ATMOSPHERIQUES, 2005.
Deux des trois fervents activistes du groupe Zebda, après Magyd Cherfi
(fidèle ici à l'écriture) entament une carrière
en tandem. Les frères Amokhane - après quelques collaborations
au sein du collectif 100% Collègues, ainsi qu'avec Cheb Mami, Brigitte
Fontaine et Tiken Jah Fakoly entre autres - ne se sont pas délestés,
depuis l'éclatement du trio en 2002, de leur punch légendaire.
Ces siamois toulousains, jouant de leur fausse gémellité, chaussent
chacun une des Bottes de banlieue (titre de la chanson offerte par
un artisan de la rime et frère de cœur, Claude Nougaro). Dans un
melting-pot festif flirtant avec le hip-hop, le rock -reggae virant au punk,
ils abordent avec tchatche et accent chantant, dans un parfum de clandestinité
subversive, un nouvel art contestataire. « Avec des mots
de nous et de moi bétonnés dès la nuit tombée / C'est
comme ça que j'entends passer des idées nouvelles à scander ».
Ces mots en oriflammes, brûlants et cosmopolites, se mettent au
service d'une pensée humaniste et citoyenne. Claquant en autant d'hymnes
urbains et fédérateurs au sein d'une culture métissée.
Battant le pavé de la ville rose, ces petits gars des faubourgs émancipent
le rap, le colorent de mélodies « dansantes » sans
frontières. Tels des troubadours modernes, ils gardent le riche humus
de la tradition occitane collé à leurs semelles et, dans un souci
de fraternité, de tolérance universelle, ils désembrument
les quotidiens les plus amers en insufflant le souffle vital de la controverse.
(Brigitte Lebleu, Charleroi)
À écouter également dans la même veine : les
Femmouzes T, Moussu T E lei jovents, Anis, Toma Sidibé, Fabulous Trobadors,
Riké
2TEMPS3MOUVEMENTS, 2005.
En apparence, si peu de fard devant les affres du doute et de l'existence.
Si peu de réserve face aux fausses pudeurs bleuies, aux morsures de la
conscience du temps qui passe. Sous le couvert d'un verbe libre ampoulé
de percaline, dans les plis de soi mordorés, se mire Chet. L'inébranlable
(2000) pratiquant L'amour à la française dans
les limons, moins acides qu'un Miossec, aussi érotisés qu'un Gainsbourg.
Brumeux comme un Murat, il se plaît à dérouler une phraséologie
attachante de mélancolie en autant de tulles gonflés de sensibilité
individuelle primant sur la raison. Hymne , troisième album
lyrique, romantique, porté en confidence devant la trentaine sonnée.
Lové entre poésie et prose, avec des airs légèrement
blasés et s'en remettant au destin, Chet (surnom tiré du légendaire
Chet Baker) déclame ou chuchote ses états d'âme baudelairiens.
Si les compositions paraissent simples et les mélodies en résonances,
c'est que ce prêteur de plume (pour Arthur H, Ute Lemper, Olivia Ruiz)
a l'irrésistible envie de jouer avec les phonèmes qui collent
aux maux. Entre érotisme, homosexualité, intolérance, humour,
amour et sexe sans complexe, autant de thèmes de prédilection
déclinés avec gravité « légère »
et soutenus par des mélodies économes (guitare, basse, piano),
classieuses, étayées par David Hadjadj. À L'heure où
leurs douces moitiés revendiquent avec ingéniosité et caractère
leur différence, en ajustant le ton, en pratiquant le bourdon, en se
délestant des susurrements, leurs alter-égo s'adonnent à
sortir de l'ombre leur part de féminité. En juste retour de balancier,
dans un glissement intellectualisé, nos guerriers aspirent au repos,
sortent des placards d'un déterminisme et ce n'est pas sans plaire. Un
retour plus ample de la chanson à texte finement ciselée, dépouillée
de connotation péjorative, faisant la part belle aux références
littéraires - tant par le calque emprunté aux pairs que par
la musicalité qu'imposent les mots couchés (pas toujours par urgence
ou universalité fédératrice) - s'affirme depuis Fersen,
Bénabar, Belin, Lallement, Delerm... Le charme de ses ritournelles introverties
réside par jeu de transfert d'un vécu personnel décliné
et réapproprié par pans.
(Brigitte Lebleu, Charleroi)
SONY BMG MUSIC ENTERT., 2005.
Il n'aura pas fallu plus de dix ans et une rencontre entre Patrick Mirandola
(guitare, chœur) et Akim Amara (chant, guitare), pour que Crésus,
groupe bordelais, trouve le sens d'une démarche assurée et assurément
prometteuse. Au jeu des références, il aurait été
facile d'y repérer quelques empreintes encore fraîches dans cette
glaise textuelle et mélodique riche d'apports diversifiés. Autant
dans le phrasé que dans la musicalité, on y retrouve la coloration
de Louise Attaque, un rien de Noir Désir dans le tendu des orchestrations,
la patte acide d'un Miossec à fleur de peau et une envolée accordéonesque
du coté des Négresses Vertes. Mais qu'importe, trouver le sens
n'est-il pas celui d'intégrer « le déjà dit, déjà
fait» pour en découdre ! Pour lui offrir une luminosité
nouvelle ! C'est dans cet univers teinté de pessimisme « enjoué »
et intimiste que Crésus déroule des tapis de riffs de guitares
acoustiques ou électrifiées, graves et légers à
la fois, pulsant comme le sang dans les artères des histoires simples
résonnant en autant d'appels à la quête ou au largage amoureux,
à l'attente, aux regrets mélancoliques. Un album personnel, attachant.
Et Cali n'a qu'à bien se tenir !
(Brigitte Lebleu, Charleroi)
L-A BE, 2005.
Après avoir discrètement sillonné les scènes du
Québec, de l'Ontario et d'Europe avec leurs chansons au ton à
la fois osé et léger, teinté d'humour et de sensualité,
les « ¾ Putains » conservent de leur formation
initiale le noyau du groupe et le style. Marc Bisaillon (guitariste, organiste,
banjoïste), É ric Rathé (contrebassiste) composeront dès
lors sous le nom de « Léopold Z ». Référence
intentionnelle et cinématographique de l'underground des années
60, dressant, sous la réalisation de Gilles Carlé, le portrait
quelque peu voltairien d'un candide looser face à la société
capitaliste nord-américaine. « J'ai repris la route
de la rage / J'ai repris la route des orages / J'ai repris la route des nuages !
/ Dieu ! Dieu / Non j'me laisserai plus traiter comme un chien ! »
, cette libre adaptation de Going down the road tranche
d'entrée dans le vif des propos. Amarré solidement aux racines
de la tradition, de celle qui tisse les fils de la résistance et du sens
pour cet opus iconoclaste, et dans la joie, Léopold Z explore ici un
univers près des réalités sociales, tout en gardant l'humour
caustique des débuts. S'autorisant allègrement quelques ‘revisites'
posthumes non-innocentes - Calaferte et son sulfureux roman « Septentrion »,
mis à l'index jusque dans les années 70 en France, sur fond de
musique de parade de cirque; Rimbaud pour une superbe valse au Bal des pendus
; Richepin et Brassens dans une mordante relecture colorée à
la créole, quelque Rupture de ton. Proche d'un Guidoni qui
aurait croisé Arthur H. Autant d'affinités électives, textuelles,
de cœur et de combat, légères dans leurs fourreaux mélodiques,
alliant jazz débridé et consonances éclatées afin
d'adoucir le sensuel et l'acerbe du verbe. Résultat : un voyage
agréablement chahuté, mais ô combien vivifiant.
(Brigitte Lebleu, Charleroi)
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