CD DU MOIS
PRODUCTIONS SPECIALES, 2006.
En 1998, Gérard Pitiot laisse de côté son talent d'auteur et se consacre à la mise en musique de textes du poète surréaliste Paul Eluard.Quelques mots d'Eluard et autres musiques sera unanimement salué
par les critiques et notamment par l’Académie Charles Cros. En 2002, il diversifie la démarche avec Vues d'ailleurs pour mots d'ici qui rassemble une kyrielle de poètes francophones du Liban à Madagascar. Aujourd’hui, il revient avec quinze Chants pirogue, un nouveau voyage sur les rivières de la poésie afro-caribéenne. Son itinéraire nous entraîne du Sénégal de Senghor à la Martinique d'Aimé Césaire et d’Édouard Glissant en passant par la Côte-d'Ivoire avec Tanella Suzanne Boni, Haïti (Frankétienne, René Depestre), la Guyane (Léon-Gontran Damas) et la Guadeloupe (Ernest Pépin).
Gérard Pitiot est un passeur qui sait brouiller les pistes pour mieux nous emporter. Il propose une œuvre personnelle et plurielle. Sa voix chaude et rocailleuse magnifie des textes très différents qui se mettent à revivre comme les chansons d’un seul homme. L’appellation « poésie chantée » glisse subtilement vers celle de « chanson poétique ». On est agréablement surpris par les nombreuses trouvailles musicales et par le choix des instruments. Le dépaysement est complet grâce à des arrangements oniriques aux sonorités délicieusement jazzy et métissées. Et si on ferme les yeux, nos oreilles se tendent pour goûter la moindre de ces paroles sans pieds ni rimes qui n’ont jamais paru aussi modernes. Là où réside la prouesse du chanteur, c’est qu’il n’est pas nécessaire de s’intéresser aux poètes pour être envoûté par ce voyage initiatique.
Parmi ces disques rares où poésie et chanson ne font qu’un, il en est un autre qui date de 1981 et dont l’âme est sensiblement de la même veine : Au secret déluge (
NF0852) du Breton Melaine Favennec. Deux univers proches où se correspondent une poésie vagabonde et libérée, la mer à fleur de peau et des escapades aux couleurs des musiques du monde et du jazz.
GD
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NP3941 Bleu d’images, Océan Nomade, 1995
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NP3942 Quelques mots d’Eluard et autres musiques, Disctronics, 1998. (
HA8459 , Réédition avec un recueil de poésies d’Eluard : Eluard, Paroles et Musiques, Productions Spéciales, 1999), (
NP3943Réédition dans la Collection Poètes et Chansons : Paul Eluard, EPM Musique, 2002)
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NX7304 Robert Desnos - Poètes et chansons, EPM Musique, 2003 (Participation)
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NP3944Chants Pirogue. Poésies afro-caribéennes, Productions Spéciales, 2006
Site : www.gerardpitiot.com
TOPO SUR LA POÉSIE CHANTÉE
« J'irai accrocher les poètes au sommet des montagnes
Et l'or de leur silence, leurs paroles d'argent
Monteront vers le ciel, inonderont la plaine
Couleront en vallée pour résonner sans fin »
Extrait de la chanson "Accrocher les poètes"
Gabriel Yacoub : « Babel »
(Boucherie Productions, 1997)
NY0104
Aujourd’hui, force est de constater que la poésie est perçue comme poussiéreuse et hermétique et n’a dès lors plus la cote. On se borne la plupart du temps à ne rééditer que les grands classiques, jetant certains auteurs majeurs aux oubliettes. Et pour mieux faire passer la pilule, on propose des enregistrements de poèmes dits ou chantés. Mais l’exercice de la mise en musique de poèmes est délicat et difficile. Bien souvent, le résultat ne fait qu’accentuer l’aversion des auditeurs. C’est que beaucoup de chanteurs amateurs de poésie se tournent vers l’ancienne manière de faire, s’inspirant de Ferré, de Ferrat ou de Brassens dont les interprétations de qualité ont malgré tout pris quelques rides.
Depuis 2002, une anthologie enregistrée, composée d’interprétations anciennes et d’autres spécialement effectuées pour l’occasion, a vu le jour. Il s’agit de la collection
Poètes et Chansons lancée par le regretté Marc Robine et continuée par Bernard Ascal. Cette entreprise de longue haleine (près de 50 CD à ce jour) est salutaire car elle a le mérite de s’ouvrir aux auteurs du monde entier ainsi qu’à toutes les formes de poésie. Pour les rééditions, le choix s’est porté sur des versions parfois intéressantes, mais souvent désuètes, de chanteurs tels que Julos Beaucarne, Jacques Bertin ou James Ollivier. Quant aux interprétations récentes, elles déçoivent à nouveau par leur manque d’audace et d’originalité. Bref, si on ne veut pas enterrer définitivement ces paroles précieuses, on ne peut plus aborder la chose comme on le faisait jadis. Heureusement, des artistes comme Gérard Pitiot osent une nouvelle manière d'appréhender les merveilles de la langue des poètes.
GD
UNDERSOUND, 2006.
En parcourant le livret du deuxième album des Vendeurs d’Enclumes, on perçoit d’emblée un univers sombre et grinçant : un homme à la langue fourchue ouvre le bal; s’ensuivent des corbeaux, des hommes
sans têtes et des personnages aux gestes désarticulés. Ces peintures expressionnistes et intrigantes sont de Marine Dupont-Canard, une artiste-peintre qui inspire le groupe orléanais depuis ses débuts.
Sans trop se mouiller, on peut qualifier la musique des Vendeurs d’Enclumes de rock musette progressif. Cependant, on sent déjà qu’il faut chercher plus loin et que toute étiquette, avec ces lascars, sera réductrice. C’est que cet étonnoir demande de nombreuses écoutes tant il déroute et fascine. Le sextet impressionne en multipliant les changements de rythme et en jonglant avec une multitude de styles. Si les gimmicks et les improvisations jazz sont légion, il n’est pas rare que les cuivres s’envolent entre musique de cirque et fanfares de l’Est, le tout porté par une énergie rock’n’punk. Ces changements de cap n’altèrent en rien un son de groupe très spécifique qui doit beaucoup aux instruments choisis (guitares, batterie, basse, saxophones, accordéon et clarinette) ainsi qu’au grain expressif et plaintif du chanteur Valérian. On est pris aux tripes par cette voix qui sort les mots du plus profond de la gorge. On pense à Brel mais aussi aux chanteurs de groupes tels que les Têtes Raides, Weepers Circus, Bell Œil ou encore Les Hurleurs. Ceci dit, le chanteur se démarque et déconcerte au travers de performances de diction de haut vol qui tombent à pic ici et là.
Mais que trouve-t-on dans le ventre de cet étonnoir ? Une ballade mortuaire, une valse cruelle et douze histoires d’hommes malheureux. Les Vendeurs n’hésitent pas à mettre le doigt sur les nerfs et les nœuds de notre existence humaine. À chaque déversement, on baigne dans le flot obscur des émotions : la déchéance, la dépression, le désarroi, les dernières illusions, le désespoir, la frustration, la folie, la honte, la colère… Dignes représentants de la bonne chanson néoréaliste, les Vendeurs se font dresseurs de portraits peu reluisants. Tout le monde y passe : les pauvres gars (Le bègue, Marcel), mais aussi les assassins (Je voulais être, Kigali, De la verrière), ou encore les pourris de ce monde (Occipute). Ici, l’amour est éphémère (La valse des esseulés), voire impossible ( T’es belle), et la mort n’est jamais loin (Le bienheureux, Laissez mourir, Le ridicule, T’arrête pas). Quant aux femmes, elles sont le plus souvent au fond des verres d’alcool (Le vin mauvais).
Au bout du compte, on ne se lasse pas de réécouter ces histoires à broyer du noir. Paradoxalement, on en ressort soulagés, allégés tant les Vendeurs d’Enclumes frappent juste, maniant à merveille les mots qui touchent l’auditeur au plus profond de son âme.
GD
Site du groupe : www.vendeursdenclumes.com
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