CD DU MOIS : MACHINCHOSE
PRODUCTIONS SPECIALES, 2005.
De machin à chose, peu de chose et beaucoup de machins. Des machins
décalés, des choses burlesques. Que vous ne connaissiez ni machin
et pas plus chose, c'est… « normal », ils souffrent
d'une carence en programmation hertzienne. Rien de grave, quoique inquiétant !
Alors, sans plus attendre. Machinchose, se joue de tout, de nous, de lui. Vaste
bazar fait de bric et de broc, flirtant avec espièglerie dans les contre-saveurs
de la Nouvelle Scène française. Eugène Lampion (accordéon,
guitare, Bomtempi B.40, voix et texte) et Léa Le Meur (violoncelle, steel
drum et voix), trublions musicaux girondins, bousculent depuis plus de cinq
ans les genres et les formes. Pratiquant les jeux de mots scabreux en position
loufoque, ils font de la chanson au rouleau. En couches successives, ils teintent
d'humour, d'amour, de compassion, de dérision leurs albums peinturlurés
d'incongruités et de dadaïsme avec une affection particulière
pour les historiettes culinaires... entre autres. Sur des compositions simples
et nonchalantes, ils bidouillent, amplifient, distordent sons et textures musicales.
Entre Bobby Lapointe et Houellebecq, nos artisans bricoleurs, amoureux irraisonnés
du « bon » mot, mettent en principe cette souplesse dans
l'exercice de style. Pied de nez salutaire lancé à la face du
rigide. Pour cette quatrième galette, nos inconnus ajoutent une couche
singulière à leur chantier. En étalant rock bruitiste,
électro pointue ultra-bidouillée, ritournelles lo-fi ou parigottes,
entre happening situ et minimalisme hardcore, ils passent d'une main amicale
le relais à un réseau de francs-tireurs du même acabit.
Histoire de faire (re)vivre les perles rares de leur répertoire. Sébastien
Libar annone à la Dominique A, le mythique Mon slip c'est ma boîte
à outils et… Albert Marcoeur avec Son petit nécessaire
à chaussure n'est pas loin ! Les oisillons tombés du
nid, Supermika, Marc Delmas, Les Brutes Épaisses… rivalisent d'inventivité
et de sincérité à reprendre du Machinchose. Tandis que
ces derniers poursuivent leur terrorisme musical, en se réappropriant
Moustaki, Renaud, Vian ou… du Machinchose. Vaste sarabande libertaire,
fils tendus entre Programme et Diabologum. Ainsi fait, on pourrait frôler
le n'importe quoi sans jamais s'y vautrer. Là réside, à
mon avis, la différence ténue entre futilité et légèreté.
Cette scène « Nouvelle Chanson » française
est à mettre dans toutes les oreilles, désensablées et
autres, si audace !
BL
Découvrez la playlist de Machinchose
Y'QAT MUSIC, 2006.
En bon Suisse, Zedrus dégaine une chanson à treize lames. Toutes
acérées, aiguisées, affûtées !
Les unes vous tranchent dans le lard, les autres vous piquent au vif, vous crèvent
la baudruche ou vous débouchent le cerveau.
C'est que Zedrus n'y va pas par quatre chemins. Il ouvre son outil à
chanter dans l'urgence et tant pis si ça coupe et tant mieux si ça
choque. La Suisse serait trop propre et trop riche, alors il soulève
les tapis pour nous dévoiler la poussière puis il dynamite les
coffres-forts. Il fait partie de ces chanteurs salutaires sans lesquels la chanson
ne serait que consensus médiatique ou poésie redondante. Sa poésie
à lui se roule volontiers dans le caniveau du politiquement incorrect.
Elle ne ronronne guère, elle cogne en balançant un cocktail d'humour
et d'humeurs, de cynisme, d'autodérision et de rage de vivre.
S'il fut déjà chanteur sous le nom, oublié, de Damien Surdez,
c'est son premier disque sous le pseudonyme de Zedrus et c'est un remarquable
retour à la chanson.
ÉB
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