Un Kanche passe, mettons les pics dans les failles.
C’est LE mythique obscur. Adulé par ses pairs, artistes et critiques. Il a écrit « Qui de nous deux » (M.). Mouvementé, il a joué avec les Rita Mitsouko, Pere Ubu, Fred Frith et en première partie des Lounge Lizards. Chanteur de la profondeur, deleuzien, cinquante ans. Pour le grand public, son dernier CD pourrait être enfin LA révélation.
LABEL BLEU, 2005.
Ni serein, ni apaisé. La familiarité des gouffres lui a simplement donné la capacité brûlante de fixer calmement les tourments, les déformations, les anomalies. Il les perce à jour dans une écriture précise, classique dans la forme, hurlante dans les plis. Son profil «punk lettré» n’est jamais bien loin. Il déroule ses chansons avec une lenteur diabolique, juste ici ou là des précipitations, des trébuchements, des entrechats. Et elles décollent, elles planent, dans l’obscur de la matière. Dans une noirceur têtue, insaisissable, tranchante, à la Beckett. Elles explosent à la gueule, lentement, ouvrent l’esprit vers l’aube et ses orées mouvantes, révèlent le passage des oiseaux d’augures. Marcel Kanche a expérimenté en long et en large les aléas d’une existence décalée, en inadéquation avec les gens, l’époque et les modes. Insoumis qui refuse les compromis et retourne malaxer la glaise. Qui résiste. Dans cette insoumission et ce décalage, il a forgé une langue hors du commun, capable de dire des états fragiles et enfouis, de débusquer les mouvements secrets de la nature, de sentir « du bout de la pulpe, l’ocre des terres, le gris de la pierre ». Une indescriptible délicatesse, un don pour lire son ombre portée sur la joie et les vœux de l’autre. Chant des failles, chant de la moelle, chant des «avalanches de raisons», chansons surtout « jamais indemnes ». À ranger entre Gainsbourg et Bashung.
PH
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