, appellent
à la passada. Dans des rubans mélodiques flottant au vent de climats
musicaux bigarrés, de tcha-tcha, de biguine, de rumba, de reggae et autre
mambo, Bazbaz installe une « french touch » latino kitsch
sur la planche contact plutôt ‘Doisneauesque' de la nouvelle scène
française. La chaptalisation du moût musical par ajout volontaire
du sucré des claviers (orgues Farfisa, Moog, Clavinet ou Mélodica)
a remplacé depuis longtemps l'acide palpable de ses années seventies-rock-punk
de feu Le Cri de la mouche (où il sévissait en tant que claviériste).
Même s'il se perd dans le Triangle des Bermudes (reprise de
Mort Shuman qui lui va comme un gant) ou si l'eau lui vient à la bouche,
les chemins parcourus sont résolument cinématographiques. Le lien
entre chansons et cinéma, il connaît ! Sa collaboration à
la réalisation de musiques de films avec le cinéaste Pierre Salvadori
lui donnera l'occasion de composer l'album de Sandrine Kiberlain qui, la godiche,
lui concoctera Dans ma nature . À une voix charmeuse à
la scansion nasillarde de Charlélie Couture ou, plus flagrant, à
celle de Nino Ferrer à qui il emprunte également le ton mélodique
des années soixante, il accroche une écriture souple et ondulante
charpentant des thèmes universels qui portent le monde depuis sa création,
comme l'amour et ses métamorphoses, de la rencontre à la rupture.
La goualante est aguicheuse. Oh !Hé !Hein ! Bon !
(Brigitte Lebleu, Charleroi)
LABEL BLEU, 2005.
Celui qui emporte ces nano sphères de silice, lancées
généreusement tel le semeur dans les champs fertiles des expressions
neuves. Des nano sons, étirés, poussés, soufflés.
En mouvance, aériens, autonomes, ludiques. De cette armada de boutons
nacrés accrochés à un ventre ondulant, Arnaud Méthivier
réinvente à chaque fois le voyage. Sans renier Les Horner, les
Azzola, les Verchuren de son enfance, le musette et ses clichés des débuts,
il aborde l'un des instruments populaires par excellence qu'est l'accordéon
comme autant de possibles envisageables. À chaque fois, il re-conceptualise
son utilisation afin de faire naître dans un souffle épique un
monstre protéiforme au service des contres-évidences. De cette
créature hybride, aux halètements convulsifs, aux spasmes passionnels,
aux sereines langueurs, il tire l'insoupçonné. Refusant les chemins
balisés du confortable, c'est avec calme et profondeur, qu'il nous livre
ses introspections.
C'est dans les mélanges indéfinissables des styles, des rythmes
et des atmosphères qu'il donne corps à ce septième album,
clef de voûte d'un glaneur de collaborations. Celles-ci, tant éclectiques
(avec les Innocents, Stephan Eicher, Suzanne Vega) que liées à
ses affinités (Otto Lechner, Marcel Kanche) lui ont permis d'affiner
le propos. Les voiles en papillon, entre tango, valse à la Tiersen, gymnopédies,
mélodies « western spaghetti », entre confidences
‘Bashungiennes', chants gutturaux, soupirs et onomatopées, Arnaud
Méthivier sait une fois de plus provoquer des frissons d'un instantané
musical hors du commun.
(Brigitte Lebleu, Charleroi)
TOT OU TARD, 2004.
Passez l'été sur une ligne imaginaire reliant l'Occitanie au
Brésil. Empruntez les musiques de cette aventure à la Médiathèque,
faites tourner parmi vos amis, réclamez les CD aux disquaires pour inciter
une meilleure distribution de ces artistes. Partout, tout l'été,
diffusez Bombes 2 Bal et la bise venue vous continuerez à chanter, comme
si de rien n'était.
C'est le passage à l'acte musical que nous vous recommandons ces mois
d'été. Des chansons de bal populaire. Un revival ringard ?
Non, parce que ce n'est pas tourné vers le passé, c'est au présent
et ça prend ses racines dans une réelle démarche associative
née à Toulouse, sous l'impulsion des Fabulous Trobadors. Des chansons
avec des paroles bêtes comme chou, mais pas de cette bêtise crasse
des divertissements télé : plutôt cette simplicité
fondamentale, singulière, proche de la consistance de la vie quotidienne.
Coquines, directes, pleines de raccourcis, les chansons n'hésitent pas
à égratigner des stéréotypes, des a priori machistes,
conservateurs… Derrière les formules claires, c'est l'image d'une
société en marche, en danse, en bal ouvert. Des paroles faciles
à fredonner, à faire circuler. Rien qu'en les chantant, on peut
danser, sans sono. La musique est d'enfer : alors que toutes nos musiques
se laissent coloniser par les beats anglo-saxons, les musiciens de Toulouse
osent un autre mariage de cœur et de raison : avec le forr ó
, musique d'accordéon du Brésil, irrésistible ! Dans
la foulée, redécouvrez Fabulous Trobadors, écoutez aussi
les Femmouze T, on vous conseille ci-après quelques CD de forr ó
pour l'entendre dans ses versions originales. Découvrez en profondeur
la Linha imaginot et ses autoroutes de l'imagination, mouvement occitan
très dynamique (avec une revue qui fait circuler les idées :
linha_imaginot@hotmail.com) .
Et voilà tout ce qu'il faut pour créer, tout l'été,
vos propres lignes imaginaires…
On the Linha Imaginot (
NF0044 )
Duels de tchatche… (
NF0045 )
Era pas de faire (
NF0041 )
Pas de ci... la rate (
NF0042 )
Ma ville est le plus beau park (
NF0043 )
Femmouze T. ( NF2201 )
5 CD de forr ó chaudement recommandés :
Brazil : forr ó , music for maids and taxi drivers (
MH0731 )
Brazil classics 3 (Forr ó – compilation by David
Byrne) (
MH0730 )
Luiz GONZAGA : Melhor de Luiz Gonzaga (
MH6303 )
Nazaré PEREIRA : Forr ó (
MH9708 )
Nandinho DO PANDEIRO : Forr ó explos ã o
(
MH8500 )
(Pierre Hemptinne)
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