La série a été écrite par l’équipe qui réalisera quelques temps plus tard Friends – le trio composé de Kevin S. Bright, David Crane et Marta Kauffman. Elle est réalisée (parfois) et produite par (entre autre) John Landis, le réalisateur de Blues Brothers, du Loup-garou de Londres et du célèbre clip de Michaël Jackson Thriller.
C’est une comédie qui, par son impertinence, la modernité et la crudité de son propos, est précurseur de l’âge d’or des séries américaines tel qu’on le connaît depuis une dizaine d’années.
La série raconte les aventures (principalement sentimentales) d’un éditeur new-yorkais, Martin Tupper (aware) séparé de sa femme (dont il reste très amoureux) et père d’un adolescent troublé.
Au bureau, il a une secrétaire au caractère acariâtre et revêche, un patron détestable et cyniquement drôle. Son meilleur ami est accessoirement présentateur télé, mais surtout obsédé sexuel.
L’originalité principale de la série tient à ce que chaque événement de la vie de Martin Tupper évoque pour lui des situations de vieux films de séries B ringardes des années 50 (souvent avec Ronald Reagan), en décalage ou en adéquation avec ce qu’il vit.
Exemple : il se trouve devant une jeune étudiante qui se déshabille, il hésite, il a des scrupules. Insertion d’une image d’un cow-boy en noir et blanc "Tu te bats contre la nature et tu ne peux pas gagner" suite à l’écran…
À signaler la présence de quelques guest-stars comme Tom Berenger ou David Bowie (en hilarant réalisateur prétentieux).
Sont présentées ici les deux premières saisons (sur les six) de cette série américaine née au début des années 90 et qui s’est poursuivie jusqu’en 1996.
Alors, empruntez la série, couchez-vous et vivez vous aussi l’expérience: imaginez l'image de film ou de série qui correspond à des situations de votre vie… Dream on ! [retour]
Michel Verbeeck
« Le stade de Wimbledon » : Mathieu AMALRIC - VS6750 et VX2049
(France, coul., 2001, 80')
« Petites choses sur Robert Walser » : Stefanie BODIEN - TA7126
(Belgique, coul., 2003, 44')
C’est en regardant une interview de Mathieu Amalric en bonus de son premier long-métrage en tant que réalisateur, Mange ta soupe [VX2049], que m’est apparue l’évidence du rapprochement des deux films abordés ici. Revenant sur les conditions de fabrication plutôt rares de son deuxième film, Le Stade de Wimbledon, dans le contexte habituel de la production d’œuvres de fiction (tournage morcelé et étalé sur un an et demi, adaptation directe du livre en film sans passage par l’étape de la réécriture d’un scénario classique, ouverture aux aléas de l’imprévu, l’acteur-cinéaste évoque aussi, en tant qu’exemple de l’insertion de plans quasi documentaires dans le montage final du film, la captation miraculeuse et imprévue des reflets de la lumière du soleil projetés sur les murs et le plafond d’un café italien. Comment ne pas immédiatement penser à un moment magique du film documentaire Petites choses sur Robert Walser de Stefanie Bodien où le cinéma retrouve aussi sa faculté d’émerveillement en enregistrant ces jeux de lumière fugaces et suggestifs sur les fresques murales d’un bar suisse. Surtout - bien sûr ! - que l’analogie ne s’arrête pas là- heureusement! - mais a bien trait à la nature profonde des deux œuvres: deux films en creux autour de la littérature, de l’écriture et de la lecture. Deux parcours initiatiques ou deux enquêtes - par moments quasi policières, d'indice en indice, de survivant en survivant - de deux jeunes femmes sur les traces d’écrivains disparus… Il y a comme un fil rouge qui secrètement relie ces deux films. Un «fil rouge» si on veut souligner leur simplicité, leur modestie et leur légèreté ou alors, plutôt un anneau de Möbius si on entend relever leur structure particulière, leur mystère et l’aura de leur construction autour du vide, de l’absent, de l’intangible et du non-spectaculaire.
Un jour, dans une maison de campagne, Mathieu Amalric tombe sur la traduction française du roman Lo stadio di Wimbledon de Daniele Del Giudice et décide de l'adapter au cinéma, selon un modus operandi dont la liberté de mouvements et d'errements ferait écho au livre. Dans le roman, un jeune homme entreprend plusieurs voyages à Trieste sur les traces de Bobi Bazlen, un personnage-clé de la scène littéraire locale qui, de son vivant, n'a jamais publié ses propres écrits. Mathieu Amalric rebaptise Bobi Bazlen en Bobi Volher et change le sexe du jeune « détective littéraire » pour lui donner les traits et l'allure d'une jeune femme très légèrement détachée du monde, incarnée par sa muse d'alors, Jeanne Balibar. Le producteur Paulo Branco (cf. De Oliveira, Monteiro, Akerman, Biette…) accepte l'idée d'un tournage articulé, à la manière du livre, en cinq saisons (quatre voyages à Trieste et un à Londres) et dont un simple exemplaire du livre, en édition de poche, ferait office de scénario, sautant ainsi l'étape généralement obligée du pré-mâchage en langage pré-cinématographique d'un texte littéraire. Au final, le film d'Amalric et de Balibar - j'associe volontairement cette dernière à la gestation du film tant elle lui donne corps - propose un jeu de pistes mystérieux dans une ville elle-même très particulière : Trieste, cette ville-frontière des bords de l'Adriatique, à moitié italienne, à moitié ex-yougoslave, une ville dont certains habitants de « l'hinterland » sont Slaves ou se rêvent Autrichiens, une ville où il existe encore des plages séparées pour les hommes et les femmes. De librairies en bouquinistes, de bibliothèques en sanatoriums, de cafés en plages et de gares en ports de ferries, la jeune femme file les témoins de la vie passée de Bobi Volher en glanant de maigres indices dont la nature éclatée témoigne des différents statuts de l'écrit et du papier imprimé: un vieux livre emballé dans du papier journal, des fiches de bibliothèque, un annuaire téléphonique… Jusqu'à terminer son périple à Londres, du côté de Wimbledon Park, près des impressionnants gradins déserts d'un stade mythique – belle métaphore de ces regards concentriques autour d'une figure doublement absente : une première fois parce que morte, une deuxième fois parce que, de son vivant déjà, elle s'était volontairement coupée de ce qu'on attendait d'elle. Ou comme l'interprète à la fin du parcours Ljuba Blumenthal, la dernière compagne de Bobi Volher (interprétée par la délicieuse nonagénaire Ester Gorintin, par ailleurs actrice principale de Depuis qu'Otar est parti de Julie Bertucelli) : « C'est toujours celui qui a décidé de ne pas écrire qui a la plus belle opinion de l'écriture ». Il faut parfois arriver à ne pas faire ce qu'on attend trop de nous.
De cette légère et délicate fiction aux reflets de documentaire, passons à un documentaire pauvre et artisanal, mais dont l'aplomb et la clarté du regard lui permettent de tutoyer le « vrai cinéma » plutôt que de rester cantonné dans le bricolage sympathique. Pour son premier film, l'ancienne danseuse et actrice occasionnelle Stefanie Bodien est partie à Herisau - petite bourgade de l'Appenzell en Suisse alémanique, près de Sankt Gallen - sur les traces de Robert Walser, cet écrivain admiré de son vivant par Robert Musil et Franz Kafka. Domestique, secrétaire, employé… Walser exerça de nombreux métiers, le temps d'engranger quelques fonds et de démissionner pour s'adonner à l'écriture, jusqu'à épuisement des dites économies et la reprise forcée d'une activité pécuniaire. Et jusqu'à ce que, de 1933 à 1956, il passe les vingt-trois dernières années de sa vie dans la clinique psychiatrique d'Herisau où, d'après une infirmière interrogée dans le film, il n'écrit plus une seule ligne. Petites choses sur Robert Walser est un film de rencontres. L'apprentie cinéaste y rentre en contact avec cet écrivain mort presque cinquante ans auparavant, non en faisant tourner les tables mais, tout d'abord, par la lecture de ses textes, bien sûr. Puis, aussi, par l'écoute attentive des témoignages de ceux (biographe et déchiffreur, garde-malade, fleuriste, poseur de vitres...) qui l'ont connu ou marchent dans ses pas. Là où Mathieu Amalric manie, sans avoir l'air d'y toucher, une certaine vitesse dans un film faussement lent (les ellipses sont nombreuses et les rencontres de Jeanne Balibar avec les proches de Bobi Volher souvent réduites à un ou deux maigres indices et à l'échange de quelques phrases), Stefanie Bodien privilégie - a marque du documentaire ? - une approche patiente qui respecte la durée du temps qui s'écoule. Puis, plus fondamentalement, il semble y avoir comme une nature profonde partagée entre la jeune fille en train de devenir cinéaste (autodidacte, elle est réalisatrice, productrice, scénariste, « camera-woman », preneuse de son et monteuse de son film) et l'écrivain solitaire. Une fascination quasi éthique que tous deux partagent pour les « Kleine Dinge », ces « petites choses quotidiennes et agréables grâce auxquelles [on] continue avec plaisir le chemin imposé ». Des choses belles et petites, voire microscopiques, dont une belle métaphore se niche dans les fascinants « microgrammes », ces manuscrits que Bernhard Echte, le biographe de Walser, doit déchiffrer à la loupe et qui, une fois imprimés, prennent quatorze fois plus de place que dans leur forme manuscrite d'origine… Le monde de Robert Walser - très justement approché par Stefanie Bodien - était un de ceux où la carte de visite laissée par un journaliste permet, une fois « recyclée » d'écrire deux poèmes, un de chaque côté du petit bout de carton de trois centimètres sur huit ! [retour]
Philippe Delvosalle
À regarder :
- João-César MONTEIRO : « Blanche-Neige » [Branca de Neve] – VB6414
Une adaptation radicale (à l'image… un quasi-monochrome noir!) de « Blanche-Neige » de Walser par l'iconoclaste cinéaste lisboète.
À lire (papier) :
- Daniele DEL GIUDICE : « Le Stade de Wimbledon » (réédit. Points poche, 2002)
- Roberto (= Bobi) BAZLEN : «Trieste » (posthume – éd. Allia, 2000)
- Roberto (= Bobi) BAZLEN : « Lettres éditoriales » (posthume – éd. le Passeur, 1999)
- Robert WALSER : "La Promenade"(éd. Folio Bilingue, 2000 ou éd. L'Imaginaire – Gallimard, 2007)
- Robert WALSER : « L'Institut Benjamenta » (éd. L'Imaginaire – Gallimard, 1998)
- Robert WALSER : « Les Enfants Tanner » (éd. Folio, 1992)
- Robert WALSER : « Petits textes poétiques » (éd. Gallimard, 2005)
À lire (internet) :
- sur la scène littéraire de Trieste
www.ombres-blanches.fr/pub/repere/carte_lit/niv5.php?id_chap=3209
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